COMMENCE LE ^6 AVRIL
Nous partîmes de Paris le a6 avril 1681 , par le carrosse de Bruxelles. Je fus coucher à Senlis, où se devoit rendre M. de Fercourt, qui étoit parti de Paris trois jours auparavant. Nous nous trouvâmes dans le carrosse tous jeunes gens , dont te plus âgé n'avoit pas vingt-huit ans. Il y avoit cinq Hollandois, du nombre desquels étoit M. de Waseuau, capitaine des gardes du prince d'Orange. Il se trouva aussi parmi nous un petit abbé espagnol qui alloit prendre possession d'une chanoinie à Bruxelles. Ce petit prêtre , bossu par-devant et par-derrière , nous servit de divertissement pendant tout le chemin. Nous allâmes le lendemain dîner à Pont, et coucher à Gournai, où étoit la niaison de M. Amelot, président. Le château est entouré d'eau , et le jardin est coupé de différents ruiSiieaUY ipil «n rorminl r;i;;rcirKril Noris en
partîmes d'assez grand matin pour aller coucher à Péronne : cette ville est nommée la Pucelle, à cause de sa fidélité inébranlable, et que, malgré tous les troubles , elle s'est conservée dans la soumission qu'elle devoit à son roi. Elle est d'une petite étendue, mais extrêmement forte du côté où on y entre , à cause des marais qui rendent son approche difficile, et qui forment quantité de fossés très larges et fort profonds , qui font mille délours avant que d'arriver à la ville. La rivière de Somme l'arrose , et la défend de ce même côté , ce qui fait qu'elle est presque inaccessible. Ces fossés produisent d'excellentes carpes, qui sont renommées par toute la France ; et des canards en quantité, dont les pâtés ne sont pas moins estimés. De Péronne à Cambrai on compte sept lieues. Dans le chemin nous fûmes pris dir mauvais temps avec tant de violence , que nos chevaux, effrayés et aveuglés des éclairs continuels , qui formoient un jour malgré l'obscurité des ténèbres, renversèrent le carrosse dans un fossé fort profond, où nous devions tous finir nos jom's de cette chute violente ; mais le hasard voulut que pas un de nous ne fût blessé : nous eu fumes «quittes pour quantité d'eau qui passa dessus nous; et après que l'on nous eut péchés et retires de ce carrosse , faits comme des gens qui sortent d'un bourbier où ils ont enfoncé jusqu'aux oreilles , nous fumes obligés de faire une lieue et demie à
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qui disoteot ipie tt k rri« c^ 7 raciâ'j»:-^ v^^^ Cambrai^ il bSkki qr/>î «tt £.t ii«n: la ^ uk Doit , di»<^ 9 qo*ik lui omi èfjcoêi m onnut^ acu^n^ Celte citadelle, si r eoanaïKég p«r i^iit >: juruuo^^ fut couuDencée pair Cliarle»4(/nux4^ ei » ^Jz ^u^ mentée de pbisieitrs ùntScsët^ffj^ çu> iar r^:^^»:;»: une pièce très considétable. Ses isMxni.a*^ ^Mut d'une hauteur surprenante, et cHai varui <kt iat grande profondeur que Van a donnée Mtx iM%Af» ^ qui n'a pai apporté d'avantage à ses m^jt^Jt^^ qui sont presque toutes déracinéesu ^ious f uxines conduits partout par un officier qui prît ^atm « nous faire tout voir , et nous montra b IvedUe par où les Espagnols sont sortis. La vi Ue n a r¥M
aa VOYAGE DE FLANDRE
de remarquable que le «doober de la cathédrale , qui est bâti à jour, avec une délicatesse surprenante. Nous logeâmes au Corbeau , et fumes assez mal , à cause de la quantité de carrosses qui y étoient.
On ne compte pas davantage de Cambrai à Valenciennes que de Péronnc à Camfarm. 'Cette ville est située sur l'Escaut , et Ton y travaille d'une manière à la rendre une ville tmpMfraable. Nous y remarquâmes avec soin le lieu .par oà eUe avoit été prise , et la poirte par où les mousquetaires y étoient entrés. Cette porte est faite comme uneiporte de cave à barreauiL, et Isdsoit la communication avec une esplanade : elle.u'avoit point été ouverte depuis plus<de vingt ans, et elle ne le fut que pour porter le corps du major, qui avoit été blessé à une attaque qui se faisoift de ce coté. Les mousquetaires, pour qui elle n'avoitipas' été ouverte , poursuivirent ;les ennemis , et itronvant cette entrée , continuèrent leur pointe ; et^malgré une grêle de balles , ils poussèrent jusqu'à une autre porte , de laquelle on ne put abattre :Ia herse, qui^n'ovoit point servi depuis fcrrt longtemps, et se rendirent imaîtres de la ville. Nous passâmes dans la forteresse; et conrnie nous avions une espèce de prêtre avec nous , on nous domna deux soldats pour nous conduire. L'on sait qu'il n'y a que le cœur des prêtres qui soit espagnol en ce pays ; et afin de leur ôter tout moyen de
ET DE ^OILANDE. ai
rien entreprendra y ot^ U^ veuille ci'u^e m^pi^re particuUère. Nov\s remtarquàipes quie toutes 1^ femmes étoi^nt beU^ ^ï\ ce p^ys. De V^e^ cifn^es pour ^Uer ^ Mqq^ ^ 09 y^ 4in^ à Qaevçrain , lieurecQfn^inaii^^e» t^x^t par \e séJQiir q^e nos armées y ont fait , que parce que c'est le IwH qui sépare les terres 4'£spagnç d'a^vec celles de Fr^Qçe. Npusi arrivâmes d'assez bonne heure ^ h ville , et nQ\Ji^ eueaes le temps ^e la consjidérei^
