‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 4)Chapitre 209 sur 273 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

LISETTE

Il a déclaré, se voyant sur sa fin , Quelque enfant provenu d'un hymen clandestin ?

CARLIir.

Non. U ne fit jamais d'enfants, par avarice.

LISETTE

Parle donc , si tu veux.

CARLÎir.

Le vieillard , par malice , Malgré nos vœux ardents n'a pas voulu mourir.

LISETTE

Le trait est vraiment noir, et ne peut se souffiîr.

CARLIN. *

Par trois fois de ma main il a pris l'émétique , Et je n'en donnois pas une dose modique ; J'y mettois double charge, afin que par mes soins Le pauvre agonisant en languît un peu moins: \ \^ Mais par trois fois, le sort, injuste, inexorable, ;. t N'a point donné les mains à ce soin charitable ; Et le bon homme enfin, à quatre-vingt-neuf ans, Malgré sa fièvre lente et ses redoublements , Sa fluxion, son rhume, et ses apoplexies.

Son crachement de sang, et ses trois pleurésies. Sa goutte, sa gravelle, et son prochain convoi Déjà tout préparé, se porte mieux que moi.

LISETTE

Votre course n'a pas produit grand avantage.

CARLIir.

Nous en avons été pour les fi^is du voyage :

Mais ijous avons laissé Poitevin tout exprès Pour prendre sur les lieux nos petits intérêts. • Il doit de temps en temps nous donner des nouvelles; Et nous nous conduirons par ses avis fidèles.

Sans avoir donc rien fait , vous voilà de retour ! Je vous applaudis fort. Mais comment va Tamour? Ton maître aime toujours ?

CARLIW.

Cela n'est pas croyable.

Je le vois pour Clarice amoureux comme un diable. C'est-à-dire beaucoup ; mais comme il est distrait, Son esprit se promène encor sur quelque objet Le dédit que son oncle a fait pour Isabelle Partage son amour, et le tient en cervelle.

Je sais que ta maîtresse a de naissants appas , Et surtout de grands biens, que Clarice n'a pas; Mais mon maître est fidèle , et son âme est pétrie De la plus fine fleur de la galanterie :

Il ne ressemble pas à quantité d'amants ; C'est un homme , morbleii, tout plein de sentiments.

LISETTE

Mais , s'il aime Clarice ensemble et ma maîtresse , Que puis-je faire, moi , pour servir sa tendresse ? Les épousera*t-il toutes deux?

GAHLIir.

Pourquoi non ?

Il le fera fort bien dans sa distraction.

C'est un homme étonnant et rare en son espèce :

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