TITRE XVIII
Des hôpitaux.
Les etablissemens d'hôpitaux sont également, et de l'esprit et de la religion, et de l'ordre de la police temporelle, car ils ont leur utilité dans l'une et dans l'autre.
La religion oblige à exercer envers les pauvres la double charité de les soulager dans leurs nécessités, et de les tirer des occasions des vices qui en sont les suites, et ce devoir commun à toutes les personnes qui peuvent assister les pauvres, est surtout naturel aux princes; mais à l'égard des princes, il ne se borne pas i secourir en particulier les pauvres, dont les nécessités peuvent venir à leur connaissance : car il n'y en a que très-peu qui puissent les approcher; mais leur charité doit les embrasser tous, et pourvoir en général a leurs nécessités par les voies possibles, à proportion des moyens que leur en donne l'autorité souveraine, et l'abondance de leurs revenus(3). C'est de ce saint usage que fil le grand saint Louis de ces deux apanages des souverains, qu'on a dans ce royaume divers hôpitaux de sa fondation; et plusieurs autres Rois, et avant et après lui, ont Fait aussi d<- pareils etablissemens.
Il est facile de juger de l'utilité des hôpitaux, pour ce qui regarde la religion, puisque ces maisons sont des asiles où les pauvres, trouvant les nécessités de la vie et les instructions
(i) L. i. c. Tbeod. de naed. et profess. (/>.) Statuts do la faculté, art. i Prov. 22. v. i5. Ibid. -2.5. v. i'i. i ', . Eccli 6. r8. Ibjd. i<>, in fin. v. 24. 25 et 26. Tob. 1. 10. Ephes.6. 4. V. Deuter. ri. 19. IN. 2',. 4. .t. Ait. 1 des statuts de la facilité des art-, (3) C. Theod. de alimentis quae m op par. île pabl . ])«'t • deh
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chrétiennes, sont non seulement hors des occasions des vices, mais en état de penser à l'unique affaire des hommes, qui est leur salut.
La police temporelle a aussi son utilité dans les établissemens d'hôpitaux, en ce qu'on tire ceux qu'on y reçoit de la nécessité de vaguer mendiant leur pain, et de la fainéantise qui multiplie les larcins, les vols et les meurtres. Et les hôpitaux, surtout ceux qu'on appelle hôpitaux généraux, ont encore cette utilité pour la religion et pour la police, que les aumônes sont plus utilement employées, que les pauvres sont mieux secourus, qu'ils ne sauraient l'être dans les autres lieux où leur pauvreté pourrait leur permettre de se retirer, et qu'ainsi cessant de vaguer, ils sont beaucoup moins à charge au public (i).
On peut ajouter à ces diverses considérations de l'utilité des hôpitaux, et pour la religion, et pour la police, qu'ils ont été nécessaires pour un autre bien commun à l'une et à l'autre.
Personne n'ignore que Dieu a mis tous les hommes dans une société qui fait un corps, dont chacun est membre; d'où il s'ensuit que tous les biens étant destinés par sa providence pointeurs besoins, il est de la religion et de la police de chaque état, que chacun y ait ce qui lui est nécessaire; car encore que tous les biens ne soient pas communs entre tous les hommes, et qu'une communauté de tout entre tous, ne soit ni juste, ni possible, comme on l'a remarqué dans la préface de la seconde partie des lois civiles, il est toujours juste et nécessaire que chacun ait quelque part à des biens qui sont faits pour tous, et que personne ne manque d'en avoir au moins ce qui peut être nécessaire pour l'habitation, la nourriture et le vêtement, afin que tous soient dans l'état des membres du corps de la société, et qu'ils puissent subsister dans les liaisons qu'elle demande, et qui sont surtout nécessaires pour les différens devoirs de la religion.
Mais comme la mendicité met ceux qui y sont réduits hors de l'usage de ces liaisons, et les éloigne de ces devoirs, si les autres ne les tirent de cet état , il n'y a que deux voies pour y pourvoir : l'une est la retraite des pauvres dans les hôpitaux, et l'autre est le secours que tous les particuliers qui sont en état de les assister doivent leur donner.
Par les établissemens des hôpitaux, on met ceux qui y sont reçus dans l'usage des liaisons que demande la religion, et dans l'état d'en accomplir les devoirs qui les regardent ; mais parce qu'il n'est pas possible que tous les pauvres soient reçus'dans des hôpitaux, soit parce qu'il n'y en a pas assez pour tous, ou parce que plusieurs en sont exclus par divers obstacles; le même ordre divin, qui a forme la société des hommes, et qui en a lait le fondement naturel de l'union, que la religion doit lier entre eux,
(i)L. un. c. demonci. val. V'nv. 80. c. ~> v. cap. £, eod.