‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 54 sur 158 · A MADAME LA MARECHALE DE LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

A MADAME LA MARECHALE DE LUXEMBOURG

Mootmoreocy, le 24 décembre I7S1 .

Je sens vivement tous mes torts et je les

(*) Il désigne ici Jacqaet Gqjer, tarnominé Ktyiogg, culli- ▼itear dna |a paroiise d'Uster, canloD de Zurich, et qui a donné an médecin Hinel l'idée de son Socrate rutiiqne, Voyei la lettre du \\ novembre 1764. G. P.

expie : oubliez-les, madame la maréchale, je vous en conjure. Il est certain que je ne saurois vivre dans votre disgrâce ; mais si je ne mérite pas que cette considération vous touche, ayez, pour m'en délivrer, moins d'égard à moi qu*i vous. Songez que tout ce qui est grand et beau doit plaire à votre bon cœur, et qu'il n'y a riea de si grand ni de si beau que de faire grâce. Je voulois d'abord supplier M. le maréchal d'employer son crédit pour obtenir la mienne; mail j'ai pensé que la voie la plus courte et la plus simple étoit de recourir directement à vous, et qu'il ne falloit point arracher de votre complaisance ce que j'aime mieux devoir à votre seale générosité. Si l'histoire de mes fautes en faisoit l'excuse, je reprendrois ici le détail des indices qui m'ont alarmé, et que mon imagination troublée a changés en preuves certaines :inais, madame la maréchale, quand je vous aurai montré comme quoi je fus un extravagant, je n'en serois pas plus pardonnable de Tètre ; et je ne vous demande 'pas ma grâce parce qu'elle m'est due, mais parce qu'il est digne de vous de me l'accorder.

A MADAMB LATOI».

A MonliDorencx, le H Jantier f 7>3.

Saint-Preux avoit trente ans, se portoitbien, et n'étoit occupé que de ses plaisirs; rien ne ressemble moins à Saint-Preux que J.-J. Rousseau. Sur une lettre pareille à la dernière, Julie se fût moins offensée de mon silence qo 'a/armée de mon état; elle ne se fût point, ea pareil cas, amusée à compter des lettres et à souligner des mots : rien ne ressemble moins à

Julie que madame de Vous avez beaucoup

d'esprit, madame, vous êtes bien aise de le montrer, et tout ce que vous voulez de moi ce sont des lettres : vous êtes plus de votre quartier que je ne pensois.

A LA MfiMB.

Uontmorency, le 21 jan?ia* f 7il>

Je vous ai écrit, madame, espérant à peine de revoir le soleil ; je vous ai écrit dans un état

sur

o&y Bt TOUS aviez souffert la centième partie de mes maux» tous n'auriez sûrement guère songé à m*écnre; je tous ai écrit dans des momens où noe seule ligne est sans prix. Là-dessus, toat ce que tous aTOz foit de Totre côté a été de compter les lettres, et Toyant que j'élois en reste aTec tous de ce côté, de m'envoyer pour toute consoiation, des plaintes, des reproches, et même des inTectives. Après cela, tous apprenez dans le public que j'ai été très-mal, et que je le suis encore; cela fait nouvelle pour TOUS. Vous n'en aTez rien tu dans mes lettres ; c'est, madame, que TOtre cœur n'a pas autant d'esprit que Totre esprit. Vous Toulez alors être instruite de mon état, tous demandez que ma gouTernante tous écrive ; mais ma gouTernante n'a pas d'autre secrétaire que moi, et quand dans ma situation Ton est obligé de faire ses bnlletins soi-même, en Térité l'on est bien dispensé d'être exact. D'ailleurs je TOUsaTOue qu'un commerce de querelles n'a pas pour moi d'assez grands charmes pour me fatiguer à l'entretenir. Vous pouTCz tous dispenser de mettre à prix la restitution de TOtre estime ; car je TOUS jure, madame, que c'est une restitution dont je ne me soucie point.

k M. DE MALESBERBES.

Montmorency, lo 8 féTrier I7S2.

SitAt que j'appris, monsieur, que mon où- TToge aeroil imprimé eii France, je préTis ce qui m'arrÎTe; et j'en suis moins fâché que si j'en étois surpris. Mais n'y auroit-il pas moyen de remédier pourFaTenir aux incouTéniens que je prèToifl encore, si, publiant d'abord les deux premiers Tolumes, Duchesne et Néaulme son correspondant restent propriétaires des deux autres? Il résultera certainement de toutes ces cascades des difficultés el des embarras qui poarroient tellement prolonger la publication de mon liTre, qu'il seroit à la fin supprimé ou mutilé, ou que je serois forcé de recourir tôt ou tard à quelque expédient dont ces libraires croiroient aToir à se plaindre. Le remède à tout cela me parott simple ; la moitié du liTre est faite ou à peu près, la moitié de la somme est pa jée ; que le marché soit résilié pour le reste, et que Duchesne me rende mon manuscrit : ce

sera mon affaire ensuite d'en disposer comme je l'entendrai. Bien entendu que cet arrangement n'aura lieu qu'aTec l'agrément de madame la maréchale, qui sûrement ne le refn^ sera pas lorsqu'elle saura mes raisons. Si tous Touliez bien, monsieur, négocier cette affaire, TOUS soulageriez mon cœur d'un grand poids qui m'oppressera sans relAche jusqu'à ce qu'elle soit entièrement terminée.

Quant aux changemens à faire dans les deux premiers Tolumes avant leur publication , je voudrois bien qu'ils fussent une fois tellement spécifiés, que je fusse assuré qu'on n'en exigera pas d'ultérieurs, ou , pour parler plus juste, qu'ils ne seront pas nécessaires ; car, monsieur, je serois bien fâché que, par égard pour moi, vous laissassiez rien qui pût tirer à conséquence: il vaudroit alors cent fois mieux suivre l'idée d'envoyer toute l'édition hors du pays. C'est de quoi Ton ne peut juger qu'après aToir tu bien précisément à quoi se réduit tout ce qu'il s'agit d'ôter ou de changer ; car je crains sur toute chose qu'on n'y roTienne à deux fois. Pour préTcnir cela, je tous supplie, monsieur, délire ou faire lire les deux TOlumes en entier, afin qu'il ne s'y trouTC plus rien qui n'ait été tu.

Je ne tous parlerai point de TOtre Tisite, jugeant que ce silence doit être entendu de tous. Agréez, monsieur, mon profond respect.

Je ne Tois point qu'il soit nécessaire que tous TOUS donniez la peine d'euToyer ici personne pour cette affaire ; il suffira peut-être de m'en- Toyer une note de ce qui doit être ôté, et j'écrirai là-dessus à Duchesne de faire les cartons nécessaires; car, encore une fois, monsieur, je ne tcux en cette occasion disputer sur rien, et je serois bien fâché de laisser un seul mot qui pût faire trouTer étrange qu'on eût laissé faire cette édition à Paris. Indiquez seulement ce qu'il coHTient qu'on ôte, et tout cela sera Até. Une seule chose me fait de la peine, c'est qu'on ne sauroit exiger de Néaulme de faire en HoJlande les mêmes cartons, et que, ne les faisant pas, son édition pourroit nuire à celle de Duchesne.

A M. MOULTOU

MoDUnorencri le 16 février 1761.

Plus de monsieur, cher Moultou, je vous

CORRESPONDANCE

en supplie ; je ne puis souCFrir ce moi-là entre gens qui B*estîment et qui s*atinent : je tâcherai de mériter que vous ne tous en serviez plus avec moi.

