SCENE II. ia
GOLOMBINE.
Ni la colique ni autre mal,
ARLEQUIN
Le malade meurt ordinairement ; mais s'il ne mouroit pas, ce seroit le plus beau secret du monde. J'ai encore un autre moyen pour gagner de Targent. Tu sais bien que , quand je joue de ma lyre , je fais tout venir à moi. Je n'ai qu'à aller aux Invalides , je servirai de grue pour monter les pierres , et on me paiera comme trente manœuvres ensemble.
COLOMBINE
Fi ! voilà un vilain métier ! Je ne veux point d'un mari grue. Fais-toi plutôt maître à chanter ; on te donnera deux louis d'or par mois , et tu trouveras peut-être quelque écolière à qui tu ne déplairas pas; car voilà la grippe des femmes d'aujourd'hui.
ARLEQUIir.
Quoi! est-ce un si bon métier?
Je te dis qu'il n'y a pas une plus jolie' vacation au inonde; on est de tous les bons reps^; jamais de promenades sans le maître à chanter : on se donne de petits airs de familiarité avec l'écolière ; on lui prend la main pour lui faire battre la mesure : le mari passe tout sur la foi de la musique , et il ne se doute pas, bien souvent, de la partie qu'on fait chanter à' sa femme.
ARLEQUIN
Voila mon affaire : il n^y a qu'une ohose qui m'em-
1^4 LA DESCENTE D'ARLEQUIN, etc.
barrasse ; il me semble que je ne suis pas assez bien habillé.
GOLOKBIME
Ne te mets pas en peine ; tu n'auras pas montré trois mois, que tu seras aussi doré que les maîtres à danser. Bon! une écolière, en levant une jupe chez un marchand , ne lève-t-elle pas aussi une veste pour son maître de musique ? Qu'est-ce quMl lui en coûte ? c'est le mari qui paye cela; la bâte a bon dos.
ARLEQUIir.
Voilà de jolis profits; mais aussi on a bien de la peine : c*cst un rude métier : il faut quelquefois chanter quand on a envie de boire. Mais n'importe, voilà qui est fait ; quand l'argent me manquera , je me jette dans la musique. Adieu ; je m'en vais chercher Orphée ; il n'a qu'à se bien tenir ; je lui ferai manger son violon jusqu'au manche.
COLOKBINE.
Et moi , je vais travailler à ma poudre de bonne réputation.
ARtEQUIir.
Ne manque pas d'en garder pour toi. A propos, qu'as-tu fait de nos enfants?
GOLOMBIKE.
Pour les cacher à cette flme damnée de Jupiter , qui nous en a tué déjà deux, j'en ai fait un ballot, que j'ai porté à la douane ; et je vais voir s*il est arrivé , pour en payer les droits.