‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 35 sur 158 · A1!«NÉE · texte numérisé non relu

A1!«NÉE

judiciable. Je lui en demande la permission. Je ne peux mieux m^adresser, en parlant des injustices des hommes, qu*à celui qui les con* Dottsibieo.

à H. DB VOLTAIM.

Bu réponse au biUet précédent.

Paris, le SO septembre 475S.

En arriTtnt, monsieur» de la campagne où j'ai passé cinq ou six jours, je trouve votre billet qoi me tire d'une grande perplexité ; car ajaot communiqué à H. de GaufFecourt, notre aoi oomman, votre lettre et ma réponse, J'appreods i rinstant qu'il les a lui-même communiquées à d'autres, et qu'elles sont tombées entre les mains de quelqu'un qui travaille à me réfuter, et qui se propose, dit-oti, de les insérer à la 6a de sa critique. M. Bouchaud, agrégé en droit, qui vient de m'apprendre cela, n'a pas vou\u m'en dire davantage; de sorte que je suis hors d'état de préveiiir les^ suites d'une indiscrétion que, vu le contenu de votre lettre, je n'avois eue que pour une bonne fin. Heureasaoïent, monsieur, je vois par votre projet que le mal est moins grand que je ne Tavois craint. En approuvant une publication qui me hit honneur et qui peut vous être utile, il me reiie une excuse à vous faire sur ce qu'il peut V sTOir eu de ma faute dans la promptitude arec laquelle ces lettres ont couru sans votre consentement ni le mien.

Je suis avec les sentimens du plus sincère de Tos admirateurs, monsieur, etc.

P. S. Je suppose que vous avez reçu ma réfOBse do 40 de ce mois.

A MIUAMB D'ÉPUIAY.

Ils en faut bienque mon affaire avec M. Tronchin ne soit faite, et votre amitié pour moi j met on obstacle qui me parolt plus que jamais difficile à surmonter. Mais vous avez plus consulté votre cœur que votre fortune et mon humeur dans rarrangement que vous me propolei; cette proposition m'a glacé l'&me. Que TOUS entendez mal vos intérêts de vouloir faire Qo valet d'un ami, et que vous me pénétrez mal si vous croyez que de pareilles raisons

puissent me déterminerl Je nesuis pointen peine < de vivre ni de mourir : mais le doute qui m'agite cruellement, c*est celui du parti qui durant ce qui me reste à vivre peut m'assurer la plu£i| parfaite indépendance. Après avoir tout fait pourelle,jen'aipu la trouver à Paris. Je la cherche avec plus d'ardeur que jamais; et ce qui m'afflige cruellement depuis plus d'un an, est de ne pouvoir démêler où je la trouverai le plus assurée. Cependant les plus grandes probabilités sont pour mon pays, mais je vous avoue que je la trouverois plus douce auprès de vous. La violente perplexité on je me trouve ne peut encore durer long-temps; mon parti sera pris dans sept ou huit jours ; mais soyez bien sûre que ce ne seront pas des raisons d'intérêt qui me détermineront, parce que je n'ai jamais craint que le pain vint à me manquer, et qu'au pis aller, je sais comment on s'en passe.

Je ne refuse pas, au reste, d'écouter ce que vous avez à me dire, pourvu que vous vous souveniez que je ne suis pas à vendre, et que mes sentimens, au-dessus maintenant de tout le prix qu*on y peut mettre, se trouveroient bientôt au-dessous de celui qu*on y auroit mis. Oublions donc l'un et l'autre qu'il ait même été question de cet article.

Quant à ce qui vous regarde personnelle-» ment, je ne doute pas que votre cœur ne semte le prix de Tamitié; mais j'ai lieu de croire que la vôtre m'est bien plus nécessaire qu'à vous la mienne, car vous avez des dédommagemens qui me manquent et auxquels j'ai renoncé pour

jamais.

Bonjour, madame ; voilà encore un livre à vendre. Envoyez-moi mon opéra (*).