Je suis touché de vos inquiétudes sur ma sârcté ; mais vous devez comprendre que, dans l'état où je suis, ii y a plus de franchise que de courage à dire des vérités utiles, et je puis désormais mettre les hommes au pis, sans avoir grand'ehose a perdre. D^ailleurs, en tout pays, je respecte la police et les lois ; et, si je parois ici les éluder, ce n'est qu'une apparence qui n'est point fondée; on ne peut être plus en règle que je le suis. Il est vrai que si l'on m'attaquoit» je ne pourrais sans bassesse employer tous mes avantages pour me défendre ; mais il n'en est pas moins vrai qu'on ne pourroit m'attaquer justement, et cela sufHt pour ma tranquillité : toute ma prudence dans ma conduite est qu'on ne puisse jamais me faire mal sans me faire tort ; mais aussi je ne me dépars pas de là. Vouloir se mettre à l'abri de l'injustice, c'est tenter l'impossible, et prendre des précautions qui n'ont point de fin. J'ajouterai qu'honoré dans ce pays de l'estime publique, j'ai une grande défense dans la droiture de mes intentions, qui se fait sentir dans mes écrits. Le François est naturellement humain et hospitalier ; que gagneroit-on de persécuter un pauvre malade qui n'est sur le chemin de personne, et ne prêche que la paix et la vertu? Tandis que l!auteur du livre de PEsprit vit en paix dans sa patrie, J. J. Rousseau peut espérer de n'y être pas tourmenté.

Tranquillisez-vous donc sur mon compte, et soyez persuadé que je ne risque rien. Mais pour mon livre, je vous avoue qu'il est maintenant dans un état de crise qui me fait craindre pour son sort. Il faudra peut-être n'en laisser parottre qu'une partie, ou le mutiler misérablement; et, là-dessus, je vous dirai que mon parti est pris. Je laisserai Ater ce qu'on voudra des deux premiers volumes; mais je ne souffrirai pas qu'on touche à la Profession de foi : il faut qu'elle reste telle qu'elle est, ou qu'elle soit supprimée : la copie qui est entre vos mains me donne le courage de prendre ma résolution là-dessus. Nous en reparlerons quand j'aurai quelque chose de plus à vous dire ; quant à présent tout est suspendu. Le grand éloignemenc

ile Paris et d'Amsterdam fait que tonte cette affoire se traite fort lentement, et tire extrêmement en longueur.

L'objection que vous me faites sur Tétat de la religion en Suisse et à Genève, et sur le tort qu'y peut faire l'écrit en question, seroit ploi grave si elle étoit fondée; mais je suis bien éloigné de penser comme vous sur ce point. Vous dites que vous avez lu vingt fois cet écrit ; eh bienl cher Moultou, lisez-le encore une vingt-unième ; et si vous persistez alors dans votre opinion, nous la discuterons.

J'ai du chagrin de l'inquiétude de monsieur votre père, et surtout par Tinfluence qu'elle peut avoir sur votre voyage ; car, d'ailleurs, je pense trop bien de vous pour croire que, quand votre fortune seroit moindre, vous en fiassiez plus malheureux. Quand votre résolution sert tout-à-fait prise là-dessus, marquez-le-moi, afin que je vous garde ou vous envoie le misérable chiffon auquel votre amitié veutbien metu^e un prix. J'aurois d'autant plus de plaisir à vous voir que je me sens un peu soulagé et plus en état de profiter de votre commerce ; j'ai quelques instans de relâche que je n'a vois pas auparavant, et ces instans me seroient plus chers si je vous avois ici. Toutefois vous ne me devez rien, et vous devez tout à votre père, à votre famille, à votre élat ; et l'amitié qui se cultive aux dépens du devoir n'a plus de charmes. Adieu, cher Moultou; je vous embrasse de tout mon cœur. J'ai brùlé votre précédente leiure : mais pourquoi signer, avez-vous peur que je ne vous reconnoisse pas?

A HàDAMB LA MARECHALE DE LUXEmODRC Uontmorency, le IS février 4768.

Vous êtes, madame la maréchale, comme la Divinité, qui ne parle aux mortels que par les soins de sa providence et les dons de sa libéralité. Quoique ces marques de votre souvenir me soient très-précieuses, d'autres me le seroient encore plus : mais quand on est si riche, on ne doit pas être insatiable ; et il faut bien, quantàprésent,me contenter du bienquevous me faites en signe de celui que vous me voulez. Avec quel empressement je vois approcher h

ANKÉR 1763.

temps de receroir des lémoîgnages d*ainitié de TOtre boQcliey et combien cet empressement n^uigmeiiteroit-îl pas encore» si mes maux, me donoaoc on peu de relâche^ me laissoient plus en eut d'en profiter I Ohl venez, madame la maréciiaia: quand, aux approches de Pâques, j'aorai tu M. le maréchal et vous, en quelque sîloaûon que je reste, je chanterai d'un cœur coDteot le cantique de Siméon.

M. de Halesherbes vous aura dit, madame la maréchale, qa'îl se présente, sur la publication de non ouvrage, quelques difficultés que jai prifaes depuis long-temps, et qu'il faudra lever par des changemcns pour la partie qui est imprimée; mais quant à la partie qui ne l'est piM, je souhaite fort, unt pour la sûreté du libraire que pour ma propre tranquillité, qu'elle ne soit pas imprimée en France. Ce même libraire ne devant plus l'imprimer lui-même, il est inutile qu'il en reste chargé pour la faire imprimer en pajs étranger par un autre ; et toutes ces cascades diminuant mon inspection sur mon propre ouvrage, le laissent trop à la discrétion de ces messieurs-là. Voilà ce qui me hit désirer, si vous l'agréez, que le traité soit annulé pour cette partie; que les billets soient rendus à Duchesne, et que le reste de mon manuscrit me soit aussi rendu. J'aime beaucoup mieux supprimer mon ouvrage que le mutiler ; et, s'il lui demeure, il faudra nécessairement qu'il soit mutilé, gftté, estropié pour le £iire parottre; ou, ce qui est encore pis, qu'il reste après moi à la discrétion d'autrui, pour être ensuite publié sous mon nom dans (*écat on l'on voudra le mettre. Je vous supplie, madame la maréchale, de peser ces considératioDS» et de décider là-dessus ce que TOUS jugez à propos qui se fasse ; car mon plus grand désir dans cette affaire est qu'il vous plaise d'en être l'arbitre, et que rien ne soit fM que sur votre décision.

A LA MÉIIB.

Montmorency, le 49 férrier 1768.

Je Tois, madame la maréchale, que vous ne vous lassez point de prendre soin de mon malhcnrem livre : et véritablement il a grand besoin de votre protection et de celle de M. de

Halesherbes, qui a poussé la bonté jusqu'à venir même à Montmorency pour cela. Je crains que le parti de faire imprimer les deux derniers volumes en Hollande ne devienne chaque jour sujet à plusd!inconvéniens,parcequeDuchesDe, paresseux ou diligent toujours mal à propos, a commencé ces deux volumes, quoique je kd eusse écrit de suspendre: mais comme, de peur d'en trop dire, je ne lui ai écrit que par forme de conseil, il n'en a tenu compte ; et ce sera du travail perdu dont il faudra le dédommager, à moins qu'il n'envoie les feuilles en Hollande; auquel cas autant vaudroit peut-être qu'il achevât et prit le même parti pour le tout. Je souffre véritablement, madame la maréchale, du tracas que tout ceci vous donne depuis si long-temps; et moi, de mon cAté, j'en suis aussi depuis cinq mois dans des angoisses continuelles, sans qu'il me soit possible encore de prévoir quand et comment tout ceci finira. Voici une petite note en réponse à celle que M. de Malesberbes m'a envoyée, et que je suppose que vous aurez vue. Je vous supplie de la lui communiquer quand il sera de retour.

