‹ Œuvres complètes de J. F. RegnardChapitre 8 sur 19 · SOI T0YA6E · texte numérisé non relu

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fure de§ femmes est d'un morceau de drap; et le» plus riches couvrent leur tête dWe peaa de renard 9 de martre ^ ou de quelque autre béte. £Ues ne se servent point de bas; mais elles ont^ seulement pendant Thiver ^ une paire de bottes de cuir de renne ^ et mettent par-dessus des sou* liers qui sont semblables à ceux des hommes , c'esl^à-dire d'un simple aiir qui entoure le pied ^ et qui s'élève en pointe sur le devant : on y lai«ie un trou pour les pouvoir mettre dans le pied ^ et ils les nouent, au-dessus de la cheville, d'une longue corde faite de laine qui fait cinq ou tt% tours; et afin que leurs chaussures ne soient point lâches, et qu'ils aient plus de commodité pour marcher, ils emplissent leurs souliers de foin , qu'ils font bouiUir tout exprés pour cda ^ et qui a*oit en abondance dans toute la Laponie* Leurs gants sont faits de peaux de renne , qu'ils distinguent en compartiments ^un autre cuir plus blanc , cousu et appliqué sur le gant. Us sont faits comme des mitaines , sans distinction de doigts; et les plus beatix sont garnis par ea bas d'une peau de loom. Les femmes ont un ornement particulier, qu'elles appellent Araca, Eût d'un morceau de drap rouge, ou d'une autre couleur, qui leur entoure le cou comme un collet de jésuite, et vient descendre sur l'estomac, et finit en pointe. Ce drap est orné de ce qu'ils ont de plus précieux ; le cou est plein de plusieurs pla^

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qucsdVilaiii^ mais le devant de Testoinac est garni de choses rares parmi eux. Les riches j mettent des boatons et des pbques d'argent^ les plus beOes (|u^ils peuvent trouver; et les pauvres se contentent d*y mettre de Fétain et du cuivre , suivant leurs facultés.

Nous nous informâmes encore chet ces gen»* U de toutes les choses que nous avions apprises des autres , qu'Us nous confirmèrent toutes ; et ce qulls nous dirent de pfais particulier^ je Tai porté à Tendroit où j en ai parlé , que j*ai aug* aienté de ce qu^Us mWt dit : maïs nous voulûmes cire instruits de tous les animaux à quatre pieds qui vivaient dans ce pays y et ils nous en apprirrat ks particularités suivantes :

Us nous assurèrent premièrasient qu'il régnoit qudquefois dans leur pays des vents si impé»

lueux^ qu'ils enlevoient tont ce qu'ils rencon« Iroient Les maisons les plus fortes ne leur peuv^ttt résister y et ils entraînent mène si loin les troupeaux des betes^ lorsqu'ils scmt sur le somaMt des montagnes^ qu'on ne sait bien souvent ce qulls devienn^it. Les ouragans font élever en été ime telle quantité de sable qu'ils apportent du colé de la Norwége « qu'ils otent si fort l'usage de la Tue qu'on ne sauroit voir à deux pas de soi ; «t l'hiver^ ib font voler une telle abondance de neige « qu'elle ensevelit les cabanes et les troupeaux entiers. Les Lapons qui sont suipris en

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chemin de ces tempêtes n'ont point d*autre moyen, pour s'en garantir, que de renverser leur traîneau par-dessus eux , et de demeurer en cette posture tout le temps que dure l'orage : les autres se retirent dans les trous des montagnes , avec tout ce qu'ils peuvent emporter avec eux , et demeurent dans ces cavernes jusqu'à ce que la tempête , qui durera quelquefois huit ou quinze jours, soit tout-à-fait. passée.

De tous les animaux de la Laponie , il n'y en a point de si commun que le renne , dont j'ai fait la description assez au long. La nature , comme une bonne mère , a pourvu à des pays aussi froids que sont ceux du septentrion , en leur donnant quantité d'animaux propres pour faire des fourrures , pour s'en servir contre les rigueurs excessives de l'hiver, qui dure presque toujours. Entre tous ceux dont les peaux sont estimées pour la chaleur, les.ours et les loups tiennent le premier rang. Les premiers sont fort communs dans le septentrion ; les Lapons les appellent les rois des forêts. Quoiqu'ils soient presque tous d'une couleur rousse, il s'en rencontre néanmoins très souvent de blancs ; et il n'y a point d'animal à qui le Lapon fasse une guerre plus cruelle pour avoir sa peau et sa chair , qu'il estime par-dessus tout, à cause de sa délicatesse. J'en ai mangé quelquefois , mais je la trouve extrêmement fade. Ija chasse des ours est l'action la plus solennelle

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que fassent les Lapons. Rien n'est plus glorieux parmi eux que de tuer un ours , et ils en portent les marques dessus eux ; en sorte qu'il est aisé de voir combien un Lapon aura tué d'ours en sa vie , par le poil qu'il en porte en différents endroits de son bonnet. Celui qui a fait la découverte de quelque ours va avertir tous ses compagnons ; et celui d'entre eux qu'ils croient le plus grand sor<cier joue du tambour, pour apprendre si la chasse doit être heureuse, et par quel côté l'on doit attaquer la béte. Quand cette cérémonie est faite , on marche contre l'animal ; celui qui sait l'endroit va le premier, et mène les autres , jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à la tanière de l'ours. Là , ils le surprennent le plus vite qu'ils peuvent ; et avec des arcs, des flèches, des lances, des bâtons, et des fusils , ils le tuent. Pendant qu'ils attaquent la béte , ils chantent tpus une chanson en ces termes : Kihelis pourra ^ Kihelis iiscada soubi jœlla jeittL Ils rendent grâce à l'ours qu'il ne leur fasse aucun mal , et qu'il ne rompe pas les lances et les armes dont ils se servent contre lui. Quand ils l'ont tué , ils le mettent dans un traîneau pour le porter à la cabane , et le renne qui a servi à le traîner est exempt pendant toute l'année du travail de ce traîneau ; et l'on doit aussi faire en sorte qu'il s'abstienne d'approcher aucune femelle. L'on fait une cabane tout exprès pour faire cuire l'ours , qui ne sert qu'à cela, où

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tous les chasseurs se trouvent avec leurs femmes, et recommencent des chansons de joie et de remercimcnt à la béte , de ce qu'ils sont revenus sans accident. Lorsque la viande est cuite , on la divise entre les hommes et les femmes , qui ne peuvent manger des parties postérieures ; mais on leur donne toujours des antérieures. Toute la journée se passe en divertissements ; mais il &ut remarquer que tous ceux qui ont aidé à prendre Touvs ne peuvent approcher de leurs femmes de trois jours , au bout desquels il faut qu'ils se baignent pour être purifiés. J'avois oublié de marquer que, lorsque l'ours est arrivé près de la cabane , on ne le fait pas entrer par la porte ; mais on le coupe en morceaux , et on le jette par le trou qui fait passage à la fumée , afin que cela paroisse envoyé et descendu du ciel. Ils en font de même lorsqu'ils reviennent des autres chasses. Il n'y a rien qu'un Lapon estime plus que d'avoir assisté à la mort d'un ours , et il en^ fait gloire pendant totate sa via Une peau d'ours se

vend ordinairement

Les loups sont presque tous gris-biancs : il s'en trouve de blancs; et les rennes n'ont point da plitsi mortels ennemis* Ils les évitent en fuyant ; maia lorsqu'ils sont surpris par kurs advemaires, ila se défsndcnt contre euac: des pieds de devant , dont ils sont extrêmement puissants , et de levets boia, lorsqu'ils sont asses forts pour soutenir le

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cbQC ; car les rennes changent tous les ans de boîs ^ et lorscpi'il est iK>uveaii y ils ne peuvent s'eo servir. Pour empêcher que les loups n'attaquent les rennes , les. Iiapons les attachent à quelque arbre, et il est fort rare qu'ik soient pour Lors attaqués; car le loup, qui est un animal fort soupçonneux > ap{Nréhen<le qu'il n'y aijt quelque piège tendu , et qu'on Be se serve de ce moyen pour l'y attirer. Une peau de loup peut valoir..... et il y ^ peu de personnes, même des grands sei^MAirs en Suède, qui n'en aient des habits fourrés ; et ils ne trouvent jrien de meilleur contre le froid.

Les renards abondent dans toute la Laponie ; ib soat (presque tous blancs, quoiqu'il s'en rencontre de la couleur ordinaire. Les blancs sont les moins estimés; mais il s'en trouve quelquefois de noirs ^ et ceux-là sont les plus rares et les plus chtts. Leurs peaux sont quelquefois vendues quarante ou cinquante écus; et le poil en est si fin et si long , qu'il pend de quel coté l'on veut ; ea sorte qu en prenant la peau par la queue , le poil tombe du coté des oreilles ,. et se couche vers la lête. Tous les princes moscovites , et les grands de ce pays , recherchent avec soin des fourrures de ces peaux , et après les zibelines , elles sont les plus estûauées* Mais , piiisc{ue j'ai parlé de zibeline, il iaut que je vous dise ce que j'en sat& Ce que BOUS app^ns^ibdbme , onl'appelle ailleurs zaèeL

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Cet animal est de la grosseur de la fouine , et diffère de la martre en ce qu'il est beaucoup plus petit , et qu il a les poils plus longs et plus fins. Les véritables zibelines sont damassées de noir ^ et se prennent en Môscovie et en Tartarie : il s'en trouve peu en Laponie. Plus la couleur du |)oil est noire y et plus elle est recherchée , et vaudra quelquefois soixante écus, quoique sa peau n'ait que quatre doigts de largeur. On en a vu de blanches ou grises , et le grand-duc de Môscovie en a fait présent, par ses ambassadeurs, au roi de Suède j comme de peaux extrêmement précieuses. Les martres approchent plus des zibelines que toutes les autres bétes : elles imitent assez la finesse et longueur du poil; mais elles sont beaucoup plus grandes. J'en ai rencontré de la grosseur d'un chat; et il y a peu de pays où* elles soient plus fréquentes qu'en Laponie. Sa peau coûte une rixdale ; et celles qui ont le dessus de la gorge cendré sont plus estimées que celles qui l'ont blanc, ijiii animal fait un grand carnage de petitsgris, dont il est extrêmement friand, et les attrape à la course sans grande difficulté; il ne se nourrit pas seulement d'écureuils , il donne aussi la chasse aux oiseaux ; et montant sur le sommet des arbres , il attend qu'ils soient endormis pour se jeter dessus et les dévorer. S'ils sont assez forts pour s'envoler, ils s'abandonnent dans l'air avec là martre , qui a ses griffes aussi fortes et aussi

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pointues qu'aucun autre animal , et se tient dessus le dos de l'oiseau , et le mord en volant , jusqu'à ce qu'enfin il tombe mort. Cette chute est bien souvent aussi funeste à la martre qu'à l'oiseau ; et lorsqu'il s'est élevé bien haut dans l'air , la martre tombe bien souvent siu* les rochers , ou elle est brisée , et n'a pas un meilleur sort que l'autre.

J'ai parlé ailleurs des /œrts en suédois, et gulones en latin , au sujet des rennes qu'ils fendent en deux. Cet animal est de la grosseur d'un chien; sa couleur est noire-brune, et on compare sa peau à celle des zibelines : elle est damassée et fort précieuse.

La quantité des poissons de la Laponie fait qu'on y rencontre aussi beaucoup de castors , que les Suédois appellent baver ^ et qui se plaisent fort dans ces lieux , où le bruit de ceux qui voyagent ne trouble point leur repos. Mais le véritable endroit pour les trouver , c'est dans la province de Kimi, et en Russeland. Les rognons de castors servent contre quantité de maladies. Tout le monde assure qu il n'y a rien de plus souverain contre la peste, que d'en prendre tous les matins ; cela chasse le mauvais air , et entre dans les plus souveraines compositions. Olaûs, grand-prêtre de la province de Pithéa, m'en a fait présent, à Torno , de la moitié d'un , et m'a assuré qu'il ne se servoit point d'autre chose pour ses meilleurs I. i4

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remèdes. Uétoit fort habile en pharmacie. Il m'as* sura j de plus y qu'il tiroit une huile de la queue du même animal , et qu'il n'y avoit rien au monde de plus souverain.

Il se voit aussi en Laponie un nombre très considérable d'hermines , que les Suédois appellent lekat. Cet animal est de la grosseur d'un gros rat ^ mais une fois aussi long. Il ne garde pas toujours sa couleur; car l'été il est un peu roux, et l'hiver il change de poil y et devient aussi blanc que nous le voyons. Ils ont la queue aussi longue que le corps, qui finit en une petite pointe noire conmie de l'encre; en sorte qu'il est difficile de voir un animal qui soit et plus blanc et plus noir. Une peau d'hermine coûte quatre ou cinq sous. La chair de cet animal sent très mauvais; et il se nourrit de petits-gris et de rats de montagne. Ce petit animal, tout-à-fàit inconnu ailleurs, et fort singulier, comme vous allez voir, se trouve quelquefois en si grande abondance, que la terre en est toute couverte. Les Lapons l'appellent /e//imukat. Il est de la grosseur d'un rat, mais la couleur est plus rouge , marquée de^noir ; et il semble qu'il tombe du ciel, parce qu'il ne paroit point que lorsqu'il a beaucoup plu. Ces bétes ne fuient point à l'approche des voyageurs; au contraire, elles courent à eux avec grand bruit ; et quand quelqu'un les attaque avec un bâton, ou avec quelque autre arme, elles se tournent contre lui,

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et mordent le bâton , auquel elles demeurent attachées avec les dents , comme de petits chiens enragés. Elles se battent contre les chiens , qu'elles ne craignent pas , et sautent sur leur dos , et les mordent si vivement, qu'ils sont obligés de se rou-' 1er sur terre pour se défaire de ce petit ennemi. On dit même que ces animaux sont si belliqueux, qu'ils se font quelquefois la guerre entre eux , et que , lorsque les deux armées se trouvent dans des prés qu'ils ont choisis pour champ de bataille y ils s'y battent vigoureusement Les Lapons, qui voient ces différends entre ces petites bétes ^ tirent des conséquences de guerres plus sanglantes ailleurs, et augurent de là que la Suède doit bientôt porter les armes contre le Danois ou le Moscovite, qui sont ses plus grands ennemis.

Comme ces animaux ont l'humeur martiale, ils ont aussi beaucoup d'ennemis qui en font des défaites considérables. Les rennes mangent tous ceux qu'ils peuvent attraper. Les chiens en font leur plus délicate nourriture; mais ils ne touchent point aux parties postérieures. Les renards eu emplissent leurs tanières , et en font des magasins pour la nécessité ; ce qui cause du dommage aux Lapons , qui s'aperçoivent bien lors-^ qu'ils ont de cette nourriture, qui fait qu'ils n'en ch^die'nt point ailleurs , et ne tombent pas dans les pièges qu'on leur tetid. Il n'y a pas même jus-^ qu'aux hermines qui ne s'en engraissent, Mais a^

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qui est admirable dans. cet animal, c'est la connoissance qu'il a de sa destruction prochaine , prévoyant qu il ne sauroit vivre pendant l'hiver. On en prend une grande partie pendue au sommet des arbres , entre deux petites branches qui forment une fourche. Une autre , à qui ce genre de mort ne plait pas^ se précipite dans les lacs; ce qui fait qu'on en trouve souvent dans le corps des brochets 9 qu'ils ont nouvellement engloutis: et ceux qui ne veulent pas être homicides d'euxmêmes, et qui attendent tranquillement leur destin , périssent dans la terre , lorsque les pluies qui les ont fait naître, les font aussi mourir. On chasse grande quantité de lièvres, qui sont pour l'ordinaire tout blancs , et ne prennent leur couleur rousse que les deux mois les plus. chauds de l'année.

Il n'y a guère moins d'oiseaux que de bétes à quatre pieds en Laponie. Les aigles, les rois des oiseaux, s'y rencontrent en abonds^nce. Il s'en trouve d'une grosseur si prodigieuse, qu'ils peuvent, comme j'ai déjà dit ailleurs, emporter les faons des rennes , lorsqu'ils sont jeunes , dans leurs nids , qu'ils font au sommet des plus hauts arbres ; ce qui fait qu'il y a toujours quelqu'un pour les garder.

Je ne crois pas qu'il y ait de pays au monde plus abondant en canards, en sarcelles, plongeons, cygnes, oies sauvage^, et autres oiseaux

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aquatiques , que celui-ci. La rivière en est partout si couverte, qu'on peut facilement les tuer à coups de bâton. Je ne sais pas de quoi nous eussions vécu pendant tout notre voyage , sans ces animaux , qui faisoient notre nourriture ordinaire ; et nous en tuions quelquefois trente«lBt quarante pour un jour, sans nous arrêter un moment, et nous ne faisions cette chasse qu'en chemin faisant. Tous ces animaux sont passagers , et quittent ces pays pendant l'hiver pour en aller chercher de moins froids, où ils puissent trouver quelques ruisseaux qui ne soient point glacés ; mais ils reviennent au mois de mai faire leurs œufs en telle abondance , que les déserts en sont tout couverts. Ils leur tendent des filets, et la peau des cygnes écorchés leur sert à faire des bonnets ; les autres leur servent de nourriture. Il y a un oiseau fort commun en ce pays, qu'ils appellent loom, et qui leur fournit leiu*s plus beaux ornements de tète. Cet animal est d'un plumage violet et blanc, peilé d'une manière fort particulière. Il est de la grosseur d'une oie, et se prend quelquefois dans les filets que les pêcheurs mettent pour prendre du poisson , lorsque l'ardeur de la proie l'emporte trop, et qu'il poiu*suit quelque poisson sous l'eau. On garnit aussi de sa peau les extrémités des plus beaux gants. Les coqs de bruyère, les gelinotes, s'y trouvent en abondance. Mais il y a dans ce pays une certaine espèce d'oiseau que je n'ai point

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vu ailleurs, qu'il* appellent snytuHpor, et que les Grecs appeloient lagopos, de la grosseur d'une poule. Cet oiseau a pendant l'été son plumage gris de la couleur du faisan , et lliiver il est en» tièrement blanc, comme tous les animaux qui vivent en et pays ; et la nature ingénieuse les rend de la même couleur de la neige, afin qu'ib ne soient pas reconnus des chasseurs, qui les pourroient facilement apercevoir s'ils étoient d'une •autre couleur que la neige, dont la terre est toute couverte. J'ai fait ailleurs la description de cet oi* seau. Il est d'un goût plus excellent que la per^ drix , et donne par ses cris une marque assurée qu'il doit bientôt tomber de la neige , conMoe il est aisé de voir par son nom , qui signifie oUeau de neige. Les Lapons leur tendent des fileta sur cette neige , et forment une petite haie , au milieu dé laquelle ils laissent un espace vide, oti les lacets sont tendus, et par où ces oiseaux doivent passer.