{*) Tronchio, aton à Parts, et d'accord avec quelques membres do Conseil à Genèfe» avott proposé I Roaisean la place de bibiioUiécalre, aTec un traitemeDt*âe donxe cents francs. C'étoit on bienfait déguisé ; le traitement ordinaire affecté k cette place étoit bien inférieur à cette somme. Rousseau a voit consalté sur cela madame d'épinayi ef. soupçonnant un but cactt dans la proposition qui lui étoit faite, mootroit «ne incertitude dont il étoit fort tourmenté.

Témoin de ses InqOt^des, madame d'Epinay lui aroU écrit qu'elle se chargerollde U mère Le Vasseur et de sa flile, dan' le cas où II se décideroit ^ur Genève, jusqu'à ce qu'ii cftt vu s'il ponvoit s'y accoutumer et s'y fixer. Dans la même lettre , elle lui renouvelolt U proposition dhaWtcr l-Hermitagci et se rappelant lui avoir entendu dire que s'il avoitoent plsloie« de rente H ne cholsiroit.paa d'autre habltaUon. elle lui offroit d'ajouter à 4 vente de son dernier ouvrage ce quiiuimanqiioit de fond» pour compléter ce revenu. La \ei\n ï madame d lipinay est la r<*pon9C à celle pro|>osilion. O.P.

CORRESPONDANCE

BILLET DE MADAME D'ipiNAY.

En réponse à U lettre précédente.

Votre lettre m'avoit fait rire d'abord» Unt je la trouve extravagante, ensuite elle m'a affligée pour vous. Car il faut avoir l'esprit bien gauche pour se fâcher de propositions dictées par une amitié qui doit vous être connue» et pour supposer que j*aie le sot orgueil de vouloir me foire des créatures. Je ne sais ce que c'est non plus que ces dédommagemens que vous trouvez à mon sort» si vous en exceptez Tamitié.

Je ne vous conseilte pas de prendre une détermination présentement» car vous ne me paroisses pfts en état de juger sainement de ce qui peut vous convenir. Bonjour» mon cher Rousseau.

A MADAME D'éPlNAY.

Je me hftte de vous écrire deux mots» parce que je ne puis souffrir que vous me croyiez fâché» ni que vous preniez le change sur mes expressions.

Je n*ai pris le mot de valet que pour Tavilissèment oii Tabandon de mes principes jetteroit nécessairement mon ftme; j*ai cru que nous nous entendions mieux que nous ne faisons : est-ce entre gens qui pensent et sentent comme vous et moi qu*il faut expliquer ces choses-là? L'indépendance que j'entends n'est pas celle du travail; je veux bien gagner mon pain» j'y trouve du plaisir ; mais je ne veux être assujetti à aucun autre devoir» si je puis.

J'entendrai volontiers vos propositions» mais nttendez-vous d'avance à mon refus ; car ou elles sont gratuites» ou elles ont des conditions» et je ne veux ni de Tune» ni de l'autre. Je n'engagerai jamais aucune portion de ma liberté, ni pour ma subsistance» ni pour celle de personne. Je veux travailler» mais à ma fantaisie, et même ne rien faire» quand il me plaira» sans que personne le trouve mauvais» hors mon estomac.

Je n'ai plus rien à dire sur les dédommagemens; tout s'éteint une fois» mais la véritable

amitié reste» et c'est alors qu'elle a des dooceurs sans amertume et sans fin. Apprenez mieux mon dictionnaire» ma bonne amie» si vous voulez que nous nous entendions. Croyez que mes termes gnt rarement le sens ordinaire ; c'est toujours mon cœur qui s'entretient avec vous» et peut-être connoltrez-vous quelque jour qu'il ne parle pas comme un autre. Â demain.

A M. DE B0IS81, DE L'ACAnfaUB FBANÇO«,

Anteor du Mbcdak m FAàRci.

Paris» le 4 noYcnibce 4TBB.

