S€ÈNE IL ARLEQUIN, CINTHIO, ISABELLE
ARLEQUIN
Quel diable de bruit fait-on ici ? on diroit que le diable emporte la maison. Il me senible , monsieur, que vous pressez de près ma servante. Croyez-vous donc que Ton soit obligé de vous tenir hôtellerie de filles? Ma foi, c*est pour votre nez qu'on vous en garde !
GINTIirO.
Oh, oh ! voilà un hôte bien rébarbatif; je vois bien que cet homme-ci ne parle d'ordinaire qu'à dos chevaux. Monsieur, c'est un petit ditTérend que j avois avec Claudine ; je lui demandois quolqtic ustensile dont j'avois besoin.
ilftLEQUIN.
Comment donc I monsieur , pour qui prenez-vous ma servante ? Je vous prie de croire que ce n'est pas m ustensile.... Ouais I
CINTHIO
Sans tant de bruit , voyons , monsieur, ce que je vous dois. Quand vous voudrez tenir hôtellerie , faites provision de servantes qui considèrent les gens de qualité.
A.RLBQUIN.
Comment donc , coquine ! d'où vient que mon-
sieur se plaint de vous ? Ne vous ai-je pas dit qu'une servante d'hôtellerie doit être douce et avenante aux étrangers?
CINTHIO
Eh, monsieur! elle ne Test que trop.
ARLEQUIN
Gomment ! elle ne Test que trop I Ce n'est pas d'aujourd'hui que je m'en doute. Voyez -vous la carogne, comme elle est brave 1 Je ne l'avois prise que pour servir à la cuisine ; mais je vois bien que la frrponnç ne s'en tient pas là.
ISABELLE
Si je suis brave , ce n'est pas à vos dépens. Est-ce que vous voulez que j'aille toute nue ?
ARLEQUIN
Oui, je le veux. Une fille ne gagne pas tant d'ar^ gent à ne faire que des Hts dans une hôtellerie.
ISABELLE, à part.
Il faut se tirer d'affaire, (haut.) Et qu'ai-je donc fait pour faire tant de bruit ? Ce beau monsieur-là est bien plaisant d'amener des filles dans notre hôtellerie pour le servir, et emporter tous nos profits!
ARLEQUIN
Comment donc I est-ce qu'il y a un peu de gravelure à son fait ?
ISABELLE
Il dit que c'est sa sœur. Hé 1 oui , voilà encore une belle parenté ! Il ne passe point de monsieur dans l'hôtellerie dont je ne puisse bien être de même