‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 2)Chapitre 10 sur 239 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

▲ RLBQD lie.

Vous laves dit. Je remarquai que moa discours ]es avoil réjouis ; mais cela nVmpecha pas qu'ils ne me condamnassent sur l'heure à être pendu et étran<glé à la Croix du Trahoir.

MEZZBTIV.

Quel malheur!

ARLEQUIN

Quand j'entendis qu'on m'ailoit pendre, je corn* mençai à crier : Mais, messieurs, vous n'y pensez ps. Me pendre , moi ! je ne suis qu'un jeune homme qui ne fais que d'entrer dans le monde ; et d'ailleurs, je n'ai pas l'âge compétent pour être pendu.

MEZZETIir.

C'étoit une bonne raison celle-là.

Aussi y eurent-ils beaucoup d'égard ; et, pour ihire les choses dans l'ordre , ils me firent expédier une dispense d'âge. Me voilà donc dans la charrette. Je ne <)isois root ; mais j'enrageois comme tous les diables. Nous arrivons en6n à la Croix du Trahoir , ap pied de cette Êitale colonne qui de voit être le non plus ultih de ma y\e , et qu'on appelle vulgairement la potence. Comme j'étois fort fatigué du voyage , j'avois soif, je demandai à boire : on me proposa si je voulois de la bière. Je dis que non, et que cela pourroit par la suite me donner la gravelle ; je priai seulement les archers de me laisser boire à la fontaine. On se ran ;e en haie ; je m'approche de la fontaine ; je donne un

coup d'œil autour de moi , et zest , je m'élance la tête en avant dans le robinet de la fontaine. Les archers, surpris, courent à moi, et me tirent par les pieds ; et moi je m*enfonce toujours avec les mains , de manière que j^entrai tout etitier dans le tuyau de la fontaine, et il ne resta aux archers que mes souliers pour les pendre. Du robinet de la fontaine, je descendis dans la Seine ; de là , je fus à la nage jusqu'au Havre-de-Grâce; au Havre-dc-Grâce, je m'embarquai pour les Indes, d'où me voilà présentement de retour; et voici mon histoire achevée.

MEZZETIir.

Il ne me reste qu'une difficulté , qui est de savoir comment , gros comme tu es , tu as pu te fourrer dans le robinet de la fontaine.

AIlLEQUiy.

Va , va , mon ami , quand on est près d'être pendu , on est diablement mince.

MEZZETIN

Tu as , ma foi , raison. Va m'attendre au Petit Trianon ; dans un moment je suis à toi , et je te mènerai chez M. Aurélio. Mais d'où vient que tu n'enfonces point tes pieds jusqu'au fond de tes bottes, et que tu marches sur la tige ?

ARLEQUIN

Je le fais exprès pour épargner les semelles.

(ni*enTa.)

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