11 est impossible de concevoir la quantité du poisson de la Laponie. Elle est partout coupée de fleuves , de lacs et de ruisseaux ; et ces fleuves , ces lacs H ces ruisseaux sont* si pleins de pois» .Hons, qu'un homme peut, en une demi^heure de temps, en prendre, avec une seule ligne, autant qu'il en peut porter. C'est aussi la seule nourriture dcH lapons ; ils n'ont point d'autre pain, et ils n'en prennent pas seulement pour

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eux; ils en font tout leur commerce, et achè* lent ce dont ils ont de besoin avec des poissons, ou avec des peaux de bétes; ce qui fait que • la pèche est toute leur occupation; car, soit qu'ils vemllent manger, ou entretenir le luxe, qui ne laisse pas de régner dans ce pays , ils n'ont point d'autre moyen de le faire. Il est vrai que les riches ne pèchent jamais. Les pauvres pèchent I pour eux , et ils leur donnent en échange , ou du tabac , ou de Teau-de-vie, ou du fer, ou quelque autre chose de cette nature. Sans m'arréter à parler de tous les poissons qui sont en ce pays, je dirai qu'il n'y en a point de plus abondant en saumoç. Il commence à monter au mois de mai , I et pour lors il est extrêmement gras , et beaucoup meilleur que lorsqu'il s'en retourne au mois de sq>tembre. Il y a des années où dans le seul fleuve de Torno on en peut pécher jusqu'à trois mille tonnes, qu'on porte à Stockholm et à tous les habitants de la mer Baltique et du golfe Bothnique . Les brochets ne se trouvent pas en moindre abondance cpie les saumons : ils les font sécher , et en portent des quantités inconcevables. J*ai décrit ailleurs la manière dont ils se servent pour le pécher la nuit, à la lueur d'un grand feu qu'ils allument sur la proue de leurs barques. Les truites y sont assez communes ; mais il y a une sorte de poisson quF m'est inconnu , qu'ils appellent sichs; il est de la grosseur d'un hareng, et d'une grande délicatesse.

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Après avoir demeuré quelques jours avec ces Lapons, et nous être instruits de tout ce que nous voulions savoir d'eux , nous reprîmes le chemin qui nous conduisoit chez le prêtre; et le même jour, mercredi 217 d'août, nous partîmes de chez lui, et vînmes coucher à Cokluanda, où com* mence la Bothnie , et où finit la Laponie ; mais., monsieur, je ne sais si vous n'aurez pas trouvé étrange que je vous aie tant parlé des Lapons , et que je ne vous aie rien dit de la Laponie; je ne sais comment cela s'est fait, et je finis par où je de vrois avoir commencé ; mais il vaut encore mieux en parler tard que de n'en rien dire du tout , et avant que d'en sortir, je vous en dirai ce gue j'en sais.

On ne peut dire quel nom cette province a en parmi les anciens géographes, puisqu'elle n'étoit pas connue, et que Tacite et Ptolomée ne'cohnoissaient pas de province plus éloignée que la Sérisinie, que nous appelons présentement Borimie, ou Biarmie , et qui s'étend à l'extrémité du goUc Bothnique. Ce que l'on sait aujourd'hui dé la Laponie , c'est qu'elle se peut diviser en orientale et occidentale. £Ue regarde l'occident du côté de l'Islande , et obéit au roi de Danemarck. Elle est orient du côté qu'elle confine k la mer Blanche, où est le port d'Archangel; et celle-là reconuoît le grand-duc de Moscovie pour son souverain. Il faut ajouter une troisième, qui est au xnïliQix des deux, et qui est beaucoup plus grande

que toutes les deux autres ensemble , et celle-là est sous la domination du roi de Suède , et se di-vise en cinq provinces différentes y qui ont toutes le nom de Laponie , et qu'on appelle Uméa-Lap- Marck, Pitéa^Lap^Marck y Luléa^Lap^Marck y Toméa-Lap^Marck et Kimi-Lap- Marck '. Elles prennent leurs noms des fleuves qui les arrosent, et ces mêmes fleuves le donnent encore aux villes où ils passent , si on peut donner ce nom à un amas de quelques maisons faites d'arbres.

La province de Tornéa-Lap-Marck , qui est justement située au bout du golfe Bothnique ^ est la dernière du monde du côté du pôle arctique , et s'étend jusqu'au cap Nord. Charles ix, roi de Suède, jaloux de connoître la vérité et l'étendue de ses terres, envoya, en différents temps de l'année 1600, deux illustres mathématiciens, l'un appelé Âaron Forsius, suédois, et l'autre Jérôme Bircbolto , allemaUd de nation. Ces gens firent le voyage avec toutes les provisions et les instruments nécessaires, et avec un heureux succès ;.et rapportèrent , à leur retour , qu'ils n'avoient trouvé au^ cun continent au septentrion au-delà du soixante et treizième degré d'élévation ;mais une mer glaciale immense , et que le dernier promontoire qui avançoitdans FOcéan étoit Nuchus, oaNorkapy assez près du château Wardhus, qui appartient aux

'Voyez, pour la signification de ces mots, la note de la page 92,

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aussitôt que le mal, refusant ses moissons à ces gens, leur donne des pèches plus abondantes qu'en aucun autre endroit. Nous vînmes le lendemain , I" de septembre , coucher chez le préfet des Lapons, allemand de nation, dont j'ai déjà parlé, et le lendemain nous arrivâmes àTorno, après avoir passé plus de quarante cataractes. Ces cataractes sont des chutes d'eau très impétueuses, et qui font en tombant un bruit épouvantable. Il y en a quelques unes qui durent l'espace de deux et trois lieues, et c'est un plaisir le plus^and du monde de voir descendre ces torrents avec une vitesse qui ne se peut concevoir, et faire trois ou quatre milles de Suède, qui valent douze lieues de France , en moins d'une heure. Plus la cataracte est forte , et plus il faut ramer avec vigueur pour soutenir sa barque contre les vagues : ce qui fait qu'étant poussé du torrent , et porté de la rame , vous faites un grand chemin en peu de temps.

Nous arrivâmes à Torno le mardi ( a septembre), et nous y vînmes à la bonne heure, pour voir les cérémonies des obsèques de Joannes Tornaeus, dont je vous ai parlé auparavant, qui étoit mort depuis deux mois. C'est la mode en Suède de garder les corps des défunts fort longtemps. Ce temps se mesure suivant la qualité des personnes; et plus la condition du défunt est relevée, et plus aussi les funérailles sont reculées.

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On donne ce temps pour disposer toutes choses pour ces actions, qui sont les plus solennelles qui se fassent en ce pays ; et si l'on dit que les Turcs dépensent leurs biens en noces , les juifs eu circoncisions, les chrétiens en procès, on pourroit ajouter , les Suédois en funérailles. En effet, j'admirai la grande dépense qui se fit pour un homme qui n'étoit pas autrement considérable, et dans un pays si barbare et si éloigné du reste du monde. On n'eut pas plus tôt appris notre arrivée, que le gendre du défunt travailla aussitôt à une harangue latine qu'il devoit le lendemain prononcer devant nous , pour nous inviter aux obsèques de son beau-père. Il fut toute la nuit à y rêver,, et oublia tout son discours lorsqu'il fut le matin devant nous. Si les révérences disent quelque chose, et sont les marques de l'éloquence, je puis assurer que notre harangueur surpassoit le prince des orateurs; mais je crois que ses inclinations servcnent plus à cacher la confusion qui paroissoit sur son visage*, qu'à rendre son discours fleuri. Comme nous savions le sujet de sa venue, nous devinâmes qu'il venoit pour nous prier d'assister à la cérémonie; car nous n'en pûmes rien apprendre par son discours : et quelque temps après, le bourgmestre de la viU^, avec un officier qui étoit là en garnison, vinrent nous prendre dans la même chaloupe pour nous passer de l'autre côté de l'eau

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ti nous mener à la maison du défunt. Nous troU'» vàmes à notre arrivée toute la maison pleine de prêtres vêtus de longs manteaux noirs, et de chapeaux qui sembloient, par la hauteur de leur forme , servir de colonnes à quelque poutre de la maison. Le corps du défunt , mis dans un cer« cueil couvert de drap , étoit au milieu d'eux. Ils Tarrosoient des larmes qui dégouttoient de leurs barbes humides , dont les poils séparés formoient différents canaux f et distilloient cette triste humeur, qui servoit d'eau bénite. Tous ces prêtres avoient quitté leurs paroisses, et étoient venus de foit loin. Il y en avoit quelques uns éloignés de plus de cent lieues; et on nous assura que si cette cérémonie se fût faite Thiver, pendant lequel temps les chemins en ces pays sont plus faciles, il n'y auroit eu aucun prêtre, à deux ou trois cents lieues à la ronde qui ne s'y fiit trouvé , tant ces sortes de cérémonies se font avec éclat. Le plus ancien de la compagnie fit une oraison funèbre à tous les assistants; et il falloit qu'il dit quelque chose de bien triste, puisqu'il s'en fallut peu que son air pitoyable ne nous excitât à pleurer nous-mêmes, qui n'entendions rien à ce qu'il disoit Les femmes étoient dans une petite chambre, séparées des hommes, qui gémissoient d'une manière épouvantable, et entre autres la femme du défunt, qui interrompoit, par ses sanglots, le discours du prédicateur. Pendant que l'on prê-

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choit dans cette salle, on en faisoit autant dans TégUse en finlandois ; et quand les deux discours furent finis , on se mit en chemin pour conduire le corps à l'église. Sept ou huit bourgeois le chargèrent sur leurs épaules, et il n'y eut personne des plus apparents qui ne voulût y mettre la main ; et je me souvins pour lors de ce que dit Virgile à l'entrée du cheval dans Troie, quand il dit qu'il n'y avoit ni jeune ni vieux qui ne voulût aider à tirer cette machine dans leur ville : Fu^ nemque manu contingere gaudeni. Nous suivions le corps comme les plus apparents, et ceux qui inenoient le deuil; et la veuve étoit ensuite conduite par-dessous les bras de ses filles : l'une s'altristoit beaucoup, et l'autre ne paroissoit pas émue. On mit le corps au milieu de l'église, en chantant quelques psaumes; et les femmes, en passant près du défunt, se jetèrent sur le cercueil, et l'embrassèrent pour la dernière fois. Ce (ut pour lors que commença la grande et principale oraison funèbre, récitée par Joannes Plantinus, prêtre d'Uméa, qui eut une canne d'argent pour sa peine. Je ne puis pas dire s'il l'avoit méritée , mais je sais qu'il cria beaucoup , et que , pour rendre tous les objets plus tristes, il s'étoit même rendu hideux, en laissant ses cheveux sans ordre , et pleins de plusieurs bouts de paille qu'il n avoit pas^eu le temps d'ôter. Cet homme dit toute la vie du défunt, dès le moment de sa nais-

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»ance jusqu'au dernier soupir de sa vie. Il cila les lieux et les maîtres qu'il avoit servis , les provinces qu'il avoit vues, et n'oublia pas la moindre action de sa vie. C'est la mode en ce pays de faire une oraison funèbre aux laquais et aux servantes, pourvu qu'ils aient un écu pour payer l'orateur. Je me suis trouvé à Stockholm à l'enterrement d'une servante, où la curiosité m'avoit conduit. Celui qui faisoit son oraison funèbre, après avoir cité le lieu de sa naissance et ses parents, s'étendit sur les perfections de la défunte, et exagéra beaucoup qu'elle savoit parfaitement bien faire la cuisine, distribuant les parties de son discours en autant de ragoûts qu'elle savoit faire, et ferma cette partie de son oraison, en disant qu'elle n'avoit qu'un seul défaut, qui étoit de faire toujours trop salé ce qu'elle apprétoit, et qu'elle montroit par là l'amour qu elle avoit pour la prudence , dont le sel est le symbole, et son peu d'attache aux biens de ce monde, qu'elle jetoit en profusion. Vous voyez par là, monsieur, qu'il y a peu de gens qui ne puissent donner matière de faire à leur mort une oraison ftmèbre , et un beau champ à un orateur d'exercer son éloquence. Mais celui-ci avoit une. plus belle carrière. Joanues Tomaeus étoit homme savant; il avoit voyagé, et avoit même été en France précepteur du comte Charles Oxenstiem. Quand l'oraison funèbre fut finie, on nous viat faire

encore un compliment latin , pour demeurer au festin. Quoique nous n'entendîmes pas davantage à ce second complimeot qu'au premier, nous n'eûmes pas de peine à nous imaginer ce qu'il nous vouloit dire : nos ventres ne nous disoient que trop ce que ce pouvoit être ; et ils se ' plaignoient si haut qu'il étoit près de trois heures qu'ils n'avotent mangé, qu'il ne fut pas plus dif- ûcile à ces gens d'entendre leur langage qu'à nous le leur. On nous mena dans une grande salle divisée en trois longues tables; et c'étoit le lieu d'honneur. Il y en avoit cinq ou six autres encwe plus pleines que celle-ci, pour re(*voir tous les gens qui s'y présentoient. Les préludes du repas frirentde l'eau-de-vie, de la bière, et une ïutre liqueur qu'ils appellent calchat, faite avec lie la bière, du vin et du sucre, deux aussi mécliantes boissons qui puissent entrer dans le corps humain. On servit ensuite les tables, et on nous Bt asseoir au plus haut bout de la première labié, avec les prêtres du premier ordre, tels qu'étoient le père prédicateur et autres. On commença le repas dans le silence , comme partout ailleurs, et comme le sujet le demandoit : ce qui fit dire à Plantin, qui étoit à côté de moi, qu'ils appeloient les conviés Nelli. N signifie, Neque Vax , nec sermo egreditur ex ore eorum ; loqueintur variis linguis ; in uinnein it-nram exivit ■:'ia euruni. Toutes ces paroles étoiuut tirées

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de l'Écriture 9 et je ne crois pas qu'on les puisse mieux faire venir qua cet endroit; car on ne peut se figurer une image plus vive des noces de Cana , que le tableau que nous en vîmes représenter devant nos yeux , plus beau et plus naturel que celui de Paul Yéronèse* Les tables étoient couvertes de viandes particulières , et, si je Tose dire, antiques; car il y avoit pour le moins huit jours qu'elles étoient cuites. De grands pots de différentes matières , faits là plupart comme ceux qu'on portoit aux sacrifices anciens , paroient cette table 9 et faisoient, par leur nombre, une confusioft semblable à celle que nous, voyons aussi aux anciens banquets. Mais ce qui achevoit cette peinture, c'étoit la mine vénérable de tous ces prêtres armés de barbe , et les habits fiplandois de tous les conviés, qui sont aussi plaisants qu'on les puisse voir. Il y avoit entre autres un petit vieillaixl avec de courts cheveux, une barbe épaisse, et chauve sur le devant de la tête. Je ne crois pas que l'idée la plus vive de quelque peintre que ce soit puisse mieux représenter la figure de saint Pierre. Cet homme avoit une robe verte , doublée de jaune, sans façon, et faisant l'effet d'une draperie, retroussée d'uoe ceinture. Je ne me lassai point de contempler cet homme, qui étoit le frère du défunt Pendant que je m'arrétois à considérer cet homme, les autres avoient ^es occupations plus importantes, et buvoient

en rhonnenr du défunt et à la prospérité de âa feimlle, d'une manière surprenante. Les prêtres, coonne les meilleurs amis, bnvoient le plus vigoureosement; et après avoir bu des santés particriières, on en Tint aux rois et aux grands. On commença d'abord par b ssaiité des belles fiHes , comme cest la mode par toute la Suède, et de là oii monta aux rois^ Ces santés ne se boivent que dans des vases proportionnés, par leur graindear, à la condition de ces personnes royales; et pour B^'exciter <f abord, on me porta la santé du roi de France, dans un pot qm surpassoit autant tous les autres en hauteur, que ce grand prince surpasse les autres rois en puissance. C'eût été un. crime de refuser cette santé. Je la bus, et TÎdai ce pot fort courageusement. Il n'y avoit pas d'apparence, étant en Suède, d'avoir bu la santé du roi de France, et d'ouMier celle du roi de Suède. On la but dans un vase qui n'étmt guère moins grand que l'autre; et après avoir fait suivre ptttsieors santés à celle-ci , tout le monde se tut pour £am*e la prière. Il arriva malheureusement dans ce temps qu'un de notre compagnie dit un mot plaisant, et nous (obligea à éclater de rire si tong-temps, et d'une manière si haute, que toute l'assemblée, qui avoit les yeux sur nous, en fiit extrêmement scandalisée. Ce qui étoit de plus fâcheux, c'est que tout le monde avoit été découvert pendant le repas à cfiuse de nous^ et qu'on

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avoit emporté nos chapeaux , en sorte que nous n'avions rien pour cacher le ris dontnous n'étions pas les maitresy et plus nous nous efforciotis à Vétouffer, et plus il éclatoit. Cela fit que ces prêtres , croyant que nous nous moquions de leur religion, sortirent de la salle, et n'y voulurent plus rentrer. Nous fumes avertis par un petit prêtre, qui étoit plus de nos amis que les autres, qu'ils avoicnt résolu dé nous attaquer sur la religion. Nous évitâmes pourtant de parler avec eux sur cette matière, et nous les allâmes trouver dans un autre lieu où étoit passée l'assemblée potu* fumer, tandis qu'on levoit les tables. On apporta pour dessert des pipes et du tabac, et tous les prêtres burent et fumèrent jusqu'à ce qu'ils tombassent sous table. Ce fut ainsi qu'on arrosa la tombe de Joannes Tornceus, et que la fête finit. Olaûs Graan , gendre du défunt , se traîna le mieux qu'il put pour nous conduire à notre bateau , le pot à la main ; mais les jambes lui manquèrent : il s'en fallut peu qu'il ne tombât dans la rivière; et, par nécessité, deux hommes le ramenèrent par-dessous les bras.

