ATTENDEZ-MOI
sous L'ORME,
COMÉDIE EN UN ACTE, AVEC DM bitertissemeitt;
Beprésentée pour la première fois le mercredi to mai i6q4>
suit
Gkttk comédie a etc repre'seiitoe pour la première fois au TkéàtiH} françois » le nierannli 1 9 iiiaii6c)4> précédée de 7YnWii/ej tragédie eu cinq actes > de CAnipistrou. '
Nous laivssous dans les OF.uvres de Regnai'd cette comédie ^ que Ton a preteudu appai'teuir en entier à Dufrestiy^ et que nous ci'oyons l'ouvrage des deux poètes.
Elle a été composée dans le temps que Rcgnaixl et Dufi'esny I liés par ramitié, et avssmnés dans leurs ti'avaux, se coiuiuuniqumont nViproque* meut leurs idées. 11 y a tout lieu de craire que cette pièce-ci appartenoit plus particulièrement a Rcgii«md qu à Dufresny ^ puisqu'elle a toujours
* On • varié «iir la dal9 dt la |ut»mi^n^ rt»pii^«ul«liim à^ Çf&iXa |M^« L^ aulffium dea ittn'A^rt^ejc mr iti 7%«W#fw 4/4» fWi#»iY la pla» oeul «a t7tK)( Tautftur d« la MiioihihfH^ «Ant F^i^ow^ ^n 16^$ { Ti^itviir df« OÊmTês éê it#^«i>t/» tmitîmi d«» I7.ta% ^^^ 1706. N4)ua tui^Kioa la dat« dtmn^ )Mir MM. Parfait daiiH Ifur Hi^fwrt i/m Tkmtrt frmm^ws ^ tom« \iii , ivagt» ^78 } dati^ (|u*Ui diittut rapporter <l*a|:MrH \tt regi9tr«a d<» la Ctunétlie fianruL^e.
été imprimée dans les Œuvres de Regnard, el qu elle ne Ta jamais été dans celles de Dufresny.
Jamais ce poète ne Ta réclamée hautement, même après la mort de Regnard , à qui il a survécu près de quatorze ans.
Ce n'est qu'après la mort de l'un et de l'autre qu'il s'est répandu un bruit peu vraisemblable, et que beaucoup de personnes ont cependant adopté * . Ce fait étrange a été imprimé pour lu première fois dans le Mercure de France^j en
' Attendez'jnoi sous Forme a été imprimé dans le premier recueil des OEuvres de théâtre de Regnard, i vol. <V2-ii, Paris, Ribou, X7149 et dans les éditions qui ont suivi. Regnard étoit mort lorsque cette édition parut , mais Dufresny vivoit encore. On n*a jamais compris cette pièce au nombre de celles de Dufresny; je ne connois aucune édition de ses OEuvres où elle ait été imprimée.
L*autenr des Recherches sur les Théâtres la met au nombre dea pièces de Regnard. Il dit qu'elle fut représentée en 1700, et im* primée en 171 5, sans nom de ville ni d'imprimeur. (Voyez les Recherches sur Us Théâtres , part, iz, 4* ^g®> page iB3, édit. //i-4^0 Cet auteur écrivoit en 1736; il ne fait point mention de cette pièce à Tarticle de Dufresny, et elle ne fut point insérée dans le premier recueil de ses OEuvres, imprimé en 6 volumes M-ia, à Paris, chez Briasson, en 178 1.
La Bibliothèque des Théâtres, vol. i/t-8'> imprimé en 1783, article Attendez-moi sous l'orme, dit : « Nos deux théAtres ont chacttn une « petite pièce en prose sous ce titre , qui y furent représentées « au commencement de Tannée 1695. Le Théâtre françois joue « celle de M. Regnard , et l'Italien celle de M. Dufresny. • (Voyez la Bibliothèque des Théâtres, page 43-)
On est donc fondé à croire que ce sont MM. Parfait qui se sont plus à accréditer l'anecdote hasardée dans le Mercure, et à laquelle personne , avant eux , n'avoit paru faire attention.
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octobre 172149 T^^ aa64- On a dit que Hegnard, abusant de la situation embarrassée de son ami y avoit acheté de lui cette comédie 3oo livres ^ et Tavoit donnée sous son nom au théâtre.
