DU SUJET DE CET ÉCRIT
un soin que je m^absUens de qualifier, et avec on sncGès qui tient du prodige; ce silence effrayant et terrible ne m'a pas laissé saisir la moindre idée qui pût m'éclairer sur ces étranges dispositions. Livré pour toute lumière à mes conjectures, je n'en ai su former aucune qui pût expliquer ce qui m'arrive, de manière à pouvoir croire avoir démêlé la vérité. <^and de forts indices m'ont fait penser quelquefois avoir découvert avec le fond de Tintrigue son objet et ses auteurs, les absurdités sans nombre que j'ai vues naître de ces suppositions m'ont bientôt contraint de les abandonner, et tontes celles que mon imagination s'est tourmentée à leur substituer n'ont pas mieux soutenu le moindre examen.
Cependant, pour ne pas combattre une chimère, pour ne pas outrager toute une génération, il falloit bien supposer des raisons dans le parti approuvé et suivi par tout le monde. Je n'ai rien épargné pour en chercher, pour en imaginer de propres à séduire ]a multitude; et, A je n'ai rien trouvé qui dût avoir produit cet effet, le ciel m'est témoin que ce n'est faute ni de volonté ni d'efforts, et que j'ai rassemblé soigneusement toutes les idées que mon entendement m'a pu fournir pour cela. Tous mes soins n'aboutissant à rien qui pût nie satisfaire, j'ai pris le seul parti qui me restoit à prendre pour m'expliquer : c'étoit, ne pouvant raisonner sur des motifs particuliers qui m'étoient inconnus et incompréhensibles, de raisonner sur une hypothèse générale qui pût tous les rassembler : c'étoit, entre toutes les suppositions possibles, de choisir la pire pour moi, la meilleure pour mes adversaires ; et, dans cette position, ajustée, autant qu^il m'étoit possible, aux manœuvres dont je me suis vu l'objet, aux allures que j'ai entrevues, aux propos mystérieux que j'ai pu saisir çà et là, d'examiner quelle conduite de leur part eût été la plus raisonnable et la plus juste. Épuiser tout ce qui se pouvoit dire en leur faveur étoil le seul moyen qne j'eusse de trouver ce qu ils disent en effet; et c'est ce que j'ai lâché de faire, en mettant de leur côté tout ce que j'y ai pu mettre de motifs plausibles et d'argumens spécieux, et cumulant contre moi toutes les charges imaginables. Malgré tout cela, j'ai souvent rougi, je l'avoue, des raisons que j'étois forcé de leur prêter. Si j'en avois trouvé de meilleures, je les auroîs employées de tout mon cœur et de toute ma force, et cela avec d'autant moins de peine, qu'il me parolt certain qu'aucune n*auroit pu tenir contre mes réponses ; parce que celles ci dérivent immédiatement des premiers principes de la justice, des premiers élémens du bon sens, et qu'elles sont applicables à tous les cas possibles dune situation pareille à celle où je suis.
La forme du dialogue m'ajant para la plus propre
à discuter le pour et le contre, je l'ai choisie pour cette raison. J*ai pris la liberté de reprendre dans ces entretiens mon nom de famille que le public t jugé à propos de m'ôter, et je me suis désigné en tiers, à son exemple, par celui de baptême, auquel il lui a plu de me réduire. En prenant un François pour mon autre interlocuteur^ je n'ai rien fait que dlionnête et d'obligeant pour le nom qu'il porte, puisque je me suis abstenu de le rendre complice d'une conduite que je désapprouve, et je n'aurois rien fait d'injuste en lui donnant ici le personnage que toute sa nation s'empresse de faire à mon égard. J'ai même eu l'attention de le ramener à des sentimens plus raisonnables qne je n'en ai trouvé dans aucun de ses compatriotes; et celui^que j'ai mis en scène est tel , qu'il seroit aussi heureux pour moi qu'honorable à son pays qu'il s'y en trouvât beaucoup qui rimitasscnl. Que si quelquefois je lengage en des raisonnemens absurdes, je proteste derechef, en sincérité de cœur, que c'est toujours malgré moi, et je crois pouvoir délier toute la France d'en trou* ver de plus solides pour autoriser les singulières pratiques dont je suis l'objet, et dont elle parolt se glorifier si fort.
Ce que javois à dire étoit si clair, et j'en étois si pénétré, que je ne puis assez m'élonner des longueurs, des redites, du verbiage, et du désordre de cet écrit. Ce qui l'eût rendu vif et véhément sous la plume d'un autre est précisément ce qui l'a rendu tiède et languissant sous la mienne. C'étoit de moi qu'il s'agissoit; et je n'ai plus trouvé pour mon propre intérêt ce zèle et cette vigueur de courage qui ne peut exalter nne âme généreuse que pour la cause d'autrui. Le rôle humiliant de ma propre défense est trop au-dessous de moi, trop peu digne des sentimens qui m'animent, pour que j'aime à m'en charger : ce n'est pas non plus, on le sentira bientôt, celui que j'ai voulu remplir ici; mais je ne pouvo'ts examiner la conduite du public à mon égard sans me contempler moi-même dans la position du monde la plus déplorable et la plus cruelle. Il fal' loit m'occuper d'idées tristes et déchirantes, de souvenirs amers et révoltans, de sentimens les moins faits pour mon cœur; et c'est en cet état de douleur et de détresse qu'il a fallu me remettre chaque fois que quelque nouvel outrage, forçant ma répugnance, m'a fait faire un nouvel effort pour reprendre cet écrit, si souvent abandonné. Ne pouvaut souffrir la continuité dune occupation si douloureuse, je ne m'y suis livré que durant des momens très-courts, écrivant chaque idée quand elle me venoit, et m'en tenant là ; écrivant dix fois la même quand elle m'est venue dix fois, sans me rappeler jamais ce que j'avois précédemment écrit, et ne m'en apercevant qu'à la lecture du tout /trop