ACTE n, SCENE IL aSS
la sœur, sî je vouloîs m'en donner la peine. Oh bien , monsieur, je ne veux point souffrir qu'une autre prenne ma place.
ABLEQUIir.
Claudine a raison , monsieur, cela ne se fait point : quand il y a une servante dans une hôtellerie , on ne doit se servir que d'elle ; et d'ailleurs Claudine est très habile in uiroque, c'est-à-dire qu'elle fait aussi bien une chambre qu'un ragoût.
CIKTHIO.
Je conviens , monsieur , qu'elle sait par&itetnent bien son métier de fille; mais c'est une petite imprudente , qui sert au premier venu ce qu'elle ne devroit servir qu'à moi seul, N'ai-je pas lieu de me plaindre ?
ARLEQOIIT.
Assurément, elle a tort. Je vous dirai cependant , monsieur , qu'on est ici fort exact à donner aux compagnies ce qu'elles demandent. Tout à l'heure encore , je n'ai pas voulu donner au coche un chat , de garenne que le messager avoit retenu. D'où vient donc , coquine , que vous faites de ces impertinences-là ?
ISABELLE
Moi , servir à un autre ce que je vous ai promis ? Dites plutôt, monsieur, que vous n'avez pas voulu vous contenter de ce que vous aviez choisi vousmême, et que l'appétit vous est venu en mangeant.
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a86 LES FILLES ERRANTES.
i.BLEQDIir.
Pardi , monsieur, si vous êtes si fantasque , il n'y ' a pas moyen de vous contenter.
ISA.BELLE
Voyez , je vous prie , si ce n'est pas assez pour le repas d'un homme seul : je lui présente une jeune poularde, tendre, grasse jusqu'au bout des migles, comme moi ; monsieur n'est pas content ; il en veut encore une auti>e.
ARLEQUIIT.
Diable ! monàeur , comme vous y all^ ! Il ne faudrait encore qu'un homme comme vous pour mettre toute une rôtisserie à feu et à sang.
CIITTHIO.
Hé ! ne la croyez pas. Je me serois fort bien contenté de la poularde ; je ne suis pas si grand mangeur : mais je sais qu'on la présente à tout venant; on l'a déjà servie sur vingt tables différentes , et je ne suis pas homme à m'accotnnioder du reste de toute la terre.
ARLEQUIN
Abl parbleu, monsieur, prenez garde s'il vous plaît à ce que vous dites ; je ne m'entends point à ce tripotage-là , et l'on ne sert chez moi que des viandes neuves. Parlez , a-t-on jamais vu manger ici la même poularde deux fois ?
ISABELLE
Bon ! ne voyez-voUs pas bien que monsieur ne sait ce qu'il dit ? Jamais personne n'y avoit touché;
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