‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 5)Chapitre 132 sur 279 · ACTE II, SCENE IL aa · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL aa

Ce maintien réservé, prendre un nouvel époux ?

LA COMTESSE

El poor([Uoi non , ma sœur ? Fais-je donc un grand crime De rallumer les feux d'un amour légitime ?

Tavois fait vœu de fuir tout autre engagement. Pour garder du défunt le souvenir charmant, Je portois son portrait ; et cette vive image Me soulageoit un peu des chagrins du veuvage : Mais quVst-ce qu'un portrait , quand on aime bien fort ? C*est un époux vivant qui console d'un mort !

Madame n'aime pas les maris en peinture.

LA COMTESSE

Cela racquitie-t-il d'une pe^e aussi dure ?

C'est irriter le mal au lieu de l'adoucir.

ANGiLIQfIB.

Connoissense en maris, tous deviez mieux dhoisir. Vous unir à Yalère !

LA COMTESSE

Oui , ma sœur , à lui-même.

ANGÉLTQUS.

Mais vous n'y pensez pas.<Iroy ez-^ous qu'il vous aime ?

LA COMTESSE

S'il m'aime, lui ! s'il m'aime ! Ah ! quel aveuglement! On a certains attraits, un certain enjoûment. Que personne ne peut me disputer, je pense.

Après un si long temps de pleine jouissance ,

aa4 LE JOUEUR.

Vos attraits sont à vous sans contestation.

LA COMTESSE

Et je puis en user à ma discrétion.

ANGÉLIQUE

Sans doute ; et je vois bien qu'il n'est pas impossible Que Valère pour vous ait eu le cœur sensible. L'or est d'un grand secours pour acheter un cœur; Ce métal, en amour, est un grand séducteur.

LA COMTESSE

En vain vous m'insultez avec un tel langage; Là modération fut toujours mon partage ; Mais ce n'est point par t'or que brillent mes attraits ; Et jamais , en aimant , je ne fis de faux frais. Mes sentiments , ma sœtVi'sont différents des vôtres; Si je connois l'amour , ce n'est que dans tes autres. J'ai beau m'armer de fier, je vois de toutes parts Mille cœurs amoureux suivre mes étendards:

Un conseiller de robe, un seigneur de finance. Dorante, le Marquis, briguent mon alliance; Mais si d'un nouveau nœud je veux bien me lier, Je prétends à Valère offrir un cœur entier.

Je fais profession d'une vertu sévère.

ANGÉLIQUE

Qui peut voua assurer de l'amour de Valère ?

LA COMTIiSSE.

Qui peut m'en assurer ? mon mérite , je crois.

ANGÉLIQUE

, ma sœur , auroient les mîm

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