ACTE II, SCENE IL aa
Ce maintien réservé, prendre un nouvel époux ?
LA COMTESSE
El poor([Uoi non , ma sœur ? Fais-je donc un grand crime De rallumer les feux d'un amour légitime ?
Tavois fait vœu de fuir tout autre engagement. Pour garder du défunt le souvenir charmant, Je portois son portrait ; et cette vive image Me soulageoit un peu des chagrins du veuvage : Mais quVst-ce qu'un portrait , quand on aime bien fort ? C*est un époux vivant qui console d'un mort !
Madame n'aime pas les maris en peinture.
LA COMTESSE
Cela racquitie-t-il d'une pe^e aussi dure ?
C'est irriter le mal au lieu de l'adoucir.
ANGiLIQfIB.
Connoissense en maris, tous deviez mieux dhoisir. Vous unir à Yalère !
LA COMTESSE
Oui , ma sœur , à lui-même.
ANGÉLTQUS.
Mais vous n'y pensez pas.<Iroy ez-^ous qu'il vous aime ?
LA COMTESSE
S'il m'aime, lui ! s'il m'aime ! Ah ! quel aveuglement! On a certains attraits, un certain enjoûment. Que personne ne peut me disputer, je pense.
Après un si long temps de pleine jouissance ,
aa4 LE JOUEUR.
Vos attraits sont à vous sans contestation.
LA COMTESSE
Et je puis en user à ma discrétion.
ANGÉLIQUE
Sans doute ; et je vois bien qu'il n'est pas impossible Que Valère pour vous ait eu le cœur sensible. L'or est d'un grand secours pour acheter un cœur; Ce métal, en amour, est un grand séducteur.
LA COMTESSE
En vain vous m'insultez avec un tel langage; Là modération fut toujours mon partage ; Mais ce n'est point par t'or que brillent mes attraits ; Et jamais , en aimant , je ne fis de faux frais. Mes sentiments , ma sœtVi'sont différents des vôtres; Si je connois l'amour , ce n'est que dans tes autres. J'ai beau m'armer de fier, je vois de toutes parts Mille cœurs amoureux suivre mes étendards:
Un conseiller de robe, un seigneur de finance. Dorante, le Marquis, briguent mon alliance; Mais si d'un nouveau nœud je veux bien me lier, Je prétends à Valère offrir un cœur entier.
Je fais profession d'une vertu sévère.
ANGÉLIQUE
Qui peut voua assurer de l'amour de Valère ?
LA COMTIiSSE.
Qui peut m'en assurer ? mon mérite , je crois.
ANGÉLIQUE
, ma sœur , auroient les mîm