‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 4)Chapitre 2 sur 273 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

V4ETTE comédîe a été représentée pour la première fois au Théâtre françois, le mercredi 19 lAai 1694 , précédée de Tiridate^ tragédie en cinq actes , dfe Campistron. *

Nous laissons dans les Œuvres de Regnard cette comédie j que l'on a prétendu ^pa;rteQir ^i entier à Dufresny, et que nous croyons l'ouvrage des deux poètes.

Elle a été composée dans le temps que Regnard et Dufresny, liés par l'amitié, et associés dans leurs travaux , se communiquoient réciproquement leurs idées. Il y a tout lieu de croire que cette pièce-ci appartenoit plus particulièrement à Regnard qu'à Dufresny , puisqu'elle a toujours

■ On a yarié sur la date de la première représentation de cette pièce. Les auteurs des Recherches sur les Théâtres de France la placent en 1700; l'auteur de la BtbUotlUque des Théâtres, en 1695 ; Péditeur des Œuvres de Regnard, édition de 1743, en 1706. Nous suivons la date donnée par MM. Parfait dans leur Histoire du Tliéâtre françois , tome xiii , page 878; date qu'ils disent rapporter d'après les registres de la Comédie Françoise.

été imprimée dans les Œuvres de Regnard, et qu elle ne Ta j»nais été dans celles de Dufresny.

Jamais ce poète ne l'a réclamée hautement, même après la mort de Regnard , à qui il a survécu près de quatorze ans.

Ce n'est qu'après la mort de l'un et de l'autre qu'il s'est répandu un bruit peu vraisemblable, et que beaucoup de personnes ont cependant adopté '. Ce fait étrange a été imprimé pour la première fois dans le Mercure de France^^^ en

* Attendez'tnoi sous Corme a été imprimé dans le premier rectieil des Œuvres de théâtre de Regnard, s vol. //z-ii, Paris, Ribou, 1714» et dans les éditions qui ont suivi. Regnard étoit mort lorsque cette édition parut, mais Dufresny vivoit encore. On n*a jamais compris cette pièce au nombre de celles de Dufresny; je ne connois aucune édition de ses OËuvre» où elle ait été imprimée,

L*autenr des Recherches sur les Théâtres la met au nombre des pièces de Regnard. Il dit qu'elle fut représenta en 1700, et imprimée en 171 5, sans nom de ville ni d'imprimeur. (Voyez les Recherches sur les Théâtres , part. li, 4* ^g^» P^gc 383 , édit. //2-4**0 Cet auteur écrivoit en 1736; il ne fait point mention de cette pièce à l'article de Dufresny, et elle ne fut point insérée dans le premier recueil de ses OEuvres, imprimé en 6 volumes M-ia» à Paris, chez Rriasson, en 1731.

La Bibliothèque des Théâtres, vol. /«-S*» imprimé en 1733, article Attendez-moi sous l'orme, dit : « Nos deux théâtres ont chacun une « petite pièce en prose sous ce titre , qui y furent représentées « au commencement de l'année 1695. Le Théâtre françois joue « celle de M. Regnard, et Tltalien celle de M. Dufresny. » (Voyez la Bibliothèque des Théâtres, page 43.)

On est donc fondé à croire que ce sont MM. Parfait qui se sont plus à accréditer l'anecdote hasardée dans le Mercure , et à laquelle personne , avant eux , n'avoit paru faire attention.

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octobre 17^4^ V^^ 2264. On a dit que Regnard, abusant de la situation embarrassée de son ami , avoit acheté de lui cette comédie 3oo livres , et l'a voit donnée sous son nom au théâtre.

Ce fait a^ été ensuite répété par plusieurs auteurs, notamment par MM. Parfait, dans leur Histoire du TTiédtre français. Nous leur avons déjà fait des reproches de la manière rigoureuse avec laquelle ils ont traité un poète estimable tel que Regnard; c'est surtout dans cette circonstance que Ton voit éclater leur partialité.