Ce fait a, été ensuite répété par plusieurs auteurs , notamment par MM. Parfait, dans leur Histoire du Théâtre français. Nous leur avons déjà &it des reproches de la manière rigoureuse avec laquelle ils ont traité un poète estimable tel que Regnard; c'est surtout dans cette circonstance que Ton voit éclater leur partialité.
Us se contredisent en plusieurs endroits : tantôt ils attribuent cette comédie en entier à Duâresny : f< Nous avons dit que cette pièce , qui passe pour » être de M. Regnard, et qui est imprimée dans (( tous les recueils de ses Œuvres y est très certai- « nement de M. Dufresny • » ( Histoire du Théâtre françois, tome xv, page 409-) w Cette comédie « ( Attendez - nioi sous Forme ) se trouve dans f( toutes les éditions des Œuvres de M. Regnard, te au nombre de ses pièces de théâtre. Jusqu'à ic présent le public, tix>mpé par le titre du re-* ce cueil y Ta crue de lui ; cependant il est très cer- (c tain qu'elle est de Dufresny. » (Ibid. , t. xiv , page 378. ) « Attendez-moi sous forme, comédie « en un acte et en prose y de M. Dufresny. • . . f( dans le recueil des Œuvres de M. Regnard , n à qui elle a été faussen^ent attribuée. » {Die»
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iUmnaire des Théâtres de Paris ' , tome i*' , page 3a3. )
A illeur» ils conviemient que Regnard a eu part tt cette eomifdie ^ et qu elle ent autant l'ouvrage de Tun que de l'autre. Ils dirent ^ dans la Vie de Dufresny^ que ce poète ^ n pour n'avoir aucun H drmi^lé avec Regnard ^ a soufiert qu'il fit im* «r primeur dans le rectieil de ses OKuvres la comédie u à^y^tfendez^ffioi sous F orme ^ dans laquelle cea p^mdant il n'avoit qu'une très mi^diocre part. » ( Histoire du TTiMtreJrançois , t<ime xv , p. f\(A}.) On lit quelques lignes plus haut : u Des liaisons u d'amitié qu'il (Dufriîsny) avoit avec Regrmrd a Fengageoient U lui faire part de ses idées. Il u lui cornmuniqiia plusieurs sujets de comédie i< presque finis ^ entre autres ceux du Joueur et u X ÀllendcZ'nud sous l'orme , dans le dessein de u les achever ensemble ; mais TUfgnard ^ qui senu toit la valeur de cette première pièce ^ amusa u son ami^ fit quelques changements & ce qu'avoit (( fait Dufresny ^ et la donna aux comédiens sous « Mm nom. » {Jbid, page l^o^).)
Tout ceci ne se concilie point avec le marché honteux que l'on prét<^ml que Regnard a fait avec T)u(resny. S'il a quelque part dans la* comédie iY Àitende>mjoi sous Vonne, il est injuste de l'at^
* Dictlonnulrti dëê Théàtm de Paru, 7 toi. //i- 1» , k Vftrin , ehez î^0H0tf Uhnifef tU9 SniotSererm, tyS^f ouvrage de MM. Parfait.
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tribuer tout entière à Dufresny. H est vrai que Y (Xi ajoute que cette part est très médiocre 9 mais il est bien difficile de l'évaluer. Nous ne croyons pas que Ton ait vu le canevas de Dufresny j nous ne connoissons personne qui ait lu la pièce presque finie ^ telle qu'elle a été communiquée à Regnard, et qui puisse la comparer à la pièce telle qu'elle est maintenant ^ avec les additions et corrections de celuirci.
Si Ton juge de la part que Dufresny a dans cette pièce y par comparaison à. celle du Joueur j il se trouvera que tout le mérite est du côté de Renard 9 et que, d'une pièce très médiocre, il a su faire un charmant ouvrage. Dufresny nous a fourni ce parallèle en Élisant imprimer le Chevalier joueur tel qu'il l'avoit composé '. Il est à croire que s'il eût produit de même Attendez-' moi sous Forme tel qu'il est sorti de ses mains , la comparaison ne lui seroît pas £Eivorable.
Nous pensons donc qu'on ne nous saura pas mauvais gré de rejeter une fable ridicule , qui ne fisdt honneur ni à l'un ni à l'autre des deux poètes ; (àble invraisemblable , qu'on ne s'est permis de répandre qu'après la mort de celui qui avort intérêt de la détruire, et qui s'est accréditée ensuite, on ne sait trop pourquoi.
