‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 2)Chapitre 82 sur 239 · DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

DE L'ÉDITEUR

(jtTTE pièce a cte jouée pour la première foî« 1<* lo janvier i(><)o.

On a dît qu'elle avoît cAv faite piur être oppow-f il celle que Baron donnoit dans le niAnie temps ku Théâtre françois ; mais cela n'est point vrai- M-rnblable : il s'en faut bien que les deux pièces Wiicnt du même temps ; il y avoit quatre ans qu'on ne jouoit plus celle de Baron quand Bernard a donné la sienne. '

D'ailleurs , jétiequin homme à bonnes fort n nés, if Regiuird| n'est ni une parodie , ni une copie df celui de Baron. Moncade, dans Baron, est nri homme aimable et poli, habile dans l'art de *.'**luirc les femmes, et fait piur leur inspirer de ) intérêt. Arlequin , dan^i Kcf^naid , est un laquais (i«'^uisé tantôt en vicomte, tantôt en prince étran-

' l' fft mmt à h tu m H forttmM , comédie* en cinq actr« et m firoftc , 'ir Bitrcy», a m de mile* vinut-trûU rrinvMruUiionA, dont U drrti"'>* fot domifr If vrndrrdi 5 a?rtl H«8fi, trille dr la clAtiirf du ••" j»r«- fV0yti VHutoirm eu Jftéùtrt françoU , tome xi«f p«g<* 6.)

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ger, qui ne sait que voler et escroquer, et qui se conduit auprès des femmes précisément comme il faut pour ne pas réussir : quand il leur parle , il leur dit des injures; quand il leur écrit, c'est dans le style des corps-de-garde ; quand il les instruit, c'est à la manière d'Arnolphe dans V École des Femmes. Assurément on a peu de bonnes fortunes par de pareils moyens.

Cependant la pièce de Regnard n'est pas sans mérite , mais ce n'est pas dans la partie qui répond au titre : il y a une intrigue dans laquelle l'Homme à bonnes fortunes n'est pour rien ; et cette intrigue est une des mieux suivies du Théâtre italien.

Brocantin est veuf, et a deux filles qui ont la plus grande envie d'être mariées. L'aînée veut en détourner, la cadette : c'est la première scène de l'intrigue ; elle parolt avoir quelque rapport avec celle d'Armande et Henriette dans les Femmes suivantes. Cette scène est très bien dialoguée, ainsi que la suivante , où Pierrot survient ; mais elles sont toutes deux très libres. C'est un reproche à faire trop souvent au Théâtre italien.

Le père vient ensuite annoncer à Isabelle, l'ainée de ses filles, qu'il a dessein de la marier à un médecin. Isabelle, éprise d'Octave, refuse le docteur ; propose Colombine sa sœur cadette , a qui elle aime mieux céder ses droits d'aînesse. Colombine, de son côté, refuse parce qu'elle

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est la cadette ; d'ailleurs elle se croit aimée du vicomte , et elle lui a écrit de la venir voir.

Ce vicomte est l'Homme à bonnes fortunes , qui arrive en se querellant avec un fiacre , qu'il ne veut pas payer. On reconnolt là le marquis de Mascarille des Précieuses^ qui refuse de payer ses porteurs. I^a scène ne finit pas précisément de même : Mascarille paye enfin , mais Arlequin fait payer par sa maltresse. Après avoir conversé avec Colombine , qu'il traite fort cavalièrement , il la fait chanter. Bientôt on vient lui dire que des sergents l'attendent à la porte pour le mettre en prison. Cette circonstance fait qu'il avoue à Colombine que , pour avoir de l'argent , il a fait un faux billet , et que celui dont il a pris le nom ne voulant pas payer , on le poursuit. Colombine lui donne tout ce qu'elle a de diamants et de bijoux , et il les emporte avec un dédain assez grossier. Voilà un échantillon des bonnes fortunes du vicomte.

Isabelle , pour rebuter le médecin y se déguise en militaire qui parolt attendre Isabelle elle-même dans son appartement. Le médecin parle au militaire de ses prétentions : celui-ci lui rit au nez^ le plaisante y lui dépeint Isabelle comme une fille dont il connoit toute la personne^ et sur laquelle la malignité publique s'exerce continuellement. Il avoue qu'il passe toutes les nuits dans sa chambre j et qu'elle ne sauroit se coucher sans lui.

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Cette scène y qui paroit neuve , est très plaisante , et les spectateurs ne peuvent s'en oflfenser, parce qu'ils sont prévenus du déguisement.

