A M. LK PRINCE L. E. DE WIRTEMBERG
41 iiianl7S4.
Qui, moi, des contes? à mon Age et dans mon état? Non, prince, je ne suis plus dans l'enfance, ou plutôt je n'y suis pas encore; et, malheureusement je ne suis pas si gai dans mes maux que Scarron l'étoit dans les siens. Je d^ péris tous les jours; j'ai des comptes à rendre, et point de contes à faire. Ceci m'a bien l'air
CORRESPONDANCE
d'un bruit préliminaire répandu par quelqu'un qui veut m'honorer d'une gentillesse de sa façon. Divers auteurs, non contens d'attaquer mes sottises, se sont mis à m'imputer les leurs. Paris est inondé d'ouvrages qui portent mon nom, et dont on a soin de faire des chefs-d'œuvre de bôiise, sans doute afin de mieux tromper les lecteurs. Vous n'imagineriez jamais quels coups détournés on porte à ma réputation, à mes mœurs, à mes principes. En voici un qui vous fera juger des autres.
Tous les amis de M. de Voltaire répandent à Paris qu'il s'intéresse tendrement à mon sort (et il est vrai qu'il s'y intéresse). Ils font entendre qu'il «st avec moi dans la plus intime liaison. Sur ce bruit, une femme qui ne me connoît point me demande par écrit quelques cclaircissemens sur la religion, et envoie sa lettre à M. de Voltaire, le priant de me la faire passer. M. de Voltaire garde la lettre qui m'est adressée, et renvoie à cette dame, comme en réponse, le Sermon des cinqimnte. Surprise d'un pareil envoi de ma part, cette femme m'écrit par une autre voie ; et voilà comment j'apprends ce qui s'est passé \^).
Vous êtes surpris que ma Lettre sur la Providence n'ait pas empêché Candide de naître ? C'est elle, au contraire, qui lui a donné naissance ; Candide en est la réponse. L'auteur m'en fit une de deux pages dans laquelle il battoit la. campagne, et Candide parut dix mois après. Je voulois philosopher avec lui ; en réponse il m'a persifflé. Je lui ai écrit une fois que je le haïssois, et je lui en ai dit les raisons. Il ne m'a pas écrit la même chose, mais il me l'a vivement fait sentir. Je me venge en profitant des excellentes leçons qui sont dans ses ouvrages, et je le force à continuer de me faire du bien malgré lui.
Pardon, prince : voilà trop de jérémiades; mais c'est un peu votre faute si je prends tant de plaisir à m'épancher avec vous. Que fait madame la princesse? Daignez me parler quelquefois de son état. Quand aurons-nous ce précieux enfant de l'amour qui sera l'élève de la vertu? Que ne deviendra-t-il point sous de tels auspices? de quelles fleurs charmantes, de quels fruits délicieux no couronnera-t-il point
(*) Voyez cUderant la lettre à madame de W*\ paj^ *65. G. P.
les liens de ses dignes parens?Mais cependant quels nouveaux soins vous sont imposés I Vos travaux vont redoubler; y pourrez-vous suffire? aurez-vous la force de persévérer jusqu'à la fin ? Pardon, monsieur le duc; vos sentimens connus me sont garans de vos succès. Aussi mon inquiétude ne vient-elle pas de défiance, mais du vif intérêt que j'y prends.
A MADAME DE LVZE.
Hotiers, le 17 mars 1761.
Il est dit, madame, que j'aurai toujours besoin de votre indulgence, moi qui voudrois mériter toutes vos bontés. Si je pouvois changer une réponse en visite, vous n'auriez pas à vous plaindre de mon exactitude, et vous me trouveriez peut-être aussi importun qu'à présent vous me trouvez négligent. Quand viendra ce temps précieux où je pourrai aller au Biez réparer mes fautes, ou du moins en implorer le pardon? Ce ne sera point, madame, pour voir ma mince figure que je ferai ce voyage ; j'aurai un motif d'empressement plus satisfaisant et plus raisonnable. Mais permettez-moi de me plaindre de ce qu'ayant bien voulu loger ma ressemblance, vous n'avez pas voulu me faire la faveur tout entière en permettant qu'elle vous vint de moi. Vous savez que c'est une vanité qui n'est pas permise d'oser offrir son portrait; mais votis avez craint peut-être que ce ne fût une trop grande faveur de le demander; votre but étoit d'avoir une image, et non d'enorgueillir l'original. Aussi pour me croire chez vous il faut que j'y sois en personne, et il faut tout l'accueil obligeant que vous daignez m'y faire pour ne pas me rendre jaloux de moi.
Permettez, madame, que je remercie ici madame de Faugnes de l'honneur de son souvenir, et que je l'assure de mon respect. Daignez agréer pour vous la même assurance, et présenter mes salutations à M. de Luze.
A MYLORD MARÉCHAL
as man 1764.
