‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 13 sur 158 · DU PRÉCÉDENT ÉCRIT · texte numérisé non relu

DU PRÉCÉDENT ÉCRIT

I prendra aa moins la eauia. Toute explication

• m'est refusée, toute communication m*est

• 6tée ; je n'attends plus des hommes aigris

• par leur propre injustice qu'affronts, men* i KHiges et trahisons. Providence éternelle,

• mon seol espoir est en toi; daigne prendre

• mon dépAt sous ta garde, et le faire tomber

• dans des mains jeunes et fidèles, qui le trans-

• tnettent exempt de fraude à une meilleure t (ycnéraiion ; qu'elle apprenne, en déplorant

1 * mon sort, comment fut traité par celle-ci un » homme sans fiel et sans ftird, ennemi de

• rinJHStice, mais patient à Tendurer, et qui

• jamais n'a fait, ni voulu, ni rendu de mal à I personne. Nul n'a droit, je le sais, d* espérer

• un miracle, pas même Finnocence opprimée

• et méconnue. Puisque tout doit rentrer dans

• Tordre un jour, il suffit d'attendre. Si donc » mon travail est perdu, s'il doit être livré à

• mes ennemis, et par eux détruit ou défiguré, B comme cela parott inévitable, je n'en comp- B tcrai pas rooîns sur ton œuvre, quoique j'en t ignore rbeore et les moyens ; et après avoir t fait, comme je l'ai dû, mes efforts pour y » coacourir. J'attends avec confiance, je me t repose sur ta justice, et me résigne à ta vo*

B lODté.Ji

Au verso du titre, et avant la première page, éioit écrit ce qui suit :

• Qui que vous soyez, que le ciel a bit l'ar- B bitre de cet écrit, quelque usage que vous

• ayex résolu d'en faire, et quelque opinion » que vous ayez de l'auteur, cet auteur infor- B tuoé vous conjure, par vos. entrailles hu-

• ouioes et par les angoisses qu'il a souffertes

• en récriyant, de n'en disposer qu'après l'a* > voir hi tout entier* Songes que cette grâce, » que voos demande un cœur brisé de dou* » leur, est un devoir d'équité que le ciel vous

• impose* • *

Tout cela fait, je pris sur moi mon paquet, et je ne rendis, le samedi 24 février 4776, sur les deux heures, à Notre^me, dans l'intentk» d*y présenter le même jour mon (rfFrande.

Je voulus entrer par uae des portes latérales^ par laquelle jecomplois pénétrer dans le cbœur . Surpris de la trouver fermée, j'allois passer plos bas par l'autre porte latérale qui dimne dans h uef . En eotrant, mes yeux forent frappés ë*aiie grille que je n'avois jamais remar-'

quée, et qpi séparoil de la nef la partie des bas-cAtés qui entoure le chœur. Les portes de cette grille étoient fermées, de sorte que cette partie des bas-c6tés, dont je viens de parler, étoit vide, et qu'il m*étoit impossible d'y pénétrer. Au moment où j'aperçus cette grille, je fus saisi d'un vertige comme un homme qui tombe en apoplexie, et ce vertige fut suivi d'un boulevenement dans tout mon être, tel que je ne me souviens pas d'en avoir éprouvé jamais un pareil. L'église me parut tellement avoir changé de face, que doutant si j'étois bien dans Notre- Dame, je chercboisavec effort à me reconnotlre et à mieux discerner ce que îe voyois. Depuis trente-six ans que je suis à Paris, j etois venu fort souvent et en divers temps à Notre-Dame ; j avois toujours vu le passage autour du chœur ouvert. et libre, et je n'y avois même jamais remarqué ni grille, ni porte, autant qu'il put m'en souvenir* D'autant plus frappé de cet obstacle imprévu, que je n'avois dit mon projet à personne, je crus, dans mon premier transport, voir concourir .le ciel même à l'œuvre d'iniguité des hommes; et le murmure d'indignation qui m'échappa ne peut être conçu que par celui qui sauroit se mettre à ma place, ni excusé que par celui qui sait lire au fond des cœurs.