Ils se contredisent en plusieurs endroits : tantôt ils attribuent cette comédie en entier à Dufresny : (( Nous avons dit que cette pièce , qui passe pom* (( être de M. Regnard, et qui est imprimée dans (( tous les recueils de ses Œuvres , est très certai- « nement de M. Dufresny. » ( Histoire du TTiédtre français j tome xv, page 4^0 ^< Cette comédie (( ( Attendez - moi sous F orme ) se trouve dans « toutes les éditions des Œuvres de M. Regnard, « au nombre de ses pièces de théâtre. Jusqu'à « présent le public, trompé par le titre du re- (c cueil , l'a crue de lui ; cependant il est très cerw tain qu'elle est de Dufresny. » (Ibid. ^ t. xiv, page 378.) « Attendez-moi sous Forme, comédie « en un acte et en prose, de M. Dufresny. . . . (( dans le recueil des Œuvres de M. Regnard , (( à qui elle a été faussenjient attribuée. » (/?/c-

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tionrudre des Théâti^es de Paris '^ tome i*',

page 3^3. )

Ailleurs ils conviennent que Regnard a eu part à cette comédie , et qu'elle est autant l'ouvrage de l'un que de l'autre. Ils disent, dans la Vie de Dufresny, que ce poète, « pour n'avoir aucun ic démêle avec Regnard , a souffert qu'il fît imcr primer dans le recueil de ses Œuvres la comédie a à! Attendez-moi sous Forme ^ dans laquelle ce- « pendant il n'avoit qu'une très médiocre part. » (Histoire du Théâtre françois^ tome xv , p. 4o6.) On lit quelques lignes plus haut : a Des liaisons i( d'amitié qu'il ( Dufresny ) avoit avec Regnard (( Fengageoient à lui faire part de ses idées. Il (c lui communiqua plusieurs sujets de comédie K presque finis , entre autres ceux du Joueur et a di Attendez-moi sous Forme , dans le dessein de (c les achever ensemble ; mais Regnard , qui seur (( toit la valeur de cette première pièce , amusa (c son ami, fît quelques changements à ce qu'avoit i< fait Dufresny , et la donna aux comédiens sous a son nom. » (Ibid. page 4o5.)

Tout ceci ne se concilie poiM avec le marché honteux que l'on prétend que Regnard a fait avec Dufresny. S'il a quelque part dans la- comédie d' Attendez-moi sous Forme ^ il est injuste de l'at-

* Dictionnaire des Théâtres de Paris, 7 vol. //i-ii , à Paris, chez Rosset, libraire» rue Saînt^Sererin, 1757, onrrage de MM. Parfait.

SUR ATTENDEZ-MCtf SOUS L*ORME. i5 tribuer tout entière a Dofresny. Il est vrai que Y (m ajoute que cette part est très mëdiocre , mais il est bien difficile de Févaluer. Nous ne croyons pas que Ton ait vu le canevas de Dufresny; nous ne connoissons personne qui ait lu la pièce presque' finie, tefle qu'elle a été conmnmiquée àRegnard, et qui ptiisse la comparer à la pièce telle qu'elle est maintenant^ avec les additions et corrections de celui-ci.

Si Ton juge de la part que Dufresnjr a dans cette pièce , par comparaKon à celle du Joueur, il se trouvera que tout le mérite est du côté de Regnard, et que, d'aune pièce très médiocre, il a su faire un charmant ouvrage. Dufi^sny nous a fourni ce parallèle en &isant imprimer le Chevalier ymeur tel qu'il l'avoît composé ". H est à croire que s'il eût produit de même Attendezmoi sous forme tel qu'il est sorti de ses mains , la comparaison ne lui serort pas Êivorable.

Nous pensons donc qu'on ne nous saura pas mauvais gré de rejeter ime fable ridicule , qui ne fait honneur ni à l'un ni à l'autre des deux poètes; fable invraisemblable , qu'on ne s'est permis de répandre qu'après la mort de celui qui avoit intérêt de la détruire, et qui s'est accrédStée ensuite, on ne sait trop pourquoi.

Nous nous sommes un peu étendus sur cette

• Voyez TAirertissement qui précède le Joueur.