Nous croyions que toifte la cérémonie fût terminée , quand nous vîmes paroitre le lendemain matin Olaiis Graan, suivi de quelques autres prêtres , qui nous venoit prier de nous trouver au lendemain. Je vous assure, monsieur, que cela me surprit : je n'avois jamais entendu parler ^de

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lendemain qu'aux noces , et je ne croyois pas qu'il en fut de même aux enterrements. Il fallut se résoudre à y aller une seconde fois , et nous eûmes une conférence avec Olaûs Graan , pendant ie bon- intervalle qu'il souffrit entre l'ivresse passée et la futiure.

Cet Olaiis Graan, gendre du défunt , est prêtre de la province de Pitéa, homme savant, ou se 4lisant tel , géographe , chimiste , chirurgien , mathématicien , et se piquant surtout de savoir la langue françoise , qu'il parloit , comme vous pouvez juger par ce compliment qu'il nous fit : La grande ciel(noo3 répéta-t-il plusieiu's fois) consente vous et votre applicabilité tout le temps que vous verrez vos gris cheveux. Il nous montra deux médailles , l'une de la reine Christine , et Vautre étoit un sicle des Juifs, qui représente d'un côté la verge de Moïse , et de l'autre une coupe d'où sort une manière d'encens. Entre toutes les autres qualités , il prétendoit avoir celle de posséder en perfection la pharmacie , et pour nous le prouver, il tira de plusieurs poches quantité de boites de toutes grandeurs , de confortatifs , et assez pour lever une boutique d'apothicaire. Il me donna un morceau de testicule de castor , et m'assura qu'il tiroit une huile admirable de la queue de cet animal , qui servoit à toutes sortes de maladies. Quand notre conversation fiit finie , on nous reconduisit où nous avions été le jour

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pt^cédent , où chacun , pour hke hotmeufer au d^fumit 9 bvA épouvanCftblement 9 et ceux qui puKQt s'en retoisiriièrenC dbez eux.

Jïoufi demevtkmes k Torno , à notre retour de Ls^ome , pendant hrât jourfi. Le mercredi et le jeudi se passèrent à Tenterrement. Le vendredi*, samedi et dimanche, ne furent remarquables que par les visites «coiatinueUes que nous reçûmes ^, où il fallok faire boire tout le monde. Le lundi , le bourgmestre ikdus donna à diner ; et le mardi ( 9 septembre )yk\aL potniîe )du jour , le ven t s'étant mis à l'ouest , nous fîmes voile. Le vent demeura assez bon tout le reste du jour. La suil; ii fut moins violent ; mais le lendemain mercredi nous eûmes ua calme. Le jeudi ne fut pas plus heureux, et nous demeurâmes immobiles comme des tours. Nous jetâmes {>hirsieurs fois la sonde pour donner fond ; mais n'en trouvamt aucun , il fallut faire -noltre route dans des apprâiensions continuelles d'aller échouer quelque part. Le vendredi:, le brouillard étant dissipée , im:)us fïmc^ un peu de chemin à la faveur d'un veuît est et nord-eat ,*et passâmes les petites Ues de Querken. Mais le Jendemain , le vent s'étant fait contraii^ , nous fûmes tobUgés de retourner sur nos pas , ^t de relâcher dans un port appelle Ratan. Nous y passâmes une partie de ce jour à obasser dans une île voisine , et le ^oir nous allâmes à l'église , éloignée d'une demi-lieue. Le prêtre nous y donna

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à souper ; mais , dans la crainte quHl avoift que des jeunes gens frais, revenant de Lap-Marck n'entreprissent quelque chose sur son honneur ^ il s'efforçoit, afin que nous ne passions pas la nuit chez lui , de nous faire entendre que le vent étoit bon , quoiqu'il fôt fort contraire. Nous revînmes donc à notre barque passer toute la nuit , après avoir acheté un livre cbea lui ; et le dimanche matin (i4 septembre) le major du régiment de cette province nous envoya querit dans sa chaloupe par deux soldats. Nous y allâmes , et nous trouvâmes tous ses officiers , avec un bon dîner, qui nous attendoient. Il fallut boire à la suédoise , c'est*'à-^lire vider les cannes d un seul trait ; et quand on en vint à la santé du roi y on apporta trois verres pleins , sur une assiette 9 qui furent tous vidés. J'avoue que je n'avois pas encore expérimenté cette triplicité de Terres , et que je fus fort étonn^ de voir qu'il ne suffisoit pas de boire dans un seul. Il est encore de la cérémonie de renverser son verre . sur Tas-» siette y pour faire voir la fidélité de celui qui boit Nous nous en retournâmes à notre vaisseau , et le lendemain ( 1 5 septembre) , sur les dix heures , nous allâmes voir de quel côté venoit le vent. Il étoit est , et Tignorance de notre capitaine et de ûotre pilote leur faisoit croire qu'ils ne pouvoient sortir hors du port de ce vent. Je leur soutins le contraire, et je fis tant que je les résolus à se

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hasarder de sortir. Nous- le fîmes heureusement , et sur le midi le vent se mit nord-est si fort y qu'ayant duré toute la nuit et le mardi suivant jusqu'à midi 9 nous fîmes pendant vingt-quatre heures plus de cent lieues. Mais < le vent étant tombé. tout d'un coup, nous demeurâmes à huit lieues d'Agbon , lieu où nous devions descendre pour aller par terre à Coperberyt, Nous ne le pûmes faire que le lendemain ; et j ayant trouvé heiu*eusement à la côte de petites barques qui venoient de la foire d'Hernosands , nous vînmes coucher à Withseval , petite ville sur le bord du golfe Bothnique, et le lendemain nous primes des chevaux de poste , et fîmes une très rude journée, soit par la difficulté du chemin, ou soit qu'ayant été long-temps sans courir la poste, nous en ressentissions plus la fatigue. Nous nous égarâmes la nuit dans des bois ; et s'il est toujours fâcheux d'errer pendant les ténèbres, il l'est incomparablement davantage en Suède, dans un pays plein de précipices et de forets sans fin , où l'on ne sait pas un mot de la langue , et qù l'on ne trouve personne pour demander le chemin , quand on la sauroit. Néanmoins, après avoir beaucoup avancé notre route pendant une pluie épouvantable , à la faveur d'une petite chandelle , plus agréable mille fois dans cette nuit obscure , que le plus beau soleil dans un des plus charmants jours de l'été , nous arrivâmes à la poste ;

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et le vendredi saÎTant , étant fort rebutés de la journée précédente , nous ne fîmes que trois lieues , et couchâmes à Alta. Le samedi ( no septembre ) fut assez remarquable pour Taventure qui nous arriva. Nous partîmes à six heures du matin pour faire quatre milles de Suède , qui font douze lieues de France y et après avoir marché jusqu'à deux heures après midi , nous arrivâmes à une misérable cabane, que nous ne crûmes point être le lieu où nous devions prendre d autres chevaux , qui l'étoit néanmoins ; et n'ayant trouvé personne à qui parler , nous poursuivîmes notre route par des chemins qu'il n'y a que ceux qui y ont été qui en puissent concevoir la difficulté. Nous croyions être fort proche de la poste , et nous marchâmes jusqu'à quatre hem*es a» soir sans rencontrer une seule personne pour demander le chemin, ni le moindre toit pour nous mettre à couvert. Par siu*croît de malheur, la pluie vint en telle abondance , qu'il plut cette nuit-là pour trois mois qu'il y avoit qu'il n'étoit pas tombé une seule goutte d'eau. L'espérancequi nous fiattoit que nous pourrions bien rencontrer quelque maison de paysan , faisoit que , malgré la lassitude épouvantable dont nous étions accablés , nous ne laissons pas de marcher ; mais enfin la pluie vint si forte , et la nuit si noire , que nos chevaux rebutes , et qui n'avoient mangé non plus que nous depuis le matin , demeurèrent

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tout d'un coup , sans qu'il fût poMÎble de lat faire arancer davantage. Nous voilà donc tristement demeurés au milieu des bois , sans avoir quoi que ce soit au monde , que le ventre des chevaux pour nous mettre à couvert , et on le pouvoit faire sann danger ; car les pauvres bétes étoient si accablées, qu'elles passèrent la nuit sans remuer, et sans manger non plus que leurs maîtres. Toute notre consolation fut que nous fîmes un bon feu qui nous réchauffa un peu. Mais il n'y avoit rien de si plaisant que de nous voir dans cet équipage , tous extrêmement tristes et défaits, comme des gens qui n'avoient mangé depuis vingt-quatre heures , et qui baissoient languissamment la tète pour recevoir la pluie qu'il plaisoit au ctel faire tomber sur nous avec largesse. Ce qui acheva de rendre l'aventure plaisante , fut que le lendemain (ai septembre) nous ne fûmes pas plus tât à che* val à la pointe du jour, que nous découvrîmes à deux p^irtées de mousquet une petite maison que nous avions tant cherchée , et dans laquelle nous «liâmes boire un peu de lait. A quelque chose , comme on dit , malheur est bon ; car cet égare* ment fut cause que nous arrivâmes le lendemain dimanche à CiOperberyt, où nous ne fussions arrivés que le jour d'après. Nous découvrîmes cette ville par la fumée qui en sortoit , et qui ressemblott plutôt à la boutique de Vulcain qu'à toute autre chose. On ne voit dejons côtés que fourneaux , que

feux, que charbotift^ et cydopes affireux. U faut deseeodre dans celte ville par des trous; Pour voas en Eure concevoir l'horreur, on nous mena premièmient dans une chambre pour y changer dliabil, où nous primes un bâton £erré pour nous lonlienir dans les endroifB dangereux. Nous descendiiâes ensuite dans la mine, dont la bouche est d'une largeur et d'une profondeur surpre* nantes. A peine voit-on les travailleurs , dont les uns élèvent des pierres , les autres font sauter des terres, d'autres font des feux pour détacher la mine, et chacun enfin a son emploi différent Noos descendîmes dans ce fond par quantité de routes qui y conduisoient , et nous commençâmes pour lors à connoilre que nous n'avions rien fait^ et que ce n'étoit qu'une di^osition à de phis grands fravaux. Nos guides allumèrent leurs flamr beaux, qui avoient bien de la peine à percer les ténèbres épaisses qui régnoîent dans ces lieux souterrains. On ne voit de tous côtés, et à perte de vue^ que des sujets d'horreur , à la fiftveur de certains feux scmibres^ qui ne donnent de lumière qu'autant qu'd en faut pour distinguer ces ol^ts aifreux; la fumée vous offusque , le soufre vous étouffe. Joignez à cela le Inruit des marteaux et la Yue de ces ombres, ces malheureux, qui sont tout mis, et noirs comme des démons, et vous avouerez Avec moi qu'il n'y a rien qui représente ^ieux l'enfer que ce tableau vivant, peint des

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plus noires et des plus sombres peintures qu'on se puisse imaginer. Nous descendîmes plus de deux lieues dans terre par des chemins épouvantables, tantôt sur des échelles tremblantes, tantôt sur des planches légères, et toujours dans de continuelles appréhensions. Nous aperçûmes dans notre chemin quantité de pompes qui élevoient l'eau , et des machines assez curieuses que nous n'eûmes pas le temps d'examiner. Nous vîmes seulement quantité de ces malheureux qui travailloient à ces pompes. Nous pénétrâmes jusqu'au fond avec une peine terrible ; mais quand il fallut remontrer, le soufre nous avoit tellement suffoqués , que ce fut avec des travaux inconcevables que nous regagnâmes la première descente. Il fallut nous jeter à terre plusieurs fois, et les genou^r nous manquant, on étoit obligé de nous porter sur les bras. Nous arrivâmes enfin , après d'épouvantables fatigues , à la bouche de la mine : ce fut là que nous commençâmes à respirer ^e la manière que feroit une âme qu'on tireroit du purgatoire. Un objet pitoyable se présenta pour lors à notre vue ; on reportoit un de ces malheureux , qui venoit d'être écrasé par la chute d'une petite pierre que la chute avoit rendue dangereuse. Ces pauvres gens exposent leur vie à bon marché : on leur donne seize sous par jour; et il y a environ six ou sept cents hommes qui travaillent continuellement à ces travaux. Je n^

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sais si Ton doit plus plaindre le sort des malheu«* reux qui travaillent dans cet enfer, que rayarice des hommes , qui, pour entretenir leur luxe y dé* chirent les entrailles de la t^rre y confondent lès élànents, et renversent toute la nature. Boëce avdt bien raison de dire de son temps :

Heu! primus quisfiùt UU , Ami f tti pomdem teeH , Gemmmsque UUere voienieh, Pretiosa pericula fodit ?

Et Pline dit que les Romains , qui avoient plus de besoin d'homme$ que d'or y ne voulurent point peraiettre qu'on ouvrit des mines qu'on avoit découvertes en Italie. Les Espagnols vont chercher en Gainée des malheureux qu'ils destinent' à travailler à leur roc de Potosi ; et il y a des pays où Ton y envoie ceux qui ont mérité la mort , et qui creusent tous les jours leurs tombeaux»

On trouve dans cette mine de Coperberyt du soufre vif, du vitriol bleu et vert ^ et des octaèdres ; ce sont des pierres curieuses , taillées haturellanent en figure octogone. Nous partîmes le même jour pour aller à la mine d'argent qui est à Salsberyt ; nous y arrivâmes le lendemain ma^ { ^3 septembre). Son nom véritable est Sala ; son aspect est un des plus riants de la Suède. Le jour suivant nous allâmes à la mine, qui en.est dis* twte d'un quart de inille. Cette mine a trois larges bouches^ comme tles puits, dans lesquels on ne

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voit point de fond. La moitié d'un tonneau , soutenue d'un câble 9 sert d'escalier pour descendre dans cet abtme. L'eau fait aller cette machine d'une manière curieuse ; elle fait la roue , et tourne des deux côtés pour monter et pour descendre. La grandeur du péril se conçoit aisément : on est à moitié dans un tonneau, dans lequel on n'a qu'une jambe : un satellite , noir comme un diable , le (lambeau à la main , descend avec vous , et entonne tristement une chanson lugubre , qui est faite exprès pour cette descente. Cette manière d'aller est assez douce ; mais on ne laisse pas d'y être fort mal à son aise, quand on se voit au bout d'un câble , et qu'on conçoit que sa vie dépend entièrement de sa force ou de sa foiblesse. Quand nous fûmes au milieu , nouscommençàmes à sentir un grand froid , qui , joint aux torrents qui tomboieiit de toutes parts , nous fit sortir de la léthargie où nous étions. Nous arrivâmes enfin au fond de ce gouffre, après une demi -heure de marche; là nos craintes commencèrent à se dissi' per, nbus ne vîmes plus rien d'affreux; au contraire, toutbrilloit dans ces régions soularraines, et après être descendus encore fort avant , soutenus par des échelles extrêmement hautes, nous arrivâmes à un salon qui est dans le fond de la mine , soutenu de colonnes de ce précieux métal ; quatre galeries spacieuses y venoient aboutir; et la lueur des feux qui brùloient de toutes parts,

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et qui venoient frapper sur l'argent des voûtes et sur un clair ruisseau qui ccmloit à coté, ne servOit pas tant à éclairer les travailleurs, qu'à rendre ce séjour plus magnifique qu'on ne peut dire , et semblaUe aux palais enchantés de Plulon, que le% poètes ont mis au centre de la terre, où elle conserve ses trésors.