Vous me marques et M. le maréchal me marque aussi que vous me cherchez un chien. En combien de manières ne vous occupez-vous point de moi I Mais, madame, ce n'est pas uu autre chien qu'il me faut, c'est un autre TurCp et le mien étoit unique : les pertes de cette espèce ne se remplacent point. J'ai juré que mes attachemens de toutes les sortes seroient désormais les derniers. Celui-là, dans son espèce, étoit du nombre ; et pour avoir un chien auquel je ne m'attache point, je l'aime mieux de toute autre main que de la vôtre. Ainsi ne songez plus, de grâce, à m'en chercher un. Bonjour, madame la maréchale; bonjour, monsieur lemaréchaf : je ne vous écris jamais à l'un ou à l'autre sans m'atlendrir sur cette réflexion, qu'il y a long-temps que je n'ai plus de momens heureux de la part des hommes que ceux qui me viennent de vous.

A LA MÊKK.

Uontniorency» le SB man 1782.

Il faut, madame la maréchale, que je vous confie mes inquiétudes, car elles troublent mon cœur à proportion qu'il tient à ses attachenMUl^

CORRESPONDANGi;.

M. lemaréchai ayant été incommodé» et M. Dubettîer ayant bien voulu mlnformer de son état, je Tavois prié de continuer jusqu'à son entier rétablissement; et précisément depuis ce moment il ne m*a pas écrit un mot : le même M. Dubcttier est venu hier & Montmorency, et ne m'a rien fait dire. J*ai écrit en dernier lieu à M. le maréchal, et il ne m*a pas répondu. Le temps du voyage approche ; il avoit accoutumé de me réjouir le cœur en me Tannonçant^et cette fois il a gardé le silence : enfin tout le monde se tait, et moi je m'alarmc. C'est un défaut trèsimportun, je le sens bien, aux personnes qui me sont chères, mais qui, tenant à mon caractère, est impossible à guérir, et que la solitude et les maux ne font qu*augmenter. Ayez-en pitié, madame la maréchale, vous qui m'en pardonnez tant d'autres, et sur qui tant de marques d'intérêt et de bontés que j'ai reçues de vous en dernier lieu m'empêchent d'étendre mes craintes ; engagez, de grâce, M. le maréchal à les dissiper par une simple feuille de papier blanc. Ce témoignage si chéri, si désiré, me dira tout; et, en vérité, j'en ai besoin pour goûter sans alarme l'attente du moment qui s^approche, et pour me livrer sans crainte à l'épanouissement de cœur que j'éprouve toujours en TOUS abordant.

A MADAXB LATOCB.

Ce4aTrill769.

Ha situation^ madame, est toujours la même, et j'avoue que sa durée me la rend quelquefois pénible à supporter ; elle me met hors d'état d'entretenir aucune correspondance suivie, et le ton de vos précédentes lettres achevoil de me déterminer à n'y plus répondre ; mais vous en avez pris un dans les dernières auquel j'aurai toujours peine à résister. N'abusez p<is de ma foiblesse, madame ; de grâce, devenez moins exigeante, et ne faites pas le tourment de ma vie d'un commerce qui, dans tout autre état, en feroit l'agrément.

A LA MÊME

a4aTril4762.

J^élois si occupé, madame, à l'arrivée de

votre exprès, que je fus contraint d'user de li permission de ne lui donner qu'une répome verbale. Je n'ai pas un cœur insensible à 1 inié* rét qu'on parott prendre â moi, et je ne puii qu'être touché do la persévérance d'une personne faite pour éprouver celle d'autnii; mais, quand je songe que mon âge et mon état ne me laissent plus sentir que la gêne du commerce avec les dames, quand je vois ma vie pleitie d'assujettissemens, auxquels vous en ajoutez on nouveau, je voudrois bien pouvoir accorder le retour que je vous dois avec la liberté de ne vous écrire que lorsqu'il m'en prend envie. Quant au silencede votreamie, j'en avoisderiné la cause, et ne lui en savois point mauvais gré, quoiqu'elle rendit en cela plus de justice à ma négligence qu'à messentimens. Du reste, cette fierté ne me déplaît pas, et je la trouve de fort bon exemple. Bonjour, madame; on n'a pas besoin d'être bienfaisant pour vous rendre ce qui vous est dû ; il suffit d'être juste, et c'est ce que je serai toujours avec tous, tout sa moins.

A M. MOULTOU

Montroorencf , le 2S avril I7S9.

Je voulois, mon cher concitoyen, attendre pour vous écrire, et pour vous envoyer le chiffon ci-joint, puisque vous le désirez , de pouvoir vous annoncer définitivement le sort de mon livre ; mais cette affaire se prolonge trop pour m'en laisser attendre la fin. Je crois que le libraire a pris le parti de revenir an premier arrangement, et de faire imfNrimer en Hollande, comme il s'y étoit d'aboid engagé. J'en suis charmé; car c'étoit toujours malgré moi que, pour augmenter son gain, il prenoit le parti de faire imprimer en France, quoique de ma part je fusse autant en règle qu'il me convient, et que je n'eusse rien fait sans l'aveu du magistrat. Mais maintenant que le libraire a reçu et payé le manuscrit, il en est le maître. Il ne me le rendroit pas quand je lui reodrois son argent, ce que j'ai voulu fdire inutilement plusieurs fois, et ce que je ne suis pins eo état de faire. Ainsi j'ai résolu de ne plus m'inquiéter de cette affaire, et de laisser courir sa fortune au livre, puisqu'il est trop tard pour l'empêcher.

Qnoiqiiepar là toute discosaioQ for le danger de It profession de foi devienne inutile^ pnisqoe assarément, quand je la Toudrois retirefi le libraire ne me la rendroit pas, j'espère poortant que tous avez mis ses effets au pis, en supposant qu'elle jetteroit le peuple pami nous dans une incrédulité absolue : car, premièrement, je n'ôte pas à pure perte, et même je n'A te rien, et j'établis plus que je De détruis. D'ailleurs le peuple aura toujours une religion positive, fondée sur l'autorité des hommes, et il est impossible que, sur mon ouvrage, le peuple de Genève en préfère une antre à celle qu'il a. Quant aux miracles, ils ne font pas tellement liés à cette autorité qa'on ne pubse les en détacher à certain point; et cette séparation est très-importante à faire, afin qu*un peuple religieux ne soit pas à la discréûon des fourbes et des novateurs; car, quand vous ne tenez le peuple que par les mirades, vous ne tenez rien. Ou Je me trompe fort, on ceux sur qui mon livre féroit quelque impresnon parmi le peuple, en seroient beaueoop pins gens de bien, et n'en seroient guère moins chrétiens» ou plutAt ils le seroient plus enentiellement. Je suis donc persuadé que le senl mauvais effet que pourra faire mon livre parmi les nAtres sera contre moi , et même je M doale point que les plus incrédules ne souffleot eooore plus le feu que les dévots : mais cetce considération ne m'a jamais retenu de hin ce que j*ai cm bon et utile. Il y a longtemps que j'ai mis les hommes au pis; et puis je vois très-bien que cela ne fera que démasquer les haines qui couvent; autant vaut les Biettre à leur aise. Pouvez^vous croire que je M m'aperçoive pas que ma réputation blesse les yeux de mes concitoyens, et que, si Jean- Jacques n'étoit pas de Genève, Voltaire y eût éiè moins fêté ? Il n'y a pas une ville de l'Europe dont il ne me vienne des visites à Mont- OMrency, mais on n*y aperçoit jamais la trace d'on Generois; et, quand il y en est venu quelqu'un, ce n*a jamais été que des disciples de Voltaire, qai ne sont venus que comme espions. Voila, très-cher concitoyen, la véritable raison qai m'empêchera de jamais me retirer à Genève ; on seul haineux empoisonneroit tout le plaisir d'y trouver quelques amis. J*aime trop ma patrie pour supporter de m'y v^ir haï :

il vaut mieux vivre et mourir en exil. Dites^moi donc ce que je risque. Les bons sont à Té* preuve, et les autres me haïssent déjà. Os prendront ce prétexte pour se montrer, et je saurai du moins à qui j'ai affaire. Du reste, nous n'en serons pas sitôt à la peine. Je vois moins clair que jamais dans le sort de mon livre; c'est un abîme de mystère où je ne saurois pénétrer. Cependant il est payé, du moins en partie, et il me semble que dans les actions des hommes, il faut toujours, en dernier ressort, remonter à la loi de l'intérêt. Attendons.

