‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 2)Chapitre 19 sur 239 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

]S.lBEltE,COLOMBINE,M. DE TROTF.NVILLE,

mailre ■ diOKr, lor dd pclil chcvil.

TROTBHVILLE.

Jectoîs, mademoiselle y que vous n*avez pa&l'honnnir de me connoître ; mais quand vous saurez que je m'appelle monsieur de la Gavotte, sieur de Trotniilje, vous devinerez aisément que je suis maître

idiaser.

ISABELLE

Voira nom , monsieur , est assez connu dans Paris ; fl j'espère devenir une bonne écolière, ayant pour Dullie le plus habile homme du métier.

TROTENVILLE.

Ah, madame ! vous mettez ma modestie hors de l'idence; et quand on n'a , comme moi, qu'un mérite '^er et cabriolant , pour peu qu'on l'élève par dos louanges un peu fortes, îl court risque, en tombant,

lie se casser le cou.

COLOHBINS.

Miséricorde! que m<»isieurde Trotenville a d'esprit!

ISABELLE

Avrai que vnilà uni- [Kiisée qui est tout-à-fait ^en u'uvrc; c'<-st un brillant.

Il I I :V \ 1 l.LE.

m;i<K'iiiui^elle , les gens de notre

profession en regorgent. Eh! qui en auroit, si nous n'en avions pas ? Nous sommes tous les jours parmi tout ce qu'il y a de gens de qualité. Je sors présentement de chez la femme d'un élu , où je me suis fait admirer par mon esprit; j'ai deviné une énigme du Mercure galant. Vous savez, madame, que c'est là présentement la pierre de touche du bel esprit.

COLOMBirrE.

Ah ! par ma foi , les beaux esprits sont donc bien communs ? car la moitié du Mercure n'est remplie que des noms de ceux qui les devinent. Pour vous , monsieur, vous n'avez pas besoin que Ton imprime le vôtre , pour faire connoitre votre mérite au public ; on sait assez que vous êtes l'honneur de Tescarpin. Mais je vous prie de me dire pourquoi vous avez un si petit cheval.

TROTEirVILLE.

J'avois autrefois un carrosse à un cheval ; mais mes amis m'ont conseillé de changer de voiture , afin de ne«pas causer une erreur dans le public , qui prend souvent , dans cet équipage-là , un maître à danser pour un lévrier d'Hippocr^te.

GOLOMBINE.

Vous devriez bien avoir un carrosse à deux chevaux : depuis que l'on ne joue plus, il y a tant de chevaliers qui en ont à vendre.

TROTENVfLLE.

Je ne donnerois pas ce petit cheval-là pour les deux meilleurs chevaux de Paris ; c'est un diable

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