Nous nous sommes un peu étendus sur cette
* Voyez rÀTertiasement qui précède fe Joueur,
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discussion , parce que nous ayons cru qu il étoit convenable de restituer à Regnard une pièce que Ton s'ctoit efforcé de lui enlever j et quoique aucun éditeur de ses Œuvres n'ait osé la retrancher^ cependant on ne Ta admise dans les dernières éditions qu'avec des restrictions^ et en adoptant l'opinion que cette pièce appartenoit à Dufresny.
Les rôles d'Agathe et de Colin sont ceux que Dufresny pourroit peut-être revendiquer, et nom sommes portés à croire que ce sont les seuls que Regnard ait conservés. Ces deux caractères ont un ton naïf et vrai qui nous parolt appartenir plutôt à Dufresny qu'à Regnard ; mais il faut convenir qu'on reconnolt Regnard dans le surplus de la pièce. On sait qu'il entendoit très bien l'économie du théâtre , mais que son associé entendoit mieux à produire des scènes détachées qu'à bien conduire une intrigue ; et la comédie di Attendezrmoi sous l'orme est bien intriguée, quoique le sujet en soit simple : le dialogue est vif, et d'un plaisant qui ne peut appartenir qu'à Regnard.
Quelque temps après la première représentation di Attendezr-moi sous l'orme, Dufpesny donna au Théâtre italien une pièce sous le même titre , qui fut représentée pour la première fois le 3o janvier 1695.
Cette comédie n'a de commun avec celle de
Begnaixl que le titre j cependant , comme elle est peu connue , plusieurs personnes Font confondue avec la pi'emière.
Dufiresny est incontestablement l'auteur de la pièce italienne , qui a eu quelque succès sur Tancien Théâtre italien, mais qui, depuis la suppression arrivée en 1697, a éprouve le sort des pièces composées pom* ce spectacle , et n'a paru que rarement sur la scène.
Cette comédie ignorée a contribué a entretenir Verreiu* de quelques personnes sur \ ÂttencU'z* moi sous Fonne du Théâtre francois. On a attribue celle-ci à Dufresny, quoiqu'il ne fût l'auteur que de la pièce italienue.
Dans la liste des comédies de Dufresny données à Tancien Théàti'e italien, imprimée à la tête de ses OEuvres , on trouve , Attendez-^nioi sous Vanne , pièce en un acte , 1 694 , avec cette uote : Imprimée aussi dans les OEuvres de Regtuird*
L'éditeur, enti'ainé par l'opinion commune, a confondu la pièce italienne avec la pièce françoîse. C'est cette dernière qui est imprimée dans les Œuvres de Regnard, et qui lui appartient, au moins pour la plus grande partie ; c'est aussi la pièce françoise qui a été représentée en i G94 •
Quant à la pièce italienne , elle n'a jamais été
IL a
attribuée à Regnard^ ni imérëe daus êes GEuvres* Elle a été repr/ésentée efx 1695 , et non en i^g^* C'est cette pièce qui est imprimée daw le reaieil de Ghérardi y tome 5 , page 401 ; édition de i y 1 7.
Ces deux pièces n'ont de conformité que le titre. Celle de Regnard , comme nous l'avons dit , est agréablement intriguée ; et la pièce de Ihifresny n est qu'une suite de scènes épisodiques , et que Ton appelle proverbialement seules à tiroir.
Quoique la comédie de Duiresny ne soit pas dépourvue de mérite, elle ne peut néanmoins «^utenir la comparaison avec celle de Regnard. La première a dû la plus grande partie de son succès ^n je^ des acteurs ; la seconde est resiée au théâtre^ et se vo^jt toujours avec plaisir.
Si Dufresny eût eu une part bien considérable dans la pièce françoise y il n'auroit pas manqué de reprendre ce qui lui appartenoit ^ et de le transporter dans la pièce italienne. C'étoit une ]K>ane manière de ^e venger de l'infidélité de squ ^mi , et diç rev^diquer ses usurpations*
n a suivi cette route pour le Joueur : il a produit sur la scène sa comédie telle qu'il Tavoit composée ^ et a mis tout le monde à portée de prononcer entre lui et son adversaire : chacun a pu vpir le parti que Begi)ard avoit tiré d«s idée»
SUR ATTENDEZ-MOI SOUS L'ORME. 19 de Dufinntnv ; on « reconnu ce qui «ppartcnoit k l'v et à l'autre.
