ACTE I, SCENE IL igS
Ici je suis de garde.
Et je ne puis t'ouvrir qufe la porte bâtarde.
NÉRINE
Tes sots raisonnements sont pour moi superflus.
HECTOR
Voudrois'tu voir mon maître in naturalibus?
NÉRINE
Quand se lèvera-t-il?
HECTOR
Mais , avant qu'il se lève , Il faudra qu'il se couche ; et fi^anchement...
NiRlNS.
Achève.
HECTOR
Je ne dis mot.
irÉRIICE.
Oh ! parle , ou de force , ou de gré.
HECTOR
Mon maître, en ce moment, n'est pas encor rentré.
iriRiifE.
Il n'esf pas rentré ?
HECTOR
Non ; il ne tardera guère : Nous n'ouvrons pas matin. Il a plus d'une afiaire, Ce garçon-là.
KÉRIITE.
J'entends. Autour d'un tapis vert, Dans un maudit brelan , ton maître joue et perd,
Ou bien, réduit à sec, d^une âme familière, Peut-être il parle au ciel d'une étrange manière. Par ordre très exprès d'Angélique^ aujourd'hui Je viens pour rompre ici tout commerce avec lui. Des serments les plus forts appuyant sa tendres&e , Tu sais qu'il a cent fois promis à ma maîtresse De ne toucher jamais cornet, carte, ni dé, Par quelque espoir de gain dont son cœur fût guidé ; Cependant...
HECTOR
Je vois bien qu'un rival domestique Consigne entre tes mains pour avoir Angélique.
NÉRINE
Et quand cela seroit, n'aurois-je pas raison?
Mon cœur ne peut souffrir de lâche trahison.
Angélique, entre nous, seroit extravagante
De rejeter l'amour qu'a pour elle Dorante :
Lui , c'est un homme d'ordre, et qui vit congrûment*
HECTOR
L'amour se plaît un peu dans le dérèglement.
NiRIlTE.
Un amant fait et mûr.
HECTOR
Les filles , d'ordinaire , Aiment mieux le fruit vert.
NERINE.
D'un fort bon' caractère, Qui ne sut de ses jours ce <pie c'est que le jeu.