‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 2)Chapitre 90 sur 239 · ACTE I, SCENE V. i7r · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V. i7r

pas , veut que je tne marie. Vous n'^res point propre au mariage; ce n'est point un jeu d'enfant,

GOLOMirifE.

Et moi , je vous dis que j'y suis aussi propre que vous. Je supporterai fort bien toutes les fatigues du ménage ; et quoique je sois jeune , si j'étois mariée présentement , je suis sûre que je n'en mourrois pas.

ISABELLE

En vérité , il faut que j'aie bien de la bonté de souffrir tous les travers de votre esprit. Tout ce que je puis faire encore potn* vous , c'est de vous con« seiller de bannir de votre cerveau toutes vos idées matrimoniales, et de croire qu'il n^y a personne assez df^pourvtt de bon sens potir vouloir se charger de votre peau.

COLOMB m F.

lié ! la la y cette charge*là n'est pas si pesante et ne fait pas peur à tout le monde : il n'y a pas encoi*e huit jours que je trouvai dans une boutique, au Palais, un monsieur de condition , qui me dit que j'étois bien i son gré , et qu'iè seroit bien aise de m'épouser.

ISABELLE

Et que lui répo«idîtes-vous ?

COLOMBINK.

Je lui dis que j'étois encore bien petite pour cela ; mais que l'année qui vient, j'espérois d'être plus

grande.

ISABELLE

Vous screi plus grande et plus folle. Vous ne

voyez donc pas qu'il se moquoit do vous, et que vous vous donnez un ridicule dans le monde ? Allez, vous devriez mourir de honte.

COLOHBirrE, ■nplentiBt.

Ne voilà-t-il pas ? vous me gronder toujourx. Vous voulez bien vous marier , vous , et vous ne voulez pas que jo me marie. Est-ce que je ne suis pas fille comme vous ?

Une petite fille qui n'a pas quinze ans , donner ik corps perdu au travers du mariage I

COLOMDIN E.

Mon Dieu ! je vous dis , encore une fois , que j'ai plue d'âge qu'il ne faut; mais puisque vous me trouvez trop jeune , faisons une chose ; vous avez quatre années plus que moi , donnez-m'en deui ; cela ne gâtera rien ni pour l'une , ni pour l'autre.

ISABELLE

Allez, allez; vous ne savez ce que vous dites. Vous me croyez bien emban'assée de trois ou quatre années que j'ai plus que vous ; mais je veux bien que vous sachiez que pour dix ans de moins je ne voudrois pas être faite comme vous , ni de corps , ni d'esprit.

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