M on^ e^t \9( yiUe capitale du H^ii^s^ut , e^ la pper mière qui recQnnoisse d^ ce coté la domins^tiqa espagnole > jusqu ^ ee qu'il plaise à Is^ France de lui faire sentir qon joug. ^E^Ue peut pas^ier ppur une des plus fortes des Pays-Bas ^^ à cause de ss^ situatiqn qui se trouve au ixvilieu des marais. Les boiirgeois la gardent , et pou^ leur vicies. niQl^tef la garde dans la grande place ^ qui est très belle. Le prince d'Àreinbergi duc d'Arscot , de la m^\t leure poa^on def Pays-Bas, gr^ud d'fspagne, en est gouverneur. Ce qui me plut davant^^ge dans Mons , et ce qui est assez particulier , ce fut le collège rpyal des chanqinesses , fondé par uu^ • * • • > qui établit cette comuiunauté pour y recevoir des IJUes de quf^ité y qui y deuieurent jusqu'^.ce qu elles en portent pour se marier* Ces filles font le service av^ Ui^^ grâce particulière. ÇUes ont un habit qui leur Ç^st propre PPur aller à l'église le m^tin , et un autre le soir pour aller dans la ville et dï^ns toutes les compagnies 1 où elles sont
a4 VOYAGE DE FLANDRE
parfaitement bien reçues, à cause de leur galanterie dont elles font profession. Nous montâmes sur la grande tour , d'où nous aperçûmes toute la ville , et où nous vîmes un très beau carillon , dont tous les HoUandois et le» Flamands sont fort curieux.
De Mons nous fûmes coucher à Notre-Dame de Halle. Ce lieu de dévotion a été , comme tous les autres , fort maltraité des armées qui ont campé aux environs ; et Ton n'a eu aucun égard à la dévotion que tous les Flamands ont à cette église dédiée à la Vierge. Nous vîmes, au sortir de Mons , le lieu où s'étoit donnée la bataille fameuse de Saint-Denis , la veille que la paix fut publiée dans l'armée, et le prince d'Orange en ayant les articles signés sur lui. Nous étions avec un officier qui s'y étoit trouvé , et qui nous montra les postes et les lieux qu'occupoient les deux armées. Cette bataille porte aussi le nom de Cassiau , à cause d'un petit village qui est tout contre cette abbaye, qui a imposé le nom à cette journée.
Nous arrivâmes enfin à Bruxelles, la seconde ville du Brabant. Elle est très agréable et très peuplée , à cause de la demeure ordinaire que les gouverneurs des Pays-Bas y font, et la quantité des gens de qualité qui suivent la cour ; c'est pour cela qu'elle est appelée la Noble. Le palais du gouverneur est le plus somptueux bâtiment de la ville, tant à cause de sa grandeur que par un grand
paie qui sot de pruDMoaide il toos 1^ <(l réjouit la Tue parla <fmDiméàttûmtmuc&i^^<m y Toit Le (Nnnce de RuvieeD est préKirtMBml jpdUTeraeur : il a mis la iwilice siv* «» irv« Khi pied^ ta la rétablie par ks ||naides; le^^Ms qa^d a ikiles sur le peuple^ qài nVn tHxfà pai& iroïftCMK lent LTi&^rfide-ipilleestttnbauwetttJt^^ il fiât £ùt par un Itaben^ qéi ir jHmSà ^ âqvk d'avoir uianquë À inelti^ la iHwrja m£^ SUD épitapke k faîl OMOMMlK ; <t cdrkMBme fil par aiFance de lui oe qa^jnnnt (£tài «u haan^jm. Il ne mériloit pasaadiiK <|u^ane onnAf . jirfur jr^riir manqué à un poinl <où 4«» ^ew» qsà mimrcâan pas (es moindres connioissanoes et îm^iàOncrtart ne manqueroieni pas. Les» ^;*)i<tf9> Àt AnnuîU'*».^ comme toutes odBes def» Pir^'^rJlat»^ ^htreii tre»^ Isf^ib^r» et ferl bima entretenues. IK^cu»» ^ ime»» àm»> la i:riilépale ^ du nom de Sami-Ctoâïj^ uttiaculettses^ sur lesquelles <m ià qviw ^nû quelques ^«outaes de Siaup. Ifuns* HJltmiff» viiir lii communauté des b^firâies^ qm «a im nràn- 7110liculier en ee pap». Exiles scmi mteic» âr itlmML dms Té^^Kse^ et vont jar \» nu» iivftf itu Ifiti^ oiantjeau noir^ qaii irar Aeaoenâ ào ^mmurt ck ii^ tête, et leur lumbe snr lei» aakiiiH. Hllif» jnnftimt Mnà^mr}ftft(mtwmÊtfinathsijritt^qwiimM'^jj babillement assec «fabatf ; <t «m trcrtrw âi» illks sous cet kabit dératé qor fiômerfi»» mina gm beaucoup d^MÉiw a^w T&t eft li» àiaaaax^ tjw
2i6 VOYAGE DE FLANDRE
les environnent : elles étoient pour lors au nombre
de huit cents dans le béguinage Le ooura à la
mode est chez eux ce que le cours est chez noua* C'est là que se trouvent toutes les dames et lea cavaliers t avec cette différence néanmoins que toutes les daines sont d'un oôté et les hommes de l'autre. Nous demeurâmes trois jours à Bruxelles avec bien du plaisir ; et après avoir vu tout ce qu'il y avoit à voir dans la ville , nous en partîmes le 1 6 mai par le canal qui va à Anvers | et qui ne nous conduisit que jusqu'à» .... , où nous deacen*^ dîmes du bateau pour prendre des chariots qui nous dévoient conduire à Malines , que nous vou* lions voir avant que d'arriver à Anvers*
Malines est appelée la Jolie ^ et non sans raison ; car il semble plutôt que ce soit une ville peinte que réelle , tant les rues en sont propret et bien pavées, et les bâtiments bien propor*tionnés. C'est en ce parlement , le premier du Pays<-Bas , où sont renvoyés tous les procès qui en appellent en ce lieu , ce qui rend cette ville fort recommandable. Cette province est démembrée du reste des Pays-Bas , et c'est un marquisat séparé. Tout le commun peuple travaille , comme par toute la Flandre , à faire des dentelles blanches qu'on appelle de ce aom ; et le béguinage , qui eu le plus grand et le plus considérable de tous y n'est entretenu que par ce travail que les béguines exercent, et dans lequel elles excellent.