Mais ce n'est pas assez d'avoir dégoûté le médecin y on veut encore faire revenir le père d'Isabelle. Arlequin, ci-devant vicomte, paroit en prince Tonquin des Curieux , qui veut épouser Colombine ; et quand il sait que le médecin veut épouser Isabelle , il lui arrache quelques poils de sa moustache , pour faire voir qu'il a une barbe postiche , et prédit qu'il sera pendu dans vingtquatre heures. C'en est assez pour que Brocantin le congédie, et aussitôt le prince propose Octave comme un grand seigneur de sa cour ; et luimême, gardant toujours son rôle de prince, épouse Colombine.

Cette supercherie , qui a son modèle dans le Bourgeois gentilhomme, avoitdéjà été présentée au Théâtre italien dans la comédie intitulée Arlequin empereur dans la lune , et dans Mezzetin grand sopki de Perse ; et il faut avouer qu'elle y" convenoit mieux.

La suite du Prince des Curieux , composée de perroquets , de singes, etc. a dû fair^ beaucoup de spectacle ; et le déguisement d'un homme en perroquet , tout monstrueux qu'il est, a dû plaire sur un théâtre où le ridicule et l'extravagance attiroient une foule immense de spectateurs.

Quoique la comédie de V Homme à bonnes far-

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tunes ait eu le plus grand succès , il lie paroit pas cependant qu'elle ait été reprise par la nouvelle troupe.

Cette comédie est une vraie caricature italienne^ où toutes les règles de la vraisemblance^ et souvent même de la décence , sont sacrifiées à une gaité folle et à des portraits excessivement chargés.

Le vicomte de Bergamotte est un intrigant de la plus basse classe^ qui joue ridiculement Thomme de qualité.

Colombine y sa maltresse , est une jeune innocente abandonnée à elle-même , et que sa mauvaise éducation rend disposée^ dans Tâge le plus tendi*e , à donner dans les plus grands travers.

Sa sœur Isabelle est un ambigu plaisant de coquette et de précieuse.

Brocantin leur père y dont le nom indique la profession^ est un homme grossier et épais; un lourd bourgeois qui ne connolt que son commerce y et qui donne facilement dans les pièges qu'on lui tend.

Je ne parlerai pas du docteur Bassinet et des autres personnages de la pièce qui y jouent des rôles moins importants^ mais qui tous sont assortis aux caractères principaux.

Tels sont les portraits que Regnard a mis sur la scène. Il ne faut chercher ni raison ni vérité ; mais une foule de traits plaisants et des scènes d'un excellent comique^ quoique chargé.

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On trouve dann un recueil fait à Bruxelles en 1697, et intitulé 5u/>/ï/^men/ au TTtédtre italien , ou Recueil des Scènes françoiscs qui ont été repré' sentéefi sur le théâtre de l'hittel de Bourgogne « et n'ont pas été imprimées, deux scènes que l'éditeur attribue à l'Homme à bonnes fortunes. Camme elleif sont étrangères à l'intrigue de U pièce , et (jue Ghérardi ne les a pas insérées dans son recueil y nous nous contenterons d'en donner ici l'extrait.

Dans l'une de ces scènes, Pasquariel demande ' à Arlequin comment il est parvenu ii se guérir de la fièvre.

Vou* laurez qne cette chimnc de lièvre venoit me trouver tout Ici jouri , tant manquer, à Irnl* heure*; quand je *i» cela ( je délogeai de la maiion. Bon I elle vint me trnnver dan» mon nouveau {[tie , le lendemain juite à troi» heure*. Je m'imaginai que quelqu'un lui evoit dit qne j'éloi» délogé , et lui avoit enieigné où je demeuroU, Je m'aviiai d'aller à Vaugirard, *an» en rien dire 1 ]>crionne : quand je fus là, i di!Nx heure* et demie , je me cachai dant une cave ; à troi* hcuri'i, vuilà celle diable de fièvre qui me vient trouvrr, l'enrageiii*. l'nurtaiil le lendemain, lur le* deux heorca, il. me prit faniaiiir (In |iB**cr l'eau, et d'aller k Chaillot ; je di* I La fièvre n'aura piiiiit d'argent , il faudra qu'elle fa*«a| le grand lotir poiir paitcr le pont , et elle ne pourra jamaia arriver k tenip*. A (mit heuret pr^cïie*, voilà cette petiJ de licvre qui me prend. Moi, ne lachaut plu* que faire, jj di* : Il faut que je me fa*)C mettre en pri*on( la fièvre aurJ

le mai'cUéj jefoulUai ilout U podM d'un bonunc bicfk nu.