Je sortis rapidement de l'église, résolu de n'yrehtrerdc mes jours; et, me livrante toute mon agitation, je courus tout le reste du jour, errant de toutes parts, sans savoir ni où j'étois, ni où j'allois, jusqu'à ce que, n'en pouvant plus, la lassitude et la nuit me forcèrent de rentrer chez moi, rendu de fatigue et presque hébété de. douleur.

Revenu peu à peu de ce premier saisissement, je recommeaçai & réfléciiir plus posément à ce qui m'étoit arrivé; et par ce tour d'esprit, qui m'est propre, aussi prompt i me consoler d'un malheur arrivé qu'à m'eff rayer d'un mak heur à craindre, je ne tardai pas d'envisager d'ua autre œil le mauvais succ^ de ma tentative. J'avois dit dans ma suscription que je n'at*' tendois pas un miracle, et il étoit clair néanmoins qu'il eo auroit fallu un pour faire réussir mon projet : car l'idée que mon manuscritpar* viendroit directement au roi, et que ce Jeune prince prendroit lui-mSme la peine de lire ce long écrit; cette idée, dis-je, étoit si folle.

T. IV

HiSTOIRË

que je m^étonnois moh-mème d'avoir pu m'en bercer un inoment. Avoîs-je pu douter que, quand même Péclat de cette démarche auroit fait arriver mon dépAt jusqu'à la cour, ce n'eût été que pour y tomber, non dans les mains du roi, mais dans celles de mes plus laaiios persécuteurs ou de leurs amis, et par conséquent pour être tout-à-fait supprimé, ou défiguré selon leurs vues, pour le rendre funeste à ma mémoire? Enfin le mauvais succès de mon projet, dont je m'étois si fort affecté, me parut, à force d'y réfléchir, un bienfait du ciel, qui m'avoitempéché d'accomplir un dessein si contraire à mes intévèts ; je trouvai que c'étoit un grand avantage que mon manuscrit me f&t resté pour en disposer plus sagement ; et troici l'usage que je résolus d'en faire.

le venois d'apprendre qu'un homme de lettres de ma plus ancienne connoissance, avec lequel j'avoiseu quelque liaison, qne je n'avois point cesséxd'estimer et qui passoit une grande partie de l'année à la campagne, étoit à Paris depuis peu de jours. Je regardai la nouvelle de son retour comme une directioo de la Providence, qui m*indiquoit le vrai dépositaire de mon manuscrit. Cet homme étoit, il est vrai, philosophe, auteur, académicien, et d'une province dontjes habitans n'ont pas une grande réputation de droiture (') : mais que faisoient tous ces préjugés contre un point aussi bien 'établi que sa probité l'étoit dans mon esprit? L'exception, d'autant plus honorable qu'elle étoit rare, ne faisoU qu'augmenter ma confiance en lai; et quel plus digne instrument le ciel pouvoit-il choisir peur son œuvre que la main d'un homme vertueux?

Je me détermine donc ; je cherehe sa demeure : enfin je la trouve, et ^ on sans peine. Je lui porte mon manuscrit, et je le lui remets avec un transport de joie, avec un battement de Cdeur, €|ui fut peut-être le plus digne hom-

(<)M* de MMwt dit Id dans me note (édiUoninHS, Coi«r III) iiacoAtlMNiHiie delettreiétoit Sainl-Lambert, néen lorraine; malt do Peyrou. dans le Discoun préllmidaire de ion édition de« Confessions, noai apprend que c'est à l'abbé de Condillac quelemauMcrit ftatnnit. Ck^ndillveo effet étoit Dauphinois, éunk né à Grenoble. Om aait qneUe idée Ronisean avoit des ba- Mtans de cette province, et toutes les autres circonstances qu'il énonce se rapportent beaucoup mieux à Condillac qu'à Saint- Lambert (*).

(*) La oMt de M. (k Miuiwi lit m tranT« pM âêm rëéUioa ia-S*.

magequ'on mortel ait pnrendreA la vertu. Sans savoir encore de quoi il s'agissoit, il me dit en le recevant qu'il ne feroit qu'un bon et honnête usage de mon dépôt* L'opinion que j'avois de lui me rendoit cette assurance trés-superflue.