Enfin, mylord, j'ai reçu dans son ternpa^
fNir M. Rougemont , votre lettre du 2 février » cl c'est de toutes les réponses dont vous me parlez la seule qui me soit parvenue. J'y vois, par votre dégoût de TÉcosséy par Tincertitude du choix de votre demeure , qu'une partie de nos châteaux en Espagne est déjà détruite , et je crains bien que le progrès de mon dépéris-sement, qui rend chaque jour mon déplacement plus difficile, n'achève de renverser l'autre. Que le cœur de Thomme est inquiet I Quand j'étois près de vous, je soupirois,pour y être plus à mon aise, après le séjour de l'Ecosse; et maintenant je donneroistoutau monde pour vous vojr encore ici gouverneur de Meuchâtel. Mes vœux sont divers , mais leur objet est toujours le même. Revenez à Colombier, mylord , cultiver votre jardin , et faire du bien à des ingrats, même malgré eux; peut-on terminer plus dignement sa carrière? Cette exhortation de ma part est intéressée , j*en conviens ; mais si elle oifensoit votre gloire , le cœur de votre enfant ne se la pcrmettroit jamais.
J'ai beau vouloir me flatter, je vois, mylord, qu'il faut renoncer a vivre auprès de vous; et malheureusement je n'en perdrai pas si facilement le besoin que l'espoir. La circonstance où vous m'avez accueilli m'a fait une impression que les jours passés avec vousont rendue ineffaçable : il me semble que je ne puis plus être libre que sous vos yeux , ni valoir mon prix que dans votre estime. L'imagination du moins mo rapprocheroit, si je pouvois vous donner les bons momens qui me restent : mais vous m'.n-i vez refusé des mémoires sur votre illustre frère. Vous avez eu peur que je ne fisse le bel esprit, et que je ne gâtasse la sublime simplicité du probusvixitf foriis obiit. Ah ! mylord, fiez-vous à mon cœur; il saura trouver un ton qui doit plaire au vôtre pour parler de ce qui vous appartient. Oui, je donnerois tout au monde pour que vous voulussiez me fournir des matériaux pour m'occuper de vous , de votre fa« mille, pour, pouvoir transmettre à la postériié quelque témoignage de mon attachement pour ^ vous et de vos bontés pour moi. Si vous avez la complaisance de m'envoyer quelques mémoires, soyez persuadé que votre confiance ne sera point trompée : d'ailleurs vous serez le juge de mon travail ; et comme je n'ai d'autre objet que de satisfaire un besoin qui me tour-
mente, si j'y parviens, j'aurai fait ce que j*ai voulu. Vous déciderez du reste , et rien ne sera publié que de votre aveu. Pensez à cela » mylord, je vous conjure, et croyez que vous n'au* rez pas peu fait pour le bonheur de ma vie, si vous me mettez à portée d'en consacrer le reste â m'occuper de vous (*)•
Je suis touché de ce que vous avez écrit à M. le conseiller Rougemont au sujet de mon testament. Je compte, si je me remets un peu, l'aller voir cet été à Saint- Aubin pour en conférer avec lui. Je me détournerai pour passer à Colombier : j'y reverrai du moins ce jardin , ces allées, ces bords du lac où se sont faites de si douces promenades et où vous devriez venir les recommencer, pour réparer du moins, dans un dimat qui vous étoit salutaire , l'altération que celui d'Edimbourg a faite à votre santé.
Vous me promettez , mylord , de me donner de vos nouvelles et de m'instruire de vos directions itinéraires : ne l'oubliez pas, je vous eu supplie. J'ai été cruellement tourmenté de ce long silence. Je ne craignois pas que vous m'eussiez oublié, mais je craignois pour vous la rigueur de l'hiver. L'été je craindrai la mer, les fatigues, les déplacemens, et de ne savoir plus où vous écrire.
A MADAHS ROCVIN, NÏIb BOUGDET.
A MoUen, le 31 mars 1764
Assurément, madame, vous serez une bonne mère, et avec le zèle que vous me marquez pour les devoirs attachés à ce lien , c'eût été grand dommage que M. Rognin ne vous eût pas mise dans l'état de les remplir. Vous vous in-» quiétez déjà de votre enfant , du temps où vous pourrez commencer à le baigner dans l'eau
(•) Celui dont Ronsseaa détirolt écrire la vie étoll le fi ère cadet de mylord maréchal, Jacques Keiih. général célèbre (|Ul, après avoir gloncusemcnl combattu pour la Russie dans tes guerres contre les Turcs et les Suédois, et y avoir obtenu le bâton de maréchal, passa au service du grand Frédéric, qui falsoit le plus grand cas de ses talent» miliUires et de ses hautes qualités sons tons les rapports. Il se distingua surtout dans la guerre de sept ans, et périt au champ d'honneur en I75S. Le probut vixit, forlU obiit. est la réponse que Ot mylonl maréchal lui-même à Formey, <i"l lui lémoignoit le dt'sir de faire l'éloge de «on frère.— Il est à regretter qu'il n'ait pas donné suite à l'offre que lui fait Rousseau dans celte Icilre, cl sur laquelle nou« vern»ns celui cl revenir encore plusieurs fo!». G. P,
CORRESPONDANCE
froide, de la manière de parvenir graduellement à lui couTrir la tète, et il n*est pas encore né. C'est là , madame , une sollicitude maternelle très-bien placée à certains égards ;i d'autres, un peu précoce; mais très-louable en tous sens et qui mérite que j y réponde de mon mieux.
