‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 5)Chapitre 235 sur 279 · ACTE III, SCENE I. 38S · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I. 38S

Il faut 9 n'est-il pas vrai? que chacun ait son tour.

LISETTE

Oui, la chanson le dit. Dites-moi, je vous prie , Si pour le Chevalier votre ame est attendrie. Est-ce estime? est-ce amour?

ISABELLE

Oh ! je n'en sais pas tant^

LISETTE

Mais encor ?

ISABELLE

Je ne sais si ce que mon cœur sent Se peut nommer amour; mais enfin je t'avoue Que j'ai quelque plaisir d'entendre qu'on le loue : Par un destin puissant et des charmes secrets. Je me trouve attachée à tous ses intérêts ; Je rougis, je pâlis, quand il s'offre à ma vue : S'il me quitte, des yeux je le suis dans la rue; Mais que te dis-je, hélas! mon cœur partout le suit. Ses manières, son air, occupent mon esprit; Et souvent, quand je, dors, d'agréables mensonges M'en présentent l'image au milieu de mes songes. Est-ce estime ? est-ce amour?

LISETTE

C'est ce que vous voudrez; Mais enfin c'est Un mal dont vous ne guérirez Qu'avec un récipé d'un hymen salutaire , Et je veux iti'employer à finir cette affaire. Le Chevalier , tout franc , est bien mieux votre fait. Léandre a de l'esprit; mais il est trop distrait. II. a5

Il vous faut un mari d*une humeur plus fringante, Léger dans» ses propos, qui toujours danse ou chante; Qui vole incessamment de plaisirs en plaisirs, Laissant vivi^e sa femme au gré de ses désirs, S'embarrassant fort peu si ce qu'elle dépense Vient d'un autre ou de lui. C'est cette nonchalance Qui nourrit la concorde , et fait que dans Paris Les femmes, plus qu'ailleurs, adorent leurs maris.

ISABELLE

Tu sais bien que ma mère est d'une humeur étrange : Crois^tu que son esprit à ce parti se range?

Elle m'a défendu de voir le Chevalier.

LISETTE

Sans se voir on ne peut pourtant se marier.

Ne vous alarmez point : nous trouverons peut-être Quelque moyen heureux que l'amour fera naître , Qui pourra tout d'un coup nous tirer d'eml^rras. Un sort heurei|x déjà conduit ici sas pas.

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