Ces hégame^ sont: des fiUes ou femmes dérotes , <pii se fetâeotdaosoe lieu autant de temps qu'ettes veuIenL £Ues j ont charnue une petite maison séparée , où elles sont risitées de leurs parents. U y ca a màoK quelques unes qui prennent des pensicmDaireB. Le lieu s'appelle ^^nôi^e^ et les portes SCT fe rment tous lesBoira de bonne heure. Uy aàMalÎBes une tour qui est £9rt estimée pour la hauteur , de laquelle on déoourre extrêmement k»n. De MaMnes , ou nous dînâmes^ nous fiumes éoocbcrà ànvtn sur des chariots de poste^ établis poinr |iarlîr tous ies jonrs à oeriaine heure , et par le dwmin le plus hean et le pius agréable que j'aie jamais fuL
Airwers, la prenûépe et la pins f^rande irille du Brabant^ et à qui on povnnoit •donifter des titanes encoffe fAus superbes., surpasse toules les autres viU» que /ai vues,.à lexoeptian de If aples^ iKome , Venise^ non setdeoient par Ja magniâeence de ses bàtiiDeatSy pur la pompe de tes églises , et par la largeur de:sesirues spardeuses^ mais aussi par ks manières de œs bafaitamts^ dont les plus polis fâckeuftà se conformer à nos manières/ rànçoises , et paries haibits^et par la laoD^ue , iqu'ils fout gloire de posséder en perfection. La preaxdère .chose que nous achnicames en y «eartraat^ ce &it la beauté de ses Buperbes xemparts^ qui , iout couverts de grands .arbres, iorment une promenade la plus agréable du monde. Us -sont revêtus partout de
d8 VOYAGE DE FLANDRE
pierres de taille , et arrosés d'un fossé d'eau vive qui court tout autour de la ville , et qui sert autant à l'embellir qu'à la défendre. La cathédrale est fort bien bâtie , et le clocher , bâti par les Anglois, est d'une délicatesse surprenante, mais qui pôurroit peut-être quelque jour lui être funeste. On y voit des peintures admirables, et entre autres, une Descente de croix de Rubens, qui peut passer pour une pièce achevée.
L'église des Jésuites ne cède en magnificence à pas une de toutes celles que j'ai vues en Italie , et d'autant plus superbe , que le marbre dant elle est toute bâtie y a été apporté de fort loin et avec une grande dépense. Toute la voûte est ornée de cadres de la main des plus excellents maîtres. Il est aisé de juger de la magnificence de cette église, quand on dira que le seul balustre de marbre qui ferme le maitre-autel coûte plus de quarante mille livres. Je ne crois pas aussi qu'on puisse jamais voir un ouvrage plus achevé. Le marbre est manié si délicatement , qu'il semble qu'il ait quitté sa dureté naturelle pour prendre la forme qu'on lui a voulu donner , et se fléchir comme de la cire , suivant la volonté de l'ouvrier* La citadelle , renommée par toute l'Europe pour sa régularité , est à cinq bastions : elle est plus grande y plus forte , et incomparablement mieux faite que celle de Cambrai. Son esplanade est tout-à-fait spacieuse et d'une grande étendue , mieux entcu^
due en cela que celle de Cambrai , de laquelle on peut approcher d^assez près , étant toujours couvert; ce qui en a beaucoup facilité la prise« Nous y fumes conduits par M. de Verprost, et menés dans tous les endroits par un officier , qui ne voulut pas permettre que nous allassions sur les bastions. Nous vîmes l'endroit par où les HoUandois voulurent la surprendre, lorsqu'ils firent de nuit une descente dans la rivière, et essayèrent de passer le fossé avec de petits bateaux que chaque homme pouvoit porter sur son épaule ; mais la sentinelle , ayant entendu du bruit , donna Falanne; ce qui fit que les HoUandois, ayant nianqué leur coup, se retirèrent et laissèrent tous les bateaux et les instruments qu'on garde encore dans la citadelle , et qu'on nous fit voir comme des marques et des monuments de la vic-> toire.