AVERTISSEMENT. iG(

et je lui prit IB boiiTM. AuMilAt il crie au Tolcur ; il vient cinq ou lis archers qui m'arrêtent, et me demandent oii j'ii pris cette bourae : je leur dii qur je l'avoîi trouvée dan» la poche d'un homme; et tout de suite iti me mènent en priion. J'éroi» bien nite d'fitre prisonnier; il n'iitoit que midi ; je me dii : Bon , la fièvre ne viendra pas ici : maïs à trois heurei, cette enragée vient me visiter, et s'empare de moi uns craindre la prison. II vint alors un drille qui me dit: A.llons, bon vivant, suivez-moi. Il a voit un gros paquet de clefs : je crus qu'il vouloit enfermer Ib fièvre dans un endroit, et me laisser dans un autre; maïs il me conduisit dans une chambre où étoient des gens vêtus de noir, portant des bonnets carrés , qui mo firent mettre sur une petite sellette de bois pour examiner ma maladie. Après qu'il* curent bien consulté, il y en eut un qui se leva, et qui me dit : Qu'evcE-vons , mon ami , è trembler ? Je tui répondis : Honsirur, c'est que j'ai la fièvre. Oli bien, dit-il, il faut vous en guérir. 11 donna un morceau de papier tur lequel éloit écrite l'ordonnance du remide, puis il me mit entre les mains de celui qui fait prendre tous les remèdes qu'il ordtmne. C'est on homme gros et gras , qui a une belle moustache , le visage un peu grave ; beaucoup de gens dans Paris ont eu affaire k lui , et ne s'en vantent pas. Hé bien , mon ami, me dit-il, où la fièvre te prend-elle? Partout, dans le dos, lui dis-je. 11 me mena avec tui, m'attacha derrière nne charrette ; et depuis deux heures jusqu'à trois lieurus et demie, il me fit promener en me fouettant le dos d'une belle manière. Quand madame la fièvre se sentit houspiller ainsi, elle s'en tillu ; cl voihi • oimiicnt j'ai Hé guéri. Vous poiirrex vous servir de r.« rniic^ili' qusnd vous voudrez; il est fort bon.

Va-l'cn au diahlr , mi rt jon remède; que la jiettc te L 'fi SMt towMa est pin- (|U0 le mal.

,i62 AVERTISSEMENT.

La seconde scène est intitulée Scène du Scorpion, entre un Vieillard, Arlequin et Mezzetin. Mezzetiu jette de grands cris , et appelle du secours pour son frère qui vient d'être mordu d'un scorpion. Il aborde le Vieillard, que ses cris oat alarmé , et lui dit : Monsieur , attendez ; qu'cstce que je vois Ui? c'est un scorptoil.

LE VIEILLlkD.

Ut OÙ?

M EZKETIX,

Le Toilà *tir votre chapeau.

LE VIEItLiao.

Ote-le I je te prie , et preoi]* garde à moi.

(Arlequin cmp'irtg le cbapcaa.)

HÉfat , momienrl il n'eit plu« là ; lo ToiJà qui entre dant le collet de votre pourpoint,

Ote-le vite ; d£p£che-U>i.

(Mncctia lui Aia Ma poarpoiat, et le ilaBiia 1 AHo^Of l** l'naparM, )

Ah, monsieur! le voilà qui entre dans la ceinture àe votre culotte.

AVERTISSEMENT. if^

(ArIf(]oin prend la boarae que lui ilonrto Mruolio i et n'en ?a. Mck*

irtiaivit todrner le doa «u Virillirtl. ) Pronom g&tdt , monsieur ,

le voilà sur votre doa : ne remues pa« } je mr'cn yais le

prendre. Tenez-vous bien,

(Peudant que le Vi«îllard doiuenre imroolùlo» le doii tourna, Menetin t*eit va.)

L B V I « 1 1. 1 A im.

Hé bien, mon ami, rir!i-ni?pAHo. Hi^Iast est-tl atrVapd?

(UVieillai^ ie reieartie, fi ne voyant plus pnaoïitto, U crie iQ Toleur. }

le style de ces scènes ne nous permet pas de les attribuer à Regnard ; et si elles appartiennent i la comédie de Vllomnio à honuos fortune.^ ^ nous cit)yons quelles y ont élc ajoutées après coup, suivant Tusage des acteurs italiens : on sait qu'ils ^voient coutume de changer leurs rcMes , et d'y ajouter des lazzis et des plaisanteries.

PERSONNAGES

> filles de Brocantîn.

LE VICOMTE DE BER6AM0TTE. Arlequin.

MEZZETIN, valet du Vicomte.

BROCANTIN.

ISABELLE

GOLOMBINE, petite fille

PIERROT, valet de Brocantîn.

M. BASSINET, médecin. Le Docteur.

OCTAVE, amant d'Isabelle.

Ujte Veuve de paocuREua. Pierrot.

PASQUAEIEL.

Uv FIA.CRE.

LA.QnÂis.

Suivants du Prince des Curieux*

ARLEQUIN

COMEDIE

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