Oeuvres complètes de J. F. Regnard
Les tomes v et ■vi de cette édition contiennent les comédies <jue Begnard a composées pour l'ancien lliéâtre italien ; on ne les trouve que dans peu d'éditions ; sans doute parce qu'on les a jugées fort inférieures aux pièces que Regnard a composées pour le Théâtre fraiiçois. Elles le sont en effet ; cependant il y auroit de l'injustice à leur refuser toute espèce de mérite , et nous ne pouvons les croire indignes de figurer & côté des chelsd'œuvre de leur auteur.
Les défauts qu'on peut leur reprocher tiennent à la scène pour laquelle elles étoient destinées. En général , les comédies de l'ancien Théâtre italien ctoient faites avec irrégularité , on peut même dire avec licence ; c' étoient, pour la plupart, des intrigues communes, mal tissues, et vides d'action : on suppléoit à ces défauts par des scènes épisodiques.
Tout informes qu'elles étoient , ces comédies plaisoient cependant au public , et à un puhlic éclairé , qui , en sortant d'applaudir aux grandes pièces de notre scène françoise , ne dédaignoit pas d'aller sourire aux bouflbnneries de la comé-
umitiïcDïGoOglc
a 1 PRÉFACE.
die italienne ; et non seulement elles ont été accueillies favorablement à la représentation , mais elles se sont soutenues à l'impression ; elles ont plu sans le secours des autres pièces du même poète : nous disons plus, elles ont servi à en soutenir d'autres, et l'on peut même assurer que c'est aux pièces de Regnard que le recueil de Gherardi a dû la plus grande partie de son succès. Ainsi, en joignant ces comédies aux autres Œuvres de Regnard , nous n'avons pas à craindre qu'on nous fasse le reproche d'avoir grossi notre édition de pièces indignes de leur auteiu*.
Il est de notre objet, en donnant ces comédies, de dire un mot du Théâtre italien, pour lequel elles ont été composées.
On ne donnoit d'abord à ce théâtre que des canevas ; les acteurs les rempUssoïent : le jeu de ces acteurs et le goût que le public prit pour la langue italienne , soutinrent pendant quelque temps ce genre de spectacle ; mais ce goût ayant cessé , le jeu des acteurs fiit insuffisant , et la salle devînt déserte.
Quelques acteurs imaginèrent de parler françois , et par là ils ramenèi*ent le public. Dominique , ce fameux arlequin , dont le nom est toujours cher aux amateurs du spectacle italien , se permit le premier , ditnjn, de parler la langue nationale , jusqu'alors étrangère à son théâtre.
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Cette nouveauté éprouva des contradictions; Dominique les surmonta , comme tout le monde sait ; et depuis ce temps les principaux intrigants de la scène italienne , l'Arlequin , le Mezzetin , le Scapin^ etc. , sont demeurés en possession de parler françois-
Insensiblement les autres acteurs les ont imités. On a hasardé des pièces presque entièrement françoises ; quelques scènes italiennes courtes , et confiées aux acteurs les moins goûtes du public , ont été les seuls vestiges que l'on ait conservés de l'ancien établissement. On peut fixer l'époque de ce changement à l'année 1687 ou 1688, et il a duré jusqu'il la suppression de la troupe en
Quand on commença à parler françois au Théâtre italien , de jeunes auteurs composèrent des scènes pour les acteurs qui avoient obtenu ce privilège; mais ils s'asservirent peu à l'intrigue principale de la pièce; ils ne songèrent qu'à donner des morceaux d'un comique chaîné et propre à faire ressortir le jeu de ceux pour qui ils travailloient.
Quelques auteurs se sont entièrement consacrés à ce théâtre ; tels ont été Fatouville et Montchesnay : nous croyons pourtant qu'ils auroient pu se promettre quelque succès sur un autre théâtre , et peut-être la scène françoise a-t-ellè à
umitiïcDïGoOgk'
regretter qu'ils ue lui aient pas donné quelques
instants.
D'autres se sont contentés d'y faire l'essai de leurs taleuts. Regoard et Dufresny sont de ce nombre. C'est sur le Théâtre italien que se sont d'abord exercées les plumes qui nous ont donné le Joueur, le Légataire, les Méneckmes, le Double J^euvage, le Dédit, etc.
Ce n'est pas cependant que ces deux auteurs aient regardé la scène italienne comme une école qui ne dût être fréquentée que par les commençants; ils n'ont pas dédaigné d'y travailler dans le temps même qu'ils jouissoient de toute leur gloire , et nous voyons qu'ils donnèrent ensemble aux Italiens leur comédie de la Foire Saint- Germain , dans la même année qu'ils ont donné aux François la pièce du Joueur, l'un des principaux fondements de leur réputation.