Le CofUrat social est imprimé, et vous en recevrez, par renvoi de Rey, douze exemplaires, franc de port, comme j'espère; sinon vous aurez la bonté de m'envoyer la note de vos déboursés. Voici la distribution que je vous prie de vouloir bien faire des onze qui vous resteront, le vôtre prélevé.

Un à la Bibliothèque, etc«

A propos de la Bibliothèque» ne sachant point les noms des messieurs qui en sont chargés à présent, et par conséquent ne pouvant leur écrire, je vous prie de vouloir bien leur dire de ma part que je suis chargé, par M. le maréchal de Luxembourg, d'un présent pour la Bibliothèque. C'est un exemplaire de la magnifique édition des Fables de La Fontaine , avec des figures d'Oudry, en quatre volumes in-folio. Ce beau livre est actuellement entre mes mains, et ces messieurs le feront retirer quand il leur plaira. S'ils jugent à propos d'en écrire une lettre de remerctment à M. le maréchal, je crois qu'ils feroient une chose convenable. Adieu, cher concitoyen ; ma feuille est finie, et je ne sais finir avec vous que comme cela. Je vous embrasse.

P. S. Vous verrez que cette lettre est écrite à deux reprises , parce que je me suis fait une blessure à la main droite, qui m'a long-temps empêché de tenir la plume* C'est avec régnât que je vous fais coûter un si gros port, mais vous l'avez voulu.

tv.

A MM. DE LA BOatrà icONOMIQUB UB IllUIB.

HODtmoreiicy, le aTiil I7S2«

Vous êtes moins inconnus, messieurs, que vous

as*

ne pensez, U faut que votre société ne manque pas ûe célébrité dans le monde, puisque le bruit en est parvenu dans cet asile ànn homme qui n'a plus aucun commerce avec les gens de lettres. Vous vous montrez par un côté si intéressant que votre projet ne peut manquer d'exciter le public, et surtout les honnêtes genâ, à vouloir vous connoître; et pourquoi voulez^vous dérober aux hommes le spectacle si touchant et si rare dans notre siècle de vrais citoyens aimant leurs frères et leurs semblables, et s'occupant sincèrement du bonheur der la patrie et du genre humain ?

Quelque beau cependant que soit votre plan, et quelques talens que vous ayez pour Pexé* cuier, ne vous flattez pas d'un succès qui ré« ponde entièrement à vos vues. Les préjugés qui ne tiennent qu'à Terreur se peuvent dé^ truire, mais ceux qui sont fondés sur nos vices ne tomberont qu*avec eux. Vous roulez commencer par apprendre aux hommes la vérité pour les rendre sages , et , tout an contraire , il faudroit d'abord les rendre sages pour leur faire aimer la vérité. La vérité n'a presque jamais rien fait dans le monde, parce que les hommes se conduisent toujours plus par leurs passions que par leurs lumières, et qu'ils font le mal, approuvant le bien. Le siècle où nous vivons est des plus éclairés, même en morale : est-il des meilleurs ? Les livres ne sont bons à rien; j'en dis autant^des académies et des sociétés littéraires; on ne donne jamais à ce qui en sort d'utile qu'une approbation stérile : sans cela, la nation qui a produit les Fénélon, les Montesquieu, les Mirabeau, ne seroil-elle pas la mieux conduite et la plus heureuse de la terre? En vaut-elle mieux depuis les écrits de ces grands hommes? et un seul abus a-t-il été redressé sur leurs maximes? Ne vous flattez pas de faire plus qu'ils n'ont fait. Non, messieurs» vous pourrez instruire les peuples, mais vous ne les fendrez ni meilleurs ni plus heureux. C'est une des choses qui m'ont le plus découragé durant ma courte carrière littéraire, de sentir que, même en me supposant tous les talens dont j'avois besoin , j'attaquerois sans fruit des erreurs funestes, et que, quand je les pourrois vaincre, les choses n'en iroient pas mieux. J'ai quelquefois charmé mes maux en satisfoisant mon cœur, mais sans m'en im-

poser sur l*effet de mes soins. Plusieurs m'ont lu, quelques-uns m'ont approuvé même; et» comme je Tavois prévu, tous sont rest^ ce qu'ils étoient auparavant. Messieura , vous dn rez mieux et davantage, mais vous n'aurez pas un meilleur succès ; et, au lieu du bien pnblic que vous cherchez, vous ne trouverez que la gloire que vous semblez craindre.

Quoi qu'il en soit, je ne puis qu'être sensible à l'honneur que vous me faites de m'associer en quelque sorte , par votre correspondance, à de si nobles travaux. Mais, en me la proposant, vjous ignoriez aans doute que vous vous adressiez à un pauvre malade qui» après avoir essayé dix ans du triste métier d'auteur pour lequel il n'étoit point h% j renonce dans la joie de son cœur, et après avoir eu l'honneur d'entrer en lice avec respect, mais en homme libre, contre une tète couronnée, ose dire, en quittant la plume pour ne la jamais reprendre :

Mais sans aspirer aux prix donnés |i«r TOlre munifioenca, j'en trouverai tonjoufs nn tiéa» grand dans Tiionneor de votre estime ; et à vous me juges digne de votre correspondance, je ne refuse point de l'entretenir antaot qine mon état, ma retraite et mes lumières pourront le peripettre; et, pour comuMMoer par ce que voua exigez de moi, je vous dirai que voire plan,. quoique trè»-bien fait, me parolt généraliser un peu trop les idées, et loorner trop vers la métaphysique des rechereiras qui deviendroient plus utiles, selon vos vues, si elles avoient des applieatioas pratiques, locales et particulières. Quant àros questions» elles sont très-belles ; la titHsième (') surtout me plaît beaucoup ; c'est ceUe qui me tenteroit si j 'a vois à écrire. Vos vues, en la proposant, sont assez claires , et il faudra que celui qui la traitera soit bien mahidroit s'il ne les ren^riit pas. Dans la prsmîére, où vous de* mandez quels wnt les mn^enâdetirer mnpett^ pie deiaeorrvpHM^ outre que ce mot de^srruption me parott un peu vague , et rendn ta question presqneindétermtnée, il faudroit eom» menoer peut-être par demander s'il est de teto moyens, car c'est de quoi l'on peut tout aa

(I ) « Quel people « janike été le plot beqrciix ? »

ANNÉE 176â.

BoiM dooter. En compensation voiw pourriez ôier cecpfevoos ajoutez à la fin, et qui n'est qu'une répétition de la question même, ou en hit une aiiire tout-*à-fait i part [i].

Si j'arois i traiter ? otre seconde question (2) , je Depuis TOUS dissimuler <]pie je me déclarerois arec Piatoo pour raffirmative, cequi sûrement o'étoit pas Totre intention en la proposant. Faites comme TAcadémie Françoise, qui prescril le parti que Ton doit prendre et qui se garde bien de mettre en problème les questioiis sur lesquelles elle a peur qu'on ne dise la Térité.

La quatrième (3) est la plus utile « à cause de ceiteapplication locale dont j'ai parléci-devani; elle offire de grandes vues à remplir. Mais il B'y a qu'un SoiasOy ou quelqu'un qui connoisie à fond laconstitution physique, politique et morale du corps helvétique, qui puisse la Craicer avec succès. Il faudroit voir soi-même pour oser dire: Outinamt Hélas I c'est augmenter «es regrets de renouveler des vœux formés tant de fois et devenus inutiles. Bon- /opr, moosiear : je vous sahie, tous et voscollégaest de tooi mon cœnr et avec le plus Trai respect.

M. ns M ALBSHZRBBS.

llootmonDcj, le 7 ati 1761.

