‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 4)Chapitre 123 sur 273 · ANGÉLIQUE, NÉRINE · texte numérisé non relu

ANGÉLIQUE, NÉRINE

ANGIÊLIQUE.

Mon cœur seroit bien lâche, après tant de serments;

D'avoir encor pour lui de tendres mouvements.

Nérine , c'en est fait , pour jamais je l'oublie ;

Je ne veux ni l'aimer , ni le voir de ma vie ;

Je sens la liberté de retour dans mon cœur.

Ne me viens pas , au moins, parler en sa faveur.

NÉRINE

Moi, parler pour Valère ! Il faudroit être folle. Que plutôt à jamais je perde la parole !

ANGÉLIQUE

Ne viens point désormais, pour calmer mon dépit. Rappeler à mes sens son air et son esprit ; Car tu sais qu'il en a.

NÉRINE

De l'esprit! lui , madame !

Il est plus journalier mille fois qu'une femme : Il rêve à tout moment ; et sa vivacité Dépend presque toujours d'une carte , ou d'un dé.

ANGÉLIQUE

Mon cœur est maintenant certain de sa victoire.

NÉRINE

Madame , croyez-moi , je connois le grimoire. Souvent tous ces dépits sont des hoquets d'amour.

ANGÉLIQUE

Non ; Tamour de mon cœur est banni sans retour.

NÉRINE

Cet hâte dans un cœur a bientôt fait son gîte ; Mais il se garde bien d'en déloger si vite.

ANGÉLIQUE

Ne crains rien de mon cœur.

NÉRINE

S'il venoit à l'instant, Avec cet air flatteur, soumis, insinuant, Que vous lui connoissez ; que d'un ton pathétique,

( Elle se met à ses pieds. )

Il vous dît à vos pieds : « Non , charmante Angélique, a Je ne veux opposer à tout votre courroux <c Qu'un seul mot : Je vous aime , et je n'aime que vous. « Votre âme en ma faveur n'est-elle point émue? « Vous ne me dites rien ! vous détournez la vue!

• (EUe se relève.)

« Vous voulez donc ma mort ? il faut vous contenter. > Peut-être en ce moment pour vous épouvanter, Il se soufflettera d'une main mutinée , Se donnera du front contre une cheminée, S'arrachera de rage un toupet de cheveux, Qui ne sont pas à lui. Mais de ces airs fougueux

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