SCENE I
PIEfl HOT.
Cela est vrai , monsieur, c'estmoi qui l'ai repêchée.
ARLEQniH,
Tu n'avois que faire de te donner tant de peine. Les méchantes femmes sont de liège, et ne vont jamais à fond.
PIEBROT.
Voilà un pauvre poisson qui n'en peut plus, (à Arl». gain.) Tenez , monsieur , voyez , il est sut* tes dents ; il sera fourbu de ce voyage, H y a huit jours que nous marchons sans débrider.
ARLEQUIN
Hé bien , mène-le à l'écurie. Quel poisson est-ce cela ?
PIERROT
C'est un maquereau , monsieur.
ARLEQUin.
Un maquereau? voilà une bonne voiture pour une femme !
COLOMBIME.
Dis-moi donc présentement ce que fions venons faire ici , et pourquoi on noua a hit déménager aussi vite que si nous avions dit cotnmissaïres à nos trousses.
AftlEQDIN.
Cela a été un peu cbaud; mais est-ce qu'on vous a pris pour du train dans notre quartier?
COLOMBIKE.
Non pas tout-à-fàit ; mais on a jeté nos meubles par la fenêtre.
lao LA DESCENTE D'ARLEQUIN, etc.
AULEQDIH, Di»ble! cela est scandaleux. Hais nen ne peut m'arrêler quand la gloire m'appelle. Nous sommes en Thrace , et )'ai quitté la Grèce pour venir ici disputer avec Orphée de l.i musique.
COIOMBIITE.
Quoi! ce ménétrier de village?
ABLEQDIN.
Il a eu refTronterie de m'appeler en duel.
COLOMBINE
En duel? Et depuis quand donc les musiciens sontils devenus si braves?
ARLEQDIir.
Bon, bon! ils enragent de se battre quand ils ne voient pei-sonne. Tiens, voilà la lettre que je lui ai écrite.
Amphion à Orphée.
« J'ai appris , mon petit migoon , que vous vous « mêlez de chanter et de racler le boyau. Que cela «ne vous arrive plus; car je vous ferois chanter sur « un diable de ton. Je veux vous voir les instruments « à la main , quoique vous ne soyez qu'un chantre du « Pont-Neuf, et que vous ne deviez chanter qu'avec « des grenouilles , ou braire avec des ânes comme ■ vous. »