‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 2)Chapitre 232 sur 239 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

ARLEQUIN, COLOMBINE

AnLEgi;iN« IH bien 9 mademoiselle , ne vous avoin-je pan bien dit ({U*il n'y avoit guère de marquis plus ridicule que moi?

A vous parler sinr^lTement, pour un fuarquii (k nouvelle impression , vous ne jouez pas mal votre r(')le, et Ton eroiroit que vous lauriez étudU* toute votre vie.

AnrKQc/rff,

Étudiât I moi, /'tudi/;! Palsemhleul vous ne lepretiez pas mal. Étudie I Vous ne savez donc pas qu6Je»ui« homme de qualit<*? A peine sain-je /*crire mon nom!

ACTK m, SCENK VII. 3c,;î

C0L01kllllNK«

VoUH voulez vou» (livtMtir; je nais ce que jo doit croire^ c*t j'appt*llc do votre itiodrHtic.

AltMCQUIfl.

CclnrHl, parbl(*u,comin()jo voiu le dis; et je veux que le diable mVniporte si jnttmis j*ai ou d*HUtrei livres qu*un AlmatiAch ovcc un Parfnit Maréelud. Don! que nous fnut-il à nous autres gens de cour? Beaucoup de lionne opinion, saupoudrée de quehjues grains dVITronteric. Voilà toute notre science aupràs des femmes, (n «• |iioiu^n«.)

Mais où allez-vous donc? Vous avez des inquiétti'les horribles dans les jambes , et vous ne sauriez vous tenir un moment en place.

AHLRQtniY.

Ma foi, mademoiselle , il faut du plnin«pied h un marquis. Je voudrois que vous vissiez h la Comédie le terrain que jWnqie sur le théAtrr* Oh, parbleu! la scène nVst jamais vide avec moi. Il n*y a (|ue lo tliéilitre de TOpéra où je me trouve un peu en bras- •ii^re; je n*y saurois pirouetter h ma fantaisie.

COl.OMfilNK.

G*est-à-dire que vous n'oseriez pas y faire lo fanfaron comme ailleurs.

ARLEQUIN

Je suis pourtant toujours sur le bord du théAtre. Il y a long- temps que j'ai secoué lo pudeur de ces demi-genr de qualité qui commencent il se donner

au public. Yentrebleu! je ne tâte point des (Coulisses; sur Torchestre, morbleu! sur l'orchestre.

COLOMBIITE.

Je ne sais pas, pour moi, quel plaisir prennent certaines gens , à la Comédie , de venir étouffer un acteur jusque sur les chandelles. Comment voulezvous qu'un pauvre diable de comédien se fasse entendre au bout d'une salle? il faut donc qu'il crève?

ARLEQUIir.

Parbleu ! qu'il crève s'il veut; il est payé pour cela.

Mais, de bonne foi, monsieur le Marquis, croyezvous que ce soit pour voir peigner votre perruque , prendre du tabac , et faire votre carrousel sur le théâtre, que le parterre donne ses quinze sols?

ARLEQUIN

N'est-ce pas bien de l'honneur pour lui de voir des gens de qualité ? Ma foi , quand il n'auroit que ce plaisir-là , cela vaut bien une mauvaise comédie.

C0LO3IBINE.

Assurément ; c'est ce qui fait qu'il s'est mis en droit de vous siffler aussi-bien que les méchantes pièces.

ARLEQUIN

Il est vrai que le parterre devient terriblement orgueilleux : ce sont ces Italiens qui ont achevé de le gâter. Savez-vous bien que cet été ils l'ont traité de monseigneur dans un placet? Le parterre monseigneur ! j'enrage !

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