‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 4)Chapitre 125 sur 273 · ACTE II, SCENE IL aaS · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL aaS

Ce maintien réservé, prendre un nouvel époux?

Et pourquoi non , ma sœur ? Fais^je donc un grand crime De rallumer les feux d'un amour légitime?

jTavois fait vœu de fuir tout autre engagement. Pour garder du défunt le souvenii* charmant, Je portois son portrait ; et cette vive image Me soulageoit un peu des chagrins du veuvage : Mais qu'est-ce qu'un portrait , quand on aime bien fort ? C'est un époux vivant qui console d'un mort !

IflÊRIKE.

Madame n'aime pas les maris en peinture.

LA COMTESSE

Cela racquitte-t-il d'une pe^lbe aussi dure ?

KI^RIIf £1 C'est irriter le mal au lieu de l'adoucir*

AKGXLIQfJE.

Connoisseose en maris, vous deviez mieux dK)«sir. Vous unir à Valère !

LA COMTESSE

Oui, na sœur, à lui-même.

AirCÉLIQUE.

Mais vous n'y pensez pas.-Croy ez-^rous qu'il vous aime ?

LA COMTESSE

S'il m'aime, lui ! s'il m'aime ! Ah ! quel aveuglement! On a certains attraits, un certain enjoûment. Que personne ne peut me disputer, je pense.

ANGELIQUE

Après un si long temps de pleine jouissance,

Vos «ittraits sont à vous sans contestation.

LA COMTESSE

Et je puis en user à ma discrétion.

ANGIÉLIQUE.

Sans cloute; et je vois bien qu'il n'est pas impossible Que Valère pour vous ait eu le cœur sensible. L'or est d'un grand secours pour acheter un cœur ; Ce métal, en amour, est un grand séducteur.

LA COMTESSE

En vain vous m'insultez avec un tel langage ; Là modération fut toujours mon partagé:

Mais ce n'est point par l'or que brillent mes attraits ; Et jamais, en aimant, je ne fis de faux frais. Mes sentiments, ma sœur^sont différents des vôtres; Si je connois l'amour, ce n'est que dans les autres. J'ai beau m'armer de fier, je vois de toutes parts Mille cœurs amoureux suivre mes étendards :

Un conseiller de robe, un seigneur de finance, Dorante, le Marquis, briguent mon alliance; Mais si d'un nouveau nœud je veux bien me lier, Je prétends à Valère offrir un cœur entier.

Je fais profession d'une vertu sévère.

ANGÉLIQUE

Qui peut vous assurer de l'amour de Valère ?

LA COMTES S II

Qui peut m'en sïssurer ? îiion inénte, je crok.

ANGÉLIQUE

D'autres sur lui, ma sœur , auioient les mêmes dmiu*

ACT& II, SCENE II. aa5

LA COMTESSE

Il n'eut jamais pour vous qu'une estime stérile , Un petit feu léger , vagabond , volatile.

Quand on veut inspirer une solide amour, Il faut avoir vécu , ma sœur , bien plus d'un jour ; Avoir un certain poids , une beauté formée Par l'usage du monde , et des ans confirmée.

I Vous n'en êtes pas là.

AiroiLIQUfi.

J'attendrai bien du temps.

uriRiNE.

Madame est prévoyante, elle a pris les devants. Mais on vient.

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