On voit sans cesse dans ces galeries des gens de toutes les nations , qui recherchent avec tant de peine ce qui fiait le plaisir des autres hommes. Les uns tirent des chariots , les autres roulent des pierres , les autres arrachent le roc du roc ; et tout le monde a son emploi. C'est une ville sous une autre ville : là il y a des cabarets , des maisons , des écuries , et des chevaux; et ce qu'il y a de plus admirable, est un. moulin à vent, qui va continuellement dans cette caverne , et qui sert à élever les eaux. On remonte avec la machine dans laquelle on est descendu, pour aller voir les difliérentes opérations pour faire l'argent On ap* pelle stuf les premières pierres qu'on tire de la mine , lesquelles on fait sécher siu* un fourneau qui brûle lentement , et qui sépare l'antimoinf , Tarsenic et le soufre d'avec la pierre, le plomb et l'argent qui jrestent ensemble. Cette première opération est ^ivie d'une seconde , et ces pierres sèches sont jetées d^ns des trous où eÙes sont pilées et réduites en boue par le moyen de gros marteaux que l'eau fait agir. Cette boue est délayée

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dans une eau qui coule incessamment sur une planche mise en glacis, et qui , emportant le plus grossier, laisse l'argent et le plomb dans le fond sur une toile. La troisième sépare l'argent d'avec le plomb, qui fond en écume; et la quatrième sert enfin à la perfection , et à le mettre en état de souffrir le marteau. On ne s'imagine pas qu'il y ait tant de dispositions pour avoir un métal qui n'est que l'excrément de la terre. Les Espagnols ne s'arrêtent point , au Potosi , à toutes ces diffé* rentes fontes pour purifier l'argent , depuis qu'ib ont trouvé la manière de l'épurer avec le vif-argent , qui , étant ennemi de tous les autres métaux , qu'il détruit, excepté l'or et l'argent, les sépare de tout ce qu'ils ont de grossier et de terrestre , pour s'unir entièrement à*eux. On trouve du mercure dans cette mine , et ce métal , quoique quel* ques uns ne lui donnent pas ce nom-là , parce qu'il n'est pas malléable, est peut-être un des plus rares effets de la nature ; car étant liquide et coulant de lui-même, c'est la chose du monde la plus pesante ; et il se convertit en la plus légère , et se résout en fumée , qui , venant à rencontrer un corps dur, ou une région froide, s'épaissit aussitôt, et reprend sa première forme, sans pouvoir jamais être détruit. La personne qui nous conduisit dans les mines, nous fit voir ensuite chez lui quantité de pierres curieuses qu'il avoit ramassées de toutes parts; entre autres un gros

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morceau de cette pierre ductile, qui blanchit dans le feu loin de se consumer y et dont les Romains se servoient pour brûler les corps des défunts. Il Ta trouvée dans cette mine, et nous en fit présent à chacun d'un petit morceau. Nous partîmes le même jour de cette petite ville pour aller k Upsal, où nous arrivâmes le lendemain mercredi ( 24 septembre) d'assez bonne heure.

Cette ville est la plus considérable de toute la Suède , pour son académie et sa situation : c'est là où on envoie étudier tous ceux qui veulent être de L'état ecclésiastique , dans lequel les nobles ne peuvent entrer ; et c'est une politique de ce royaume , afin de ne pas diminuer le nombre des gentilshommes, qui servent ailleurs plus utilement. Nous vîmes la bibliothèque, qui n'a rien de considérable que le Codex iirgenteus , manuscrit, écrit en lettres gothiques d'argent, par un évéque nommé Ulphilas , en Mœsie , trouvé dans le sac de Prague, et enlevé par le comte de Konigsmarck, qui en fit présent à la reine Christine. Nous allâmes ensuite dans l'église , où nous %imes le tombeau de saint Éric, roi de Suède, qui eut la tête coupée. On nous donna sa tête et ses os à manier, qui sont tout entiers dans une caisse d'argent. On voit dans une grande chapelle derrière le choeur le mausolée de Gustave i^ et de ses devx femmes , dont il y en a une armée d'unfouet^ à cause de sa cruauté. On nous montra I. 16

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dans la sacristie une ancienne idole , Thor , que les Suédois adoroient , et un très beau calice , présent de la reine Christine. Il y a quantité de savants hommes y entre autres Rudbekius , médecin , qui a fait un livre très curieux qu'il nous fit voir lui-même. Cet homme montre » par tout ce qu'il y a d'auteurs , comme Hérodote y Platon , Diodore Sicilien y et autres, que les dieux viennent de son pays. Il en donne des raisons fortes ; il nous persuada , par le rapport qu'il y a dans sa langue à tous les noms des dieux. Hercule vient de Her et Coule f qui signifie capitaine. Diana vient du mot gothique dia^ qui signifie nourrice. Il nous fit voir que les pommes Hespérides avoient été dans ce lieu, qui rendoient immortels ceux qui en avoient tâté. Il nous fit voir que cette immortalité venoit de la science qui faisoit vivre les hommes éter* uellement II nous montra un passage de Platon, qui , parlant aux Romains , leur dit qu'ils ont reçu leurs dieux de Grèce , et que les Grecs les ont pris des barbares. U s'efforça de nous persuader que les colonnes d'Hercule avoient été en son pays , et quantité d'autres choses , que vous croirez si vous voulez.

Nous vîmes dans son cabinet quantité d'ouvrages de mécanique. Un des bâtons ruténiques pour counoitre le cours du soleil , que les Suédois, à ce qu'il dit , ont connu avant les Égyptiens et les (Uialdéens. Toutes les lettres runiques sont faites

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en fanne de dragon , qull dit être le même qui ^[vdoît le jardin des Hespérides. Les lettres runiques dont les Suédois se servoient n*éu>ient que seize en nombre. Orenius est encore un célèbre médecin. Redeleius et Loxenius sont renommés; le premier pour les antiquités, et l'autre pour le droit ; Colombns pour lliistoire ; et Scheffer, qui a écrit des Lapons, étoit fort estimé pour la logique. On Toit dans la rieiUe rille d'Upsal quantité d'antiquités, comme les tombeaux des rois de Suède, et le temple «le Janus Quadri-Pront , ^ a dontié beu d'écrire à Rudbekius. Nous Doos mbnes dans une petite barque qui partoit pour Stockbofan , pour de certaines raisons ; et le Tent qui étoit bon s'étant cbangé, étant encore à b vue d'Upsal , nous marcfaâmes deux grands flâlles de Suède, qui valent cinq ou six lieues de France , et arriTâmes à la poste, ou nous primes des chevaux qui nous conduisirent pemlant toute h nuit jusqu'à Stockhobn , où nous entrâmes à <|iialre heures du matin, le samedi ^7 septembre, où nous terminâmes enfin notre pénible voyage , le plus curieux qui fut jamais, que je ne voudbois pas n'avoir &it pour bien de l'argent, et que je ne Toudrois pas recommeocer pour beaucoup davantage.

Nous partîmes de Stockholm le 3 octobre 1 683 j pour aller trouver notre vaisseau aux Dalles , qui étoit parti deux jours devant nous. Nous fûmes escortés de tous nos bons amis jusqu'à une lieue de la ville : là , prenant congé d'eux , nous marchâmes une bonne partie de la nuit, et arrivâmes le lendemain aux Dalles ; c'est le lieu où se paient les droits que le roi de Suède prend sur toutes les marchandises qui (entrent ou qui sortent. C'est là où commencent les rochers dont Stockholm est environné, et dans lesquels il est assez difficile de marcher. Notre galiote n'y étoit pas encore ; mais elle parut le lendemain sur le midi. Elle étoit de Stettin , qui appartient au roi de Suède , dans la Poméranie , et qui donna pendant ces dernières guerres tant d'exercice aux troupes de l'électeur de Brandebourg , qui demeurèrent neuf mois devant les murailles^ qui n'étoient défendues que des seuls bourgeois. Elle a depuis été rendue au roi de Suède, comme toutes les autres places qu'il avoit perdues i et que le roi de

France lui a fait rendre. Nous partîmes le lendemain dimanche à la pointe du jour , poussés d'un assez bon vent, qui se changea bientôt après, et nous obligea d'aller relâcher à Landsor, proche du lieu d'où nous étions partis. Nous eûmes assez de peine à nous retirer entre deux rochers qui nous servirent d'abri ; car la tempête étoit extrêmement violente , et pensa cent fois nous briser contre les pierres dont cette mer est toute pleine. Le jour quatrième d'octobre est célèbre pour nous en malheurs ; il y avoit trois ans que ce même jour, dédié k saint François, mon patron, nous fumes pris des Turcs sur la Méditerranée , à la vue de Nice. Il est difficile d'oublier ces jours-là, lorsqu'ik se marquent dans notre mémoire avec des couleurs si vives et si fortes. Nous demeurâmes trois jours en cet endroit, et le vent étant un peu moins mauvais, nous nous mimes à la voile, et vînmes jusqu'à la vue de Wisby, capitale de File de Gothland. Cette île, qui est la plus fertile de toute la Suède, a été donnée en apanage à la reine Christine , qui Fa échangée depuis avec celle d'Oëland , contre la ville et seigneurie de Norkoping dans l'Ostrogothie. On voit un livre des. or-» donnances de Wisby, dont on s'est servi pour compiler les ordonnances du négoce de mer.

La fortune, qui sembloit ne nous être favo- TdAÀe que pour nous mieux faire sentir les disgrâces , ne fîit pas long-temps à nous faire sentir

(le ne* caprices onlinaîres : il s'éleva la nuit une Icmjit^ si horrible , qu'après avoir été pendant un ftiH luiig temp» dans des horreurs continuelles , nous fûmes contrainte , sitôt qu'il fut jour , d'aller k toutes voiles relâcher encore une fois eti Suéde , à Wusterwick, en la province de Smaland. Kous vîmes Ik deux choses dignes de pitié. La première fut U destruction générale de la ville , que les Daituis Hvnieiit brûlée dans les dernières guerres, et qui étoit encore pleine de désolation ; on comnienyoit A In rcbAlir. L'autre étoit plus récente, et nous fit encore diivuntage réfléchir sur le péril que MOU) Avions couru i nous vîmes les tristes déhrin d'un vaisseau anglois qui venoit de périr, cltii)^ de itel, dont l'équipage avoit eu bien de la ^ine à se sauver.

fim» d^itteuràmcs dans ce misérable endroit pt^lttlitttt six juurst que le veut contraire nous i;>ttt|>tV)ttttt «le sortir : j'allai tous les jours passer «|»el<|UM heure* mît *les rochcis escarpés, où la lwu(ti»r tiM juVi-i|«res et la Tue «ie la mer n'en- IfvtwuMcul |M* iwaI nws rrireries ; j'en ai écrit ^t<^U|4i^ HtH-s. ttAMji le xn v*jpp tir Suède. Nous s(m^ lim<7 t\\6n it \n \wicx mm. nous n'eûmes assez «^ IvtMt tirwftt «)1K- i^Mir niMt« ptMtvr «n pleine vtKT V Ti nntt» WKlirr hiir»; dVtal de nous relâcher vit i^K'ltfiK' inMtrtiil qi>r or iî'ii. La tm^tr nous

Y^lW A\t\- tAM «ic J

fois onrie de se laisser échouer sur quelque banc de sable.

Nous demeurâmes dans des appréhensions continuelles pendant plus de huit jours ^ qu'un brouillard épais nous empéchoit de distinguer le jour d avec la nuit, et enfin nous arrivâmes à la vue du fanal de Dantzick , où notre ca{Htaine vint sottement mouiller, et s'approcha de si près^ que y deux heures après , le vent s'étant £ût nordouest épouvantable , il s'en vint nous donner une des chaudes alarmes que nous aurons de notre TÎe. Il entra dans la chambre où nous dormions^ en pleurant et criant comme un dése^éré, et nous assurant notre perte prochaine, et qu'il n'y avcHt que Dieu qui nous put dâivrer du péril où nous étions. Il est fâcheux d'éveiller des gens qui dcument tranquillement, pour leur apprendre une nouvelle de cette nature; et il fiit encore plus horrible, lorsqu'étant sortis sur le tillac, nous vîmes la mer en fureur, dont le hruit se mâant avec celui que Êdsoit le vent , ne nous [Hrésageoit rien que de funeste ; mais ce fiit le comble de la <iésolation , lorsque le câble étant rompu nous vînmes échouer sur un banc de sable pen» dant la nuit la plus obscure. Il n'y a point de termes qui puissent exprimer le trouble d'un hmnme qui se trouve dans ce misérable état; pour moi , monsieur , je ne me ressouviens d'autre chose, sinon que, pendant tout le reste de la

nuit, je commençai plu» de cinq cenU Pater , et n'en pu» jamai» achever aucun.

Enfin le jour vint, le pluH agréslble. que j'aie jamaitt vu de ma vie 9 et ayant min bannière ployée pour témoigner le péril dan» lequel nou» étions, on nous vint quérir avec des chaloupes , et on nous mit dans la ville.

DantKick est situé sur la mer Baltique, k \cmbouchure de la Vistule. Les plus grands vaisseaux viennent dans les rues qui sont faites en canaux; son entrée est <léfendue par une très bonne citadelle qu'on appelle Mund. Klle est sous la pn^ tection du roi de Pologne; mais, qucUpie ostentation que ces messieurs fassent de leur liberté, ils n en ont que le nom , et leur protecteur peut bien passer pour leur maître. Us ont depuis quatre ans perdu quantité de leurs privilèges , k l'oceasion d^in certain docteur Strof, qui excita comme une espèce de sédition. Le roi y vint, et pour cliâticrr les rebelh^s , il leur fit payer quantité dar* g(;nt. Les liourgmestrcs lui rendirent une starostie appelée Poschi^ qui étoit engagée' pour vingt mille ducats. Il ordonna de plus que tous les procès qui excéderoient la somme de mille livres ressortiroient à la cour à Varsovie.

Dantzick est appelé Gedanum en latin, et le mot allemand est dérivé Au mot de Dantzen > qui •ignifie danser, La cause de cette étymolof^ie vient de ce que certains |)aysans s'assembloicut

ordinairement au lieu où elle est bâtie , et ayant dessein d'y bâtir une ville , ils demandèrent cette place à lin évêque à qui elle appartenoit , lequel leur accorda autant de terre qu'ils en por^rroient entourer en se tenant par la main , et faisant un rond en forme de danse.

Dantzick paie soixante mille écus ou environ au roi de Pologne : il a des commis établis aux portes pour partager les douanes. Le gouvernement de la vifle est triple. Le premier état est de quatre bourgmestres , qui sont tirés des familles patrices, et de treize conseillers. Les bourgmestres président l'un après l'autre , d'année à année, et le sont toute leur vie , aussi-bien que les conseillers. Le second est de vingt-quatre échevins , et le troisième de cent hommes.

Le trafic principal de cette ville est en blés , qui descendent de Pologne sur la Vistule; en cire , en acier , et en ambre , qui se péché sur son rivage jusqu'à Memel. Il est vrai que cette pêche appartient au marquis de Brandebourg , qui l'afferme plus de soixante mille écus. Lorsque le vent est grand , c'est alors que la pêche est meilleure, et c'est pour lors aussi que les gardes que les fermiers entretiennent , rôdent sur la côte avec plus d'exactitude ; et il est défendu sur peine de la vie d'en prendre le moindre morceau. Il est tendre quand il n'a pas pris l'air, et on y peut graver un cachet : il y a plusieurs morceaux dans

aSo VOYAGE

leH<juulH ou trouve des mouches. Je me buis étoniiO ijuatid oïl m'a parlé du grand trafic qui se faisoit de celle marchandise; et coimne je m'en étois peu servi , je croyois que les autres n'en consunioient pas davantage que moi ; mais j'appris en ni^^me temps qu'un des grands tmlica des Hollanduis aux Indes étoit en ambre, où il s'en consume furieusement. Un grand seigneur indien brûlera ({uelquefois dans une magnificence pour plus de vingt mille écus d'ambre ; et l'odeur n'en est seulement pas agréable , elle est aussi fort saine , et très bonne pour guérir les maux de tête.

Ils trafiquent aussi en cendres , en miel , et en litharge.

Les fortifications de la ville sont fort bien entretenues, et servent autant à l'einbellisseraent qu'à la défense de la ville. La porte appelée Heedor est d'une très juste symétrie , et je n'en ai guère vu de mieux ])roporUonnée. Nous remarquâmrs dans la ville les rues , qui sont assez larges , mai» embarrassées par de grands balcons qui en occupent la moitié. On voit au milieu de la grande place une fontaine qui représente un Neptune de bronze. Les maisons sont fort propres et bien meublées.

L'arsenal csl ;issi/, yr.iiid , i-l (janii de plusieurs belles pièces de catiuii ; rniiis hMHUdL' i^glise €»l un vaisseau (.'g^flu .l'Imi^ *i« IV'k'valioii de la voûte , <|^^^^V>' l-i JMf. Il y a un

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cotain trou dans lequel les luthériens ont jeté tous les siûnts et tous les ornements qu'Us trouvàent dans Téglise catholique , qu'ils appellent Fenfa:

Les catholiques ont trois ou quatre églises servies par des-}ésuites, des Jacobins, des Cannes ■ et des Carmélites ; et je ne fus jamais pliis surpris que la preinière fois que j'entendis la messe. Lorsque le prêtre fiit sur le point de lever Dieu, je fiis plutôt instruit de l'action qu'il alloit faire, par le cliquetis des soufflets que se donnoient les assistants , que par le bruit de la sonnette , qu'il étùt impossible d'entendre. Il y a peu de gens plus dévots en apparence que les Polouois ; ils îODt très religieux observateurs des jeûnes commandés par l'Église : ils ne mangent point de beurre les jours maigres , mais seulement de l'huile de graine de lin. On ne peut avoir de viande les vendredis , et il y auroit du péril d'en manger en Massovie; et un Polonois croiroit ùire une bonne action s'il tuoit un honune en cet état

i il y a de remarquable à Dantzick le moulin à trente roues, qui rend un ducat toutes les heures â b ville. Dans la gramlo église est un tableau -riTeillcui d'un peintre Oamand, qui, allant à -•oDie, fut pris des co^^:llres turcs, et depuis s des chrétiens. Il s'appeloit Jean du Chêne , «; et il a si b' i représenté le Jugement,

a5a VOYAGE

qu'on ne peut rien s'imaginer de plus fort; je n'ai jamais vu de peinture plus achevée : il est vrai que la justesse du dessin ne s'y trouve pas dans toute sa proportion. On dit qu'un électeur de Brandebourg en voulut donner cinquante mille écus. Nous montâmes au haut du clocher , d'où nous aperçûmes toute la ville , et la mer qui en est à une demi-lieue. Elle approche assez de la grandeur d'Orléans ; mais les maisons y sont plus serrées, et il y a beaucoup plus de peuple.

