‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 2)Chapitre 159 sur 239 · ACTE II, SCENE IL aSy · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL aSy

c'étoit une volaille délicate que j'avois pris soin d^élever, et que je nourrissois à la brochette avec autant de plaisir que si c'eût été moi-même ; elle faisoit envie de manger h tous ceux qui la voyoient, et cependant je ne la gardois qu'à monsieur. Allez, cela est bien vilaiin de reconnoitre si mal les soins que Ton prend pour vous.

ARLEQUIir.

C'est peut-être que vous n'aimez pas la viande bardée ; une autre fois on vous la fera larder.

CIirTHIO.

Bardé , lardé , cela m'est indifférent : quand les choses sont bonnes, je les trouve telles; je ne m'y laisse point attraper.

ISABELLE

Il faudroit, pour satisfaire le goût de monsieur, lui servir quelque vieille volaille racornie , quelque doyenne de basse-cour. Oh ! ce seroit là le moyen de gagner ses bonnes grâces.

ARLEQUIN

Oh ! parbleu , mon/sieur , si vous aimez la viande coriace , nous vous en donnerons tout votre soûJ.

GIirTHIO.

Eh , monsieur I

ARLEQUIN

J'ai une oie qui me sert depuis trois mois à faire mes soupes ; vous en aurez la fleur. Il n'y a point encore eu de postillon assez hardi pour mettre la dent dessus.

ISABELLE

Voilà justement TafTaire de monsieur.

ARLEQUIN

Allons , taisez-vous ; que je ne vous entende pas souffler ; rentrez là-dedans. Je vois bien que monsieur ne se connoît pas mieux en servantes qu'en poulardes : on vous mettra une aile .de bœuf sur le gril.

(Scènes italiennes.)

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