C'est i moi, monsieur, de tous remercier de ne pas dédaigner de si foibles hommages, que je voudrois bien rendre plus dignes de vous être oSérts. Je crois, à propos de ce dernier écrit, devoir tous informer d^une action du sieur Rey, laqueUo a peu d'exemples chez les libraires» et ne aauroit manquer de lui Taloir quelque partie des bontés don tvousm'honorez. C'esty monsieur, qu'en reconnoissance des pro-" fits qu'il prétend aToir faits sur mes ouvrages, il vient de passer, en faveur de ma gouvernante, l'acte d'une pension Tiagère de trois oenls livrée* et cela de son propremOuTement

(*) Vold la suite de cette qoettUm, « et quel est le plan le • plat parfait qu'an ^gislalear poiase inUre ft cet égara? «

(*) « EsMI de* pf^os^ireipecMbles qu'on bon eltof ep doive » le faire un fCfapQle de jOonôbtttre piil^iqaenient? •

(*)« Pir qnd moyeii pourro!t-on resserrer 1^ liaisons et »rainUié entre les dioreni des dWenei répuMIqiiesquI cotni piMciit la confédération belvéHqne? •

et de la manière dit monde la plus obligeante. Je TOUS sTOue qu*]l s'est attaché pour le res|te de ma vie un ami par ce procédé ; et j'en suis d'autant plus touché que ma plus grande peine, dans Tétat où je suis, étoit l'incertitude de celui où je laisserois cette pauvre fille après dix^ sept ans de services, de soins et d'attachement. Je sais que le sieur Rey n'a pas une bonne réputation dans ce pay9--ci, et j'ai eu moi<-mdme plus d'une occasion de m'en plaindre, quoique jamais sur des discussions d'intérêts, ni sur sa fidélité à faire honneur a ses engagemens. Mais il est constant aussi qu'il est généralement estimé en Hollande; et Toilà, ce me semble, un fait authentique quidoit effacer biendesimpuuitions vagues. En voilà beaucoup, monsieur, sur une affaire dont j'ai le cœur plein ; mais le vôtre est fait pour sentir et pardonner ces choses-là.

k WADillE Là VARiCHÀLE DE LUSUSMBOURG.

Montmorency, le 10 mal iros.

Je no croyois pas, madame la maréchale, que votre livre pût paroltte avant les fêtes ; mais Duchesne me marque qu'il compte pouvoir le mettre en débit la semaine prochaine ; et vous pensez bien que je vois ce qui Ta rendu diligent. J'avois destiné , pour vos distributions et celles de M. le maréchal, les quarante exemplaires qui ont été stipulés de plus qne les soixante que je me réserve ordinairement; mais mes distributions indispensables ont tellement augmenté, que je me vois forcé de vous en voler dix pour y suffire; sauf restitution cependant, si vous n'en avez pas assez : encore ai-je espéré que vous voudriez bien en faire agréer un à ^C le prince de Contl, et un autre à M. le dnc de Yilleroi, désirant qu'ils reçoivent quelque prix auprès d*eux de la main qui les offrira. Je voudrois bien en présenter un exemplaire à M. le jnarqnisd'Armentières, qui m'a paru prendra intérêt à cet ouvrage ' mais ne sachant comment le lui envoyer, je vous supplie, madame la maréchale, de vouloir bien, si voua le jugez à propos, vous charger de cet envoi, et j'en remplirai le vide.

J'ai écrit à Duchesne d'envoyer les trente exempléires à l'hAtei de Luxembourg, dans le courant de la semaine, et de commencer^ di-

CORRESPONDANCE

msnclM prochain 23, mes dùiributioDS, dont ' je lui ai envoyé la noie. Si tous voulez bien, madame la maréchale , n'ordonner les vAlres qm le mfime jour, cela fera que moioa de gens auront i se plaindre que d'antres aient en le livre avant eux. Au reate, quel que soit sonsnwès dira le inonde , mon dernier ouvrage ayaut élà publiquement honoré de vos scias et de votre protection, je crois ma carrière trèsheureusement couronnée : il étoit impossible de mieux finir.

Pour éviter tout double emploi, je cnm devoir vous prévenir, madame la marédiale, que j'enverrai un exemplaireà madame la comtesse de Bonffiert, ainsi qu'au chevalier de Lorenn.

k auUMB LITOOR.

A IfaitBarBDCT, la S oui (TCL

Vous aves tait, madame, un petitTW'praTuo : voilà la lettre de votre heureux papa ; redemandez-lui la mienne, je vous prie : étant pour mot, elle est à moi, je ne veux pas la perdre; car depuis que vous avez changé de ton, votre douceur me gagne, et je m'affectionne de plus I vient de vous. Ce petit rend pas, dans mon es- »; et dùt-il entrer du ire, on ne peut que bien e jeune femme dont les lus dangereuses, I sociétés par les gens i,j'avouequece préjugé favorable. Je n'avois de iire-nJean, non plus que vous m'avez fait menétendu jugement contre ir le premier, ainsi que à Paris par l'autre. Je BF ; je ne blâme qu'avec lis jamais à Paris. Que ces fflessieurs-Ià, madame, et quelle liaison doit exister entre vous et de tels gens?

LffXEMBOURC.

veDdradl ai mil.

Vous savez, madame la maréchale, qu'il y a une édition cooircfaite de mon livre, laquelle

doit parolire ces fétcs. Il est certain que si cent édition se débite, Duchesne eei ruiné, ei que ai les auteurs ne sont pas découverts, je mû déshonoré. Quelque nouvel embarras que ceci vous donne, il ne faut pas qu'il puisse être dit qu'une affoire entreprise par madame la miréchale de Luxembourg ait en une si triaie En. J'ai écrit hier à M. de Halesherbes : maisi'ij quelque frayeur, je l'avoue , qu'on n'ait aboi de sa confiance, et que l'auteur de la ftandt ne soit plus pris de lui qu'il ne pense. Car ofin cet auteur est l'imprimeur, oa le cottkteur, ou l'homme chargé do cette aKaire, oa moi. Or, il est bien difficile que-ce soit l'inpiimeur, puisqu'ils étoient deux, lesquels o'ivoient aucune communication enseinble : le correcteur est l'ami du libraire , et même toutes les feuilles n'ont pas passé par ses maint. Resteroit donc h chercher le fripon entre deux hommes dont je suis l'un. J'écris aujourd'hui à M. le lieutenant de police, et je vous axim copie de ma lettre. J'aurois voulu me tnuTa i votre passage au retour de rile~Adam ; miis je n'ai pu venir à bout de savoir si c'étoic isjourd'hoi ou demain que voua deviez venir, el je suis si fbible, si troublé, si occupé , que, m sachant pas non plus l'heure, je ne tentent pas même de m'y trouver, espérant me didommager mardi prochain; je vous excède, madame la maréchale, j'en suis navré; mais ù cette affaire n'est àclaiixie, il fout que j'en meure de désespoir.

Vous comprenez qu'il ne foudroitpas montrer ma lettre à M. de Halesherbes, mais seulement le prier de vouloir bien regarder luimême i cette affaire. Le premier colporteur saisi d'un exemplaire de la husse édition donne le bout de la pelotte ; il n'y a plus qu'à dévider.

> M. PB SàRTINB.

Honsiâor, Permettez-qne l'auteur d'un livre ht l'èiication, au sujet duquel requête vous a été jxé' sentée, prenne la libertéd'y'joindrelaMoae. Si l'édition contrefiute est mise en veoie. moi libraire en souffaira des pertes que je dois partager ; si les auteurs de la fraude ne sont pi* connus, je serai suspect d'en être complice.

ANMËfi 1763.

N'en ïoilàqne trop, moiuiear, pour anlorîsec reitrtme inquiétude où ja suis, el l'impor»niti qoe je tous cause. A la manière dont s'y preuMatcM èditean frauduleux, j'ai lieu de croire qo'ili w «mitent appuyée, et même, ma^ pi rnt ordre*, le colporteur Désaugea (') en proaietàiescBmaradoepourlaToiliedeBféiee.