Pour les dames , il leur faut rendre justice ; je n'ai guère vu de pays où elles soient plus généralement belles. Elles y sont toutes fort blanches et ont beaucoup d'agrément. Les femmes de messieurs Mathis sont des plus jolies , et particulièrement la jeune, qui peut passer pour une beauté achevée.

Mous remarquâmes la danse polonoise , qui est toute particulière. Les valets marchent devant, et les maîtres les suivent : ils ne font presque que marcher.

Il y a des bœufs en ce pays d'une grosseur et grandeur prodigieuses : ils viennentdela Podolie, qui appartient aux Turcs, ou de l'Ukraine, dont la meilleure partie leur appartient aussi. Cette province d'Ukraine est habitée par les Cosaques. Le pays est si bon , qu'U sufiit d'y semer une fois pour trois ou quatre ans : ce qui tombe de l'épi en le coupant sufût poiu' semer les terres, et

ceux qui veulent les ensemencer deux fois recueillent de même ; il y a peu de meilleurs pays : il est présentement habité par des Cosaques.

Nous apprîmes à Dantzick que M. do Béthune étoit fort aimé des Polonois, et extrêmement généreux. Dans Télection du roi d'à présent , pas un général de lithuanie ne s'opposoit à sa promotion ; mais les autres vouloient le prince de liOrraine ou celui de Neubourg '. Le prince de liorraine a épousé une princesse , Marie , douairière , reine de Pologne : mais il n'étoit pas porté par la France*

Le roi Michel Coribut Wesnowisky fut élu roi comme par dépit de ce qu'on ne pouvoit s'accorder avant que d'élire un roi. Il recevoit une pension de cinq mille livres de la reine pour son entretien. Il mourut fort à point, car les Polonois étoient délibérés à le déposséder. Ses funérailles furent faites avec celles du roi Casimir, qui mou» rut à Paris.

On a proposé plusieurs fois M. le prince de Condé dans les diètes pour être roi; mais les Polonois le craignent trop : ils appréhendent extnîmement qu'il ne voulût entreprendre quelque chose sur la liberté polonoise , dont ils se tien-

' Cette leçon est conibrme k la bonne édition de 1781 9 que j*ai citée pln« liant. L*éditeiu' de iSio a empmnté à Tautre édition de 1731 la phrase qui mit : Pas un général dé Lithuanie s'opposoit à sa fromotion , et 'votUoit le prince (U Lorraine. Le choix de cet detv( textes ne faoroit éure douteux, (G. A. C. )

nent extrémemeat jaloux. Le comte de Saint* Paul mourut deux jours trop tôt , et n'eut pas le plaisir de se voir roi pendant sa vie. Il avoit été reçu d'un commun consentement : mais le ciel en avoit ordonné autrement Les Polonois firent quelque difficulté pour couronner la reine, à cause que la douairière étoit encore vivante , et vouloient scfulager l'état , qui ne pouvoit pas en" tretenir deux reines; mais te roi fit si bien qu'elle fut couronnée peu de temps après lui.

Les starosties sont des gouvernements de province ; le roi les donne aux gentilshommes, et ne peut les leur ôter.

Le» villes envoient des députés aux diètes que le roi convoque qdand il lui plait; et le moindre de ces gentilshommes et de ces envoyés peut rompre une diète : car il y a une loi en Pologne qui dit que les affaires s'y doivent faire non pluraiitate votorumj sed nemine contradice/ite.

Les waivodies ou palatinats sont plus que les starosties : ils sont subdivisés en starosties.

La Palatine de M. Vaubrenic, appelée Boncos- .chi, fut abusée par un gentilhomme polonais, qui l'abandonna , et fut reçue et menée en France par lui. Madame la marquise de Bresloi , sa tante, fut chassée de la cour et éloignée de la ville par les menées de la reine , qui appréhendoit les engagements du roi, et qui sentoit quelques atteintes de jalouiin-" : l'inbloiie ilit ipie c'ctoitSrinkauJi-r. dite ta Wolgi

DE POLOGNE. a5ô

Nous vîmes , le jour que nous pardmes , le grand M. Évelius y professeur en astronomie , un des sa-» vants hommes du siècle, et qui reçoit des pensions de quantité de princes i et particulièrement (lu roi trèsH^hrétien» Cet homme nous fit voir tous les ouvrages que le feu avoit épargnés. Il nous raconta , les larmes aux yeux , les pertes qu'il avoit faites y il y avoit deux ans, par un incendie terri- ])le qui avoit consumé plus de quarante maisons, et qui avoit malheureusement commencé par la sienne.

Il y a près de cinquante ans que ce grand homme travaille et le jour et la nuit. La nuit il s'emploie à observer les astres sur le haut de la maison avec des lunettes de plus de cent quatre-vingts pieds de longueur, et le jour à réduire en écrit ce qu'il a remarqué pendant la nuit. Entre plusieurs choses extrêmement doctes dont il nous entretint, nous apprîmes qu'il étoit de l'opinion de Copernic ; et il nous dit que c'étoit une chose tout*à-fait absurde (le croire que le ciel tournât autour de la terre , par plusieurs démonstrations dont il nous convainquit Il nous montra à ce sujet un globe terrestre et céleste , qui prouvoit merveilleusement ce qu'il disoit II nous dit , pour imé de ses meilleures raisons , qu'il remarquoit toujours en un temps ime même distance entre la terre et les étoiles fixes, qui sont attachées, aussi-bien que le soleil , au firmament , et que dans un autre

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temps il s'en trouvoit beaucoup plus éloigné : ce qui lui faisoit connoître que le mouvement étoit dans la terre , et non dans les cieux ; et là-dessus, lui ayant dit que cette opinion étoit condamnée parmi nous comme héréticjue , il nous dit que le Père.... confesseur de Sa Sainteté , lui avoit écrit à ce sujet , et qu'il lui témoignoit que l'Église condamnoit cette opinion jusqu'à ce qu'elle fût prouvée ; mais que lorsque quelqu'un l'auroit éclaircie, il ne trouveroit aucune difficulté à suivre l'opinion la plus probable. Dans les observations qu'il fit d'abord dans ce mouvement de la terre , et dans cette approche ou cet éloignement des étoiles, il crut s'être trompé , comme il nous dit , dans son calcul ; mais ayant pendant cinquante ans de suite remarqué la même chose, il ne faisoit aucun doute de son opinion.

Il nous dit aussi avoir trouvé la libration de la lune, que personne avant lui n'avoit connue, et nous assura que cette connoissance lui avoit été (d'un très grand secours pour tous ses ouvrages , dont la quantité surpasse l'imagination. Il en a dédié presque à tous les princes de la terre, pleins de planches faites de sa propre main : il nous les fit toutes voir, et aussi quinze gros volumes, comme la Vie des saints, pleins de lettres que les plus savants de l'univers lui avoient écrites sur quantité d'opinions.

La lune est. un corps rond, plein de bosses et

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de concavités : il l'a dessinée plusieurs fois , et a donné des noms particuliers aux montagnes et aux endroits remarquables qu'il y a observés ; il y a même remarqué des mers , non pas qu'il y ait de l'eau dans la lune , mais une certaine matière qui paroît tout de même que de l'eau. Il travaille présentement à faire un nouveau globe sphérique, dans lequel il doit faire paroître toute la science qu'il s'est acquise pendant plus de cinquante ans : il y est aidé par le roi , à qui il prétend le dédier. Il nous montra les plus beaux in<'> struments de géométrie que j'aie jamais vus, et un morceau d'ambre, sur lequel il a imprimé lui-même un cachet, sortant de la mer, lorsqu'il étoit encore assez mou pour souffrir l'empreinte ; car du moment qu'il a eu l'air, il demeure dur comme nous le voyons.

Le marquis de Brandebourg a fait présent dune chaise d'ambre à l'empereur, qu'onrdit être la plus belle chose du monde, et un miroir à M. le Dauphin , qui passe pour un chef-d'œu-* vre. Ce prince est sans difficulté le plus puissant de toute l'Allemagne* Son pays a plus de deux cents milles d'Allemagne d'étendue ; et la seule province de Prusse, dont il n'a qu'une partie, lui rapporte vingt-six mille écus par mois. Il fit un festin , cet été dernier , lorsqu'il étoit à Pyrmont, dans lequel il dépensa, à ce qu'on dit, cinquante mille écus : il s'y trouva quarante per- I. 17

u58 VOYAGE

sonnes royales, c'es^à-dire de familles royales oti souveraines. Les deux, reines de Daneœarck et le prince George s^ trouvèrent. Sa cour est plus splendide que pas une autre d'Allemagne; et si la qualité de roi lui manque, le cœur 9 la cour et les revenus d'un roi ne lui manquent pas.

L'électeur de Brandebourg s'appelle Frédéric Guillaume , grandH^hambellati de l'empire , et a épousé Louise Henriette , fille du prince d'Orange ^Frédéric IlenrL II a un prince d'environ quinze ans, qu'on appelle Couri'Pnnce ; \k est de la religion calviniste. Nous logeâmes à Dantxick cliez Payen, in Schjper Gulden Ha»s^ Nous y connûmes M. Macéy horloger, qui avoit demeuré long-temps à Constautinople , et qui y «cheta sa femme, qui est de Dantzick : rkiatoire en est assez plaisante. Ce Polonois nommé.... qui a son frère référendaire , et qui avoit été avec son père ambassadeur à la PcH^te.

Nous entretenions correspondance avec le Transylvain Michel Abaffii , et la France lui donnoit beaucoup d'argent poin* donner passage sur ses terres à soixante mille François , et autant de Tar tares , qui faisoient diversion des troupes de l'empereur, et que nous soudoyions dans ces dernières guerres. Le duc de Transylvanie est élu par les états du pays , et confirmé par le Turc , auquel il paie tribut. Il jure , à son avènement , qu'il maintiendra dans le pays l'exercice libre de

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cinq religions, qui sont les catholiques romains, les grecs , les luthériens , les calvinistes, et les anabaptistes. Il reçoit tribut des princes de Moldavie et de Valacfaie.

Le défunt prince >de Transylvanie s'appeloit Ragotzky, du royaume de Hongrie; et son prédécesseinr, Bethlem-Gabor, qui épousa Catherine de Brandebourg.

Nous partîmes deDantzick le mercredi 219. octobre pour Varsovie, dans une petite calèche couverte, pour vingt-*quatre écus de la moonoie du pays , qui font environ vingt livres de France. Nous passâmes en sortant par un très grand faubourg, d'une lieue d'Allemagne de long, qu'on appelle Scfaotland. Le chemin est très beau , et le pays très bon , et les batelleries fort misérai)les ; mais on ne s'aperçxHt point de cette misère, car c'est la mode en Pologne de porter tout avec soi, et même son lit ; car on ne trouve dans les h6« telleries que ce qu'on y porte. Cette manière a sa commodité et son incommodité ; ce qu'il y a d'incommode est le long attirail qu'il faut traîner après soi ; mais aus^ il y a cela de commode , que Ton mange toujours quelque chose de bon 9 et que l'on est toujoiurs couché dans son lit; ce qui est une grande commodité pour un voyageur qui est bien aise d'avoir la nuit le repos , après avoir fatigué tout le jour : cette seule pensée lui adoucit les difficultés du chemin.

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La raison pourquoi on ne trouve rien en Pologne, c'est que les gentilshommes viennent tout enlever chez le paysan , et le paient le plus souvent en coups de bâton. Tous les paysans sont nés esclaves, et la puissance des seigneurs est si grande, qu'elle s'étend même jusqu'au droit de vie et de mort; et lorsqu'un gentilhomme a tué un de ses paysans , il en est quitte pour payer le.... qui vaut environ sept firancs de notre monnoie, et cela sert à le faire enterrer.

Les terres ne se vendent pas à l'argent, mais par la quantité de paysans qui demeurent dessus. Ils sont obligés de travailler cinq jours la semaine pour leur seigneur, et le sixième pour eux et pour leur famille, qui est misérable phis qu'on ne sauroit dire. Il arrive bien souvent que les seigneurs ayant besoin d'argent, vendent la liberté à leurs vassaux pour une certaine somme d'argent; mais sans cela, il ne leur est pas permis d'aller habiter ailleurs , et un paysan qui seroit trouvé eu fuite seroit infailliblement massacré de son maître. Cette domination s'étend sur les femmes comme sur les hommes, et même un peu plus loin ; et si le paysan a une jolie fîlle, le gentilhomme ne manque pas de prendre le droit du seigneur.

Nous passâmes par Graudentz , ville assise sur la Vistule, le iiKif;asin ik's {grains ijuj (li'Sieiidfiit sur cette, rivière à DaB> i^k, et à r.tiliii, où nous entendîmes la nit'sse ' Jç la Toussaint, dans

DE POLOGNE. u6i

une fort belle église; et à Thorn, ville d'un aspect fort agréable , et qui pour cela est appelée die Schonste, la plus jolie.

Tbom est une ville libre sous la protection du roi de Pologne, comme Dantzick, et elle est la capitale de la Prusse royale. Elle est presque dans le milieu du chemin de Dantzick à Varsovie. Le gonvemenient est presque semblable à celui de Dantzick , excepté que les quatre bourgmestres if renouvellent tous les ans, quinze jours avant Hques , au dimanche de Judica. Ces quatre bourgmestres sont élus; mais le burgrave» qui est le chef, est nommé par le roi de Pologne^ Nous allâmes voir la maison de ville, qui est assez magnifique; et dans la salle des magistrats sont les portraits des rois de Pologne, depuis Casimir rv, qui régna quarantenzinq ans. A celuici succéda Joannes Albertus, qui tint le trône huit ans, et fut suivi d'Alexandre, qui vécut cinq ins dans la royauté, et Sigismond i" y resta quanmte et un ans après lui. On élut ensmte Sigismond Auguste, qui demeura roi pendant vingtquatre ans ; mais son successeur Henri in , qui fut depuis roi de France , n'y fut que trois mois. Ce prince reçut deux couronnes, et avoit pour àe^ nie,Manet ultima cœlo; et d'autres changèrent cœio en claustra. Après lui vint Etienne , qui r^na dix ans, et Sigismond m, roi de Suède et de Pologne , lui succéda. Le premier royaume lui

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fut enlevé par Charles ix, soti oncle, pendant qu'il étoit en Polc^ne. Ce prince fut élu roi de Suède , et s'obligea dans son élection ile venir passer chaque cinquième année k Stockholm; mais n'ayant pu tenir sa parole, à causé des guerres continuelles qu'il avoit à soutenir contre les Turcs, les Tftrtarea et les Moscovites, il déli' béra d'y envoyer un sénat composé de quarante jésuites , qui représenteruit sa cour : ce sénat fut reçu' maf^iifiqucment à Dantzick, et s'embarqua pour Stockholm ; mais la nouvelle en étant venue, le conseil s'assembla, où présidoit Charles , oncle du roi , qui dissuada les Suédois de recevoir un gouvernement de prêtres, et le vaisseau étant A la rade, il alla avec une vingtaine de vaisseaux, sous prétexte de le recevoir; et ayant fait une salve un peu trop forte sur le Vaisseau de la société , il le coula k fond , sans vouloir shuver aucun jésuite, dont il se moquoit en leiur criant, qu'Usassent des miracles oontme au Japon, et qu 'ils marchassent sur les eaux.

Sigismond perdit ainsi sa couronne de Suède, que son oncle recueillit ; et sachant bien qu'il n'y a point de meilleur moyeu pour fomenter une guerre que le manteau de la religion, il chassa tous les pr«Mr<'^, .1 irilnnhiijiil i-n li ur' pLi..' I,.. luthériens. Il soiiiiiji iiiicag»' . nuc

son neveu, qui il '■■■

Pologne ne i'

qu'il falloit faire contre les Tartares, qui le pressoient vivement d'un autre côté.

Cela n'a paa empêché que les rois de Pologne, depuis Sigismond lu , n'aient joui du titre de rois' de Suède jusqu'à Jean Casimir , dans sa dernière pacification, qui «e fit à Oliva, proche de Dantzick, où il fut arrêté que Jean Casimir , étant le dernier de sa branche, conde&cendroit à jouir seulement de ce titre durant sa vie envers tous les princes du inonde, qui lui donneroient ce titre, à la réserve des Suédois. '

Sigismond eut deux fils , qui tous deux succédèrent à la couronne : l'aîné étoit Uladlslas iv ^ qui régna quinze ans. Ce fut sous son règne que se fit cette célèbre entrée des Polonois dans Paris, pour demander la princesse Marie pour leur reine. Uladislas étant mort, son fi'ère Casimir fiit au en sa place , et épousa la veuve de son frère , et r^;na dix-neuf ans , au bout desquels il remit la couronne, et alla passer le reste de ses jours en France , où il est mort A celui-ci succéda ftUchel Coribut Wcsnowisky. Ce prince étoit bon , mais trop ; et les gentibhommes le méprisèrent si fort qu'ils lui mirent en tête de se retirer dans un couvent , comme il auroit fait, si la mort n'avoit nréi'cnii ses ifosst'ins, La reine eu éloit fonsmlaiitc , piirce quVIle devoit époiiiicr le comte Saint* Puni* que la plupart souhaituîeiit pour succéder I '^ l^xxturonne. ûfitlt sous lui que Suhic^kv, qui

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n'étoit pour lors que grand-maréchal , gagna la fameuse bataille de Choczim en Ukraine, entre le Niester et le Pruth. Les Turcs étoient campés et bien retranchés sous la forteresse ; et les Polonois, étant au nombre de près de quatre-vingt mille hommes, ayant passé le Niester le dimanche , se vinrent camper les jour» suivant, presque à la vue des Turcs. Le jeudi et le vendredi se passèrent en quelques escarmouches , et le soir de ce même jour 9 les Polonois chargèrent les ennemis. Cette attaque dura toute la nuit, et le samedi matin la défaite commença et ne dura que deux heures , pendant lesquelles on tua plus de trente- huit mille Turcs , sans faire quartier à pas un*

Ussaim Bâcha, qui commandoit Tarmée turque, eut bien de la peine à se sauver avec deux mille hommes, qui restèrent seuls de toute l'armée, composée de plus de quarante mille hommes , et qui évitèrent par la fuite d'avoir le même sort que leurs compagnons. Le butin fut grand, et on Tabandonna tout entier aux soldats , excepté la tente d'tissaim , qui fut gardée fort exactement et envoyée au roi. Il îi'y avoit rien de si superbe que cette tente : elle paroissoit plutôt une ville qu'un pavillon de guerre , et tous les officiers y étoient logés. Ussaim Bâcha repassa la rivière avec près de six mille hommes , maJA le pont tomba lorsque toute l'armée étoit dessus., et plus de quatre mille furent noyés, sans qu'il restât autre espoir à ceux

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qui évitoient la cruauté de l'eau , que d'être taillés en pièces par leurs ennemis.

