ANGÉLIQUE, NÉRINE
ANGIÊLIQUE.
Mon cœur seroit bien lâche, après tant de serments;
D'avoir encor pour lui de tendres mouvements.
Nérine , c'en est fait , pour jamais je l'oublie ;
Je ne veux ni l'aimer , ni le voir de ma vie ;
Je sens la liberté de retour dans mon cœur.
Ne me viens pas , au moins, parler en sa faveur.
NÉRINE
Moi, parler pour Valère ! Il faudroit être folle. Que plutôt à jamais je perde la parole !
ANGÉLIQUE
Ne viens point désormais, pour calmer mon dépit. Rappeler à mes sens son air et son esprit ; Car tu sais qu'il en a.
NÉRINE
De l'esprit! lui , madame !
Il est plus journalier mille fois qu'une femme : Il rêve à tout moment ; et sa vivacité Dépend presque toujours d'une carte , ou d'un dé.
ANGÉLIQUE
Mon cœur est maintenant certain de sa victoire.
NÉRINE
Madame , croyez-moi , je connois le grimoire. Souvent tous ces dépits sont des hoquets d'amour.
ANGÉLIQUE
Non ; Tamour de mon cœur est banni sans retour.
NÉRINE
Cet hâte dans un cœur a bientôt fait son gîte ; Mais il se garde bien d'en déloger si vite.
ANGÉLIQUE
Ne crains rien de mon cœur.
NÉRINE
S'il venoit à l'instant, Avec cet air flatteur, soumis, insinuant, Que vous lui connoissez ; que d'un ton pathétique,
( Elle se met à ses pieds. )
Il vous dît à vos pieds : « Non , charmante Angélique, a Je ne veux opposer à tout votre courroux <c Qu'un seul mot : Je vous aime , et je n'aime que vous. « Votre âme en ma faveur n'est-elle point émue? « Vous ne me dites rien ! vous détournez la vue!
• (EUe se relève.)
« Vous voulez donc ma mort ? il faut vous contenter. > Peut-être en ce moment pour vous épouvanter, Il se soufflettera d'une main mutinée , Se donnera du front contre une cheminée, S'arrachera de rage un toupet de cheveux, Qui ne sont pas à lui. Mais de ces airs fougueux