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discussion , parce que nous avons cru qu'il étoit convenable de restituer à Regnard une pièce que Ton s' étoit efforcé de lui enlever; et quoique aucun éditeur de ses Œuvres n'ait osé la retrancher, cependant on ne l'a admise dans les dernières éditions qu'avec des restrictions, et en adoptant l'opinion que cette pièce appartenoit à Dufresny.

Les rôles d'Agathe et de Colin sont ceux que Dufresny pourroit peut-être revendiquer, et nous sommes portés à croire que ce sont les seuls que Regnard ait conservés. Ces deux caractères ont un ton naif et vrai qui nous paroît appartenir plutôt à Dufresny qu'à Regnard ; mais il faut convenir qu'on reconnoît Regnard dans le surplus de la pièce. On sait qu'il entendoit très bien l'économie du théâtre , mais que son associé entendoit mieux à produire des scènes détachées qu'à bien conduire une intrigue ; et la comédie di Attendez-moi sous Forme est bien intriguée, quoique le sujet en soit simple : le dialogue est vif, et d'un plaisant qui ne peut appartenir qu'à Regnard.

Quelque temps après la première représentation di Attendez-mx)i sous Forme , Dufresny donna au Théâtre italien une pièce sous le même titre , qui fut représentée pour la première fois le 3o janvier 1695.

Cette comédie n'a de commun avec celle de

PiCgnard que le titre ; cependant , comme elle est peu connue , plusieurs personnes Font confondue avec la première.

Dufresny est incontestablement l'auteur de la pièce italienne , qui a eu quelque succès sur l'ancien Théâtre italien , mais qui , depuis la suppression arrivée en 1697, a éprouvé le sort des pièces composées pour ce spectacle , et n'a paru que rarement sur la scène.

Cette comédie ignorée a contribué à entretenir l'erreur de quelques personnes sur \ jittendez^ moi sous Vorme du Théâtre françois. On a attribué celle-ci à Dufresny, quoiqu'il ne fiit l'auteur que de la pièce italienne.

Dans la liste des comédies de Dufresny données à l'ancien Théâtre italien , imprimée à la tête de ses Œuvres, on trouve. Attendez-moi sous Vorme ^ pièce en un acte, 1694, avec cette note : Imprimée aussi dans les OEui^res de Regnard^

L'éditeur, entraîné par l'opinion commune, a confondu la pièce italienne avec la pièce françoise. C'est cette dernière qui est imprimée dans les Œuvres de Regnard, et qui lui appartient, au moins pour la plus grande partie ; c'est aussi la pièce françoise qui a été représentée en 1694.

Quant à la pièce italienne , elle n'a jamais été II. 2

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attribuée à Regaard^ ni insérée daus ses (Xuvres* Elle a été représentée eu 169$ , et non ea i694« Cest cette pièce qui est imprimée 4attS le reaieil de Ghérardi , tome 5 , page 401 ^ édition de 1717,

Ces deux pièces n'ont de ccmformité que le titre. Celle de Regnard , comme nous l'avons dit , est agréablement intriguée ; et la pièce de Dufiresny n'est qu'une suite de scènes épisodiques y et que l'on appelle proverbisdement scènes à tiroir.

Quoique la comédie de Dufresny ne soit pas dépourvue de mérite, elle ne peut néanmoins soutenir la comparaison avec celle de Regnard. La première a dû la plus grande partie de son succès ^i;i je^ des acteurs; la seconde est r^ée au théâtre, et se vo^ toujours avec plaisir.

Si Dufresny eût eu une part bien considéraMe dans la pièce françoise , il n'auroit pas manqué de reprendre ce qui lui appartenoit , et de le transporter dans la pièce italienne. C'étoit une {xHine manière de §e venger de l'ix^délité de ^Qa ^mi , et d« rev^pdiquer sps usurpations*

H a suivi cette route pour le Joueur : il a produit sur la scène sa comédie telle qu'il l'avoit composée , et a mis tout le monde à portée de prononcer entre lui et son adversaire : chacun a pu vQir le parti que Regoard avoit tiré des idées

SUR ATTENDEZ-MOI SOUS L'ORME, i^

de Dufinesny ; on ^ reconnu ce qui appartenoit k r«m et k Tauta^e,

Dufresny ne s'est pas contenté de reprendre ses scènes dans cette pièce ; il les a employées de nouveau dans sa comédie de la Joueuse. Désespéré du peu de succès de la première pièce, il ne pouvoit concevoir que le pubKc dédaignât des scènes auxquelles il attribuoit tout le succès de la comédie de Regnard.

