‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 36 sur 158 · A M. LE COMTE DE TRESSAN · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE TRESSAN

Paria, le M décembre im.

Je vous honorois, monsieur, comme nous faisons tous ; il m*est doux de joindre la reconnoissance à l'estime, et je remercierois volontiers M. Palissot de m'avoir procuré, sans y songer, des témoignages de vos bontés, qui me permettent de vous en donner de mon respect. Si cet auteur a manqué à celui qu'il devoit, et que doit toute la terre au prince qu*il vouloit amuser, qui plus que moi doit le troa-> ver inexcusable? Mais si tout son crime est d'avoir exposé mes ridicules, c'est le droit du théâtre ; je ne vois rien en cela de répréhensible pour Thonnéte homme , et j'y vois pour Tauleur le mérite d'avoir su choisir un sujet très-riche. Je vous prie donc, monsieur, de ne pas écouter là-dessus le zélé que l'amitié et la générosité inspirent à M. d'Alembert^ et de ne point chagriner, pour cette bagatelle, un homme de mérite qui ne m'a fait aucune peine, et qui porteroit avec douleur la disgrâce du roi de Pologne et la vôtre.

Mon cœur est ému des éloges dont vous honorez ceux de mes concitoyens qui sont sous vos ordres. Effectivement le Genevois est naturellement bon, il a l'âme honnête, il ne manque pas de sens, et il ne lui faut que de bons exemples pour se tourner lout-à-fait au bien. Per* mettez-moi, monsieur, d'exhorter ces jeunes officiers à profiter du vôtre, à se rendre dignes de vos bontés, et à perfectionner sous vos yeux les qualités qu'ils vous doivent peut-être, et que vous attribuez à leuc éducation. Je prendrai volontiers pour moi, quand vous viendrez à Paris, le conseil que je leur donne. Ils étudieront l'homme de guerre; moi, le philosophe; notre étude commune sera l'homme de bien^ et vous serez toujours notre maître.

Je suis avec respect, etc.

A M. d'alembert.

Ce 27 décembre.

Je suis sensible, mon cher monsieur, à Fin-- (érèt que vous prenez à moi ; mais je ne puis

ANNÉE i756.

«piirooTer le zèle qui tous fait poarsQivre ce fiaurre M. Palisaot» et j'aurois grand regret aux momens que tout cela vous a fait perdre, sans le témoignage d*aniitié qui en résulte en ma faveur. Laissez donc là cette affaire, je tous co prie derechef; je vous en suis aussi obligé que si elle étoit terminée, et je vous assure que Pexpulsion de Palissot, pour Pamour de moi» me feroit plus de peine que de plaisir. A l'égard de Fréron» je n'ai rien à dire de mon chef, parce que la cause est commune ; mais ce qu'il y a de bien certain, c*est que votre mépris l'eût plus mortifié que vos pournitcs, et que, quel qu'en soit le succès, elles lui feront toujours plus d'honneur que de mal.

]*ai écrit à M. de Tressan pour le remercier et le prier d'en rester là. Je vous montrerai ma réponse avec sa lettre à notre première entrevue. Je ne puis douter qae je ne vous doive tous les lémoîgnages d'estime dont elle est remplie. Tout compté, tout rabattu, il se trouve que je gagne à tous égards dans cette affaire. Pourquoi rendrons-nons du mal à ce pauvre homme pour le bien réel qu'il m'a fait? Je vous remercie et vous embrasse de tout mon cœur.

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