ACTE I, SCENE VIL 5g
ISABELLE, regardant l'habit de Trolenvîlla.
Mon dieu , que voilà uq joli Ihihit ! Je voui^ trouve un fonds de bon air que vous répandez sur tout.
TROTENVILLE.
Fi , madame! vous vous moquez ; c'est une guenille. Que peut-on avoir pour cinquante ou soixante pistoles? Je voudrois que vous vissiez ma garde-robe; Hle est des plus magnifiques, et si, sans vanité, elle ne me coûte guère.
COLOMBTNE.
Ho bien , monsieur , nous la verrons une autre fois; mais présentement je vous prie de danser un menuet avec moi.
TROTENVILLE.
Oui-dà, très volontiers : allons.
COLOMBINE
Qui est cet homme-là qui est avec vous ?
TROTENVILLE.
C'est ma poche. Tel (Jue ions le voyez , il n'y a point d'homme au monde qui gotirmandc une chanlerelle comme lui ; ilferoit danser, s'il l'avoit entrepris , tous les invalides et leur hôtel. Vous allez voir.
(L'homme prend la poche dans la queue dii cheval, et en joue; Colombine et Trotenville dannent. ) Hé bien , madame , qUC
dites-vous de ma danse ?
ISABELLE
J'en suis charmée.
TROTENVILLE.
Ne voulez-vous point que j'aie l'honneur de danser avec vous ?
6o LE DIVORCE.
ISABELLE
Pour aujourd'hui, monsieur, il n'y a pas moyen; je suis d'une fatigue , cela ne se conçoit pas* Mais avant que de me quitter , je vous prie de me dire combien vous prenez par mois*
TROTENVILLE.
Par mois , madame ! c'est bon pour les maîtres à danser fantassins. On me donne une marque chaque visite ; et je veux vous montrer quel a été le travail de cette semaine. Hé ! qu'on m'apporte ma valise*
Vous allez voir. Allez donc. (Oo déuche one value, qae Vou apporte pleine de marques faites de cartes. )
COLOMBIirE.
Ah j mon dieu ! vous avez été plus de vingt ans à faire toutes ces leçons-là.
TROTEirVILLE.
Bon , bon ! c'est le travail d'une semaine ; et si , ce que je vous montre là , c'est de l'argent comptant. Je n'ai qu'à aller chez le premier banquier, je suis sûr de toucher un demi-louis d'or de chaque billet.
COLOMBIirE.
Un demi-louis d'or pour une leçon ! On ne donnoit autrefois aux meilleurs maîtres qu'un écu par mois.
TROTENVILLK.
Il est vrai ; mais dans ce temps-là les maîtres à danser n'étoient pas obligés d'être dorés dessus et dessous , comme à présent; et une paire de galoches étoit la voiture qui les menoit par toute la ville. Mais