Les comédies de Regnard, destinées au Théâtre italien, ont toutes été données dans l'intervalle dont nous avons parlé , de 1687 à 1697.
Nous croyons encore devoir donner quelques éclaircissements sur les acteurs qui ont joué dans les pièces que contient ce recueil.
Les personnages n'avoient pas , à la comédie
italienne , des noms purement arbitraires ; un
acteur choisissolt un caractère qui lui restoit
< propre ; il imagiuoit pour ce caractère un habil-
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lemeat particulier qu'il ne changeoît plm , et un nom sous lequel il étoit connu du public.
Ainsi f les acteurs italiens n'étoîent jamais éti'angers à leurs rôles , comme le sont les acteurs des autres spectacles. Dans les pièces françoises , par exemple , le poète ne s'occupe que du personnage ; il force l'acteur d'en prendre le caractère et le ton. Dans les pièces italiennes , au contraire y l'acteur ëtoit le modèle ; et le caractère théâtral qu'il s'e'toit donné faisoit la lui à l'auteur qui l'employoit : on savoît d'avance conîiuent dévoient agir et parler le Docteur^ Arlequin, Pierrot, etc. On jugeoit la pièce sur le rapport qu'elle avoit avec la coiuliiitc et le langage qu'on supposoit à ceux qui portoiciil tel nom et tel habit.
Ce n' étoit pas encore là la plus grande influence des acteurs italiens sur les pièces qu'ils avoient k jouer : quand l'auteur ne donnoit qu'un canevas, les acteurs qui le remplissoient devenoient auteurs eux-mêmes ; ils contribuoient essentiellement au succès, bon ou mauvais, de la pièce.
On peut juger de là qu'il n'est pas inutile, en doQuant au public des pièces du Théâtre italien , de donner en même temps la notice des actciirii qui en ont été chargés ; non seulement ils les faisoient valoir par leurs talents , mais encore ils servoient de guides à ceux qui les composoient.
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Begoard est, à la vérité, celui qui leur doit le moins ; il a peu de canevas , et d'ailleurs les scènes épisodiques qu'il y cousoit, de même que les pièces qu'il composoit en entier, se sOutenoient par elles-mêmes ; mais il lui a fallu se conformer à l'usage , et donner à ses personnages les noms et les caractères qu'avoient pris les acteurs de son temps.
L;m,t,=™DïG00g[c
) ACTKOU DB I. iNCIBKSE nOJltK lTl[.lEKnK QDI O lOVi mNl LES PIÈCES DE EBQHARD.
AvRÉuo. Bartolomeo Banieri a joué les amoureux après la retraite de Zanotti , dit le vieil Octave : il a débuté en i685, et a joué jusqu'en 1689. Cet acteur a rempli le rôie d'Aurélio dans la comt'die du Divorce. On faisoit peu de cas de son talent dramatique. On sait , qu'il a été obligé de se retirer par ordre de la cour. '
CufTHio. L'acteur qui a pris ce nom au théâtre est connu comme auteur et comme acteur : il a débuté en 1667. Son emploi étoit celui des seconds amoureux ; il se nommoit Mario-Antonio Romagnesi. *
En 1 694 1 à la mort de Lolli , connu au théâtre sous le nom du docteur Baloardo, Romagnesi prit son habit et son emploi, et joua ce râle jusqu'à la suppression du Théâtre italien, arrivée le i4 mai 1697.
Romagnesi étoit essentiel à la troupe, de plusieurs
' 11 ftit renTOjé de la troupe p»r ordre de ta coiu-, pour avoir parlé trop librement sur les sRaires du temp». Il retourna alon duiB le I^émonl , sou pays natal. Il y reprit ses études qu'il avolt abandonnées, et fui ensutre ordonné prêtre. Riccoboni dit avoir entendu plutieurs fois sa messe. (G. A. C]
*Cet acteur étoit aïeul d'Antonio Romagnesi, comédien de la nouvelle tronpe ilalienne , connu par les agréables parodies qu'il a faite* en société avec Dominique.
