‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 2)Chapitre 51 sur 239 · ACTE III, SCENE VL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VL

tise ; que le mariage est une affaire à laquelle il faut songer toute sa vie ; qu'un bon singe et la meilleure femme sont souvent deux méchants animaux; et que ce grand philosophe avoit bien raison de s'écrier, en voyant trois ou quatre femmes pendues à un arbre : Que les hommes seroient heureux si tous les arbres portoient de semblables fruits !

CORNICHON

Ce fruit-là seroit diablement acre , et il ne seroit bon, tout au plus, qu'en compote.

buaillardet.

Il vit , dès le jour même de son mariage , introduire chez lui l'usage des deux lits, usage condamné par nos pères , inventé par la discorde , et fomenté par le libertinage ; usage que je puis nommer ici la perte du ménage , l'ennemi mortel de la réconciliation, et le couteau fatal dont on égorge sa postérité.

CORNICHON

Est-ce que l'on se marie pour coucher avec sa femme ? fi 1 cela est du dernier bourgeois.

BRAILLARDET.

Il vit fondre chez lui , dès le lendemain , tous les fainéants de la ville , chevaliers sans ordre , beaux esprits sans aveu; cent petits poètes crottés, vrais chardons du Parnasse ; de ces fades blondins , minces colifichets de ruelles ; en un mot , il vit faire de sa maison une académie de jeux défendus, et fut obligé de payer une grosse amende , à quoi il fut condamné. Oui, oui, messieurs, je n'avance rien que de véri-

loo LE DIVORCE.

table ; et , malgré toutes les précautions , il n'a pas laissé de la payer cette amende , dont voici la quittance signée Pallot. Mais qui fut le dénonciateur ? Voiis croyez peut-être que ce fut, comme d'ordinaire , quelque fripon de laquais enragé d'avoir été chassé de lamaison, ou quelque joueur, outré d'avoir perdu son argent ? Non, messieurs, non; ce fut la dame Sotinet. La dame Sotinet ! oui, messieurs, ce fut elle qui , ne sachant plus où trouver de l'argent pour jouer, alla dénoncer elle-même que Ton jouoit chez elle : elle fut condamnée à trois mille livres d'amende. Son mari les paya ; elle reçut son tiers comme dénonciatrice. Que direz-vous', races futures , d'un pareil brigandage ?

Quid non mulUhria pectora cogls, Auri sacra famés?

GORNICHOIf.

Vous devriez garder vos passages pour une meilleure cause. Voilà bien du latin de perdu. S'il ne tient qu'à parler latin....

BRAILLARDET.

Hé ! je parle bon françois, maître Cornichon ; on m'entend bien. Mais ce n'ctoit là qu'un prélude des pièces qu'elle devoit faire dans la suite à son mari. Les pierreries engagées; la vaisselle d'argent vendue; des tableaux d'un prix extraordinaire enlevés ; car le sieur Sotinet a toujours été extrêmement curieux d'originaux , et se connoissoit parfaitement en peinture.

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