Dafresny ne s'est pas contenté de reprendre ses scènes dans cette pièce ; il les a cmployéi*» tle nouveau dans u comédie de ta Joiimsr. l>ési-spéré du peu de succès de la pn'niière pit'ce , il ne pourott concevoir que le public dédaignât dvs smws au\<{uclles il attribuoit tout le succès de la comédie de Regnard.
Ce second essai a été encore infructueux. Ou a continué de se porter en foule au Joueur de Regnard , et l'on n'a pu goûter les deux pièces de I>ufi*esny. Celui-ci n'a pas cependant }H;rdu toute espérance; ÎI a cru que son rival dcvoîl son triomphe à sa versification ; il a mis en vers la B de la Joueuse.
On ne sait quel anroit été le succès de cette nouvelle tentative. La Joueuse, mise en vers, n'a jamais été représentée , et est du nombre des pièces que Dufresny, en mourant , fit brûler sous tes yeux , et par le conseil de son confessciu*.
Mais ces fkits prouvent combien Dufresny étoit attaché k ses productions , et qu'il ne soufTruit pas patîemineut que d'autres adoptassent ses i<léeSy
ti t'attrLlma.w.cul le fruit «Kr so> tiii\:tii\.
ao AVERTISSEMENT
n'en avoit eu pour le Joueur. L'infidélité de son ami devoit lui être aussi sensible pour l'une que pour l'autre pièce.
Nous nous croyons donc fondés à laisser à Regnard une propriété que nous ne pensons pas qu'il ait usurpée. Nous imprimons dans ses Œuvres la comédie d! jittendez-moi sous Torme, non parce que cette pièce y a été insérée jusqu'à présent ( nous n'aurions pas balancé à l'en retrancher, si nous eussions pu croire qu'elle appartint à Dufresny ) , mais parce que nous croyons qu'il en est l'auteiu*.
Nous n'avons négligé aucun moyen d'éclaircir nos doutes, et toutes les recherches que nous avons pu faire n'ont servi qu'à nous confirmer dans notre opinion , et nous assurer que la comédie d! jittende^moi sous torme est l'ouvrage de Regnard j que Dufresny y a quelque part , mais que cette part est si médiocre et si équivoque, qu'elle ne suflit pas pour disputer à Regnard sa propriété , et retrancher cette pièce du. recueil de ses Œuvres. '
On raiiporte daas les jinecdotes dramaiiquci l' anecdote suivante , relative à Attendomoi sous Forme. Armand, cet excellent comique , saifiiosoit i avec une présence d'esprit singulière tout ce c pouvoit phire au public, dont il ctoit fort Jouant le rôle de Poiiquin daos colte ]*virt
SUR ATTENDEZ-MOI SOUS L'ORME, ai «s mots ; « Que dit-on d'intiîrcsaant ? Vous «ve» " reçu des nouvelles de Flandre ; » il répliqua sur4e-t:h«mp : « Un bruit se répand que Port- Mahon est pris, ti Le vainqueur de Mahon, lo maréchal de Richelieu j étoit le parrain d'Armand. *
' Ln r»ch«Kh<« M I* diMUMi«n «ttiqueUe* i'mI livT4 l'intMr fir Ml AveHiiunnent, n« pruTcni UiMer douter que U comMia ■4 t tm A i-moi iiHu /'ont* »• *oil Je RegiutHi vl c'»t pour Mita r«Uon qiie je l'iî rephcta à *oii ordre rlirtinologique, du moi* (te ■MÎ ifii^i A«&ftbM^u'aytiitéiéi«pi4tenl^qu'iu moiideJuiUel de U MtaM «unëe. (G. A. C}
PERSONNAGES
pOBA-NTE, officier réformé, revenant dto as- garnUon, cpii devient amoureux df Agathe.
AG AT H E , fiUe d'an fiemier, amoureuse de Donmte.
PASQUIN, valet de Dorante.
LISETTE, amie d'Agathe.
COLIN,, jeune fermieE, aecerdéavee Agathe.
NANETTE, bergère.
NICAISE, berger.
Plusiebr» Ber£er» et teSGJTRE», tjM éuÀent priés pour la noce de Colin et d'Agathe.
ta scène est dans un village de Poitou , sous l'Orme.