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manières ; indépendamment de son jeu sage et vrai, il
a donné plusieurs canevas italiens, mêlés de scènes
françoises, dont il nous reste quelques fragments d'après
lesquels il seroit trop rigoureux de les juger; on se
contentera d'observer' qu'on les voyoit alors avec
plaisir,
.Octave. C'est le nom qu'a pris Jean-Baptiste Constiiii tini , qui a succédé à Ranieri dans l'emploi des amoi^ reuK. Cet acteur a paru pour la première fois dans la pièce intitulée , /a Fo/ie d'Octave , composée pour ses débuts, en 1688; et il a joué jusqu'à la suppression.
Il fit alors un voyage à Vérone sa patrie, où il trouva l'occasion de rendre des services importants aux généraux des armées françoises, au commencement de la guerre de 1701. Le roi pour l'en récompenser lui donna une place d'inspecteur sur toutes les barrières de Paris, place assez lucrative , mais qu'il résigna dès qu'il fut question de l'établissement d'une nouvelle troupe italienne dont il obtint la direction. Il mourut à La Kodielleen lyai.
Octave étoit bel homme , mais acteur médiocre. La pièce dans laquelle il plaîsoit le plus étoit la Folie tPOctavD; mais il en étoit moins redevable à son jeu qu'à ses talents pour la musique et la danse. On remarque qu il y jouoit de huit instrumenta différents. '
' Le 3 novemlii-e ifiSS, les cuiuédieos ilnlieiu oat joué pour h première fois une comédie îialIeDue intitulée : la Fùlie d'Octavlo. Celai qui repréwiile Octaïio est un jeune homme qui fait le persoun'agL- d'amant; il e3^filsde Gradelin et frèr^ deMezzetin. Il fut applaudi de toute rassemblée : il jon» de sept soties d'instruments, «avoir, la flûte, le téorbe, la liarpe, le psaliérion, la cjmbab, h
umitiïcDïGoOgk'
Le Doctxtik. Deux acteurs ont rempli ce rôle. Le premier, Constantin Lolli, a joué depuis i653, jusqu'à sa mort, arrivée en i6g4- (^ acteur, connu au théâtre sous le nom dti docteur Gratîen fialoardo , a joui de la plus grande réputation : il a donné à ce personnage un caractère de caricature italienne , dont ses successeurs n'ont été que de foibles imitateurs.
Le second, Mario-Antonio Romagnesi, avoitjoué jusqu'alors les amoureux, sous le nom de Cînttito, commenousl'aTons vuà son article. Il a remplacé Lolli jusqu'à la suppression de la troupe. Son jeu étoit plus sage et moins chargé que celui de son prédécesseur , et par là moins agréable au public. Romagnesi est mort à Paris en 1706.
Arlequin. L'ancienne troupe a eu deux acteurs de ce nom.
Le premier, qui étoit le tameuic Dominique, n'a figuré que danu une des , comédies de Begnard, in Divorce; encore une note de Ghérardi nous apprendelle que cette pièce ne réussit point entre ses mains.
La grande réputation de cet acteur ne nous permet pas de le passer sous silence. Il se nommoit JoScph-' Dominique Biancolelli '. Il a remplacé Locatelli, qui, sous le nom de Trivelin , jouoit les mêmes rôles que
guitare et le hautbois; et le lenderoaio il y ajouta l'orgue. Il ne chante pai mal, et dinie fort bien; il est bien fait de sa personne. {Note maausci-ite de M. di Tralage.) ' Pierre-François Biancolelli , surnommé aussi Dominique, l'un de aeafils, a joué dans la nouvelle troupe les rftles de l'rivelîni il est connu plus avantageusement par les parodies qu'il a composées pour ce théâtre en société ayec Eomagnesî.
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lo NOTICES.
Dominique a joués depuis sous le nom d'Arlequin ', Il a conservé l'habit et Te masque de son prédécesseur , et a seulement ajouté la batte ou sabre de bois , que ne portoit point Trivt^lin.
Personne n'ignore à quel point de perfection Dominique a porté le r61e dont il a été chargé , et la grande sensation qu'il a faite. Sa mémoire sera toujours chère aux amateurs de la comédie italienne.
On ne peut trop s'étonner, d'après cela , que la comédie (lu Divorce ait échoué entre les mains de cet acteur, pour avoir ensuite un succès complet, lorsque le rôle d'Arlequin a été rempli par Ghérardi, qui lui étoit très inférieur. Pour n'être pas obligés de douter de la sinci'rité de Ghérardi , qui nous transmet cette anecdote , nous observons qu'il est possible que le y^\x de Dominique se soit trouvé gêné dans une comédie écrite en entier, et qu'il ait eu besoin, pour le faire paroître dans sa perfection , de la liberté que lui donnoient les canevas italiens.