Nous nous embarquâmes à Anvers pour Rotterdam. Nous laissâmes la Zélande à gauche , et passâmes à la vue de Berg-op-Zoom , qui appartient à M. le comte d'Auvergne. Nous fûmes trois jours à notre navigation , et passâmes à la Brille. (^ette place a fait bien de la division pendant les troubles de Hollande , qui arrivèrent il y a environ cent ans.
Du temps de Philippe 11, fils de Charles-Quint,
les dix-sept provinces étoient gouvernées par ,
sœur de Charles-Quint ^ et par conséquent tante
3o VOYAGE DE FLANDRE
de l'empereur , qui en étoit maître y et qui a voulu lever sur ces peuples certains droits nouveaux ^ et introduire parmi eux l'inquisition. Les HoUandois s'opposèrent à ces nouvelles déclarations ; et le prince d'Oange , soutenu du comte de Horn y et de ..... à la tête de la populace y firent des remontrances à la gouvernante y et lui proposèrent deux cents articles , sur lesquels ils vouloient qu'on leur donnât satisfaction. Cette femme, surprise de ce tumulte y se retourna vers un des premiers de son conseil y qui lui dit y comme en se moquant , qu'elle ne devoit point se mettre en peine de ces gens qui n'étoient que des gueux ; ce qui ayant été rapporté k ce peuple mutiné y il en devint si courroucé , qu'ils formèrent entre eux un parti , qui depuis a été appelé le parti des gueux. I^a gouvernante cependant étant retournée en Espagne, et connoissant le naturel remuant des peuples des dix-sept provinces , ne voulut pas s'y faire voir y qu'elle ne les contentât sur une partie des articles qu'ils demandoient ; ce qui fit que Philippe II envoya le duc d'Albe, qui depuis a tant fait de carnage , et a été cause de l'entière rébellion de ces provinces. On dit qu'il a fait mourir par la main du bourreau plus de dix-huit mille personnes. Il ne fut pas plus tôt à Bruxelles , qu'il y convoqua les États: Le comte de Horn , ne voulant point paroitre chef de la sédition , y alla ; mais le prince d'Orange ^ craignant les Espagnols,
ET DE HOLLANDE. 3i
dont il se dëfioit , sortit des États pour ne point s'y trouver ; et le comte de Horn rencontrant le prince d'Orange qui s absentoit , jàdieu^ lui dit^il, prime sans terres; à quoi le prince répondit, Jiieu , comte sans tête , comme en effet cela se trouva vrai ; et ayant été arrêté auK États , on lui fit sMiter la léte avec une quantité presque innom- Inable de gens qu'on croyoit suivre son partie ou qui étoient suspects^ étant un crime de lésemajesljé parmi les Espagnols d'être seulement sus*pect à son prince^ Le prince d'Orange voyant , par la mort du comte de Horn et de ses adhérents , qu'il avoît trè^ bien fait de se sauter , voulut enccvre songer à son salut ; et appuyant la faction des mécontents , il se mit à leur tète ; et après plusieurs combats , o<ii il eut toujours du dessous , il prit enfin la Brille , d'où le duc d' Albe prétendit le chasser ; maïs n'en ayant pu venir à bout , il donna occasion à ces tableaux que Ton a faits de lui , dans lesquels il est dépeint par dérision avec des lunettes sur le nez , parce que Brille en hollandois signifie lunettes. La Hollande se divise en sept provinces-unies , qiû sont la Gueldre y la Hollande , la Zétande , Utrecht , la Frise , l'Over-Issel , et Groningue.
Nous aaTivAmes à minuit k Rotterdam , et nous famés obligés de passer par-dessus les mpurailles {)our entrer dans la ville , dont les portes étoient femiées. Cette ville est la seconde de tout le paj s f
3â VOYAGE DE FLANDRE
et il est aisé de juger de sa richesse par la quantité de vaisseaux qu'on y voit aborder de tous les pays , et qui emplissent le canal de la ville, qui est extrêmement large. Cette vUle est remarquable par l'étendue de son commerce et par la beauté de ses maisons f qui ont toutes la propreté qu'on remar-* que dans toutes les villes de Hollande. L'on voit au milieu d'une grande place la statué d'Érasme , qui étoit natif de cette ville, et qui a assez bien mérité de la république pour avoir une statue en bronze sur le pont ' qui est au milieu de la grande place. Nous partîmes de Rotterdam sur les deux heures après midi par les barques ^ qui sont d'une commodité admirable par toute la Hollande. Elles partent toutes en différentes heures^ et à une demi-heure l'une de l'autre; ce qui fait qu'à toutes les demi-
' Cette phra«e et t conforme à toutes les éditiont . Elle commence et finit par les mêmes expressions : Lu statue d'Érasme est au milieu de la grande place ; seulement le dernier membre de la phrase •joute qne cette staiu» est sur U pont qui est aa miiieu de la gronda place, U est difficile de conc^oir qu'un pont soit établi au milieu d'une place. Je n'ai rien remarqué de semblable à Rotterdam , où je n*ai paf manqué d'aller voir la statue d'Érasme. Pour rectifier ce passage I où il existe sans douté une faute de copiste ou d'îm* pression p je citerai Bayle , qui parle fort au long de la statut d'Érasme à l'article Rotterdam. « On lui érigea une statue de bois
• l'an i549* On en substitua une de pierre l'an i557. Les Espa- « gDob l'ayant renTcrsée l'an i57», on eut soin de la redresser dèa
• qu'on fut exempt de leur tyrannie; et enfin 9 on lui en érigea une « de bronze en i6ia , qui est admirée des counoisseurs. Elle est « dans la grande place, au bord d*un canal, sur un piédestal orné « d'inscriptions et entouré d'un baluitre de fer# • ( G. A. C.)
