‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 3)Chapitre 72 sur 246 · SCENE VII. i · texte numérisé non relu

SCENE VII. i

ARLEQUIir.

Apparemment que vous en étiez Kt-haut?

l'adteur.

Que j'en étois là-haut ! que j'en étois ! Est-oe qu'on me recevroit ici , si j'en avois été ? Ce n'est pas que je n'nie eu cent fois plus de mérite qu'il ne ^ut pour en être. J'ai été te plus bel esprit de mon temps , et j'ai (ait en ma vie plus de cent comédies. ARLEQUIN.

Plus de cent comédies !

l'adte0h.

Oui , cent; peut-étrie cent cinquante , si vous me fôchez. Il n'y eut jamais un meilleur naturel que le mien ; je rendois une comédie aussi facilement qu'un autre rend un lavement. C'est moi qui ai enrichi les comédiens françois ; et il n'y avoit point d'hiver que je ne leur donnasse sept ou huit pièces , tant sérieuses que comiques.

ARLEQUIN

Et les jouoit-on long-temps?

l'a B TEC R.

Jamais qu'une fois; mais aussi tout Paris venoit se crever à la première représentation ; car personne ne vouloit attendre k seconde , de peur de ne la point voir.

ARLEQUIN

J'aurois cru que c'eût été là le moyen d'envoyer les comédiens à l'hôpital.

.ïGoogIc

i38 LA DESCEIfTE D'ARLEQUIN, ««^

i'adtecb.

C'est ce qui Tous trompe. Une comédie nouvelle, pour être bonne , ne doH se jouer qu'une fois ; quand elle va juiHfu'à detix , ma fat , on s'eDiiaie. J'ai mis le siècle dans ce goôt^là ^ et , si vous y prenea garde , depuis moi, tous les. auteurs donnent là-dedans. Ils ont raison, au bout du cmtpte ; car, comme les bonnes choses aujourd'hui n'ont poiot de coars , pour peu qu'une méchante pièce puisse être représentée une fois , voilà les comédiens riches.

AHLBQUIir,

Les vôtres étoient donc sur ce pied-là ?

Li It I E V M.

Vous pouvez rreiire tfùe je ne sibs «s à la mode tout des premiers. Deplu8,^je n'ai jamais voulu ôter au public l'usagt récréatif des sifSots. Tout an contraire , je Kiarqual, dans mes rôles , les mdroits «b l'on devoit siffler, afin que l'acteur se reposât et qu'il reprît baleine.. C'est le jugement qui conduit tout cela.

ABLKQDtN.

Et iBoi je voudrois que les sifflets fussent au diable. Quand cette quînte-là prend au parterre, il défscotteroit Titus et Bérénice.

l'autedr.

Je m'étois , de mou vivant , abonné avec un marchand de sifHetSj qui étoit, dans soa métier, le premier homme du monde.

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