‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 3)Chapitre 11 sur 246 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

ABLEQUin.

Vous Vtvet dit. Je remarquai que mon discours

les avoit réjouis; mais cela n'empt'cha pas qu'ils ne

me condamnassent sur rheura à être peitdu et éti'an-

^é à la Croix du Trahoir.

MEZZETIir.

Quel malheur!

arliquih.

Qunnd j'entendis qu'on m'alioit pendre, je commençai it crieF-: Mais, messieurs, vous n'y pensez pns. Me pendre , moi ! je ne suis qu'un jeune bommu qui ne fais que d'entrer dans le monde ; et d'ailleurs, je n'ai pas l'âge compétent pour être poulu.

HEZZETIIT.

C'étoit une bonne raison celle-là.

AXLEQCIIT.

Aussi y eurent-ils beaucoup d'égard; et, pour faire les choses dans l'ordre , ils me firrat expédier une dispense d'âge. Me voilà donc dans la charrette. Je ne disois mot ; mais j'enrageols comme tous les diables. Nous arrivons enfin à la Croix du Traheir , au pied de Cette faiale colonne qui devoit éti'c le non plus idtih de ma vie , et qu'on appelle vulgnirement la potence. Comme j'étois fort fatigué du voyage, j'avois soif, je demandai à boire : on me proposa si je voulois de ta bi^re. Je dis que non, et que c^a.pourroit par la suite -me donner la gravelle ; je priai seulement les archers de me laisser boire à la fontaine. On se ranye en baie ; je m'approche de la fontaine ; je donne un

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coup d'œll autour de moi , et zest, je m'élance la tête en avant dans le robinet de la fontaine. Les archers, surpris, courent à moi, et me tirent par tes pieds ; et moi je m'enfonce toujours avec les mains , de manière que j'entrai tout entier dans te tuyau de la fontaine, et il ne resta aux arcliers tpie mes souliers pour les pendre. Du robinet de la fontaine, j.e descendis dans la Seine ; de là , je fus à la nage jusqu'au Havre-de-Grâce; auHavre-de-Grâce,je m'embarquai pour les Indes, d'où me voilà présentement de retour; et voici mon histoire aciievée.

HSZZETIIT.

Il ne me reste qu'une difficulté , qui est de savoir comment , gros comme tu es , tu as pu te fourrer dans le robinet de la fontaine.

ARLEQUIN

Va , va , mon ami , quand on est près d'être pendu, on est diablement mince.

HEZZETIN.

Tu as , ma foi , .raison. Va m'attendre au Petit Trianon ; dans un moment je suis à toi , et je te mènerai chez M. Aurélio. Mais d'oii vient que tu n'enfonces point tes pieds jusqu'au fond de tes bottes, et que tu marches sur la tige ?

ARLEQUIN

Je le &is exprès pour épargner les semelles.

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