‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 4)Chapitre 154 sur 273 · SCÈNE XL LE MARQUIS, VALÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE XL LE MARQUIS, VALÈRE

LE MARQUIS

Savez-vous qui je suis ?

VALÈRE

Je n'ai pas cet honneur.

LE MARQUIS, â part.

Courage ; allons, Marquis , montre de la vigueur :

(haut.)

Il craint. Je suis pourtant fort connu dans la ville ;

Et, si vous l'ignorez, sachez que je faufile

Avec ducs , archiducs , princes, seigneurs, marquis,

Et tout ce que la cour offre de plus exquis ;

Petits-maîtres de robe à courte et longue queue.

J'évente les beautés et leur plais d'une lieue.

le m'érige aux repas en maître architriclin ' ;

Je suis le chansonnier et l'âme du festin.

Je suis parfait en tout. Ma valeur est connue ;

Je ne me bats jamais qu'aussitôt je ne tue :

De cent jolis combats je me suis démêlé ;

'Architriclin, ordoimatear du banquet.

îi68 LE JOUEUR.

J'ai la botte trompeuse et le jeu très brouillé.

Mes aïeux sont connus ; ma race est ancienne ;

Mon trisaïeul étoit vice-bailli du Maine.

J'ai le vol du chapon : ainsi , dès le berceau ,

Vous voyez que je suis gentilliomme manceau.

On le voit à votre air.

LE MARQUIS

J'ai, sur certaine femme, Jeté , sans y songer , quelque amoureuse flamme. J'ai trouvé la matière assez sèche de soi ; Mais la belle est tombée amoureuse de moi.

Vous le croyez sans peine : on est fait d'un modèle A prétendre hypothèque , à fort bon droit , sur elle; Et vouloir faire obstacle à de telles amours. C'est prétendre arrêter un torrent dans son cours.

VALÈRE

Je ne crois pas ^ monsieur , qu'on fût si téméraire.

LE MARQUIS

On m'assure pourtant que vous le voulez faire.

VAIiÈHl.

Moi?

LE MARQUIS

Que, sans respecter ni i^ng^ni qualité, Vous nourrissez dans l'âme Une velléité De me barrer 9oh cœur.

VALÈRE

C'est pure médisance; Je sais ce qu'entre nous le sort mit de distance.

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