Quand je vis» monsieur» paroltre dans le Mercure, sous le nom de M. de Voltaire» U lettre que j'avois reçue de lui» je supposai que vous aviez obtenu pour cela son consentement ; et comme il avoit bien voulu me demander le mien pour la faire imprimer» je B'avois qu'à me louer de son procédé» sans avoir à me plaindre du vfttre. Hais que pais^ penser du galimatiaa que vous avez inséré dans le Jlfercfire suivant, sous le titre de ma réponse? Si vous me dites que votre copie étoit incor* recte» je vous demanderaiqui vous forçoitd'employer une lettre visiblement incorrecte» qui n'est remarquable que par son absurdité. Vous abstenir d'insérer dans votre ouvrage des écrits ridicules est un égard que vous devez sinon aux auteurs, du moins au public.

Si vous avez cru» monsieur» que je consentirois à la publication de cette lettre, pourquoi ne pas me communiquer votre copie pour la revoir? Si vous ne l'avez pas cru» pourquoi l'imprimer sous mon nom? S'il est peu convenable d*imprimer les lettres d'autrui sans Taveu des auteurs» il l'est beaucoup moins de les leurattribuersans être sûr qu'ils lesavouent, ou même qu'elles soient d'eux» et bien moins encore lorsqu'il est à croire qu'ils ne les ont pas écrites telles qu'on les a. Le libraire de M. de Voltaire» qui avoit à cet égard plus de droit que personne» a mieux aimé s'abstenir d'imprimer la mienne, que de l'imprimer sans mon consentement, qu'il avoit eu rhonnéieté de me demander. Il me semble qu'un homme

AKNÉK 17S5.

aasijinteiiient estimé que vous ne voudroitpas receroir dan libraire des leçons de procédés. T9i d'aoïaot plus, monsieur, à me plaindre du ▼être en cette occasion, que, dans le même vohune où vous avez mis, sous mon nom, un écrit aussi mutilé, vous craignez, avec raison, d'impoicr i M. de Voltaire des vers qui ne soient pas de lui. Si un tel égard n'étoit dû qu'à la considération, je me garderois d'y prétendre ; mais il est un acte de justice , et vous la devez à tout le monde.

Gmme il est bien plus naturel de m*attribner nne sotte lettre qu'à vous un procédé peu régulier, et que par conséquent je resterois chargé du tort de cette affaire si je négligeois de m*en justifier, je vous supplie de vouloir bien insérer ce désaveu dans le prochain Mercure, et d'agréer, monsieur, mon respect et mes salutations.

A M. VERNBS.

Parii, le 2S novembre 1795»

Qœ je suis touché de vos tendres inquiétudes f je ne vois rien de vous qui ne me prouve de plus en plus votre amitié pour moi, et qni ne vous rende de plus en plus digne de la mienne. Vous avez quelque raison de me croire mort en ne recevant de moi nul signe de vie; car je sens bien que ce ne sera qu'avec elle que je perdrai les sentimens que je vous dois. Mais, toujours aussi négligent que cidevant, je ne vaux pas mieux que je nefeisois, si ce n est que je vous aime encore davantage ; et, si TOUS saviez combien il est difficile d'aimer les gens avec qui on a tort, vous sentiriez que onon attachement pour vous n'est pas toutà>fait sans prix.

Vous avez été malade et je n'en ai rien su :

mais je savois que vous étiez surchargé de

travail; je crains que la fatigue n'ait épuisé

voire santé , et que vous ne soyez encore prêt

à la reperdre de même : ménagez-la, je vous

prie, comme un bien qui n'est pas à vous seul,

et qui peut contribuer à la consolation d'un

ami qui a pour jamais perdu la sienne. J'ai eu

cet été une rechute assez vive ; l'automne a

été très- bien ; mais les approches de Thiver me

sont cruelles : j'ignore ce que je pourrai vous

dire de celles du printemps.

Le cinquième volume de Y Encyclopédie parolt depuis quinze jours; comme la lettre E n'y est pas même achevée, votre article n'y a pu être employé, j'ai même prié M. Diderot de n'en faire usage qu'autant qu'il en sera con« tent lui-même. Car, dans un ouvrage fait avec autant de soin que celui-là, il ne faut pas mettre un article foible, quand on n'en met qu'un. L'article Encyclopédie, qui est de Diderot, fait Tadmiration de tout Paris; et co qui augmentera la vêtre , cpiand vous le lirez, c'est qu'il la fait étant malade.