Le roi Michel reçut cette nouvelle avec bien de la joie 9 et cela causa sa mort , qui arriva huit jours après. Il j eut de grandes factions après sa mort , comme il arrive toujours en Pologne en semblables occasions. Sobiesky étoit pour lors grandmaréchal et grand-général , et fit jurer à toute l'année, avant que de la quitter , qu'elle donneroit sa voix pour M. le Prince j quoiqu'il ne fût point aimé de la petite noblesse. M. de Beauvais fut envoyé de France ; et soit que ce ne fut pas l'intérêt de la France que M. le Prince devînt roi , ou qu'il trouvât trop de difficulté dans l'esprit de la noblesse, il fit, en plein sénat, la plus belle harangue qu'on ait jamais entendue , faisant connoitre à la république que, soit en reconnoissance des services passés, soit dans l'espérance , de ceux qu'elle devoit recevoir dans la suite , rien ne lui étoit plus utile que l'élection de Sobiesky , qui en effet fut élu roi , et couronné ensuite à Cracovie , sous le nom de Jean m.

La douairière du roi Michel a depuis épousé le prince de Lorraine, qui avoijt plus de part que pas un autre à la couronne de Pologne, si la brigue de France eût été moins forte , et s'il n'avoit pas été tout-à-fait de ses intérêts d'éloigner ce prince du trône, qui , par cette nouvelle puissance, seroit devenu en état d'entreprendre contre la France pour le recouvrement de son duché.

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Quoique la Pologne soit liée à la Franice d'aniitiéy sans avoir néanmoins beaucoup à démêler avec elle , il est plus de ses intérêts de se tenir bien avec l'empereur, dont elle appréhende l'acaroisse-^ ment en Hongrie» On a vu , il y a environ ueux ans , que les Polonois n'ignoroient pas cette maxime y lorsque M. de Béthune étoit en cette cour pour fomenter la rébellion des Cosaques, à force d'hommes et d'argent. La reine fit arrêter des recrues que M. de Béthune faisoit passer chez les rebelles , vers les montagnes de Hongrie , par le palatin de Russie , pour faire connoitre par là que la Pologne n'avoit aucune part à tout ce qui se faisoit de ce c6té-là , et que tout venott de la part de la France , qui,, par le défaut d'argent, laissa débander les troupes que commandoit M. de Guénégaud. Ces troupes étoient composées de quelques François, de Tartares, et de la plus grande partie des rebelles, qui, voyant qu'il y avoit près de deux ans qu'ils n'avoient reçu de paie , se mutinèrent contre les généraux , contre lesquels ils tirèrent , et les arrêtèrent prisonniers dans un village où ils vouloient les massacrer.

Cette action du palatin de Russie , faite par Tordre delà reine , causa beaucoup d'altération dans l'esprit de M. de Béthune, qui fut un très lor ; temps sans aller à la cour, aussi-bien que m« dame la marquise, qui ne se pouvoit pas V ■ accorder avec la reine. M. de Béthune ne * t pas moins de mal au palatin de Ruf

DE POLOGNE. ikG'j

néral de la couronne y pour Taction qu^il avoit faite , et lui fit même comme un défi, en lui disant que , s'ils étaient l'un et l'autre à la tête de cinq cents chevaux , on verroit qin Temporteroitt cependant ils se sont raccommiodés ensemble, et le palatin a fait présent depuis d'un beau eheral turc à M. de Béthune.

M. de Béthune étoit fort aimé des Polodois ; il n'y a jamais eu d'homme qui ait mieux soutenu son caractère en Pologne que lui : il tenoit toujours une table ouverte , et avoit plus de cent personnes avec lui. Il logeoit au palais Casimir j bâti par la princesse Marie.

Les diètes se tiennent de trois en trois ans; deux se tiennent à Varsovie et une à Grodno ou Wilna , les deux plus remarquables villies de Lithuanie. Cette province a les mêmes officiels que la Pologne, et le général Spas est grand-général de lithuanie. Il se disoit dans le pays qu'il pourroit bien arriver que les Lithuaniens en feroient un roi. Ils se voient méprisés des Polonois et du roi même , qui n'a pas pour eux les mêmes égards : on appréhende qu ils ne se rendent aux Mosco-» vites. Ils demandent la guerre dans toutes les diètes ; mais eux , non plus que les Polonois , ne sont guère en état de la faire.

Quand la guerre est déclarée, vous voyez toute la petite noblesse monter à cheval et se rendre à l'armée : elle y demeure tant que ses provisions

aG8 VOYAGE

durent, qui consistent en une centaine de petitH fromages durs comme du bois, une tinette do beurre 9 et quelque autre chose de cette nature ; et lorsque cela est consommé, et qu'ils ont mangé Targent de leurs chevaux, ils s'en retournent chez, eux, et sont ainsi fort peu en état de continuer la guerre.

La dernière diète s'est tenue l'année passée, et fut rompue par un petit gentilhomme, qui fut d'avis contraire. Ce fut pendant ce temps qu'arriva l'affaire de messieurs les ambassadeurs , qui , revenant du château , furent insultés par quelques Polonois , qui avoient voulu prendre l'épée d'un page; celui-ci mit l'épée à la main, et quelques gentilshommes des carrosses ayant mis pied à terre , entre autres M. le marquis de Janson , apai. sèrent tout. Les Polonois allèrent chercher du secours, et revinrent, avec près de trois cents personnes , fondre de nouveau sur les gens des ambassadeurs, avec des aubouches et des bar-dichos ', en criant : Zabi^ zabi ^ fransleu ; tue, tuo. Ceux-ci sortirent du carrosse et entrèrent chez le palathi de Russie , où ils se défendirent le mieux qu'ils puretit contre cette multitude , que la présence des ambassadeurs ne pouvoit arrêter, et qui n'empêcha pas que plusieurs des gentilshommes ne furent blessés ; et quelques uns demeurèrent comme morts sur la place.

Le roi vint le lendemain matin, incognito, chez messieurs les ambassadeurs , qui logeoient à Sainte-Croix, aux pères de la Mission, pour pacifier les choses. Le palatin de Russie y vint aussi , et offrit tous ses gens aux ambassadeurs , pour en faire telle justice qu'il leur plairoit. On envoya des envoyés de toutes parts à ces diètes : il y en avoit de Perse , de Turquie et de Moscovîe. Le Moscovite étoit conduit dans le carrosse du grand-maréchal, attelé des chevaux du roi. Le Turc y étoit pour les limites qu'il fit planter, avec près de trente mille hommes , à sept lieues de Léopold , comme il voulut ; car on n'est pas en état de lui rien contester : cela fit bien du tort à plusieurs personnes qui avoient des biens de ce côté-là , qu'on promit de récompenser d'ailleurs. Cette manière est assez bonne, de planter des limites à la tête d'une armée.

La première charge de la couronne est celle de général , possédée par le prince Nitre , neveu du roi, quoique plus âgé.

La seconde est celle de grand-^maréchal, possédée par Lubomirsky.

Le palatin de Russie est petit-généraU

Le chevaUer de Lubomirsky est grand-enseigne.

Monsieur de Morstain, grand - trésorier du royaume , sans être obligé à rendre compte : il est puissamment riche , quoiqu'il ait été très mal a son aise il n'y a pas huit ans.

a7o VOYAGE

Toutes ces charges se vendent par les possesseurs ; mais si elles viennent à vaquer par la mort, le roi en dispose.

L'arcbevéque de Gnesae , qui est aujourd'hui... . est primat et premier prince du/oy aume , léga^né , et gouverne tout l'état pendant l'interrègne qui dure une année. La monnoie se frappe à son coin.

Il n'y a presqu/e plus dans l'Europe que le royaume de Pologne qui soit électif. Le roi proposa dans la dernière diète de faire accepter son fils pour successeur; mais les Polonois dirent qu'ils ne le reconnoissoient que comme fils du grand-maréchal , et non pas du roi , parce qu'il naquit lorsque le roi n'étoit encore que grandmaréchal. Les troupes se lèvent et se paient aux dépens de la république , qui n'entretient pendant le temps de paix que einqou six mille hommes pour garder les frontières des incursions des Tartares. Ils ont quelques régiments de hussards, qui sont des gens armés d'une manière toute particulière. Il n'y a point de hussard qui ne coûte plus de deux mille livres à équiper. Ils ont de gros chevaux , et portent une peau de tigre sur l'^aule > les flèches et le carquois derrière le dos , la cotte de maille sur la tête , le sabre , les pistolets , et la demi-lance. Les valets de ces gens précèdent l'escadron à cheval une lance à la main ; et ce qui est assez particulier , c'est qu'ils ont des ailes attachées derrière le dos, et vont fondre dans l'occa-

DE POLOGNE. !i7i

siou au milieu des ennemis, et épouvantent les chevaux des ennemis , qui ne sont pas accoutumés à ces visions, et font jour à leurs maîtres qui les suivent de près. La république a aussi quekjues Tartares , qu'elle entretient en temps de paix , qui sont comme les Suisses , et se donnent à ceux qui les veulent soudoyer. Ce sont, au reste , les plus méchantes troupes du monde , et ils firent bien connoitre que leurs chevaux étoient meilleurs cpi'eux , lorsque apercevant les Suédois qui passoient la Vistule, ils aimèrent mieux les éviter que de les attendre , et abandonnèrent le roi Casimir, qui n'eut que le temps de faire monter la reine en carrosse, qui voyoit de son château les Suédois qui passoient le fleuve et <pii entrèrent dans Varsovie ; et de l'autre les Polonois et les Tartares qui fuyxnent plus vite que le vent Us ravagèrent toute la ville , conduits par Charles Gustave, père du roi d'à ^«sent , qui permit aux soldats qui vouloient emporter la belle colonne qui est à l'entrée de la porte de Varsovie , de le faire, s'ils pouvoient l'enlever sans la rompre.

Dans la dernière diète, il fut résolu que Ton n'y allumeroit point de chandelle , afin que l'on ne vit point ceux qui dormoient, parce qu'il anivoit bien souvent que comme les Polonois vont à la diète sur les trois ou quatre heures , en sortant de table, où ils ont bu plus que de raison, on prenoit , pour faire passer quelques articles ,

a7a VOYAGE

le temps de les proposer lorsque ceux qu'on savoit d'un sentiment contraire dormoient ; ce qui passoit, n'étant disputé de personne: c'est .pourquoi ils ont voulu bannir la lumière de leur assemblée f pour y augmenter davantage la confusion , si elle peut être plus grande , et pour ne pas voir ceux qui dorment.

Varsovie est en Mazovie , capitale de la Haute- Pologne, et le lieu où se tiennent les diètes, de trois en trois ans. Cette ville est assise sur la Vistule , qui vient de Cracovie , et qui apporte bien des commodités de Hongrie , et particulièrement du vin le plus excellent qu'on puisse boire. Il n'y a rien de remarquable que la statue de Sigismond III, mise par son fils Uladislas, qui est à l'entrée de la porte , sur une colonne de jaspe sur laquelle les Suédois tirèrent plusieurs coups de canon. La figure est dorée de plus d'un ducat d'épais. La ville est très sale et très petite , et ne consiste proprement qu'en sa grande place , au milieu de laquelle est la maison de ville , et autour quantité de boutiques d'Arméniens, fort richement garnies d'étoffes et de marchandises à la turque , comme arcs , flèches , carquois , sabres , tapis , couteaux et autres. Il y a une très grande quantité d'églises et de couvents. Nous vîmes le palais Casimir, bâti par la reine défunte, et présentement si délaissé , que tout y fond. Nous y vîmes plusieurs de ces chaises par le moyen des-

quelles^ on monte et on descend d'une chambre 4 1 4ulre. Ce fut de ce palais que la reine vit les SiK^dois passer la rivière qui en mouille les murs ^ et c^'étoil là que demeuroit M* de Bi^hune.

Nous allâmes rendre visite à M« Lubomirsky, ^andHEnaréchal , qui est un des plus riches princes ile Pologne^ Son père étoit généralissime, et eut tde grandes jalousies contre Potosky , autre géné-^ rai « qu'ails assoupirent néanmoins par le mariage que fit Lubomirsky de son fils avec la fille de Pck tosky. £Ue est morte, et ce prince a depuis épousé U fille du chambellan* Lubomirsky, père de celuici^ prit les armes contre son roi, et battit ses truupes fdusieurs fois. Il étoit accusé de favoriser 1 Autriche pour Télection future , et d appu} er ce fraud parti de la confédération*

Ce seigneiv nous fit voir toute sa maison avec une bonté particulière* Il la achetée depuis cinq ou six ans, et Ta eue à très grand marché; elle 'Cappdie Jesdomtj^ et nest qu'à une portée de canon de la viUe* Ce prince fait travailler couti* auellement dans son jardin à des ermitages et à «les bains qui seront très beaux* Son palais est plein de quantité de beaux origtnaïut , qu il a amassés avec grand argent* Sa galerie est fort eu* rieuse. 11 nous fit voir une grande pièce qui lui etoit venue depuis peu d'Augsbourg, dans laquelle il T avoit une horloge , un carillon , un mouveiMeut perpétuel, et quantité d'autres choses: le 1. 18

a74 ^ VOYAGE

tout étoit ùûX en fonue d'un grand cabinet d*ar*

gent

U noui fit voir Tendroît où $on grwdrpère avoit remporté la première bataille contre lea Turcs, à Çhoosim ^ où Osman étoit en personne , et où il demeura plusieurs milliers d'eaoemiasur la place. Ce lieu est heureux pour les Polonois ; ib y ont Mmpprté deux sîgnaléea victoires^ et pajrtlcuUèremfnl la dernière ^ (fui a beaucoup contribué à la paix.

Nous alliées au château » qui n'a rien de beau qaa les chambres du sénats et celle de mari>re, où/ est dépeinte la priae de SaK)lenAko par les Polonois sur les Moscovites 9 où ils firent un grand carnage^ fl prirent deux fils du grand-duc , cpi'iis amenèrent prisonniers à Vaesoi^ie, où il^ sont morts ; et on leur a fait bâtir une chapelle qu'on appelle encore la chapelle des Moscovites, qui est devant k lieu où nous logions. Il y a dans le château, v^ie très k^Ue tapisserie relevée d'or, qui fiit apportée de France par ^ roi Henri. Une partie fut engagée aux habitants de Dantaiok, par Caai' mir, pour subvenir aux nécessités de Tétat

Le palais dct Ai. Morstain , grand^tarésoder du royaume , est le plus supei^be de tous^ tant par la belle entente du desfia, que par la richesse des meubles qui l'ornent. Ge seigneur nous reçut chez lui avec toute l'affabilité possible ; il nou&fit voir tous les appartements de son palais , et quantité

de tableaux qui sont dans sa galerie. Ifous saluâmes madame la trésorière , qui est Écossoise , que nous trouv&nies avec le général de Béani , qui a servi la France en Hongrie. M. Mbrstain a acheté en France la terre de Montrodgey de M. le marquis de Yitry. Il prétend que son fils , qu'on appelle M. de Château - Vilain , et la reine, en dérision, Petit-Viliain , demeure en FVance, et poesédc tous les btexis qu'il y a achetés; et ce qtii restera en Pologne sera pour une grande fiUe qu'il a prête à marier. Il nous pria de manger chez lui.

On voit aussi la maison du palatin de Lufalin.

Le général Spas est grand-général de Lithuanie : il s'opposoit fort à l'élection de Sobîesky ; mais on le gagna à force é'argent.

11 est défendu de tirer le sabre pendant les diètes, sous de grosses peines, et de se battre en Pologne , à troà lieues loin , où sotil le roi et le grand-maréchal.

BL de Beauvais ne proposa, dans sa harangue, que le prince de Neubourg pour être élu, et ne se souciok pas qui fût roi , pourvn que ce ne fàt pas le prince de Lorraine. Les élections des rois se font dans la campagne, où on bâtit une cafautte de planches. On a vu au courormement du roi d^à présent ce qu'on n'ayoit jamais vu , et ce qu'of 1 ne verra peut-être jamais ,un roi suivro le corps dedeux autres dans la sépulture du roi Michel et du roi Casimir. Le couronnement se fait k Cracovie.

a76 VOYAGE

Le roi Michel étoit un petit génie; il ne se plaisoit qu'à avoir des images et des montres ; et de^ mandant une montré à la reine', il dit qu'il vôudroit en faire dés boutons à son justaucorps. Quand il fut élu roi , la reine lui faisoit une pension de cinq mille livres. M. Serycant lui en prétoit un tiers.

