‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 4)Chapitre 210 sur 273 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

Il rêve fort à rien , il s'égare sans cesse ; Il cherche , il trouve , il brouille , il regarde sans voir ; Quand on lui parle blanc, soudain il répond noir; Il vous dit non pour oui ; pour oui , non ; il appelle Une femme, monsieur; et moi, mademoiselle; Prend souvent Tun pour Tautre; il va sans savoir où. On dit qu'il est distrait ; mais moi , je le tiens fou : D'ailleurs fort honnête homme , à ses devoirs austère, Exact et bon ami , généreux, doux, sincère.

Aimant , comme j'ai dit, sa maîtresse en héros : U est et sage et fou ; voila l'homme en deux mots.

LISETTE

Si Léandre ressent une tendresse extrême Pour Clarice , Isabelle est prise ailleurs de même , Et pour le Chevalier son cœur s'est découvert,

CARLITf.

Tant mieux. Il nous faudra travailler de concert Pour détourner le coup de ce dédit funeste ; Et l'amour avec nous achèvera le reste.

LISETTE

De tes soins empressés nous attendrons l'effet.

CARLIN

Soit. Adieu donc. Mon maître est dans son cabinet : Il m'attend. J'ai voulu, comme le cas me touche . Apprendre , en arrivant , ta santé par ta bouche.

LISETTE

Je me porte la la ; mais toi ?

CARLIN

Coussi , coussi.

a66 LE DISTRAIT.

En ^rès bonne santé j'arriverois ici , Si je n'étois porteur d'une large écorchure*

LISETTE

Bon ! c'est des postillons l'ordinaire aventure. Jusqu'au revoir. Adieu , beau courrier offensé. •

(EUesort.) CARLIN.

Ce n'est pas là , coquine , où le bât m'a blessé. Mon cœur est plus navré de ton humeur sévère.

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