Quinze jours après je retourne chez lui, for<tement persuadé que le moment étoit venu où le voile des ténèbresqu'on tient depuis vingt ans sur mes yeux alloit tomber, et que, de manière ou d'autre, j'aurois de mon déposîuire des éclaircissemens qui me paroîssoient devoir nécessairement suivre de la lecture de mon manuscrit. Rien de ce que j'avois prévu n'arriva. Il me parla de cet écrit, comme il m'auroit parié d'un ouvrage de littérature que je Taurols prié d'examiner pour m'en dire son sentiment. Il me parla de transpositions à faire pour donner un meilleur ordre à mes matières; mais il ne me dit rien de Telfet qu'avoit fait sur lui mon écrit, ni de ce qu'il pensoit de l'auteur. Il me proposa seulement de faire une édition correcte de mes oeuvres, en me demandant pour cela mes directions. Cette même proposition qui m'avoit été faite, et même avec opiniâtreté, par tous oeux qui m'ont entouré, me fit penser que leurs dispositions et les siennes étoient les mêmes. Voyant ensuite que sa proposition ne me plaisbit point, il ofrit de me rendre mon dépôt. Sans accepter cette oSre, je le priai seulement de le remettre à quelqu'un plus jeune que lui, qui pût survivre assex, et à moi et à mes persécuteurs, pour pouvoir le publier un jour sans crainte d'offenser personne. Il s'attacha singulièrement à cette dernière idée ; et il m'a paru par la suscriptioti quMI a faite pour l'enveloppe du paquet, et qu'il m'a communiquée, qu'il portoît tous ses soins à faire en sorte, comme je l'en ai prié, que le manuscrit ne flkt point imprimé ni connu avant la fin du siècle présent. Quant à l'autre partie de mon intention, qui étoit qu'après ce terme l'éorit fttt fidèlement imprimé et pubM, j'ignore ce qu il a fait pour la remplir.

Depuis lors j'ai cessé d'aller chez lui. Il m'a fait deux on trois visites, que nous avons eu bion de la peine à remplir de quelques mots indifférensy moi n'ayant plus rien à lui dire, et lui ne voulant me rien dire dti tout.

Sans porter un jugement décisif sur mon dépositaire, je sentis que j'avois manqué mon

DO PRÉCÉDENT ÉUlIT.

bol» el qae vraiiemblabieineDt j'aTois perdu mes peines ei mon dépôl : mais je ne perdis point encore conrage. Je me dis que mon mauvais sQccès venoit de mon manyais choix ; qu'il Mloii èire bien aveugle et bien prévenu pour me confier à un François, trop jaloux de Thonneor de sa nation pour en manifester Tiniqulté; à un homme âgé, trop prudent, trop circonspect, pair 8*écbauffer pour la justice et pour la défense d'un opprimé. Quand j'aurois cherché tout exprès le dépositaire le moins propre à remplir mes vues» je n*aurois pas pu mieux eiNHsir. C'est donc ma faute si j'ai mai réussi ; mon sueeës ne dépend que d'un meilleur choix.

Bereé de cette nouvelle espérance» je me remis i transcrire et mettre au net avec une nouvelle ardeur : tandis que je vaquois à ce travail, un jeune Anglois, que j'avois eu pour voisin à Wootton ^^1, passa par Paris, revenant d'Italie, et me vînt voir. Je fis comme tous les malheareux, qui croient voir dans tout ce qui leur arrive une expresse direction du sort. Je me dis : Votli le dépositaire que la Providence m'a choisi; c'est elle qui me l'envoie; elle n'a rebuté mon choix que pour m'amener au sien. Gomment avoi»-je pu ne pas voir que c'étoitun jeune hoauné, un étranger qu'il me falloit, hors du tripot des auteurs , loin des intrigâns de ce pays, sans intérêt de me nuire» ettians passion contre moi? Tout cela me parut si clair qne, croyant voir le doigt de Dieu dans cette occasion fortuite, je mepressai de la saisir. Malheureusement ma nouvelle copie n'étoit pas avancée, mais je me hâtai de lui remettre ce qui étoit fait» renvoyant à Tannée prochaine à lui remettre le reste» si| comme je n'en dou^ lois pas» l'amour de la vérité lui dennoit le zèle de revenir le chercher.