Les Polonois sont extrêmement fiers, et se flattent beaucoup de leur noblesse , qui, la plupart, est obligée de labourer la terre , tant elle est misérable. Un petit noble porte son sabre en labourant la terre, et l'attache à quelque arbre; et si quelque passant ne le traitoit pas de Mouche- Panier y et l'appelât seulement Panier^ qui signifie comme maître , il lui feroit mauvais parti.

• Au reste ils sont fort civils , et ont toujours les premiers la main au bonnet. Ils sont grands observateurs des jeûnes, et font des abstinences plus qu'on ne leur en commande. Quelques Polonois ne mangent point de viande le lundi et le mercredi ; pour le vendredi , presque tous ne mangent point de beurre , et le ^ samedi rien qui ait été bouilli , mais seulement rôti. Cette dévotion s'-étend aussi sur les animaux; et notre valet ayant donné quelque chose de gras à un chien un samedi, l'hôtesse vouloit le maltraiter, croyant faire une action méritoire.

Les Polonois font des dépenses considérables en enterrements, et les diffèrent long-temps par.

«uignificence. Il y a des grands seigneurs que Ton 41 enterre que cinq ou six ans après leur mort, et sont en dépôt dans des chapelles ardentes qui coûtent beaucoup. Le jour de Tenterrement on bÀt entrer des honunes amiés comme dos anciens chevaliers 9 qui viennent comme à cheval dans leglise^ et viennent en courant rompre leur lance au pied du cercueil.

La maison des pères de la Mission, où les am< bassadeurs logeoient, est assez étendue. Us font bâtir une église qu'on appelle Sainte-Croix ; mais elle demeure là jusqu'à ce que quelque honnête homme achève de ses deniers ce que les Pères ont commencé. Ils furent établis avec des religieux de Sainte-Marie par la reine défunte ; ils se sont beaucoup agrandis, et Tévêque de Cracovie les établit présentement dans son diocèse. Le supérieur n'y étoit pas ; nous y vîmes le père Mumasan.

Les rebelles de Hongrie se sont révoltés au sujet de la religion, contre l'empereur, qui ne vouloit pas. leur permettre la liberté de conscience,

Michel Abaffi est prince de Transylvanie. Il juiv à son avènement de maintenir cinq religions d;u)s ses états. Le plus grand plaisir de ce prince est de boire; et qui le peut faire est sûr de faire auprès de lui sa fortune. La capitale de Transylvanie est Cujuar.

Le jeune prince, de six ou sept ans, est élexc

daof le* iocltnatiaot de tan pére^ et porte too* jofirs ime bouteille i Km côté eo fonne de ban» dofiliire. M* AeakiaaaétéréfidentibitkHif-tempii en ce pty»; c'ett prétenteineiil M* du YerdeL Le chevalier de Bourges ^ qui en renaît avec IL Aca^ luaa 9 qui étoit refté nialade il Léopdd 9 noua aaanra que dana un repas qo'd aroit ùài an rendent, il avoit fait attacher les cheveux à un esd«re ^ et ayant passé un bâton au travers ^ il avoit pris plaisir 9 pour divertir la compagnie ^ de le finre branililler pendant tout le repas. U le fit ensuite courir tout nu pendant divfauit lieues ^ k càté du carrosse de la princesse Tëkéli t c'est k grand ministre de Tétat, et par les maina de qui tout passe ; le prince n'ouvre pas seulenient une lettre et ne songe qu'à boire. Ce Tékéli est llManme le plus barbare qui soit au reste du monde; il y a plus de fers dans sa maison que dans Marseille. Tékéli est le chef de Tarmée et celui qui entretient les reWUes. 1a prince de Transylvanierend quatrevingt mille écus de tribut au Turc. U a payé cette année double tribut , à cause «pie qudque Turc a été tué sor les terres du Transylvain*

Betblem^Jiabor fut le premier qui se rendit tri* butaire de la Porte pour dix faucons. Son aucoe»seur f Michel Basons , fut obligé de payer dix mille écus^ et Hagotzky en paya vingts et edui-ci quatre-vingts.

THouê finies le chemin de Javarow à iavarouf en

DE POLOGNE. â79

SX JQfnn ; il y a quarante Ueued oà environ. Javav rouf est le lieu le jrfus vilain , non seulement de la Polojgine , m sâs dé tbnt le monde. La cour y demeufoit ûet faiver-lii , à cauie âe la gnaeiesse de la reltoe tjtti y devoil faire ses ooticfaea. Laeour s'annéte peu à un lieu i elle Voyage continuellement et le phn agréablement du monde; cat toute là Pologne est le plus beau pays de dlasse 4pe jmm jamais vu ^ et ce voyage est une chasse continuelle. Nous eûmes fhonikeur de saluer lé *rtt, et de baiser la main à la reine. Ce [»inoe nous reçut avec la bonté qui lui ett ordinaire envers tout le monde , et particiilièrement pour lesétotingers. Il prit on plaisir singulier à nbus faire réciter des particularités de notre Voyà|^ de Laponie, et ne ceksoit point de nous inlerreger. La reine n'étoit pas moin^ curieuse, et s'informmt de toutes dioses. Cette princesse est une des plus accomplies de l'Elirope : eUe a environ trente4iuit ans ; et la nature a pris plaisir de lui faire part de tous les dons. Elle est la plus belle personne de la cour, la mieux £aite, et la persotine du monde la plus spirituelle : il suffit de la voir pour la connoitre; mais on en e^t encore bien mieux persuadé lorsqu'on a eu l'honneur de l'en tretenir. ' C'est elle qui a mis la couronne sur la tête du roi ; et l'ambition , qui est le noble défaut des grandes âmes, étoit dans cette princesse au souverain degré. Ce fut elle qui inspira au roi de tâdier

aSo . VOYAGE

à monter sur le trône ;.et elle n'épargna pour cela ni argent ni promesses , et fit tant qu'elle en vint à bout , malgré les fortes brigues du prince de Lorraine : il est vrai que l'arrivée de M. de Beauvais ne servit pas peu. Il arriva la veille qu'on devoit finir la diète, et proclamer le lendemain le .prince de Lorraine roi. Il fit tant , dans le peu de temps qu'il avoit, qu'il ménagea si bien les esprits, qu'on prolongeai diète pour quelques jours , pendant lequel temps il eut le loisir d'agii* aussi heureusement qu'il a fait.

La famille royale est la plus accomplie qui se puisse voir. Le prince aîné s'appelle Louis Henri Jacob. Le roi de France , la reine d'Angleterre et son grand^père , l'ont tenu sur les fonts. Ce prince est sur sa quatorzième année , et promet tout ce -^u'on peut espérer d'un grand prince : il est bien fait , danse bien , et parle quatre langues comme sa naturelle; l'allemand , le latin, le françois et le polonois. Il dit qu'il veut, pour satisfaire le roi, qui sait parfaitement ces langues , apprendre toutes les langues de l'Europe. La princesse , âgé** de sept ou huit ans, est très jolie, et a été couronnée dans le ventre de sa mère. Le prince ' Alexandre , âgé . de six ans , est le plus aimable prince qu'on puisse voir : il y a encore le prince Amour , âgé de trois ou quatre ans^ La reine est présentement grosse, et a eu quatorz^e ei^fants, et ne laisse pas d'être aussi fraîche qu'une femme

DE POLOGNE. a8î

(le vingt ans , et se porte parfaitement bien. J'ai eu l'honneur de tenir le jeu du roi à l'hombre, de jouer avec lui , et pour comble de faveur , de manger avec lui à sa table ; monsieur l'ambassadeur étant à sa droite , et moi à sa gauche. I^e

grand -écuyer y étoit avec le staroste de

Nous accompagnâmes ce jour-là le roi à la chasse. La Pologne est un pays fait exprès pour ce divertissement : le mot le fait assez entendre ; car Poloy d'où il vient , signifie campagne en bngue escla^ vone. Mais les chasses ne se font pas de même qu'en France. On fait une enceinte de filets qu'où borde de soldats pour faire sortir le gibier par l'ouverture qu'on a laissée. On fait entrer dans cette enceinte quantité de chiens et de piqueurs pour les appuyer, qui font sortir tout ce qu'il y a dedans. Chacun prend sdli poste , éloigné l'un (le l'autre de deux portées de mousquet , et lorsqu'il paroit quelque chose, soit loup, renard, chevreuil , etc. , on lâche tant de lévriers , qu'il faut que Tanimal soit bien fin s'il les évite. Nous Times une très grande chasse ce jour-là : en moins de quatre heures on prit plus de dix chevreuils , trois loups , cinq ou six renards , quantité de jièvres ; mais ce qui rendit la chasse et belle et sanglante, ce fut un sanglier de la grosseur d'un cheval , qu'on tua après qu'il eut tenu fort longtemps contre les chiens ; il en tua quelques uns., il en estropia plusieurs , blessa des hommes et des <hevaux; mais enfin on lui tira un coup d'arquc-

a8i VOYAGE

buse dont il mourut On l'amena sur une char* rette au roi , et tout le monde avoua qu'on n'âvoit jamais vu un si furieux animait H fallut un chariot pour reporter tous les chiens estropiés , comme on reporte les blessés après un combat.

Nous vtmes à la cour M. le marquis de Vitry , ambassadeur extraordinaire, qui nous niçut avec une bonté particulière. Nous n'eûmes points {tendant tout le temps que nous fumes k la cour, d'autre maison ni d'autre table que la sienne. Nous vîmes chez lui M. de Valalé , son écuyer ; M. Noblet, qui partit pour France le lendemain que nous fumes arrivés ; M]\I. Pelissier et Devilles , secrétaires; M. le marquis d'Arquien, à qui la reine donne vingt mille livres par an ; c'est le rendez-vous de tous les François pour le plaisir et pour le jeu ; M. 14 comte de Matigny son fils, qui est capitaine de dragons, à qui la reine donne deux mille écus. Nous vîmes dans la maison de M. d'Arquien , M. d'Alerac , Mé de Valalé , etc.

La reine a trois gentilshommes françois ^ M« de Ryon 9 M. des Forges , et M. de Villars, qui a été exempt des Suisses de Monsieur. Il a fait une course en France.

Nous connûmes à la cour M. le grand-écuyer, M. Jalonsky, vice^chancelier de la reine , homme d'esprit ; M. Sarnosky, secrétaire du roi ; M. Da* lanti , Italien , secrétaire du roi ; M. Dumont de l'Espine , valet de chambre.

C'est la coutume en Pologne de faire des pré^

DE POLOGNE. 3ft3

sento aux îoiu» de fêtes. La princesse Ratatwil s'appelle Catherine. Sa fêle vint dans le temps que nous y étions; la reine lui fit un présent, et Youlut cpi'on dansât le soir à la cour.

Ces sortes de danses ne finissent jamais ; et depuis que Ton commence jusqu'à ce que Ton finisse , tout le monde danse ensemble sans dis» continuer, et le cavalier fournit avec la dame sans s'arrêter.

Ils ont une manière de danse à la russienne , qui est fort plaisante. M. le chevalier Lubomirsky, grandenseigne du royaume , ladanse parfaitement bien.

On ne danse jamais davantage qu'aux mariages où le roi fait toute la dépense , pendant six ou sept jours que la femme ne demeure point ches son mari ; et le jour qu'on la lui met entre les mains il traite tout le monde.

Les Polonois sont fiers ^ se flattant beaucoup de leur noblesse , et employant tout ce qu'ils ont ponr avoir un beau cheval ^ un habit propre , et un sabre magnifique^ Ib sont assez bien faits ; mais les femmes ne leur ressemblent pas : à peine en trouve-t*on à la cour deux qui soient supportables* Ils se plaisent dans la quantité de valets ; et les petits nobles qui n'ont pas de quoi vivre s'attachent auprès des grands.

Les fenunes ne sortent guère y et vont embrasser la cuisse de leurs maris lorsqu'ils rentrent dans la

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xnaison. C'est la manière de saluer là plus ordinaire en Pologne , et on ne salue point les femmes de (qualité autrement qu'eii leur embrassant la cuisse. Il y en a de qui les embrassades sont un peu fortes ; et qui sont bien aises de sentir ce qu'ils embrassent. Elles sont superbes en habits, et portent toutes de l'or et de l'argent. Leur habillement est un justaucorps d'homme sans être boutonné , et une jupe ; elles portent des bottes' comme les hommes.

Il n'y a pas au monde un pays plus plat que la Pologne : nous l'avons presque traversée tout entière, sans avoir trouvé une seule montagne; ce qui fait que le pays étant plat , il y a peu de ruisseaux , qui ne peuvent y couler , ce qui rend l'eau fort rare ; mais en récompense ils font de très bonne bière, et particulièrement celle de Varca, qui est renommée dans le pays pour la meilleure. Toutes ces grandes plaines sont semées de blé,| et en fournissent à une partie de l'Europe.

il n'y a d'autre place fortifiée dans la Pologne que Léopold, qui confine aux Turcs; encore sont-ce des fortifications à la Polonoise, que les François détruiroient de leurs regards. C'est par cette raison qu'ils prétendent assurer leur liberté ; et n'ayant point de lieu pour se mettre à couvert, il faut qu'ils fassent des remparts de leurs corps. Ils . sont sûrs de battre les Turcs quand ils voudront, comme ils ont toujours fait; mais avec

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cela, ils ne laissent pas de perdre leur pays contre euK. Les Tartares sont les ennemis qu'ils redou» tont davantage. Ce ne sont point des gens qui cherchent la gloire dans les combats ; ils ne demandent que le butin dont ils vivent. Leurs troupes ne sont point en ordre : ils viennent fondre sur le camp des ennemis , prennent tout ce qu'ils peuvent, et au premier coup de tambour, que le capitaine a à larçon de sa selle , ils se retirent , et reviennent un quart d'heure après d'un autre coté : en sorte qu'on les a toujours sur le dos ; et par ce moyen ils désespèrent les ennemis , qu'ils molestent et arrêtent continuellement. Ils ont cela de particulier, qu'ils combattent en fuyant, et tirent des flèches par^dessus leurs têtes, qui vont retomber sur les ennemis. Ils font des courses fréquentes en Pologne, lorsqu'on ne leur paie pas les dix mille cousuques qu'on est obligé de leur fournir tous les ans, qui sont des robes faites (le peaux de mouton. Les Tartares , venant en course , feront des trente et quarante lieues en une nuit, mettant un petit sac plein de paille attaché à la tête de leurs chevaux , qui ne s'arrêtent point pour manger, et un morceau de viande qui cuit sous la selle ; en sorte que n'étant point avertis de leurs marches , ils prennent tout ce qu'ils trouvent dans la campagne, hommes, femmes, enfants, qu'ils vont vendre ensuite à CoQstantinople , par la mer Noire : mais ils ont

et que les autres étoient comme les esclaves. Les Saxons sont des gens venus du pays de Saxe , et qui sont là comme les Juifs, quoiqu'ils soient plus gens de bien que les autres. Les Transylvains voyagent sans donner un sou , en log.eant chez les Saxons ; et lorsqu'en chemin faisant les nobles Transylvains ont pris quelque gibier , ils envoient un de leurs valets au marché avec , et les maîtres demandent du gibier pour le repas. Le pauvre Saxon est obligé de l'aller acheter du valet de ces maîtres , et de le payer ce qu'ils veulent. Tout le monde presque parle latin dans ce pays.

La langue polonoise est esclavone , comme en Moscovie et Tartarie , et il y a autant de différence entre ces langues , qui n'ontpourtant qu'une même source , comme entre l'espagnol et l'italien , qui dérivent du latin. Les langues vivantes dont on se sert dans l'Europe , peuvent se réduire à deux; car je ne parle point des langues mortes , comme la grecque , l'hébraïque et la latine ; et la langue arabique étant en Asie ce qu'est la latine en Europe , et avec cette langue on peut aller depuis le Bosphore jusqu'aux terres des Indiens les plus reculées. Il n'y a donc que deux langues matrices qui ont leurs dialectes, et ces langues sont la teutone et l'esclavone. L'esclavone est familièi*^ à Constantinople , et a pour principaux dialectes larussinique pour les Moscovites, la dalmatique pour les Transylvains et pour les Hongrois, 1*

bohémienne et la polonoise, et' quelques autres qui ont cours sur les Yalaques , Moldaves et Petits- Tartares.

La teutone a trois principaux dialectes , le germanique, le saxon et le danois ; et de ceux-ci sortent d'autres idiomes , comme l'anglois , le flamand , k suédois, etc. La langue grecque est morte, et moins corrompue que la latine ; mais elle se parle dans les îles de TArchipel , dans TAchaïe et dans la Morée. U y a plusieurs autres petites langues matrices qui ont fort peu d'étendue; comme Talbanoise en Épire et en Macédoine; celle des Bulgares pour la Servie, la. Bosnie et Bulgarie; celle des Cosaques ou Petits-Tartares , le long des rives du Tanaïs.; celle des Finlandois et Lapons ; celle des Irlandois ; la biscaïenne et la bretonne.

