ACTE I, SCENE V. 3iî
iiiL'nt; maïs avec un peu de beaiilô , et trois ou quatre jnouclies uir le nez, une fille ne va pas loin dans la .sK'clc oïl nous sommes. Il faut de cela pour plaire (F.ii«Kioacbsif (Vom), et pour attraper un époux, qui est le point difTieile. Nous eommençong tout doumnent à monter en graine , et nous sommes assez fortes pour bien soutenir une thèse en mariage,
ISA.DKLI.E.
J'en tombe d'accord. Crois-tu , cousine', que j'aie le cœur plus dur que toi? Je sens quelquefois qu'une fille n'est pas nc'e pour vivre seule j je t'avouerai mCme que j'emploie tout mon f^sprit pour attirer cjudquc amant dans le (ilct conjugid. Mais les hommes sont des pestes de poissons ruses qui viennent baiilner autour de l'nppât , et qui mordent rarement ù riiameçon. Le mariage se décrie de jour en jour ; je crois, pour moi, que nous allons voir lu Hn du inonde.
COLOMHINK.
Que tu es folle! Quoique le mariage ne soit plus guère h la mode, les hommes ont beau faire, ils ne sHuroiont se passer de nous. Leur répugnance pour le mariage vient de la simplicité des Hllcs qui ne savent pas jouer leur rôle. L'homme est un animal ({ui veut âtre trompé.
ISABELLE
Je ne m'applique nuit et jour h autre chose. Je relève, avec art, les ngrémcnls (|ue la nature m'a iluuué>:jr j'Mii^ ;i i|>ii'l']ii<' 1,11 Haut d'esprit les talents
3a4 LA COQUETTE,
de la poésie et de la musique : pour mes manières, elles sont douées et insinuantes ; et , avec tout cela, point d'épouseurs.
C0LOMBfZr£.
M/iis que prétendent donc tous ces petits messieurs-ià ?
ISABELLE
C^est ce que je ne conçois pas. On sait bien qu'il y a de certaines avances qui accrochent quelquefois. Mais vous en aurez menti , messieurs les soupirants; et si j'accorde quelque faveur , ce ne sera , ma foi , que par-devant notaire, et en vertu d'un bon parchemin bien signé.
COLOMBIirJ2.
Cependant ce n'est^pas une chose si difficile que tu le penses, d'engager un homme. Savoir risquer un billet dans son temps, marcher sur le piedà Tun, tendre la main à l'autre, se brouiller avec celui-ci, se raccommoder avec celui-là : crois-moi , avec ce petit manége-lâ, il faut, bon gré, mal gré, que quelque béte donne dans les toiles.
ISABELLe.
Il me semble que tu copies assez bien une coquette d'après nature. Prends-y garde , au moins; on ne fait plus guère de fortune à ce métier-là.
COLOMBINK.
Bon ! il n'y a plus que les sottes qui se persuadent d'attraper des hommes par des airs composés. Cousine, le monde m'en a plus appris qu'à toi, et je le