Mail je tais fortement peraoadé, sur quelque protection qu'ils comptent, qu'un magistrat de TOtreinlégrité et doTOtre fermeté nepermettra jiBiis qne cette protection soit portée ju»qn'i favoriierles fripons aux dépens de la fortune dn libraire et de la réputation de l'auteur.

Diteset, moiiMenr, agréer mon profond mpect, et tous rappeler que je m'honorais de ce MDtiflKBt pour TOUS avant que je pnne prévoir que î'împlorerois un jour voire justice.

a lUfiun UTODK.

La preare, madame, qne je n'ai point voulu neilre en égalité votre amie et voua, est que fOD exemplaire vous a été remis, quoique j'eoue ion adresse ainsi que la vAtre. J'ai pensé qn'ajant une fille à élever, elle seroit peutr^tre bien lise de voir ce livre, et comme le libraire le vend fort cher, et qu'elle n'est pas riche, j'ai pensé encore que vous seriez bien aise de le lui offrir. Offrea-le-lui donc, madame, non de ma part, mais de la vAtre, et ne loi faites aucune mention de moi. Du reste, quoi que (OM pntiûez dire, je n'appellerai ni Julie ni Cliini denx femmes dont l'noe aura des secreu pour l'antre : car, si j'imagine bien les cœura de Julie et de Claire, ils étoient transparens l'un pour l'antre; il leur était ùqpossible de se cacher. Contentez-vous, croyez-moi, d'être Marianne; et si cette Marianne est telle que je me la Sgore, eUe n'a pas trop à se plaindre de ■on lot.

a M. HODLTOD.

L'état critique où étoient vos enfans quand

Cl 0* ut dm tooKi le* Mitioni mUrinint i eellMi < il« SNiMie'ert MdeBuaDl nae ImIs d'tai|ircNlon ; 1 cette (po^e le eolpoUBT Dtengci écoll bUn Mann pour r^iadre inDit* la «dmoM eoBUtbii»

VOUS m'avez écrtt me fôlt sentir pour vous la sollicitude et les alarmes paternelles. Tirez-^moi d'inquiétude austitAt que vous le pourrez; car, cher Houltou, je vous aime tendrement.

Je suis très-sensible au témoignage d'ealime que je reçois de lapart de H. de Reveniloir, dans la leure dont vous m'avesenvoyé l'eHMK :mais outre queje n'ai jamais aimé la poésie firançoise, et que n'ayant pas fait de vers depuis tré^ long-tempa.j'ainbsolumeat oublié cette petite mécanique, je vous dirai, déplus, que je doute qu'une pareille entreprise eût aucun succès; et, quant i moi du moins, je ne sais mettre en chanson rien de ce qu'il faut dire aux princes: ainsi je ne puis me charger du soin dont veat bien m'bonorer M. de Reventlov. Cependant, pour lui prouver que ce refus ne vient point de mauvaise volonté, je ne refuserai pas d'écrire nn mémoire pour l'instruction du jeune prince, si U. de fleventlov veut m'en prier. Quant à la récompense, je sais d'où la tirer sans qu'il s'en donne le aoin. Aussi-bien, quelque médiocre qne puisse être mon travail en lui-même, si je ^isois tant qne d'y metue un prix, il seroit tel qne ni U. de Reventloir, ni le roi de Dane" marck, ne poturoient le payer.

Enfin mon livre parottdepaisqaelqaes jours, et il Ht parfoitement prouvé par l'événement que j'ai payé les soins officieux d'un honnête homme dessoDpcons les pins odieux. Je ne me consolerai jamais d'one ingratitude aussi noire, et je porte au fond de mon cœur le poids d'un remords qui ne me q Je cherche quelque des exemplaires, et, du moins le vtoe avs de Lyon qui m'est tr m'a pas été possible c

leurs le libraire Bruyset qui Ta foite s'est signalé danscette affaire pai artificieuses , nuisibles à chesne, qne la justice, ai neur de l'auteur, demandi soit décriée autant qu'elle graod'peur qne ce ne soit la seule qui sera cou* nue où vous êtes, et que Genève n'en soit infecté. Quand vous aurez votre exemplaire, vous serez en état de foire la comparaison el d'en dire votre avis.

Vous avez bien nrévu que je serois emb

GORBËSPOFtDANGE.

rasié du transport des Fables de La Foutaitu. Moi, que le moindre tracas efforoucfae, et qui laisse dépérir mes propres livres dans les transports, foute d'en pouvoir prendre le moindre BOin, jugez du souci où me met la crainte que celui-là ne soit pas uses bien emballé pour ne point souffrir en route, et la difficulté de le faire eatrer & Paris sans qu'il aille (rainant des mois entiers à la chambre syndicale. Je tous jure que j'aurois mieux aioio en procurer dis autres i, la bibliothèque que de faire faire une lieue à celui-là. C'est une leçon pour une autre fois.

Vous qui dites que je suis si bien voulu dans Genève , répondes au fait que je Tais vous exposer. Il n'y a pas une ville en Europe dont les libraires oe recfaercheot mes écrits avec le plus grand empreasement. Genève est la seule où Rey n'a pu négocier des exemplaires du Contrat social. Pas un seul libraire n'a voulu a'ep charger. It est vrai que l'entrés de ce livre vient d'être défendue en France; mais c'est précisément pour cela qu'il devroit être bien reçu dans Genève; car mène j'y préftre hautement l'aristocratie à tout antre gonreniement. Répondes. Adieu, cher Houltou. Des nouvelles de vos enfans.

ma u KutQnuB m ca^oui- Uontmorencr, Ba de mil ITB3.

li m'oublies ; je le I vous laisserai pas oer des liaisons, j'en

I, et iurtoot f)

lire vous, de vous

de moi, mais non yant posé la plume re. je n'aurai pins, immagea à tous of- 'nn coeur plein de

et d'attachement, idâme, de ma part,

le ncaMI donné pir Un Peyrou ea (790, et aJle l'r iroaTO »rn: nnlerroptlon qni k voit id. G. P.

Quoi) voa* voulez foire un pèlerinage i Ifontmorency? Vous y Tiendrez visiter ces pauvres reliques genevoises, qui bientAt ds seront bonnes qu'à enchÂsser? Que j'atteadi avec ^presaemeBtce pèlerinage d'une espèce Houvelle, où l'on ne vient pas chercher le miracle, mais le faire; car vous me troaverK mourant, et je ne doute pas que Totre pc»scnoe ne me ressuscite, au moins pour quiou Jours. Au reste, madame, préparea-Tou i voir un joli garçon, qui s'est bien formé depaii cinq ou sis ans; J'étois un peu sauvage i b ville, mais je suis venu me dviUser dans la bois.

H. et madame de Luxonbourg vienaeat ici mardi pour un mois. J'ai cru vous devoir cet avertiseemeot, madame, sur la répegaanoe que vous avez à vous y trouver avec eux. Hiis j'avoue que les raisons que vous en allégua ■lie semblent très-mal fondées; et de plus, j'ti pour eux tant d'attachement et d'estime, qos quand on ne m'en parle pas avec éloge, j'iimerois mieux qu'on ne m'en parl&t point da tout.

Puisque tous aimez les solitaires, tous limez aussi les promenades qui le sont : et, quoique tous connoissiez le pays, je tous en promets de charmantes que tous ne connoisseï sûrement pas. J'ai aussi mon intérêt k cela; car, outre l'avantage du moment présent, j'aurai encore pour l'avenir celui de parcourir avec plus de plaisir les lieux où j'aurai eu le bonheur de vous suivre.

à MUUU UTOOn.

L«i*jiaintt.