Dominique a débuté en 1 660 ; 11 a joué jusqu'à sa mort , arrivée en 1 688 , par suite d'une fluxion de poitrine dont il fut attaqué après avoir dansé trop longtemps dans un ballet qui divertissoit beaucoup Louis kit. Il fut enterré à six heures du soir, à Saint-Eustache , derrière le chœur , vis-à-vis la chapelle de la Vierge.
' n vint à Paris sur la deiDande du cardinal Maiarln, qui , vert l'année i6S(), voulut rendre plu* complète la tronpe des comédiens italiens de Paris. Biiincolelli étoit alors à Vienne, en Autriche, dan» la troupe du fameux Ttbarini, ou Tiibarin, letaémequi étoit lenii, sous le règne de I-oaisiiti, étiblir ses tréteaux A Is Foire, et ^ débiter des fnrces et des parades qui donnèrent Daiisaoce à nos premières pièces dramatiques. (G. A. C.)
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NOTICES. Il
Sa perte consterna ses camarades : ils restèrent un
inoïs sans jouer ; au bout de ce temps, voici l'afQche
qu'ils firent poser :
■ Nous avons long-temps marqué notre déplaisir
■ par notre silence , et nous le prolongerions encore ,
■ si l'appréhension de tous déplaire ne l'emportoit
■ sur une douleur si légitime. Noiu rouvrirons notre
• théâtre mercredi prochain , premier septembre 1688.
> Dans l'impossibilité de réparer la perte que nous
> avoi^ faite , nous vous offrirons tout ce que notre
• application et no» soins ont pu fournir de meilleur. •> Apporteai un peu d'indulgence, et soyei persuadés
• que nous n'omettrons rien de tout ce qui peut con-
■ tribuer à votre plaisir. »
Le second Arlequin de l'ancienne troupe a été Évariste Ghérardi. Malgré les éloges que cet acteur se donue, on a peine à croire qu'il fflt comparable à Dominique. Les auteurs contemporains ne font ni l'éloge ni la critique de son talent théâtral ; c'étoit beaucoup qu'on le supportât après l'acteur inimitable qu'il remplaçoit. Cela seul sufHt pour nous persuader qu'il avoît du talent.
Ghérardi a plus de droit à notre estime , par le recueil qu'il a donné des pièces françoises de son théâtre. C'est à ce recueil, fait avec soin et intelligence, que nous sommes redevables de la conservation de plusieurs pièces très agréables.
Nous avons déjà parlé de l'accueil que le public a iàit à cette entreprise. Ghérardi n'avoit d'abord hasardé que quelques scènes des plus saillantes, et qui
avoient excité au théâtre le plus d'applaudissements.
Son premier recueil a paru en 1696.
Après la suppression de la troupe, Ghérardi, encouragé par le succès de sa première tentative, a donné, en leur entier , les pièces dont il n'avoit d'abord présenté que des fragments, et l'on a reçu avec avidité ce qui rappeloit le souvenir d'un specUcle que l'on regrettoit.
Ghérardi avoit épousé Elisabeth Daneret, actrice de sa troupe, sous le nom de la Chanteuse. Il es^mort subitement en août 1^00.
Mbzzetin. Ce rôle a été imaginé à Paris par Angelo Constantin!.
Cet acteur avoit d'abord débuté sous le nom et l*babit d'Arlequin. 11 plaisoit peu : cela le détermina à quitter le iriasque, et à jouer les seconds intrigants, sous l'habit de Mezzetin , qui est de son invention. De cette manière, il se rendit supportable, et continua de doubler Dominique. Après la mort de cet acteur, Mezzetin reprit le masque et l'habit d'Arlequin , et voulut prendre les emplois de Dominique , en conservant toutefois le nom de Mezzetin ; mais il ne fut point goftté : on lui conseilla de quitter une seconde fois le masque. Dans ce temps , Ghérardi débuta et fut reçu pour jouer le rôle d'Arlequin et remplacer Dominique ; Mezzetin continua de le seconder.
Il seroit difScile de bien juger des talents de cet acteur, trop exalté par les uns, et trop déprimé par les autres. On sait qu'il étoit d'une figure très agréable, et qu'il plaisoit beaucoup plus à visage découvert que sous le masque.
NOTICES. i3
l'onr doniier mw idée de la diveirsitë des opinions
sur son compte » nous rapporterons des ^ers bits par
La Fontaine, pour être mis au bas de son portrait, et
la critique qu'en a faite te poète Gacon.