Dq^oiason départ, de nouvelles réflexions ont jeMi dans mon esprit des doutes sur la sa-tresse dé tous ces choix ; je ne pouvois ignorer que depuis long-temps nul ne m'approche qui ne me soit expressément envoya » et que me confier aux gens qui m'entourent c'est me livrer à mes ennemis. Pour trouver un confident fidèle» il auroit faUu l'aller chercher loin de moi parmi ceux dont je ne pouvois approcher. Mon espérance étoit donc vaine, toutes mes

n^'SriNikelloothbr.

mesures étoient fisusses , tout mes soins étoient inutiles , et je devois être sàr que l'usage le moins criminel que feroient de mon dépAt ceux à qui je l'allois ainsi confiant» seroit de l'anéantir.

Cette idée me suggéra une nouvelle tentative» dont j'attendis plus d'effet. Ce fut d'écrire une espèce de billet circulaire adressé à la nation françoise, d'en faire plusieurs copies» et de les distribuer» aux promenades et dans les rues» aux inconnus dont la physionomie me piairoit le plus (*). Je ne manquai pas d'argumenter à ma manière ordinaire en faveur de cette nouvelle résolution. On ne me laisse de commuoication» me disois-je» qu'avec des gens apostés par mes persécutemrs. Me confier i quelqu'un qui m'approche n'est autre chose que me confier à eux. Du mains parmi les inconnus il s'en peut trouver qnisoient de bonne foi : mais quiconque vient chez moi n'y vient qu'à mauvaise intention ; je dois être sûr de cela.

Je fis donc mon petit écrit en forme de billet» et j'eus la patience d'en tirer un grand nombre de copies. Mais» pour en faire la distribution» j'éprouvai un obstacle que je n'a vois pas prévu » dans le refus de la recevoir par ceux à qui je le présentois, La suscription étoit : A tout François aimfitnê encore la Justice et la vérité. Je n'imaginois pas que» sur cette adresse» aucun l'osât refuser; presque aucun ne l'accepta. Tous» après avoir lu l'adresse» me déclarèrent, avec une ingéuulté qui me fit rire au milieu de ma douleur», qu'il ne s'adressoit pas à eux. Vous avez raison» leur disois-je en le reprenant» je vois bien que je m'étois trompé. Voilà la seule parole franche que depuis quinze ans j'aie obtenue d'aucune bouche françoise.

Éconduit aussi par ce c6té» je ne me rebutai pas encore. J'envoyai des copies de ce billet en réponse à quelques lettres d'inconnus qui vouloient à toute force venir chez moi, et je crus faire merveille en mettant au prix d'une réponse . décisive à ce même billet l'acquiescement à leur fantaisie. J'en remis deux ou trois autres aux personnes qui m'accostoient ou qui me venoient voir. Mais tout cela né produisit que des réponses amphigouriques et normandes qui

(*) Voyez cet écrit circulaire, tome I. t>age 457 de eeUe étii. tlon. <ii-H*

HISTOIRE

m'aMestoienl dass leurs autean une fausseté à toute épreuve.

Ce dernier mauvai^succës, qui deToit mettre le comble à mon désespoir, ne m'affecta point comme les précédens. En m*apprenant que mon sort étoit sans ressource, il m'apprit à ne plus lutter contre la nécessité. Unpassagedel'£mt7f, que ft me rappelai.me fit rentrer en moi-même et m'y fit trouver ce que j'avois cherché vainement au dehors. Quel mal t'a fait ce complot? que t'a-t*il ôté de toi ? quel membre t'a-t-il multlét quel crime t*a*t-il fait commettre? Tant que les hommes n'arracheront pas de ma poitrine le cœur qu'elle renferme, pour y substituer, moi vivant, celui d*un malhonnête homme, en quoi pourront-ils altérer, changer, détériorer mon être? Ils auront beau faire un iean-Jaoqu^ à tem* mode, Rousseau restera toujours le même en dépit il*eux.

