‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 4)Chapitre 101 sur 273 · SECONDE ÉPIGRAMME · texte numérisé non relu

SECONDE ÉPIGRAMME

&ir les deux Joukues, dont celui de M. Regnard fut bien reçu, et celui de Rivière fut à peine Joué jusqu'au second acte»

Deux célèbres Joueurs, l'un riche et l'autre gueux ^ Prétendoient en public donner leur caractère , Et prétendoient si fort à plaire,

Qu'ils tenoîent en suspens les esprits curieux ; Mais dès que sur la scène on vit les comédies

De ces deux écrivains rivaux,

Chacun trouva que les copies

Ressembioient aux originaux.

On ne peut disconvenir que Dufresny ne soil traité un peu trop durement dans ces deux épigrammes, et que l'amitié que Regnardavoit pour Gacon n'ait excité celui-ci à prendre avec trop d'aigreur la querelle de son ami. Les titres même de ses épigrammes contiennent des injures grosrsières et de mauvaise foi. Le Chewdier joueur de Dufresny n'a pas été interrompu à la "fin du second acte. Les auteurs de \ Histoire du Théâtre françois attestent que ce fait est démenti par les registres de la Comédie.

Quoi qu'il en soit, Regnard a eu regret d'avoir maltraité Dufresny dans sa préface, et il l'a supprimée dans toutes les éditions de ses Œuvres qui ont été faites de son vivant.

On ne sait pourquoi , depuis la mort Ae Regnard, on a renouvelé une accusation dont on avoit senti l'injustice pendant sa vie. On a imprimé dans plusieurs ouvrages, que le Joueur Ae Regnard appartenoit presque en entier à Dufresny ; que Regnard n'y avoit fait que de légers changements , et qu'après avoir abusé de la manière la plus indigne de la confiance de son ami,

SUR LE JOUEUR. i;;

îl ô'ëtoit approprié l'ouvrage, et Favoît donné sous son nom.

On lit dans les Anecdotes dramatiques, a que ce n'est point à tort que Dufresny revendiquoit le fond de cette comédie , qu'il prétendoit que Regnard lui avoit pris. Ce dernier abusa effectivement de la confiance que Dufresny lui témoigna, et pour accélérer sa pièce, il se servit de Gacon, à qui il en fit faiire la plus grande partie ; ce fut à Grillon, où Regnard avoit une maison de campagne qu'il aimoit beaucoup. Il enfermoit Gacon dans une chambre , d'où ce dernier n'avoît la liberté de sortir qu'après avoir averti par la fenêtre coinKen il avoit fait de vers sur la prose dont Regnard lui donnoit le canevas. C'est de Gacon lui-même que l'on tient cette anecdote. »

On est fôché de voir ainsi débiter et imprimer dans tous les recueils, sur les preuves les plus légères , des anecdotes qui attaquent l'honneur et les talents de nos auteurs les plus accrédités.

Si l'anecdote rapportée par les auteurs des Anecdotes dramatiques est vraie, Regnard a joué le rôle, non seulement d'un malhonnête homme, mais d'un homme sans talents, et, comme s'expriment eux-mêmes les auteurs que l'on vient de citer, d'un poète du plus bas étage.

(f II n'a pas eu honte de donner sous son nom « ime jHièce dont Dufiresny avoit fait l'intrigue et

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