Nous partîmes de la cour après avoir pris congé de Leurs Majestés,. le vendredi , et fumes conduits par le sieur de Valalé. Nous passâmes le lendemain par Jéraslavsr, qui donne le nom à un ducbé dont la mqitié appartient à la reine. Nous vîmes quelques petites villes qui n'ont rien de remarquable. Nous fumes , pendant le chemin , attaqués de trois .voleurs. Nous étions da^s notre carrosse enfermés de toutes parts , à cause du vent : notre cocher, à qui ils dirent d'arrêter, n'en' voulut rien faire , et nous fit signe de prendre nos pistolets, ce que nous fîmes promptement, et sortîmes du carrosse le pistolet à la main, et le valet

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avec un bon fasil, qui les ooncha en joue. Quand ils virent cette <iispoi8ition ^ ils demeurèrent tout court , et nous regardèrent sans oser approcher. Nous coatinuàmeft notre diemin à pied , le pistolet k la main ; et oavuiiiie il étoit tard , nous mivàmes peu de temps après à rhotelierie, où ils envoyèrent deuK de ieurs cotnpagiions , <|ui vinrent oomme des passagers poiu* eximiflaer notre coatenance. Hs vii>ent <que nous i^prltions nos annes et que nous fiâmes toute la nuit sar pied Nous ne les connoiestons çomU pour ce qu ils étoient ; et oomme «1 étok déjà tard ,)noQs n'avions pu ies remarquer, k cause de l'obscurité. Ils sortirent deux Jaeures avant le jour, «tt; nous nxm disposioiïs à partir, <]uand le oocber nous dkt qu'il les aToîlt vus se joindre à quatre autres , aux environs de la maison, et qu'ils avoientgagoé le iiiois qui étoit à cent pas de là. Nous ne jugeâmes pas À propos de partir 4ja il ne fut jour , et nous alltendions qu'il fit dan* , quand nous enlendiiB^^ passer quattre charÎGtts avec deux bœufs dhacao. N4M88 nous servîmes de cette occasion pour passer dans le bois; *et comme il faisait elaîr de^Um^? «leus fimes prendre à tous les clianietiers des bâ* toits bUmcs , qui paroissoient an 'dak* de la lune jDonnBeisi c'eût été des fusas. -Nous passâmes aifisi sans «qu'ils osassent aiGMeatlaq<iier, quoique ikmis eolendissiotts si£fler «de tous ootés. (te nous &t, à la première i^ille, que oe bois en éioit tottt

plein y et qu'il étoît dUHcile d'y paster aana être volé.

Nous arrivâmes à Craoovie le jeudi matin; fioui eûmes de la peine à trouver à nous loger » car il nV a point d'hôtellerie. Noua trouvàmea un Ita-» lieu qui nous mena ches lui. Cet homme noua étourdit d'abord de son grand bruit , comme luua ceux de aa nation ; il ne noua parloit que par millions , et par son équipage , ses chevaux et sa calèche. Noua ne fumes pas long-temps à reçon^ nottre le pèlerin pour le plus fourbe qui fut ja«> mais. Sitôt que nous nous mimes à table, il alla emprunter trois cuillères de bois chez son hôte , et nous dit qu'il avoit donné les siennes d'argent i blanchir. On parla de sortir après le diner, et lui demandant s'il n'avoit point d'épée, il .nous dit qu'il étoit malheureusement tombé le jour d'auparavant, qu'il l'avoit cassée en tombant, et f avoit donnée au fourbisseur. En considérant nos pistolets, il nous dit qu'il en avoit une paire qu'il avoit achetée k Amsterdam , qui tiroient deux coups, qui étoient chez Taripurier pour être nettoyés. U nous avoit dit qu'il nous mf neroit dans sa calèche pour voir las mines ; mais quand ce vint ^u fait et au prendre , il nous dit que sa olèche étoit peinte de firpis, et qu'il y avoit quatre d« ses chevaux qui étoient boiteux. Mais ce qui fut de plus plaisant, p'est qu'il ne cessoit pas de noua dire qu'il ne pi^étendoit aucun

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argent pour le temps que nous logerions chez lui; et quand il fallut aller au marché, il vint nous demander un écu , disant qu'il avoit changé tout son argent en lettres-de-change sur messieurs Pessalouki de Vienne. Il avoit , disoit-il , un procèsqui lui importoit^ de dix mille francs, deux maisons dans la ville qui lui venoient de sa femme; et néanmoins il vouloitVen retourner avec nous le jour suivant, sans dessein. de retourner jamaifi. Et lui demandant pourquoi il quittoit un si beau bien et de si belles espérances : Oh! dit-il , cela ne m 'embarrasse pas ; je ferai tout cela demain : je gagnerai mon procès y je vendrai mes maisons. Nous reconnûmes fort bien toutes ses fourberies, mais nous voulûmes nous en divertir jusqu'au. bout; et pour pousser la raillerie plus loin , je lui demandai s'il vouloit mie donner des lettres^de-change pour Vienne, que je lui donnerois de l'argent. A cette proposition, la joie commença à éclater sur le visage de notre fourbe; il se mit en devoir de faire les plus bielles lettresde-change que le plus célèbre banquier fit jamais: mais, par malheur, il ne se trouva ni encre ni papier dans la maison. Je lui demandai ensuite à voir les chevaux. Mon coquin vit bien qu'il étoit pris pour dupe , et qu'il avoit affaire à des gens aussi fins que lui. Je n'ai jamais vu un homme si consterné; et nous prenions plaisir à nousservu* des termes, dont il usoit ordinairement iltalia^

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non sono nuga crUloni; et nous' disions -Francesi an lieu d^Iialiani. Nous lui remimes en face une infinité de fourberies, de mensonges, de contrariétés , et nous eûmes le plaisir de confondre le phds grand fourbe du monde.

Graoovie.est la première ville de la Haute-Po^ iogne , infiniment plus belle ^ plus grande et pins marchande que Varsovie. Elle est située sui^ la Vistnle, qui prend sa source assez près de là. Son académie est fort estimée; elle fut fondée, il T a environ trms cents ans, par Casimir i*', qui demanda des professeurs aux eolléges de Sorbonne.de Paris y qui furent les auteurs de cette hante réputation qu'elle s'est acquise. La pièce la pins recommandahle de Cracovie est le château , sitoé sur une petite colline. Il est de grande étendue, mais sans forme ni sans aucune architëctme. Ses chambres: sont spacieuses , et ses plafonds superbement dorés , qui pourroient rendre cesqour fart propre pour y loger un. roi. On Toit dans Tég^se du château les tombeaux des ras, qu'on n'enterre point qu'un autre ne soit du. On enterra en méioie jour le roi Casimir. et k rot Hichel, quand le roi d!à présent fut couronné à Cracovie , où ils viennent tous prendre hcouranne.

Le corps de saint Stanislas est dans une châsse d'argot au milieu de l'église, sous un baldaquin. Ce saint, qui fut tué par un roi de Pologne, est

cause que les Polonois vont là tète nuée , et qu'il; ne mangent point de beurre le Tendredi , et qaeiques utiB Le samedi : cela leur Ait imposé pour pénitence, par an pape, pen^nt cent ans, et cette coutume s'est tournée en loi; oa.t, bien que le temps de la pénitence soit expité, ils ne laissent pas d'<^erver toujoitt» tx jeûne et ceOe coutnme de se rasfer la tête

Il y a peu de villes, je ne dis pee en Polo^e, «nais dans toute l'Europe, où il y ait plus d'égliees, de prêtres, et particulièretnent de notnes^ qu'Ji Gracoviev Ils n'y sont pas moins riches et moins respectés qu'en Italie; c'est ce qui £ut qu'il j eo a tant. Pour les ^i«es « il faut rendra justioe aut Pokinois , «et dire qu'ils sont extrêmement jakmx qu'dlcB soient bdles et bien >de8ierTies. L'or y rduit de tous oAtés ; et on s'étonnera de voir une ^lise diM-ée jusqu'à la Voûte, dans «n méchant viUage où l'on n'aura pas p« tk'ouver un morcean de pain. Les f^s belles légliBes de Cracorie «ont je Dôme, dédié k sainte Marie, qui est au nilini de la phce; les Jésuites «en ont aussi une très belle, &Hte nouveHementi l'italienne; les Miniwes «t les Bernardins. La grande place est très sp*- Cfea9e> où les plus principales rues aboutissent, et particulièrement la grande , qui va rendre à Casimir, le s<''i< 'NI' il^- Ioik )p<i Juifn, cjui outlàleiV,^. riJpuMiqiic . I r r v, H,i^o^lIf et Jeur j nwssieursncsuM' . . ^itisnalinitéfrenE

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qu'en Italie ou en Turquie, «ù ils sont l'excré* »ent d» ftenre buHwin, et l'époage qu'oa presse lie («Dops en tcanps, et partieulièreiaent lontpje l'état est en danger. Quand ils ne seruieut pas di»> bnfpiés par une marque particulière, eu Italie par un chapeau jaune, en Allemagne par rtulùt, en Turquie par le turban , en Polofi^ par la fraÎM , il seroit inopossible de ne les pas reconnoître à leur air excommunié et i leurs yeux hagards.

Quelque riches qu'ils soîenti ils ne sauroieut sortir de cette TÏlenie dans laquelle ils sont nés, et qui &it horreur i ceux qui les ont vus, particu" litf^Mut en Polo^e, dans les carckentals ou bôtdleries qu'ils tiennent dans toute la Russie- Nove , où ils sont trente ou quarante tlans une petite chambre : les «nfauts sont nus comme b main , et les pères et mères ne sont qu'i moitié ItâbîUés. Je ne crois pas qu'il y ait au monde une nation plus féconde; on trouve dans une botte pleiiM de paille, dans un même berceau, quatre ou cinq enfants de la même mère, qui paroisscnt ooiume des petits corbeaux dans un nid , tant ils Mut noirs et hideux.

Le tribut que les Juifs tle Cracovie rendent i b république est de vingt mille ét'^u. Us donoeat outra GeU loii.N les Mil. In»-. t-iK-. <tlicat9 «U roi, àl'iifiiir, I t'iit ^11 |>i'j>< <-,ct quanUté nues d{-pt'iiM--> (|u ils -..,iit obligés de . Il > .« •|iul.| dU-sdAUc-

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magne où on né lés souffre point y et lorsque leurs affaires les y appellent^ ils donnent un ducat pour !& première nuit qu'ils couchent à la ville , deux pour la seconde y et trois pour la troisième.

Il en est de même à Varsovie, où ils n'ont point permission de demeurer que pendant les diètes ; mais il n'y a sorte d'infamie qu'on ne leur fasse, et lorsqu*il s'en rencontre quelqu'un hors de ce temps, on lâche les écoliers dessus , qui ont droit sur leurs personnes ; en sorte qu'il est aisé de s'imar giner s'ils passent bien leur temps entre les mains de ces messieurs.

Nous allâmes saluer M. le palatin de Cracovie , . le premier du royaume , nommé Vikliposki , grandchancelier dé la couronne,' et beau*frère du roi* Nous avions des lettres à lui rendre de la part de M. l'ambassadeur, et d'autres pour madame la grande-chancelière , de. la part de la reine , et de M. le marquis d' Arquien , son père. Ce seigneur nous pria de manger chez lui : on y servit quantité de beaux poissons , car c'étoit un samedi , mais la plupart à l'huile ; sur quoi il faut remarquer que les Polonois ne trouvent point l'huile bonne si elle ne sent bien fort , et disent , lorsqu'elle est douce , comme nous la voulons y qu'elle ne sent rien. La table des grands de Pologne est servie confiisément. Les plats sont sans ordre et sans symétrie , et on les sert couverts. L'écuyer est au bout de la tablé avec une grande cuillère , qui sert

tout le monde : il ne faut pas manquer d'avoir son couteau et sa foivchette dans sa poche , car autrement on court risque de se servir de ses doigts. M. le grand-chancelier a une fort jolie fille d'environ treize ou quatorze ans , et deux garçons qui la sui^vent de près.

Ce seigneur eut la bonté de nous envoyer un carrosse pour aller aux mines de sel de Williska , qui sont à une bonne lieue de Gracovie. Ce fut là où nous allâmes admirer les effets de la nature dans ses différentes productions. On voit au milieu de la place de la ville un hangard sous lequel on n'est pas plus tôt entré, quon aperçoit une grande roue que des chevaux font* tourner , et qui sert à élever les piterrés qu'on tire de la mine. Proche de cette roue est un trou carré de la lar*geur d'un très grand puits ; et revêtu de toutes parts de grosses pièces de bois enclavées les unes dans les autres. Ce fut par là que nous descendîmes dans cet abîme ; mais avant que de faire ce voyage , on nous revêtit d'une manière de surplis. On remua quantité de cordes et de sangles qu'on attacha au gros câble les unes sur les autres. Cinq ou six hommes se disposèrent pour descendre avec nous, et allumèrent quantité de lampes, et d'autres entourèrent la bouche du trou , et commencèrent à chanter l'endroit de la Passion où sont ces paroles , Expiravit Jesusy et continuèrent encore sur un ton plus effroyable le De

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profundis. J'avoue que pour lors tout mon sang se glaça : tous les préparatifs de cet enterrement vivant m'effrayèrent si fort, que j'eusse voulu être bien loin du lieu où je me trouvois ; mais les choses étoient trop avancées, il fallut s'enterrer tout vivant et descendre dans cette sépulture* Un de nos guides se mit au bout du câble , la lampe à la main ; je me mis ensuite sur ma sangle , audessus de sa tête ;. un de ces fossoyeurs se mit audessus de moi ; mon camarade étoit au-dessus de celui-ci , et étoit surmonté d'un autre , la lampe à la main ; celui-ci d'un autre , en sorte que nous étions plus d'une douzaine les uns siu* les autres, enfilés à ce cable comme des grains de chapelet, dans une posture qui n'étoit point du tout agréable ; car non seulement on court le risque que le gros câble rompe, mais encore on appréhende que les cordes qui vous portent ne viennent à manquer, et que celles des autres qui tomberoient sur vous ne viennent à rompre.

Nous descendîmes bien cent toises de cette manière , et nous nous trouvâmes ensuite dans un lieu fort vaste et extrêmement élevé ^ au milieu duquel nous trouvâmes une chapelle où on dit bien souvent la messe. On nous conduint de là dans des routes sans fin , d'où Ion avoit arraché le ^el, qu'on tire en grosses pierres que trois chevaux ont bien de la peine à traîner. Cette pierre est de couleur cendrée , et reluit comme des dia-

niants. Elle n'est pas dure 9 et les petits morceaux qui sortent en la coupant se mettent dans des tonnes , et sont ainsi Tendus. Cette pierre est infiniment plus saiëe que notre sel de gabelle , et' devient biamc lorsqu'on le pile : mais il s'en fait d'une eau qu'on tire dans des outres du fond de la mine, lequel étant cuit , il devient le plus blanc et le plus beau qu'on puisse voir. Nous desceudimes de cette carrière dans une autre , car il y en a sept les unes sur les autres ; et quand nous fûmes près de la dernière, nous trouvâmes un ruiêseau d'eau douce , la meilleure que j'aie jamais bue. C^est une chose des plus curieuses que j'aie vues de ma vie^ tle voir sortir et couler une eau sur des pierres de sel, sans en prendre le goût. On trouve aussi d'autres ruisseaux , mais les eaux en sont tout-À*fait «alées% Après avoir bien descendu l'espace de deux heures , nous arrivâmes à la dernière carrière où l'on travaiUoit. On abattit pour nous une pieire quecinc^ante dievaux n'auroient pas traînée , et un seul homme arracha cette pierre du rocher d'une manière fort aisée. Quand cette pierre est tombée , ils la coupent en morceaux nonds de ia figure d'une toane , afin de ta pouvoir nmler dans la carrière. Nous trouvâmes dans ce fond quantité d'htDSMnes et de chevaux , qui travaiiloient à élever l'eau par le moyen des roues qui sont faites pour cela.

On trouve dans cette mine du sel de différents

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prix , et des veines meilleures les unes que les autres. Le moindre s'appelle zichna ; le second , zibiooa , et le meilleur de tous ocAa^aia. Le premier se vend douze guldens de sckelons la tonne^ qui pèse six cents livres, le second treize, et le dernier seize. Celui-là est semblable et transparent comme le cristal, et se coupe en petits carrés unis comme des glaces.

Nous fûmes près de quatre heures à marcher dans cette mine ; et on nous assura qu'un homme ne pouvoit pas aller en tous les endroits de la mine en quinze jours de temps , tant elle a d'étendue. On voit pendre , tout le long des voûtes de cette carrière , de l'eau de sel pétrifiée comme les glaçons qui pendent aux gouttières ; et lorsque oela a pris un corps dur assez pour être travaillé, on en fait des chapelets et d'autre petits ouvrages.

Nous remontâmes par le même escalier que nous étions descendus, et je fus encore plus incommodé en remontant qu'en descendant; car la corde qui me portoit n'étant pas bien attachée au câble, glissoit de temps en temps, et me caur soit de grandes frayeurs; et sans faire le fin, j'avoue que j'étois fort mal à mon aise , et promis de ne plus retourner dans ces lieux souterrains. C'est assez d'avoir fait ce voyage une fois en sa vie.

* Nous demeurâmes trois ou quatre jours, après

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lesquels nous partîmes pour Vienne. Nous passâmes par Zator«Ozviensin , et autres places de Pologne. En sortant de ce pays nous fumes attaqués par trois voleurs , qui 6rent arrêter notre carrosse d'assez loin pour nous donner le temps de sortir le pistolet à la main ; et ayant vu notre contenance déterminée, ils s'arrétèreni;, et réservèrent à prendre mieux leur avantage. Le lendemain ib envoyèrent deux des leurs dans Thôtellerie où nous passâmes la nuit, qui y vinrent amune des passagers ; et le lendemain ils partirent deux heures avant le jour, et allèrent trouver leurs camarades , qui les attendoient à deux pas de la maison. La servante les vit se joindre à quatre autres , et prendre le chemin d'un bois voisin. Elle nous en avertit , et nous ne laissâmes point de partir à la faveur de la lune , avec quelques charretiers qui passèrent par bonheur par là. Nous passâmes tout le bois à pied , le pistolet à la main.

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