‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 2)Chapitre 9 sur 239 · ACTE I, SCENE IL 4i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IL 4i

MEZZETIN

Qui envoya-t«^lle ? des pages?

ARLEQUIN

Nenni, diable ! c'étoient tous gens de distinction et qualifiés. Ils avoient des épees , des plumets bleus, des mousquetons.

MEZZETIN

Je vous entends; poursuivez.

ARLEQUIN*

Ces messieurs montèrent donc dans ma chambre , et, le plus honnc^tement du monde, me prièrent, de la part de la justice, de lui aller parler tout à Theurè; qu^il y avoit un carrosse à la porte /qui m'attendoit.

MEZZETIN

Et vous ?

Et moi , j'eus beau dire que j'avois affaire, que je ne pouvois pas sortir, que j'irois une autre fois, il me fut impossible de résister aux honnêtetés et aux empressements de ces messieurs-là.

MEZZETIN, à p«rt.

Aux honnêtetés des pousse-culs !

ARLEQUIN

Oh , pour cela , rien n'est plus vrai ; je n'ai jamais vu de gens plus honnêtes. L'un m'avoit pris par un bras, aussi m'avoit fait l'autre, en me disant le plus obligeamment du monde : Oh! puisque nous avons élé assez heureux que de vous trouver, vous ne nous échapperez pas , et nous aurons le plaisir de vous

4a LE DIVORCE.

emmener avec nous ; et à force de civilités , ils m'entraînèrent dans leur carrosse , et me conduisirent k la justice. D'abord que je fus arrivé , on me présenta à cinq ou six visages vénérables , qui étoient assis sur des fleurs-de-lis.

MEZZETIlf.

Fort bien ! et ces messieurs ne vous prièrent-ils point de vous asseoir?

ARLEQUIN

Assurément. Celui qui étoit au milieu d'eux me dit : N'est-ce point vous, monsieur , qui vous mêlez de médailles ? A quoi je répondis fort modestement : Oui, monsieur, pour vous rendre mes très humbles services. Vous êtes un honnête homme, ajouta-t-il; tout à l'heure nous allons parler à vous ; asseyez-vous toujours en attendant.

MEZZETIir.

Et oii t'asseoir ? dans un fauteuil ?

ARLEQUIir.

Bon! sur une petite chaise de bois qu'on avoit mise à côté de moi. Ces messieurs donc, après s'^'tre parlé à Toreille, me demandèrent encore si véritable-* ment c'étoit moi qui avois cet heureux talent. Je leur répliquai qu'oui , que je leur demandois excuse si je ne faisois pas aussi bien que je l'aurois souhaité; mais que j'avois grande envie do travailler, et qu'avec le temps, j'espérois devenir plus habile.

MEZZETIN

Fort bien. Et eux parurent fort contents d^ votre

déclaration ?

Page 1