heures du jour et de la nuit il part de ces commodités qui voot en cent endroits différents, et qui sont si ponctuelles , que le cheval est attelé à la barque lorsque l'heure est prête à sonner , et qu'à peine elle a frappé que le cheval marche. Nous passâmes à Delft , petite ville à deux lieues de La Haye , où nous vîmes le frère d'un de nos amis que nous avions laissé esclave en Alger. Nous entrâmes dans le principal temple de la ville , où nous vîmes le tombeau du fameux amiral Tromp. Nous arrivâmes le soir à La Haye , le plus beau et le premier village du monde. C'est le lieu où le prince d'Orange fait sa résidence ordinaire. Il n'y étoit pas pour lors , et il étoit allé à une chasse générale qui se faisoit en Allemagne sur les terres
Le prince d'Orange s'appelle Guillaume m de Nassau. Ces dernières guerres ont servi à le rendre recommandable dans la Hollande ^ et à le faire déclarer sytathouder, capitaine -général des arméas des provinces-unies des Pays-Bas, et grand-amiraL Les Etats lui accordent pour cela une pension de cent mille francs, et font la dépense de toute sa maison. Quelques remuants lui ont voulu mettre en tête de se faire déclarer souverain dans la Hollande, pendant qu'il étoit maître absolu de toutes les troupes; mais les plus politiques lui ont fait connoltre premièrement la difficulté de son dessein, et entendre ensiûte que quand il seroit I. 3
asAez heureux pour le mettre en exécution , il ne pourroit jamai» se maintenir dan§ cette souverairteté 9 la Hollande étant un pays qui p^riroit bientôt, fti elle étoit gouvernée par mi particulier, et M elle cesftoit d'être république, à cause des grands frais qu'il faut renouveler continuellement pour la conservation du pays, et des grandes levée» qu'un prince seroit obligé de faire sur ses sujets , que des républicains , qui se repaissent du titre spécieux de liberté, donnent avec plaisir, n'ayant tous pour but que la même chose, ce qui fait qu'il n'y a point de pays plus vexé d'impôts et de subsides que la Hollande; et ces peuples se flattent que, comme ce sont eux qui se les imposent, ils sont libres de se les ôter lorsqu'ils le veulent. Ce; conseil , le plus sûr et le plus politique , fut suivi du prince d'Orange , qui s'en trouva bien.
Les États de Hollande se tiennent à La Haye , ce qui contribiu5 beaucoup k sa magnificence. Iass niaisons des particuliers sont très belles , mais le palais du prince n'a rien de remarquable; au contraire , il est étonnant de voir qu'il soit si mal logé , et qu'il y ait des bourgeois qui habitent des maisons plus superbes. Nous y vîmes les chambres des États, dont il y en a une assez belle , et que M. Del.., disoit qu'il entreprendroit de faire dorer pour deux mille écus, quoique, par la supputation de tout te monde, il y dut entrer pour phis de dix mille écus d'or ; mais il dit qu'il eutendoit qu'on le lui fourni t .
M. Davaux y étoit pour lors ambassadeur. Nous le vîmes en deuil à cause de la mort récente de M. le chevalier de Mesme son beau-frère , que j'aî vu à Rome, et qui avoit été tué depuis peu d'un eoup àe pierre.
On voit, en sortant du château , une porte qui est proche le logis de monsieur»., le lieu où se fit le massacre du pensionnaire de Wiit , qui fut tué par la populace an commencement de la guerre ; tout cela par les menées du prince d'Orange , à cause qu'il avoit été fait depuis peu un édit par lequel il étoit défendu de reconnoître le prince d'Orange pour souverain , que le peuple vouloit reconnoître tel.
Le prince Guillaume de Nassau , qui étoit à la tête des mécontents lorsqu'ils secouèrent le joug espagnol , se comporta si généreusement dans toute cette rébellion , qu'après avoir forcé l'Espagnol par la paix à reconnoître les Hollandois et leur république pour souverains , ils se trouvèrent obligés de récompenser sa vaillance , en lui donnant le titre de protecteur des États. Ce titre est dévolii à ses successeurs : mais' le conseil des provinces, et particulièrement les de Witt, qui faisorent une faction particulière, et qui en entraînèrent d'autres avec eux , firent cet édit perpétuel par lequel ils déclarèrent qu'on ne pourroit jamais proposer le prince d'Orange pour souverain , et le firent même signer au prince d'Orange d'aujourd'hui,
encore jeune. La guerre de France est arrivée sur. ces çntrefaites ; et le peuple , appréhendant la domination des François, et croyant que s'iUavoient le prince d'Orange à la tète de leurs armées , ils feroient des merveilles , le proposèrent : mais étant arrêtés par cet édit perpétuel , ils éclatèrent contre de Witt , le général des troupes, et le firent arrêter, l'accusant du crime de trahison, et d'avoir voulu perdre l'état ; mats n'ayant point trouyé de sujet pour le faire mourir, on se contenta de le bannir pour contenter le peuple et la faction du prince d'Orange. Son frèi-e , le pensionnaire à La Haye pour les affaires de la province de Hollande, demanda permission de le voir; mais en voulant entrer dans la prison , le petfple mutiné , souffrant impatiemment la vue d'un homme qui s'opposoit à ses menées , se rua dessus lui , et l'assassina cruellement sur la place , ef le traînèrent un peu plus loin où ils le pendirent. Chacun accourut à ce spectacle, et le peuple étoit si animé, qu'il le coupa en pièces , dont chacun prit des morceaux de chair, qui se vendoient quelques jours après fort cher, à ceux qui n'avoient pas eu le plaisir d'assister à cette bouclierie. Le peuple, qui est une bête féroce qui se porte toujours dans les extrémités parce qu'il agit sans raison, et qui est timide par excès ou impétueux dans l'extrémité , n'est pas à se repentir de cette action. Il reconiioll ijuc tel tjiJil L-loil laii jiuiii soii uldilc; «l la
mort du pensionnaire a été lé premier échec qui ait été donné à la république.