Je suis mortifié, madame, cjne moa exemplaire n'ait pu être employé, et peut-être ne TOUS sera-t-il pas si aisé de le remplacer que TOUS avez pu la croire ;"car on dit que mon livre est arrêté, et ne se vend plus : à tout événement, il reste ici A vos ordres. Je ne renonce qu'à regret i l'espoir de vous en voir disposer, et je vous avoue que la délicatesse qii vous en empêche n'est pas de mon godt. Uiis ■I faut se soumettre, nous parlerons dti reste plus il loisir. Votre voyago est une affitre i méditer ; car je tous avoue que, Bialgré mon état, j'ai grand'peur de tous.

LA HÉHE.

A M. U. 4 Jain 4769.

J*aiy madame» ODe requAtei voub présenter; le cœor plein de vous, j'en ai parlé à madame la maréchale de Luxembourg; el» sans préyoir I e/Fec de mon zèle» je lui ai inspiré le désir de savoir qui vous êtes» et peut-être d'aller plus loin. Elle m'a donc chargé de vous demander la pennisftion de ?ous nommer à elle» et je dois ajouter que vous m'obligerez de me raccorder. Mais» du reste» vous pouvez me signifier vos volontés en toute confiance» vous serez fidèleoientobéie.Laseu]echoBeque je vousdemande poor l'acquit de ma commission» est» en cas de refus» de vouloir bien tourner votre lettre de manière que je poisse la lai montrer.

Dois-}e désirer ou craindre la visite que vous semblés me promettre? Je crois, en vérité» qa'etie m*Ale le repos d'avance ; que sera-ce après iéréflemeoc, mon Dieu 1 Que voulez- TOUS veairfiiireici de ceabeauï yeux vainqueurs des Susses ? Ne saurotenc-ils du moins laisser ea paix les Genevois? Ah I req>eclez ntes maux et BM Jbarbe grise» ne venez pas grêler sur ie penil. Il faut pourtant achever de m'humilier» en TOUS disant combiett les préjugés que vous cnigoez sont chimériques. Hélas 1 ce n'est pas d'aujourd'hui que de jolies femmes viennent impudemment iosnlteri ma misère» et me feire à la fois de leurs visites un honneur et un ftf<froatl Je ne sais pourquoi le cœnr me dit qae je me tirerai mai'dl I& v6tre. Non» je n'ai jamais redouté femme autant que vous. Gepenliant je dois vous prévenir que û vous voulez tout de bon faire ce pèlerinage» il faut nous concerter d'avance^» et convenir du jour entre BOUS, surtout dans une saison où» sans cesse accablé d'importuns de toutes les sortes» je sois réduit à me ménuger d'avance» et même sTec peine» un jour de pleine liberté. Vous pouTez renvoyer la r^nse i cet article à quelque autre leUre» et n'en point parler dans la réponse à celle-cL

Je n'ai esicore montré aucune de vos lettres à madame de Luxembourg; et si je lui en montre, et que vous ne vouliez pas être connue» soressùrequs j'y meurai le choix nécessaire, et qu'elle ne saura jamais qui vous êtes» à moins que vous n'y consentiez. Fxctisoz mor

barbouillage ; j'écris à la hâte» fort distrait, et du monde dans ma chambre.

A M. IfBADLMB.

Montmorency, le 5 Joio 1702.

Je reçois» monsieur» à l'instant et dans le même paquet» avec six feuilles imprimées» et cinq cartons» vos quatre lettres des 20» 22, 24 et 26 mai. J'y vois avec déplaisir la continuation de vos plaintes vis-à-vis de vos deux confrères; mais n'étant entré ni dans les traités ni dans les négociations réciproques» je me borne i désirer que la justice soit observée» et que vous soyez tous contons» sans avoir droit de m'ingé^ rer dans une affaire qui ne me regarde pas. J'ajouterai seulement que j'a^rois souhaité, et de grand cœur» que le tout eût passé par vos mains seules » et qu'on n'eAt traité qu'avec vous; mais« n'ayant pas été consulté dans cette affaire» je ne puis répondre de ce qui s'est fait à mon insu.

Je vous ai dit» monsieur» et je le répète» qu*Emile est le dernier écrit qui soit sorti et sortira jamais de ma plume pour l'impression. Je ne comprends pas sur quoi vous pouvez inférer le contraire ; il me suffit de vous avoir dit la vérité : vous en croirez ce qu'il vous plaira.

Je suis très-fftcfaé des embarras où vous dites être aa sujet de la Profession de foi ; mais coihme vous ne m'avez point consulté sur le contenu de mon manuscrit» en traitant pour l'impressiony vous n'avez point à vous prendre à moi des obstacles qui vous arrêtent» et d'autant moins que les vérités hardies semées dans tous mes livres dévoient vous faire présumer que celui-là n'en seroit pas exempt. Je ne vous ai ni suipris ni abusé» monsieur ; j'en suis incapable; je voudrois même vous complaire, mais ce ne sauroit être en ce que vous exigez de moi sur ce point; et je m'étonne que vous puissiez croire qu'un homme qui prend tant de mesures pour que son ouvrage ne soit point altéré après sa mort le laisse mutiler durant sa vie (*).

(*) Poiir rezpUcation 4e ceci, voyei aa commencement de V Emile la première des notes où U est question de Penney.

3ca

CORRESPOimANCE,

A regard des raisons que vous m'exposez, vous pouviez vous dispenser de cet étalage» et supposer que j*avois pensé à ce qu*ii me convenoit de faire. Vous dites que les gens mêmes qui pensent comme moi me blflment. Je vous réponds que cela ne peut pas être; car moi, qui sûrement pense comme moi, je m'approuve, et ne fis rien de ma vie dont mon cœur flkt aussi content. En rendant gloire à Dieu , et parlant pour le vrai bien des hommes, j'ai fait mon devoir : qu'ils en profitent ou non, qu'ils me blâment ou m'approuvent,- c'est leur affaire; je ne donnerois pas un fétu pour changer leur biftme en louange. Du reste, je les mets au pis ; que me feront-ils que la nature et mes maux ne fessent bientôt sans eux? Ils ne me donneront ni ne m'Ateront ma récompense; elle ne dépend d*aucun pouvoir humain. Vous voyez bien, monsieur, que mon parti est pris. Ainsi je vous conseille de no plus en parler, car cela seroit parfaitement inutile.

h M. MOOLTOU.

IIODtmorencrf le 7 Jnio I76i.

Je me garderois de vous inquiéter, cher Moultou, si je croyois que vous fussiez iranquil le sur mon compte; mab la fermentation est trop forte pour que le bruit n'en soit pas arrivé jusqu*à vous : et je juge par les lettres que je reçois des provinces que les gens qui m'aiment y sont encore plus alarmés pour moi qu'à Paris. Mon livre a paru dans des circonstance malheureuses. Le parlement de Paris, pour justifier son zèle contre les jésuites, veut, dit-on, persécuter aussi ceux qui ne pensent pascomme eux ; et le seul homme en France qiii croie en Dieu doit être la victime des défenseurs du christianisme. Depuis plusieurs jours tous mes amis s'efforcent à i'envi de m'effrayer : on m'offre partout des retraites ; mais comme on ne me donne pas, pour les accepter, des raisons bonnes pour moi, je demeure; car votre ami J ean-Jacques n'a point appris à se cacher. Je pense aussi qu*on grossit le mal à mes yeux pour tâcher de m'ébranler; car je ne saurois concevoir à quel titre, moi citoyen de Genève, je puis devoir compte au parlement de Paris d'un livre que j'ai feît imprimer en Hollande

avec privilège des Étau- généraux. Le seul moyen de défense que j'entends employer, si l'on m'interroge, est la récusation de mes juges : mais ce moyen ne les contentera pas; car je vois que, tout plein de son pouvoir suprême, le parlement a peu d'idée du droit des gens, et ne le respectera guère dans un petit particalier comme moi. Il y a dans tous les corps des inté» rets auxquels la justice est toujourssubordonnée ; et il n'y a pas plus d'inconvénient à brûler un innocent au parlement de Paris, qu'à en rouer un autre au parlement de Toulouse. 11 est vrai qu'en général les magistrats du premier de ces corps aiment la justice, et sont toujoan équitables et modérés quand un ascendant trop fort ne. s'y oppose pas; mais si cet ascendant agit dans cette affaire, comme il est probable, ils n'y résisteront point% Tels sont les hommes, cher Moulton ; telle est cette société si vantée : la justice parle, et les passions agissent. D'ailleurs, quoique je n'eusse qu'à déclarer ouvertement la vérité des faits, ou, an contraire, i user de quelque mensonge pour me tirer d'affaire, même malgré eux, bien résola de ne nen dire que de vrai, et de ne compromettre personne, toujours gêné dans mes réponses, je leur donnerai le plus beau jeu du monde pour me perdre à leur plaisir.

