SCÈNE II
ARLEQUIN, COLOMBINE
COLOHUrNE.
De quoi vivrons-nous en ce pays-ci? car nout n'avons point d'argent.
ablequin.
Cela m'embarrasse un peu ; car ce diable d'argent , c'est la cheville ouvrière d'un ménage.
COLOMBINE
Si tu VDuIois me laisser faire, je feroïs de bonnes connoîssances , et nous n'en serions pas plus mal. Autrefois , quand tu étois absent , je ne manquois de rien.
ARLEQCIM.
Tant pis, morbleu, tant pis! Je me défie diablement de ces femmes qui battent monnoîe en l'absence de leurs maris.
COLOMBINE
Ne voîlà-t-il pas ? Ces maris se mettent d'abord cent choses dans la tête. C'est bien cela! J'ai des secrets merveilleux, qui m'ont été donnés par un chimiste qui m'aimoit autrefois.
ARLEQTJ IN.
N'est-ce pas celui qui a le laboratoire au collège des Quatre-Nations , qui vend du chocolat volatil, de la crème de perle et du sirop de diamants?
umitiïcDïGoOgk'
raa LA DESCENTE D'ARLEQUIN, «e.
COI.OMBINE.
Je compose une huile, que j'appelle élixir de patience, dont une goutte, appliquée sur le iront d'un mari, le délivre pour jamais du mal de tête.
ABLEQtlIN.
Diable ! voilà qui est beau ! Mais je crois que tu gagnerois Ijien davantage si ton secret le délivrolt de sa femme.
COLOHBlnE.
J'en ai un autre bien plus beau pour tes femmes d'aujourd'hui : je compose la poudre de bonne réputation.
ARLEQDIN.
Oh, oh! je crois qu'elle est diablement difficile à faire !
COLOMBINE
Qu'une coquette soit décriée, que sa conduite soit la plus raboteuse du monde, elle n'a qu'à changer de quartier, ne plus voir d'hommes, et prendre une pincée de ma poudre dans un bouillon, en trois mois elle fera assaut de vertu avec les plus vestales.
ARLEQUIN
Voilà le plus beau secret du monde. Maispeux-tu faire assez de cette poudre-là ? J'en ai un pour le moins aussi beau. Qu'un homme ait une colique enragée, en un moment je la lui iais passer ; je le couche par terre , je fais chauffer une meule de moulin , et je la lui applique sur l'estomac ; n'ayez pas peur qu'il ait jamais la colique.