ACTE II, SCENE XII
ARLEQUIN
Il ne vous a que trop vue , de par tous les diables.
Il vient presque tous les jours dans la gazette pour
l'nmour de vous , et il est cloué toute la journée sous
les charniers , dans l'espérance de vous y voir passer.
COLOMBINE
Mais, seigneur ambassadeur, votre maître sait-il que ma maîtresse est mariée?
ARLEQUIN
S'il te sait ? il étoit un des garçons de la noce. Mais il ne s'embarrasse pas de cela ; et il faudra que le mariage soit diablement dur, s'il ne le fait casser. En tout cas, nous avons la voie de la mort aux rats qui ne nous petit manquer. Il n'y a rien qui assure plus promptement une séparation que cette manière de procéder. Mais j'espère que tout se passera dans la douceur, et que nous ne serons pas obligés d'en venir au grand remède. Quel âge a votre mari? '
Il peut bien avoir soixante-dix ans.
ARLEQUIN
Tant pis pour lui et pour vous. Et vous, quel âge avez-vous?
ISABELLE
J'en ai dix-sept ou dix-buit.
ARLEQUIN
Tant mieux pour vous et pour mon maître, vous en vivrez plus long-temps. Mais voyons la dent, car
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je me défie diablement des femmes sur l'article de l'âge. CombieD y a-t-il que vous êtes mariée ?
^ ISABELLE
U y a déjà cinq à six mois.
ARLEQTlIir.
Et combien avez-vous d'enfants?
COLOMBIKE.
Monsieur l'ambassadeur veut rire. En sis mois, combien d'enfants !
ARLEQUIN
Oh 1 ne vous y trompez pas. Je connois des filles qui sont bien aises d'être équipées de tout en entrant en ménage. A propos de ménage , croyez-vous que tes femmes de qualité de mon pays se donnent la peine de porter leurs enfants pendant neuf mois? Bon, bon , elles s'amusent bien à cela! Quand elles ont porté deux ou trois mois, elles les donnent à porter à leurs tilles de cbambre, qui s'en acquittent aussi bien que leurs maîtresses.
COLOMBtNE.
Ab , madame ! voilà un merveilleux pays.
ARLEQUIN
Combien croyez-vous que l'on vive dans ce pays-là ?
ISABELLE
Je crois qu'on n'y vit pasplusqu'ailleurs ; soixante, soixante-dix ans.
ARLEQOIH.
Bon , bon ! on y a l'âme cramponnée dans le corps , il £)uty assommer le monde; on n'y connoît aucune
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