Voici les vers de La Fontaine :
Ici de Meizetîii, rare et nouveau Protée, La figure est représeatée :
La nature l'ajaal pourvu De* dons de la méumorphote , Qui ne le voit çai , n'a rien -yu ; Qui le voit, a vu toute chose.
ËPIGBAHMË DE GÂCON.
Pour le portrait de Meiietin
La Fontaine a fiiit un sixain.
Où l'on voit cet acteur traité d'incoinparalile. Si La Fontaine a cru ta chose véritable ,
Je n'oserais le garantir; Hai» je lais bien qu'étant fort porté pour la lable.
Il ii'eurage pas pour mentir.
Nous n'entrerons pas dans le détail des aventures de Mezzetin , après la suppression de la troupe italienne : elles sont bizarres et romanesques ', mais trop étrangères à son talent théâtral, qui est seul de notre sujet. Nous nous contenterons de dire qu'il est revenu à Paris en 1727^ qu'il a paru sous son babit de Mezzetin dans la pièce deKegnard, intitulée, /a Foire Saint- Germain ; mais que n'ayant pas eu le succès qu'il espéroii , il est retourné à Vérone, sa patrie , et y est mort dans l'année 1729,
Cette dernière anecdote ne diroit rien contre le talent de cet acteur. Mezzetin avoit alors plus de soixante-
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i/, NOTICES,
dix ans, et en avott passé près de vingt dans les prisons du château de Konigstein, en Pologne. '
ScABAuorcHE. Tiberio Finrilli , né à Naples en 1 608, a rendu fameux ce rôle, dont on le croit l'inventeur.
Scaramouche étoit un des plus anciens acteurs de la troupe italienne. Il fit d'abord de fréquents voyages en Italie. Ce fut en 1670 qu'il se iixa à Paris , et il joua jusqu'en 169 1. Use retira alors : il étoit âgé de 83 ans; et, malgré son grand âge, sa retraite fut une perte pour le théâtre. 11 est mort à Paris en lô'pS. .
Peu d'acteurs se sont acquis autant de réputation que Scaramouche. Il passoit pour le plus grand pantomime de son temps *. Nous ne croyons pas que cette
■ Voici qaelle fut U cante de cette longue détention. Constantini avoit osé adrMser ses vanix i une maîtresse du roi de Pologne. Indignée de tant d'audace de la part d'un comédien , la resjiectabla dame s'en plaignit à son auguste amant, et fit, par grâce, incarcérer le pauvre Mezzetin. Une maitrense implacable et hautaine aïoît causé son malheur, une autre maîtresse du rot, plus humaine et plus compatissante, fit cesser les rigueurs de la première. Elle engagea le prince à lui Taire voir le chiteau de KAnigstein. Meuetin s'offrit à leurs regards dans un état fait pour émouvoir les oxurs lei plus durs. II avoit laissé Croître sa barbe depuis son emprisonne., ment. H se jeta aux pieds du roi , qui d'abord fut inexorable ; mais la protectrice fit tant de supplications, qu'elle obtînt , six mois eprèi son heureuse visite, que Meizetin seroit rendu i la liberté, et qu'il Bortiroit au plus tôt de Dresde et des états de Saxe, dont le roi de Pologne éloit électeur. (G. A. C.)
* RiccobonI raconte à ce sujet l'anecdote suivante. Scaramoncbe et Aurélia, actrice italienne, se trouvoient un jour chez la reine, qni aimoit à tes voir. On passa dans la chambre du Dauphin (depuis Louis xiv ). Ceprioce, qui avoit alors environ deux ans, éloïl
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NOTICES. i5
réputation ait été usurpée, et nous ne pensons pas comme un de nos auteurs modernes, qui le relègue dans U classe des voltigeurs et des saltimbanques, en disant que son plus grand mérite consîstoit à donner un soufflet avec le pied. Il est vrai que Scaramouche étoit d'une agilité étonnante , et qu'à l'âge de quatrevingts ans , il avoit toute la souplesse d'un jeune homme. Mais ce fait, ^ue rapportent les auteurs contemporains , ne tt^nd qu'à nous transmettre une chose extraordinaire , et nullement à nous donner une idée de ses talents.
Nous allons rapporter ce que dit un de ses camarades, qui, ayant lui-même de grandes prétentions à la réputation d'acteur distingue , n'a pas dA donner à Scaramouche plus d'éloges qu'il n'en méritoït.
