A M. BOBER
ItoDtiDoraiiCT, le 24 décembre I7SI.
l'étois, monsieur, dans un accès, dii plur
CORRESPONDANCE
cniei des maux du corps quand je reçus votre lettre et vos idylles. Après avoir lu la lettre, j'ouvris machinalemeot le livre, comptant le refermer aussitôt; mais je ne le refermai qu'après avoir tout lu, et je le mis à côté de moi pour le relire encore. Voilà l'exacte vérité. Je sons que votre ami Gessner est un homme selon jDon cœur, d*où vous pouvez juger de son traducteur et de son ami, par lequel seul il m*est connu. Je vous sais, en particulier, un gré infini d'avoir osé dépouiller notre langue de ce sot et précieux jargon qui ôte toute vérité aux images et toute vie aux sentimens. Ceux qui veulent embellir et parer la nature sont des gens sans âme et sans goût qui n'ont jamais connu ses beautés. Il y a six ans que je coule dans ma retraite une vie assez semblable à celle de llénalque et d'Amyntes, au bien près, que j*aime comme eux, mais que je ne sais pas foire, et je puis vous protester, monsieur, que j*ai plus vécu depuis ces six ans que je n'avois fait dans tout le cours de ma vie. Maintenant vous me faites désirer de revoir encore un printemps, pour faire avec vos charmans pasteurs de nouvelles promenades, pour partager avec eux ma solitude, et pour revoir avec eux des asiles champêtres, qui ne sont pas inférieurs à ceux que M. Gessner et vous avez si bien décrits. Saluez-le de ma part, je vous supplie, et recevez aussi mes remerctmens et mes salutations.
Voules-vous bien, monsieur, quand vous écrirez i Zurich, faire dire mille choses pour mo^à M. Usteri ? J'ai reçu de sa part une lettre que Je ne me lasse pas de relire , et qui contient des relations d'un paysan plus sage, plus vertueux, plus sensé que tous les philosophes de l'univers. Je suis fâché qu'il ne me marque pas le nom de cet homme respectable C^). Je lui voulois répondre un peu au long> mais mon déplorable état m'en a empêché jusqu'ici.