Les Provinces-Unies doivent, après le ciel, leur liberté aux princes d'Orange, qui ont tant fait quils ont obligé le roi d'Espagne à signer leur liberté, et à les reconnoître pour peuples libres, indépendants de tout autre , ce qui est une circonstance fort remarquable. Guillaume i*' cimenta de son sang les fondements de cette république. Maurice et Henri, ses fils , en accrurent la splendeur par le gain de plusieurs batailles. Guillaume ii égala les autres , mourut fort jeune, et laissa pour successeur de ses vertus Guillaume m du nom, prince d'Orange d'à présent, fils de Guillaume ir et de Marie Stuart ', fille aînée de Charles i*', roi d'Angleterre , qui eut la tête coupée. Guillaume ii eut, la trente-six ou trente - septième année de son âge , Guillaume m , qui a épousé la fille du duc d*Yorck '. Il ne vint au monde qu'après la
'ToQte cette généalogie, assez embrouillée, contient plusieurs errenr» i^raves qu'on n*auroit pu rectifier qu'en changeant presque cotièrcinent le texte de Regnard. Le lecteur y suppléera facilement.
' S*il est souvent utile de recourir au texte des éditions preni^rea ou originales , l'exactitude ne doit pas aller jusqu'à reproduire lea fautes dont souvent ces éditions abondent , surtout lorsque CM fautes sont de toute évidence. Dans la bonne édition de 1781 (et je dis la bonne, comparativement à sa copie de la même année), lapbraae qu'on vient de lire y est exactement imprimée. La phrase ioiTante , qui est conforme à la contrefaçon de 1731 , a été admis» dans le texte de l'édition de i8ao. Cd prince l'eut à la trente^ sir. «u trentt' septième année dû son dgû, et a épousé la fille du dm
38 VOYAGE DK FLANDRE
mort de son pèxe, et il perdit à onze ans la pririceAf^e royale sa mère, qui mourut k Ix>ndres de la petite-vârole, de même que le feu prince Guillauni c son mari.
Tout le monde sait que la Hollande est un état piu*ement républicain ; mais il faut dire quelque chose de plus particulier de son gouvernement.
Chaque ville est gouvernée par \in magistrat ^ des bourgmestres et des conseillers, et un bailli dans les causes criminelles, qui exerce sa charge autant de temps qu'il plait au conseil , et qui juge absolument, dans les affaires criminelles, de la sentence des bourgmestres. Au-dessus d'une certaine somme , ou appelle à la cour de la province, où chaque ville envoie un conseiller.
Les dé]>utés des villes composent les États de la province , et les députés des provinces £ont les États-généraux, établis pour les alliances, pour les traités , pour les levées des deniers , et pour ce qui regarde le bien de la république* Ces pro* vinces sont aussi fortes l'une que l'autre : il est
d'Yorck, Que Ton rapprciche cetti; plirafi* de telle qui précède imuiî" dtatifmciit daiM le texte, et l'oii trouvera qu'elle n'offre aocan aeiit et quVlle n'a jamaîf M frai^oiae. Sana contredit le atyle de oc» Voyagea, que Regaard n'avait paa àtmùaéê à rinprfaiion, oat tkoty reiit négligé , incorrect ; mai» U a'ijiTre rien de imrJbare conin»* ce que je viena de noter. Le» réj>étitions fréquentea do Tauteor font asiex voir qu'il n'a paa voulu ae donner la peine de retoacliei aon mannacrit, et qu'il n'y a(taolM>ic auciuie importance littémîre, cea Voyagea ayant été écrita comme ila avaient été exécutéa , c'e^t- A-dire lana uppréti et aana méditation. (G. A. C.)
\Tai que la province d'Amsterdam emporte ordinaîremeot la balance , et fait touorn^r les choses du côté qu'elle veut Cette ville seule passe pouur une province. Il est aisé de conclure que la souveraineté ne réside point dans les États^énéraux, qui ne sont rien autre chose que les envoyés des \iUes po«r proposer dans le conseil les choses qu'elles veulent représenter.
La Haye est le lieu où la noblesse de Hollande fait sa résidence ; il n y en a guère de phis agréable dans le monde. Un grand bois de haute futaie, bordé de magnifiques palais d'un côté ; et de Fautre, de vastes et agréables prairies qui lentourent , rendent son aspect un des plus riants de l'Europe. On voit devant le château un étang revêtu de pierres de taille ; de hauts arbres qui le bordent servei^t à embellir le palais du prince. On va de La Haye à la mer en moins d'un quart d'heure , par un chemin très agréable. Nous vîmes en y allant un chariot à voiles que le prince d'Orange a bit faire, et nous entrâmes dans un lieu où l'on court la bague sur des chevaux de bois. Nous allâmes voir une maison du prince d'Orange , à quelques lieues de La Haye , appelée Osnadiii ; c'est la où il passe une partie de l'année , et où il entretient quantité de betes extraordinaires. Nous y vîmes des vaches de Calicut très particulières avec une bosse sur le dos , et quantité de cerfs.