Je viens de recevoir d*un noble Vénitien une épitre italienne où j'ai lu avec plaisir ces trois vers en l'honneur do ma patrie :

Dell! cittadioo di Ciltâ l>cn retfa E Gompagno e fratel d*ottime genti CJi'amor del giusto lia ragunalc Inticme, etc-

Cet éloge me paroît simple et sublime, et ce n'est pas d'Italie que je Taurois attendu. Puissions-nous le mériter I

Bonjour, monsieur ; il faut nous quitter, car la copie me presse. Mes amitiés, je vous prie, à toute votre aimable famille ; je vous embrasse de tout mon cœur.

â UN ANONYME.

Par la vole da Mmcobb m Fiaiicb.

Parit, le 29 novembre I75S.

J'ai reçu , le 26 de ce mois , une lettre anonyme, datée du 28 octobre dernier, qui, mal adressée, après avoir été à Genève , m'est revenue à Paris franche de port. A cette lettre étoit joint un écrit pour ma défense , que je ne puis donner au Mercure, comme l'auteur le désire, par des raisons qu'il doit sentir, s'il a réellement pouir moi l'estime qu'il m'y témoigne. Il peut donc le faire retirer de mes mains , au moyen d'un billet de la même écriture ; sans quoi sa pièce restera supprimée.

L'auteur ne devoit pas croire si facilement que celui qu'il réfute fût citoyen de Genève, quoiqu'il se donne pour tel ; car il est aisé de dater de ce pays-là : mais tel se vante d'en être qui dit le contraire sans y penser. Je n'ai ni la vanité ni la consolation de croire que tous mes concitoyens pensent comme moi ; mais je

CORRESPONDANCE

connoiâ la caudeor de leors procédés ; si quelqu'un d'eux m'attaque, ce sera hautement et sans se cacher; ils m'estimeront asses en me combattant, oii du moins s'estimeront assez eux-mêmes pour me rendre la franchise dont j'use envers tout le monde. D'ailleurs eux, pour qui cet ouvrage est écrit, eux à qui il est dédié, eux qui l'ont honoré de leur approbation, ne me demanderont point à quoi il est utile : ils ne m'objecteront point, avec beaupoup d'autres, que, quand tout cela seroit vrai, je n'aurois pas dû le dire; comme si le bonheur de la société étoit fondé sur les erreurs des hommes. Ils y verront, j'ose le croire, de fortes raisons d'aimer leur gouvernement, des moyens de le conserver; et, s'ils y trouvent les maximes qui conviennent au bon citoyen, ils ne mépriseront point un pcrit qui respire partout Thumanité, la liberté, l'amour de la patrie, et l'obéissance aux lois.

. Quant aux habitans des autres pays, s'ils ne trouvent dans cet ouvrage rien d'utile ni d'amusant, il seroit mieux, cerne semble, de leur demander pourquoi ils le lisent, que de leur expliquer pourquoi il est écrit. Qu'un bel esprit de Bordeaux m'exhorte gravement à laisser les discussions politiques pour faire des opéra, attendu que lui, bel esprit, s'amuse beaucoup plus à la représentation du D^t^în du village qu'à la lecture du Discours sur r Inégalité, il a raison sans doute , s'il est vrai qu'en écrivant aux citoyens de Genève je sois obligé d'amuser les bourgeois de Bordeaux (*).

Quoi qu'il en soit, en témoignant ma reconnoissance à mon défenseur, je le prie de laisser le champ libre à mes adversaires, et j'ai bien du regret moi-même au temps que je perdois autrefois à leur répondre. Quand la recherche do la vérité dégénère en disputes et querelles personnelles, elle ne tarde pas à prendre les forjnes du mensonge; craignons de l'avilir encore ; et à quelque prix que soit la science, la |)aix de l'âme vaut encore mieux. Je ne veux point d'autre défense pour mes écrits que la raison et la vérité, ni pour ma personne que ma conduite et mes mœurs : si ces appuis me

(*) Voyei d-aprës la lettre à II. do Boitfi, du 24 janvier 47iM). G. P*

manquent rien ne me soutiendra; s'ils me tiennent qu'ai-je à craindre ?

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