Mais, cher Moulton, si la devise que fai prise n'est pas un pur bavardage, c'est ici l'occasion de m'en montrer digne ; et A quoi puisse employer mieux le peu de vie qui me reste?De quelque manière que me traitent les hommes, que me feront-ils que la nature et mes maox ne m'eussent bientôt fait sans enx?fls poorroni m'Ater une vie que mon état me rend à charge, mais ils ne m'Ateront pas ma liberté; je la conserverai, quoi qu'ils fassent, dans leurs liens et dans leurs murs. Ma carrière est finie, il ne me reste plus qu'à la couronner. J'ai rendu gloire à Dieu, j'ai parlé pour le bien des hommes. 0 ami I pour une si grande cause, ni toi ni moi ne refuserons jamais de souffrir. Cest aujourd'hui que le parlement rentre; j'attends en paix ce qu'il lui plaira d'ordonner de moi.

Adieu, cher Moulton; je vous embrasse tendrement : sitôt que mon sort sera décidé, je vous en instruirai, si je reste libre; sinon vous l'apprendrez par la voix publique.

ANNÉE I76i.

A #A«Mia Dl OWtQMi

lIoDlmoreocj, le 7 juin «768-

Jé TOUS remercie, madame, de Tavis que

foos TOttlcz bien me donner ; oa me le donne

de toutes part», mais il n'esl pa» de moa otage ;

j J Roiiaseau ne sait point se cacher. D ail-

feuw, je TOUS aroae quil m'est impossible de

wncevoir i quel litre un citoyen de Genève,

imprimant un livre en Hollande, avec privilège

des Éuts-généraux, en peut devoir compte au

parlement de Paris. An reste, j'ai rendu gloire

à Ken, et parlé pour le bien des hommes- Pour

une si digne cause, je ne refuserai jamais de

aouffrir. Je vons réitère mes remerctmenls,

madame, et n'oublierai point ce soin de votre

amiûè.

A lUMàun iiAioin.

A Moounorencj, le 7 Juin f tes.

RM»rei*-votts, madame, je vous supplie; nms ne seres ni nommée ni connue : je n'ai £ait qm œ que je pouvois foire sans indiscrétion. Je visimni dis aujourd'hui toutes vos lettres ; et n'nynttt pas le courage de les brûler, à que vous ne Tordonnies, j'en ôterai du aTue le plus grand soin tout ce qui poui^ roit semûr de renseignement ou d'indice pour vous reoonnottre. Au reste, attendes quelques jottrs à m'écrire. On dit que le parlement de Pnris veut disposer de moi ; il faut le laisser foire» et ne pas compromettre vos lettres dans ectta occasion.

le reuvre im lettre pour vous dire que j'aurai grand soin d'6t«r aussi votre cachet, et de aettfe touiea vos lettres en sftreté; ainsi, seyes tramiaiUe.

écrits ; mais j'ai satisfait mon cœur en rendant hommage à la vérité. En parlant aux hommes pour leur vrai bien, en rendant gloire à Dieu, en arrachant aux préjugés du vice l'autorité de la raison, je me suis mis en état, en quittant la vie, de rendre à l'auteur de mon être compte des ulents qu'il m'avoit confiés. Voilà, monsieur, tout oa oue je pouvois faire ; rien de plus n'a dépendu ae moi. Du reste, j'ai fini ma courte tâche; je n'ai plus rien à dire,et je me uis. Heureux, monsieur, si, bientôt oublié des hommes, et rentré dans l'obscurité qui me convient, je conserve encore quelque place dans votre estime et dans votre souvenir.

A M. na u poPLimàas.

MoDtmoreacy, le S Join 1762.

Non, monsieur, les livres ne corrigent pas les hommes, je le sais bien ; dans l'eut où ils sont, les mauvais les rendroient pires, s'ils poovoient Tètre, sans que les bons les rendis* acot meilleurs. Aussi ne m'en imposai*je point, en prenant la plume, sur l'inutilité de mes

T lY.

A M. MOULTOU

Tfe4aB»ltlB Juin nés.

Vous aviez mieux jugé que moi, cher Moultou; l'événement a justifié votre prévoyance, et votre amitié voyoit plus clair que moi sur mes dangers. Après la résolution oii vous m'avez vu dans ma précédente lettre, vous serez surpris de me savoir maintenant à Tverdun ; mais je puis vous dire que ce n'est pas sans peine, et sans des considérations très-graves, que j'ai pu me déterminer à un parti si peu de mon goût. J'ai attendu jusqu'au dernier moment sans me laisser effrayer ; et ce ne fut qu'un courrier, venu dans la nuit du 8 au 9, de M. le prince de Gonti à madame de Luxembourg, qui apporta les détails sur lesquels je pris sur-le-champ mon parti. 11 ne s'agissoit plus de moi seul, qui sûrement n'ai jamais approuvé le tour qu'on a pris dans cette affaire, mais des personnes qui, pour l'amour de moi, s'y trouvoient intéressées, et qu'une fois arrôté,%mon silence même, ne voulant pas mentir, eût compromises. Il a donc fallu fuir, cher Houltou, et m'exposer, dans une retraite assez difficile, à toutes les transes des scélérats, laissant le parlement dans la joie de mon évasion, et très-résolu de suivre la contumace aussi loin qu'elle peut aller. Ce n'est pas, croyez-moi, que ce corps me haïsse et ne sente fort bien son iniquité ; mais voulanC fermer la bouche aux dévots en poursuivant les jésuites, il m'eût, sans égard pour mon triste état, fait souffrir les plus cruelles tortures : il m'eût fait brûler vif avec aussi peu de plaisir

que do justice, et simplement parce que cela Tarrangeoit. Quoi qu'il en soit, je vous jure, cher Moultou, devant ce Dieu qui lit dans mon cœur, que je n'ai rien fait en tout ceci contre les lois ; que non-sculemént j'étois parfaitement en règle, mais que j'en avois les preuves les plus authentiques, et qu'avant de partir je ïne suis défait volontairement de ces preuves pour la tranquillité d'autrui.

Je suis arrivé ici hier matin, et je vais errer dans ces montagnes jusqu'à ce que j'y trouve un asile assez sauvage pour y passer en paix le reste de mes misérables jours. Un autre me demanderoit peut-être pourquoi je ne me retire pas à Genève ; mais, ou je connois mal mon ami Moultou, ou il ne me fera sûrement pas cette question ; il sentira que ce n'est point dans la patrie qu'un malheureux proscrit doit se réf4igier; qu'il n'y doitpoint porter son ignominie, ni lui faire partager ses affronts. Que ne puisje, dès cet instant, y faire oublier ma mémoire 1 N^y donnez mon adresse à personne ; n'y parlez plus de moi; ne m'y nommez plus. Que mon nom soit effacé de dessus la terre I Ah 1 Moultou, la Providence s'est trompée ; pourquoi m'a-t-^elle fait natire parmi les hommes, en me faisant d'une autre espèce qu'eux?

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