A l'Acte II , scène vit de la comédie de Colombinc avocat pour et contre , Ghérardi ajoute la note suivante : ' Scaramouche , après avoir raccommoda tout
■ ce qu'il j a dans la chambre, prend sa guitare, s'as- < sied sur un &uteuil , et joue en attendant q[ue'5on
■ maître arrive. Pasquariel vient doucement derrière
de trèi manTiiie Iiumeiir, et rien ne pouvoit cilmer nés pleiin et ie*'cn*. Scaramouche prit tt liberté de dire tjue li sa majeHté louloit p«rRiettre qu'il prit le Dauphio entre ses bras, il M flatloit de l'apaiser. I-a reine le permit, et Scaramouche fit alors su prince des grimaces et des figures si plaisuites, que cet inimitable pantomime fit non seuiemeot cesser ses cris, mais qu'il parvint à le faire rire. Scaramouche avoit alors Ireute-deui ans, et il aroit ordre de Tenir tous les soirs chez le Dauphin, qu'il amusoit infiniment, et qui l'aimoit beaucoup. Louis xiT prenoil plalûr ^ rappeler ji Scarnnanche cette circonstance de sa première enfance , et rioil encore en l'entendant raconter in comédien. ( 6. A. C. )
CqitlïCDïGoOgk'
i6 NOTICES.
■ lui, et par-dessus ses épaules , bat la mesure , ce qui m épouvante terriblement Scaramouche ; en un mot , t c'est ici OH cet incomparable Scaramouche , qui a été « l'ornement du théâtre et le modèle des plus illustres
■ comédiens de son temps, qui avoit^nt appris de lui
■ cet art si dîfBcile et si nécessaire aux personnes de 1 leur caractère , de remuer les passions, et de les sa-
■ Toir bien peindre sur le visage ; c'est , dis- je , où il
■ faisoit pâmer de rire pendant un gros quart d'heure ,
■ dans une scène d'épouvante , où il ne proféroit pas a un seul mot. Il faut convenir aussi que cet excellent « acteur possédoit à un si haut degré de perfection ce « merveilleux talent, qu'il touchoit plus de cœurs par 1 les seules simplicités d'une pure nature , que n'en
■ touchent d'ordinaire les orateurs les plus habiles par > les charmes de la rhétorique la plus persuasive. Ce
■ qui fit dire un jour à un grand prince qui le voyoit " jouer à Rome : Scaramouche ne parle point ^ et il dit
■ les plus belles choses du monde..,. II a toujours été les 1 délices de tous les princes qui l'ont connu , et notre « invincible monarque ne s'est jamais lassé de lui faire " quelques grâces ; j'ose même persuader que s'il n'étoit * pas mort, la troupe seroit encore sur pied, etc. » (Théâtre italien de Ghérardif édition de 1700, tomei, page 294- )
Pierrot. Ce rôle est encore d'invention moderne. L'acteur à qui nous le devons se nommoit Joseph Giaraton (que l'on prononçoit Gératon ) : il éloit né à Ferrare, et il avoit d'abord joué sur le théâtre italien en qualité de gagiste.
Ce fui en 1673 qu'il parut pour la première fois,
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^Dtu le nom et l'habit de Pierrot , dans la pièce de la Suite du Festin de Pierre : il y fit plaisir j cependant il ne fut reçu au nombre des acteurs qu'en 1 684 , et conserva l'habit et le rôle qu'il avoit inventés jusqu'à la suppression en 1697.
On croit que le changement que fit Dominique dans }e caractère d'Arlequin , donna lieu à l'introduction de ce nouveau personnage. Jusqu'alors l'Arlequin avoit été un valet sot et balourd ; Dominique en fit un intrigant fin et rusé ; Gératon nous a Tendu ce caractère de l'ancien Arlequin, et l'a remplacé au théâtre sons le nouvel habit de Pieirot.
Quoi qu'il en soit , Gératon remplit ce rôle d'original, et d'une manière inimitable : il parloit toujours françois , et son succès fut complet , lorsque les pièces françoises furent introduites sur son théâtre ; jusque-là il n'avoit plu que médiocrement.
Depuis la suppression, ce caractère s'est reproduit sur les théâtres des foires. Quelques acteurs ont imit^ la naïveté de l'ancien Pierrot, avec assez de succès polir fixer l'attention du public plus particulièrement que leurs camarades. Ce rôle est devenu le plus important de nos anciens opéra -comiques, et on lui doit les premiers progrès de ce genre de spectacle.
Quant à Gératon , il a abandonné le théâtre après la suppression de sa troupe : il a épousé une femme liche et sur le retour , avec laquelle il s'est retiré dans une terre à quelques lieues de Paris : il j est mort ; mais on ignore en quelle année.
