‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 2)Chapitre 61 sur 239 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

ARLEQUIN, COLOMBINE

GOLOMBINE.

De quoi vivrons-nous en ce pays*ci? car nous n^avons point d'argent.

ARLEQUIN

Gela m'embarrasse un peu; car ce diable d'argent, c'est la cheville ouvrière d'un ménage. .

COLOMBINE

Si tu voulois me laisser faire, je ferois de bonnes connoissances , et nous n'en serions pas plus mal. Autrefois , quand tu étois absent , je ne manquois de rien»

ARLEQUIN

Tant pis, morbleu, tant pis! Je me défie diablement de ces femmes qui battent mohnoie en l'absence de leurs maris.

Ne voilà-t-il pas ? Ces maris se mettent d'abord cent choses dans la tête. C'est bien cela 1 J'ai des secrets merveilleux , qui m'ont été donnés par un chimiste qui m'aimoit autrefois.

ARLEQUIN

N'est-ce pas celui qui a le laboratoire au collège des Quatre-Nations , qui vend du chocolat volatil , ^ de la crème de perle et du sirop de diamants?

Ï22 LA DESCENl'E D'ARLEQUIN, etc.

COrOMBINE.

Je compose une huile, que j'appelle élixir de patience, dont une goutte, appliquée survie front d'un mari, le délivre pour jan^ris du mal de tête.

ARLEQUIN

Diable ! voilh qui est beau ! Mais je crois que tu gagnero» bien davantage si ton secret le délivroit de sa femme.

GOLOftrîîIWÉ.

J'en ai un autre bien plus beau pour les femmes d'aujourd'hui : je compose la poudre dé bonne réputation.

ABLEQUIW.

Oh, oh! je crois qu'elle est diablement difficile à feire !

Qu'une coquette soit décriée, que sa conduite soit la plus raboteuse du monde, elle n'a qu'à chatigcr de quartier, ne plus voir d'hommes, et prendre une pincée de ma poudre dans un bouillon, en trois mois elle fera assaut de vertu avec les plus vestales.

ARLEQUIN

Voilà le plus beau secret du monde. Mais pouv-tu faire asse^de cette poudre-là? J'en ai un pom* le moin» aussi beau. Qu'un homme ait une colique enragée , en un moment je la lui fais passer; je le couche par terre, je fais chauffer une meule de mouhn , et je la lui applique sur l'estomac : n'ayez pas peur qu'il ait jamais la colique.

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