‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 2)Chapitre 193 sur 239 · ACTE I, SCENE XV. SSg · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE XV. SSg

COLOMBINE

Pourquoi donc , monsieur ?

NIGAUDIir.

J avois hypothèque spéciale sur votre cœur, sans ce \isage d^épetier qui est arrivé, et qui se prétend privilégié sur la chose; mais, ventrebleu ! nous ▼errons.

COLOMBINB.

Eh ! que craint-on , monsieur, quand on est fiiit comme vous ?

NIGAUDIir.

U est vrai qu'un juge craint fort peu de chose; mais la plupart de ces gens de guerre sont des brutaux qui usent d'abord des voies de (ait. Nous autres, nous faisons notre affaire en douceur, et nous n aimons pas le fracas de la bi*ette.

COLOMUINE.

Vous avez assez d'autres endroits pour vous faire distinguer.

HIGAUDIN.

Ce n'est pas , ventrebleu ! qu on n'ait du cœur. Je voudrois que vous me vissiez aux buvettes ; je fais tout trembler ; et si tous mes confrères les praticiens me ressembloient, il ne se recevroit pas le quart des Basardes qui se donnent tous les jours.

COLOMBINE

Je gagerois , à votre air, que vous opinez lepée à la main , et je vous prendrois quelquefois pour un colonel de robe.

34o LA COQUETTE.

NIGAUDIN.

Vous trouvez donc mon habit joli ? C'est un petit déshabillé de chasse que je me suis fait faire pour la cour. N'est-il pas vrai que Tépée me sied bien?

GOLOMBINE.

A charmer.

irrGAUDiir.

Je sens quelquefois des convulsions de bravoure que je ne saurois retenir. ( n tonfM. } Tétois né pour la guerre ; mais mon père , voyant que j'avois trop d'esprit pour ce métier-là, me mit dans notre présidial de Beauvais^ et m'acheta une charge d'assesseur.

GOLOMBIirB.

Ah , monsieur l'assesseur ! si vous débrouillez aussi bien un procès que vous savez vous faire jour dans un cœur , que vous êtes un juge éclairé !

IflGAUDIir.

Tout franc , mademoiselle , je ne me plains pas de mes lumières , et je vous avoue que j'ai une pénétration d'esprit qui me surprend quelquefois. Je jugeai dernièrement un gros procès à l'audience, dont je n'avois pas entendu un mot.

GOLOMBIICE.

Pas un motl Et comment avez- vous pu rendre la justice?

KIGAUDIZC.

Bon ! dans tous les procès , il n'y a qu'une routine. L'une des parties m'avoit envoyé un caiTosse de cent

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