Fasquasiel. Nous dirons peu de chose sur l'acteur
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i8 NOTICES,
qui a joué ce rôle : il se nommoît Joseph Tortoriti , et il étoit de Messine. Sa souplesse et son agilité iaîsoient la plus grande partie de son mérite : aussi ne fit-il quelque plaisir que dans ses débuts : ses tours de force étonnèrent ; mais îb ne 6rent pas prendre le change sur les talents qui lui dfnquoient.
Tortoriti a débuté en i6S5 : il ne remplissoît , dans les pièces irançoises , que de petiu rôles. En i G^4 » il prit l'habit de Scaramoucbe : il ne fut supporté dans ce deniier rôle qu'à cause de la faveur qu'avoient prise les pièces françoises, dans lesquelles le rôle de Scara^ mouche étoit peu important.
Après la suppression, Pasquariel courut les pro- -vinces avec une troupe de comédiensj mais il ne réussit point , et mourut dans la misère.
LÉAnDHS. C'est le nom de théâtre de Charles-Vigile Komagnesi de Belmontî l'un des fils de Cinthio. Cet acteur débuta en 1694? il jonoit les amoureux, et donbloit Octave.
On ne peut rien dire des talents de cet acteur ; ses débuts n'ont précédé que d'environ deus ans la suppression de la troupe. On sait seulement qu'il étoit tffÉne très jolie figure.
ISABBI.1.E. Françoise-Marie-ApoUine Biancolelli, fille' du fameux Dominique , a débuté sous ce nom en 1 683: elle remplissoit seule les rôles d'amoureuse, et s'en est acquittée jusqu'à sa retraite.
En 1691 , M. de Turgis, ofGcier aux gardes , devint amoureux d'Isabelle , et l'épousa le 3 avril ; cependant cette actrice ne quitta le théâtre qu'en 169S.
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Isabelle étoit d'une figure très agréable : elle ëtoit très bien Êùte et d'une physionomie douce et prévenante. Qnoiija'etle ait été chargée seule d'un emploi important, il ne parott pas néanmoins que l'on ait beaucoup prisé son talent théâtral.
Après la retraite d'Isabelle, on croit que ses râles furent remplis par Angélique Toscano^ dont nous parlerons plus bas.
CotoHBinE. L'inimitable actrice qui a joué ce râle étoit sœur cadette d'Isabelle , et a débuté avec elle en i683 ; elle se nommoit Catherine Biancolellî.
Le râle de soubrette a été porté par cette actrice au plus haut point de perfection : elle a joué jusqu'à la suppression de la troupe.
Depuis , Colombine n'a plus TOtUu monter sur aucun théâtre : elle avoit épousé Le Noir , dit Id Thorillière , excellent acteur du Théâtre françois.
Mahikette. Angélique Toscano, femme de Joseph Tortoriti , a doublé Colombine, sous le nom de Marinette, jusqu'en 1695 : à cette époque, elle prit le nom d'Angélique, joua les rôles d'amoureuses, et remplaça Isabelle.
Marinette étoit une actrice- médiocre dans l'un et l'autre emploi. Après la suppression , elle a suivi le sort de Pasquariel, son mari ; et l'on croit que sa fin n'a pas été plus heureuse.
Ti* G&Aïf TEusE. Elisabeth Daneret a débuté le même jour que Léandre , dans la pièce intitulée, le Départ
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io NOTICES.
des ComédiBns, à titre de chanteuse dans les divertissements. Après la suppression de la troupe, elle entnt à l'Opéra. On ignore l'année de sa mort.
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COMÉDIE EN TROIS ACTES, Représentée pour ^». première fois le 17 mars i
ujnitiïCDïGoogk'
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AVERTISSEMENT
Cette comédie a été représentée pour la première fois , sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne, le 17 mars 1688.
Une note de Ghérardi , imprimée à la suite de cette pièce, volume 11 de son recueil, édition de 1 7 1 7, nom apprend qu'elle n'eut aucun succès dans l'origine, mais qu'elle futreprise le i" octobre 1689, et qu'alors elle plut uniTersellement. C'est à son talent que Ghérardi attribue unique' ment cette réussite.