N'ai-je donc connu la vanité de l'opinion que pour me mettre sous son joug aux dépens de la paix de mon &me et du repos de mon cœur? Si les hommes veulent me voir autre que je ne suis, que m' importe? L'essence de mon être est-elle dans leurs regards? S'ils abusent et tronpent sur mon compte les générations suivantes, que m'importe encore? Je n'y serai plus pour être victime de leur erreur. S'ils empoisonnent et tournent à mal tout ce que le désir de leur bonheur m'a fait dire et faire d'utile, c'est à leur dam et non pas au mien. Emportant avec moi le témoignage de ma conscience je trouverai , en dépit d'eux , le dédommagement de toutes leurs indignités. S'ils étoient dans l'erreur de bonne foi, je pourrois en me plaignant les plaindre encore et gémir sur eux et sur moi ; mais quelle erreur peut excuser un système aussi exécrable que celui qu'ils suivent à mon égard avec un zèle impossible-i qualifier? Quelle erreur peut faire traiter publiquement en scélérat convaincu le même homme qu'on empêche avec tant de soin d'apprendre au moins de quoi on l'accuse? Dans le raffinement de leur barbarie , ils ont irouv^ Tart de me faire souffrir une longue mort en me tenant enterré tout vif. S'ils trouvent ce traitement doux , il faut qu'ils aient des Ames de fange ; s'ils le trouvent aussi cruel qu'il l'est, les Phalaris, les Agathocles, ont été plus débonnaires qu'eux. J*ai donc eu tort |

d'espérer (es ramener en leur montrant qu't se trompent : ce n'est pas de cela qu'il s'agit : et, quand ils se tromperoient sur mon compte, ils ne peuvent ignorer leur propre iniquité. lia 'ne sont pas injustes et méchans envers moi par erreur, mais par volonté : ils le sont parce qu'ils veulent l'être ; et ce n'est pas à leur raison qu'il faudroit parler, c'est à leurs cœurs dépravés par la haine. Toutes les preuves de leur injustice ne feront que l'augmenter; elle est un grief de plus qu'ils ne me pardonneront jamais.

Mais c'est encore plus à tort que je me sois affecté de leurs.outrages au point d'en tomber dans l'abattement et presque dans le désespoir. Comme s'il étoit au pouvoir des hommes de changer la nature deschoses, et dem'Aterlesconsolationsdont rien ne peut dépouiller l'innocent! Et pourquoi donc est-il nécessaire à mon bonheur éternel qu'ils me connoisaent et me rendent justice? Le Ciel n*a-t-il donc nul autre moyen de rendre mon Ame heureuse et de la dédowwger des maux qu'ils m'ontfait souffrir injustement? Quand la mort m'aura tiré de leurs mains, saurai-je et m*inquiéterai-je de savoir ce qui se passe encore à mon égard sur la terre? A l'instant que la barrière de Téternîté s ouvrira devant moi , tout ce qui est «i deçà disparoltra pour jamais, et si Je me souviens alors de l'existence du genre humain, il ne sera pour moi dès cet instant même que comme n'existant déjà plus.

J'ai donc pris enfin mon parti tout-à-fati ; détaché de tout ce qui tient à la terre et des insensés jugemens des hommes, je me résigne A être à jamais défiguré parmi eux, sans en moins compter sur le prix Ue inon innocence et de ma souffrance. Ma félicité doit être d'un autre ordre; ce n'est plus chez eux, que je dois la chercher, et il n'est pas plus en leur pouvoir de l'empêcher que de la connottre. Destiné à être dans cette vie la proie de Terreur et du mensonge^ j'attends Fheure de ma délivrance et le triomphe de la vérité sans les plus chercher parmi les mortels. Détaché de toate affection terrestre, et délivré même de l'inquiétude de l'espérance ici-bas, je ne vois plus de prise par laquelle ils puissent encore troubler le repos de mon cœur. Je ne réprimerai jamais le premier mouvement d'indignation, d'empor-

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