Nous partîmes de La Haye , et fûmes dîner à
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Leyden, qu'on appelle Lugdunum Batavorutity reccHfnmandable par son université , par son anatomie , et par la propreté de ses bâtiments ; plus agréable à mon goût que pas une ville de Hollande. Nous y vîmes quantité de choses curieuses y entre autres un hippopotame, ou vache de mer^ que les HoUandois ont rapporté des Indes. On voit dans le cabinet anatomique plus de choses que n'en peut contenir un gros volume.
De Leyden nous allâmes à Amsterdam, et vîmes en passant Harlem , où nous remarquâmes une grande église : nous arrivâmes le soir à Amsterdam. Cette ville des villes , si renommée dans tout l'univers, peut passer pour un chef-d'œuvre : les maisons y sont magnifiques , les rues spacieuses , les canaux extrêmement larges , bordés de grands arbres , qui , venant à mêler leur verdure avec la diversité des couleurs dont les maisons sont peintes , forment l'aspect du monde le plu» charmant. Cette ville paroit double : on la voit dans les eaux ; et la réverbé^atiofi des palais qu'on voit dans les canajux fait de ces lieux un séjour enchanté. L'hotel-de-ville est sur le Dam : cet ouvrage pourroit passer pour im des plus beaux de l'Europe y si l'architecte n'avoit manqué dès le commencement , et eût fait quelque distinction de la porte avec les fenêtres , qu'il faut chercher de tous côtés , et qu'il faut bien souvent demander. Nous montâmes en haut y où nous vîmes quantité d'ar-
nws et un très beau carillon. Nous découvrimes l. tiedit du clocher. Ce fut le lieu où le roi borna se& conquêtes. Le >^Hneus est une aussi plaisante invention que je sache : cVsl là où 1 on renfemie toutes les fiUes demauvaise vie^ que Ion condamne fUMir un certain temps , et où elles travaillent. Il n j a pcut^kre point de lieu , après Paris , où le fibcuinage soit phis grand qu'à Amsterdam : mais ce qui est de particulier , c'est qu'il y a de certains lieux où demeurent les accoupleuses , qui gar* deni chez eUeMun. certain nomlire de filles. On fiiit entrer le cavalier dans une chambre qui communique à plusieius autres petites chambres dont ^ous payez les portes , et au-dessus sont le por» trait et le prix de la personne qu Vile renferme ; c'est à vous à choisir : on ne fait point sortir Ton- «inal que vous n'ayez^^avé le prix do la taxe : tant pis pour vous si la copie a été flattée.
Le Raspeus est un autre Ueu pour les mauvais garnements , et pour les enfants dont les pères ne sauroient venir à bout : on les emploie à scier du hresiL 11 y a dans la grande église d'Amsterdam une chaîne d'un prix infini pour la délicatesse de 5on travail. On permet à Amsterdam , et par toute U Hollande, toutes sortes de religions, excepté U cathoUque : c est un point de leiv plus fine politique ; et ils savent bien que ce seroit un grand échec à leur liberté si les catholiques y étoient soufferts, qui powroient ensuite se rendre les
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malfreft* Oa y voit des lutbérienfl, de» caUrinisteSf des arminien» ' ^ des nestoriens, des anatbaptistCH, et des juifs qui y sont plus puissants qu'en autre endroit de la terre. Leur synagogue est inconi* parablement plus belle que celle de Venise, et ih y sont beaucoup plus puissants* La maison des Indes , qui est hors la ville j marque bien qu'elle appartient aux plus riches négociants de ÏEu^ rope* Ou y bâtissoit un très beau vaisseau qui devoit , lui mois après , faire le voyage des Indes. Nous allâmes voir les vai^^ux»|le gueire, qui n'ont rien de beau, et je n'en vis pas un qui a{>procliât de la beauté de nos vaisseaux. Ils oe veulent point de galerie à la poupe comme nous ; ils croient que cela retarde la course du vaisseau ; mais, bien loin d'y apporter aucun défaut, je
' Voici un autr<? exemple du grave iticonvéniimt qu*jl j auroît & suivre trop rigoureu»enii»nt hm texten de* prcmi^re• éditiotif, •ur«. tout lorsqu'ellei nUmi point été fattec du vivant de Tautenr. Celleft de 1781 portent afwénUtnt , et t^^ui lea éditeura ont 4M»pié ce mot. Il ect bien évident ce[>endaBt que Tauteur n'a pa» voulu mêler lea arméniens danc ion énum/'ration de Nectaite», et qu'il d^'tîgne Ici lei partÎMnc à^Àrmlnius qui étoit Hollandoifi , et qui prédiott la rédeniptioo générale et univernelle. On ae ilguro maétnent corn* bien il «tt facile de confondre dam un manuicrit un é avec un / ; et ce MToit porter trop loin la v/;riération pour la typograpliic de nof p^re», que de faire retomber nur no» auteun lei faute» de leur» inifinineur», et aurtout de le» perpétuer. Je ferai p«u de re* marqucf dana de» ca» aemblable» ; mai» je doia prévenir le lecteur que ce n*e»t qu'avec la plu» grande réfferve, et apr6» un examen trèf réfléclii que }e me permettrai de pariftUc» correction».
trouve que ceb est d'une utHité pour les officien^ et d'un |^nd ornement au vaisseau. Nous logeioies à Amsterdam chez Cellier^ à la Phce Boyale^dans leKalverstiaat. Noos connûmes M. de Besvic , des premières HamiUes de Hollande , et qui afidt une très bdledépense àcesd^nières guerres. Il nous fit voir mademoiselle Homia , sa maîtresse , hénûère de très grands biens, cath(4ique comme loL Nous les vîmes ensemble à TOp^a, à l'Enlèvement d* Hélène. Nous apprîmes à *la Comédie qœ tout l'argent qu'on y donne aHoit aux pauvres , et que la ville entretenoit les comédiens, à qui elle donne une cartaine pension.