VoJd cette note telle qu'il la rapporte : « Cette H comédie n'avoit point réussi entre les mains de « feu M. Dominique ; on l'avoit rayée du cata- « l<^ne des pièces qu'on reprenoit de temps en H temps, et les râles en avoient été brûlés. Ce- H pendant , moi (qui de ma vie n'avois monté « sur le théâtre , et qui sortois du collège de la « Marche , où je venoie d'achever mon cours de «philosophie sous te docte M. Balle), je l'ai
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2/, AVERTISSEMENT
« choisie pour mon coup d'essai ^ qui arriva le « I" octobre 1689 , lorsque je parus pour la pre- (( mière fois , d'ordre du roi et de Monseigneur ; « et elle ent tant de bonheur entre mes mains , « qu'elle plut généralement à tout le monde , fut « extraordînairement suivie^ et par conséquent K valut beaucoup d'argent aux comédiens.
« Si j'étois homme àtirer vanité des talents que H la nature m'a donnés pour le théâtre y soit à « visage découvert ' ou à visage masqué y dans les i< principaux rôles sérieux et comiques , où l'on « m'a vu briller avec applaudissement aux yeux n de la plus polie et la plus connotssense nation « de la terre , j'aurois ici un fort beau champ a « satis&ire mon amour-propre ; je dirai que j'ai a plus fait en commençant et dans mes plus ten- » dres années y que les plus illustres acteurs n'ont « su faire après vingt années d'exercice et dans u la force de leur âge . Mais je proteste que y bien n loin de ni' être jamais enorgueilli de ces rares (( avantages } je les ai toujours regardés comme
' Ghérardi étoit d'une figure trèa agréable; il a été le premier Arlequin qui ait bâtarde de quitter ton inaïque dan* certain* rAle*, et de jouer à~ yisage découTert. n joaoit ainsi le rAle d'Arlequin prétepteor d'amanr dans la Fille tOMatt.
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ic des effets de mon bonheur, et non pas comme n des conséquences de mon mérite ; et si quelque n chose a su flatter mon âme dans ces rencontres, (( ce n'a été que le plaisir de me Toir universel- « lement applaudi après l'inimitable M. Domî- (< nique , qui a. porté si loia l'excellence du naïf [(du caractère d'Arlequin, que les Italiens ap- (I pellent gojffaggine , que quiconque l'a vu jouer , » trouvera toujours quelque chose à redire aux K plus habiles et aux plus &meux Arlequins de Il son temps. »
Il nous semble que les éloges que se donne Ghérardi, avec aussi peu de ménagement, doivent rendre suspecte l'anecdote qu'il nous présente , et que les talents de l'auteur ont autant contribué au succès de cette comédie que ceux de l'acteur.
La comédie du Divorce est le coup d'essai de Regnard dans la carrière dramatique ; il n'avoit guère pins de trente ans lorsqu'il l'a donnée an théâtre , et nous croyons qu'elle n'est pas indigne de ta réputation de son auteur, et que l'on y découvre le germe des talents qui depuis ont honoré la scène françoise.
Cette pièce n'est, ainsi que toutes celles que
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l'on jouoit alors sur le Théâtre italien y qu'une
vraie farce , dont tout le mérite consiste dans la
vivacité, la galté du dialogue, et dans le ton
de vrai comique répandu dans les scènes qui la
composent.
B n'étoît pas possible que le plus gai de nos poètes ne réussit dans un genre auquel il étoit si parfaitement propre : aussi n'est-il rien de plus plaisant qoe les différents personnages qu'il introduit sur la scène.
L'élégante frivolité de nos maîtres à danser est très agréablement rendue dans la scène de Trotenvitle ; sa dispute ridicule avec le maître à chanter est du meilleur comique.
Le chevalier de Fondsec est aussi très plaisant ; et quoique l'auteur ait quelquefois sacrifié au goût de son siècle pour la charge uu peu outrée , nous trouvons dans cette scène des morceaux d'un comique excellent et vraiment neuf : telle est, par exemple , la lecture des tablettes , où le chevalier d'industrie tient registre , heure par heure , de l'emploi de son temps et de ses visites de femmes.
Quant aux principaux caractères, la coquette est peinte avec beaucoup de vérité. Son mari ne
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joue pas un personnage bien important ; mais il y a une sorte d'art d'avoir négligé ce caractère , trop méprisable pour être intéressant , et que l'auteur n'anroit pu rendre plaisant qu'en outrageant trop ouyertement la décence.
Cette pièce n'a point été reprise depuis le rétablissement de la troupe italienne en 1 716; nous croyons même qu'on la supporteroit difficilement an théâtre : les agréments des scènes épisodiques ne feroient pas pardonner le yice du sujet.
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PERSONNAGES
JUPITER. Pierrot.
MERCORE. Mezzelin.
ARLEQmU.
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