‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 4)Chapitre 208 sur 273 · ACTE II, SCENE I. 3(îï · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I. 3(îï

CARLIK.

Sortant d'une maison, Tautre jour, par bévue , Pour son carrosse il prit celui qui dans la rue Se trouva le premier. Le cocher touche , et croit Qu'il mène son vrai maître à son logis, tout droit. Léandre arrive, il monte, il va, rien ne l'arrête; U entre en une chambre où la toilette est prête, Où la dame du heu, qui ne s'endormoit pas , Attendoit son époux couchée entre deux draps. Il croit être en sa chambre ; et , d'un air de firanchise , Assez diligemment il se met en chemise , Prend la robe de chambre et le bonnet de nuit; Et bientôt il alloit se mettre dans le lit.

Lorsque l'époux arrive. Il tempête, il s'emporte, Le veut Êiire sortir , mais non pas par la porte ; Quand mon maître étonné se sauva de ce lieu Tout en robe de chambre, ainsi qu'il plut à Dieu. Mais un moment plus tard , pour t'achever mon conte , Le maître du logis en avoit pour son compte.

Ton récit est charmant. Mais, raillerie à part, Dis-moi, qu'avez-vous fait depuis votre départ?

CARLIN

Nous venons, mon enfant, de courre un bénéfice.

LISETTE

Un bénéfice , toi ?

CARLIN

Pour te rendre service.

Mais nos soins empressés ne nous ont rien valu ;

36i LE mSTRAIT.

Et 1q diable a sur nou^ jeté son dévolu.

LISETTE

Explique-toi donc mieux.

CARLIK.

Ah, Lisette! j'enrage.

Notre espoir dans le port vient de faire naufirage. Nous croyions hériter , du côté maternel , D'un oncle.... ah , ciel ! quel oncle ! il est oncle éternel. Nous attendions en paix que son âme à toute heure Passât de cette vie en une autre meilleure ; Nous le laissions mourir à sa commodité ; Quand, un beau jour enfin, le ciel , par charité, A fait tomber sur lui deux ou trois pleurésies, Qu'escortoient en chemin nombre d'apoplexies. Nous partons aussitôt, faisant partout^re^^ Sûrs de trouver déjà le bon homme ad patres.

Mais fol et vain espoir ! vermisseaux que nous smnmes! Gomme le ciel se rit des vains projets des hommes! Écoute la noirceur de ce maudit vieillard.

LISETTE

Vous êtes arrivés sans doute un peu trop tard, Et quelque autre avant vous....

CJlRLIN.

Non.

LISETTE

Il auroit peut-être En faveur de quelqu'un déshérité ton maître ?

CARLIN

Point.

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