Ce second essai a été encore infructueux. On a continué de se porter en foule au Joueur de Regnard, et l'on n'a pu goûter les deux pièces de Dufresny. Celui-ci n'a pas cependant perdu toute espérance ; il a cru que son rival devoit son triomphe à sa vérification ; il a mis en vers la comédie de la Joueuse.

On ne sait quel auroit été le succès de cette nouvelle tentative. La Joueuse^ mise en vers, n'a jamais été représentée, et est du nombre des pièces que Dufresny, en mourant , fit brûler sous ses yeux , et par le conseil de son confesseur.

Mais ces faits prouvent combien Dufresny étoit attaché à ses productions , et qu'il ne souffroit pas patiemment que d'autres adoptassent ses idées ^ et s'attribuassent le fruit de ses travaux.

On ne voit pas poiwquoi il auroit eu plus d'indifférence pour AUendez-moi sous l'orme ^ qu'il

ao AVERTISSEMENT

n'en avoît eu pour le Joueur. L'infidélité de son ami devoit lui être aussi sensible pour l'une que pour l'autre pièce.

Nous nous croyons donc fondés h laisser à Regnard une propriété que nous ne pensons pas qu'il ait usurpée. Nous imprimons dans ses QEuvres la comédie à! Attendeirmoi sous Forme j non parce que cette pièce y a été insérée jusqu'à présent (nous n'aurions pas balancé à l'en retrancher, si nous eussions pu croire qu'elle appartint à Dufresny), mais parce que nous croyons qu'il en est l'auteur.

Nous n'avons négligé aucun moyen d'éclaircir nos doutes, et toutes les recherches que nous avons pu faire n'ont servi qu'à nous confirmer dans notre opinion , et nous assiu'er que la comédie à! Attendez-moi sous Fonne est l'ouvrage de Regnard ; que Dufresny y a quelque part , mais que cette part est si médiocre et si équivoque , qu'elle ne suffit pas pour disputer à Regnard sa propriété , et retrancher cette pièce du recueil de ses Œuvres.

On rapporte dans les Anecdotes dramatiques l'anecdote suivante , relative à Attendez-moi sous forme. Armand, cet excellent comique , saisissoit avec une présence d'esprit singulière tout ce qui pouvoit plaire au public, dont il étoit fort aimé. Jouant le rôle de Pasquin dans cette piècç , après

SUR ATTENDEZ-MOI SOUS t'ORME. ai ces mots : « Que dit-on d'intéressant? Vous avez i< reçu des nouvelles de Flandre ; » il répliqua sur-le-champ : « Un bruit se répand que Port-* Mahon est pris. » Le vainqueur de Mahon, le maréchal de Richelieu, étoit le parrain d'Armand. *

' Les recherches et la discassion auxquelles s'est liyré l*auteur de cet Ayertissement , ne peureut laisser douter que la comédie Attendez-moi sous l*orme ne soit de Regnard; et c'est pour cette raison que je Tai replacée à son ordre chronologique, du mois de mai 1694; ià Sérénade n'ayant été représentée qu'au mois de juillet de la même année. (G. A. C.)

PERSONNAGES

jpOftANTE, officier réformé, revenant db aat gar* aison, qui< devient amoureux dTAgathe.

AGATHE y fiUs d'vn £ennter, amourevse de Dorante.

PASQUIN, valet de Dorante.

LISETTE, amie d'Agathe.

COLIN,, jeune fermier, aecordéavee Agatiie.

NANETTE, bergère.

NICAISE, berger.

Pi.irsiEeR» B£fu&E«» ET foitoèRES, €fm étoîent priés* pour la noce de Colin et d'Agathe.

La scène est dans un village de Poitou^ sous VOrme.

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