Je partis d'Amsterdam le «5 mai i68r , et nous arrivâmes à £nckuysen le soir même, où , sans nous arrêter qu'autant de temps qu'il faut pour manger, nous remarquâmes que cette ville portait trois harengs pour ses armes , à cause de la pèche coosklécahle qui s'y fait de ce poisson. Nous frétâmes la nuit une barque à Vorkum , où nous arrivâmes le lendemain matin. Cette pro^nce s'appelle Nord-Hollande , et je ne crois pas qu'au reste de la terre il se paisse trouver de plus jolies femmes. Les paysannes ont une beauté qui ne le cède point aux anciennes Romaines, et qui donne de l'amour à lapremière vue. Nous arrivâmes à Leuwarden, capitale de Frise, ville très jolie, qui reconnoit le prince de Nassau pour son gouverneur, n'ayant point voulu donner sa voix élec-
tive pour le prince d'Orange. Ce prince peut avoir vingt-cinq ou vingt-six ans : il perdit son père îl y a environ dix-huit ans , à la septième année de son âge. Ce prince mourut par un accident funeste : un pistolet, qui se lâcha malheureusement , ôta en même temps un grand homme à l'Europe, et un généreux gouverneur à la Frise. Il laissa une illustre veuve par sa beauté, par sa naissance, et par son mérite, Albertine d'Orange, fille du prince Henri et d'Amélie de Solmes. Ce prince vécut sept ou huit jours après cet accident ; et te& Frisons , en reconnoissance des bons services que leur avoit rendus le père , offrirent d'abord le gouvernement au fils , qui étoit en très bas âge , et à qui ils ne donnèrent point d'autre gouverneur que la princesse sa mère.
Nous quittâmes Leuwarden ; et, ayant marché toute la nuit , nous arrivâmes à la pointe du jour à Groningue , ville fort bien située, et qui s'est rendue recommandable dans les dernières guerres , par le siège qu'elle soutint contre l'évêque de Munster, qui s'y trouva en personne avec vingtquatre mille hommes. Mais ses bonnes fortifications et la vigueiu* de ses habitants obligèrent les assiégeants à lever le piquet après six semaines de siège , pendant lequel ils perdirent beaucoup de monde. De Groningue nous passâmes à Oldenbourg, qili appartient présentement au roi de Danemarck. Cette ville a donné le nom à tout le
comté. Il y a deux ans que cette ville fut consumée par le feu du ciel. On recommence à la rebâtir , et le roi de Danemarck y fait faire quelques forti-> ficattpiis. On y voit une corne d'abondance , qui a donné lieu de faire le conte d'une femme qui , sortant de terre, se présenta au comte d'Oldenbourg avec ce cornet à la main, [dein d'une liqueur qu'il ne connoissoit pas. Ce prince étoit pour lors à la chasse , éloigné des siens , et extrêmement altéré. Mais ne connoissant point v^tte liqueur, et voyant une femme extraordinaire, il n'en voulut point tater ,* et la répandit sur la croupe de son cbevaL La force de ce breuvage emporta tout le poil aux endroits où il avoit touché.
Il n'y avpit que doux jours que le roi étoit parti d'Oldenbourg pour Copenhague. Le même jour nous nous trouvâmes au soir à Brémë , republique qui est environnée des terres de Suède et de DanemarcL La ville est fort jolie , mais de si peu d'étendue, qu'à peine les jremparts sont de ses terres. De Brème nous ne vîmes rien de recommandable jusqu'à Hambourg, où nous arrivâmes après cinq jours et cinq nuits de marche continuelle avec des chariots de poste. De Hambourg à Amsterdam , on compte soixante milles , qui valent cent trente Ueues de France.
Hambourg est une ville anséatique, libre et im* périale, qui, par sa bonne milice et ses fortifications r^ulières , est en état de ne point appréhen-
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dçr quantité de princes qui envient fort ce morceau 9 et patticulièrement le roi de Dsmemarck , à qui elle siéroit parfaitement bien. Ce prince la bloqjua pendant ces dernières guerres avec ^ngtcinq mille hommes; m^ais ayant vu les troupes auxiliaires qui lui vemoient de tontes parts, il ne put rien entreprendre davantage. Il a cédé depuis peu, pendant son vivant,, toutes les prétentions qu'il pouvoit avoir sur cette ville , moyennant la somme de deux cent mille écus. Elle est gouvernée par quatre bom'gmiestres et dix -huit conseillers. Les femmes y sont très belles ; elles se couvrant le visage à l'espagnole. On professe la religion luthérienae dans* cette ville , où on voit la cave dia pin de cent ans. Ijes- opéras n'y sont pas mal représentés ; j'y ai trouvé celui â^Alceste très beau.
Tout le pays est très bon et très fertile en pà* turagfts.. Les chariots sont d'une commodité admirable ;. les ehevaux en sont excellents, et courent conlinuellement.