En premier lieu , il importe fort peu que l'enfant soit dans un panier d*osier ou dans autre chose. Qu'il soit couché un peu mollement, un peu de biais , et souvent au grand air. S*il est en liberté , il ne tardera pas d'acquérir la force nécessaire pour se donner Tattitude qui lui convient. Et d'ailleurs , il ne sera pas toujours couché , puisqu'une aussi bonne nourrice que vous voulez rètre , daignera bien le tenir quelquefois sur ses bras.
Vous désirez le baigner de très-bonne heure dans Teau froide. C'est très-bien fait , madame. Mon avis est que, pour ne rien risquer^ on commence dès le jour de sa naissance. Le quart du monde chrétien , c'est-à-dire tous les Russes et la plupart des Grecs, baptisent les enfans nouveau-nés, en les plongeant trois fois de suite dans l'eau toute froide et même glacée. Faites la même chose, madame, baptisez votre enfant par immersion deux fois le jour, et n'ayez pas peur des rhumes.
Vous songez de trop loin au temps de lui couvrir la tête ; mais je n'en vois pas bien la nécessité. Cette nécessité ne viendra sûrement jamais, si c'est un garçon. Si c'est une fille, vous pourrez y songer lors de sa première communion, et cela moins pour obéir à la raison qu*à saint Paul , qui veut que les femmes aient la tète couverte dans l'église. A la bonne heure donc, puisque saint Paul le veut comme cela. Mais le reste du temps, qu'elle soit toujours coiffée en cheveux jusqu'à rage de trente ans, qu'une pareille coiffure devient indécente et ridicule dans une femme. Gomme un exemple dit plus sur tout ceci que cent pages d'explication , je joins ici , madame , l'extrait d'un mémoire où vous pourrez voir en faits les solutions de vos difficultés. Quoique les Sophies et les Émiles soient rares, comme vous dites fort bien , il s'en élève pourtant quelques-uns en Europe , même en Suisse, et même à votre voisinage, et le succès promet déjà à leurs dignes pères et mères le prix de la tendresse qui leur
fiiit supporter les soins d'une éducation si pénible, et du courage qui leur fait braver les clabauderies des sots, des gens d'église, et les ricaneries encore plus sottes des beaux-esprits. Si vous voulez , madame , faire par vousmême les observations nécessaires , prenez la peine d'aller près de Lauzanne voir M. le prince de Wirtemberg. C'est sa fille unique qu'il élève de la manière marquée dans le mémoire; et s'il vous faut là-dessus des explications plus détaillées, vous pourrez consulter l'illustre M. Tissot. Prenez ses avis, madame : c'est le meilleur que je puisse vous donner. Agréez , je vous supplie, mes salutations et mon respect.
A MYLORU MAIliCHAL.
SI nurt 1764.
Sur l'acquisition , mylord , que vous avez faite, et sur Tavis que vous m'en avez donné, la meilleure réponse que j'aie à vous faire est de vous transcrire ici ce que j'écris sur ce sujet à la personne que je prie de donner cours à cette lettre , en lui parlant des acclamations de vos bons compatriotes.
« Tousies plaisirs ont beau^être pour les méi> chans , en voilà pourtant un que je leur défie » de goûter. Il n'a rien eu de plus pressé que » de me donner avis du changement de sa for- » tune: vous devinez aisément pourquoi. Félî- » citez-moi de tous mes malheurs, madame; » ils m*ontdonné pour ami mylord maréchal. ■
Sur vos offres , qui regardent mademoiselle Le Vasseur et moi , je commencerai , mylord . par vous dire que , loin de mettre de Tamourpropre à me refuser à vos dons , j'en mettrai un très-noble à les recevoir. Ainsi là-dessus point de dispute ; les preuves que vous vous intéressez à moi , de quelque genre qu elles puissent être, sont plus propres à m'enorgueillir qu*à m'bumilier, et je ne m'y refuserai ja* mais ; soit dit une fois pour toutes.
Mais j'ai du pain quant à présent ; et , an moyen des arrangemens que je médite , j'en aurai pour le reste de mes jours. Que me aerviroit le surplus? Rien ne me manque de ce que je désire et qu'on peut avoir avec de Targeot. Mylord, il faut préférer ceux qui ont besoin à ceux qui n'ont pas besoin, et je suis dans ce
AmÈE i764.
dernier cas. D'ailleors Je n'aime point qu*on me parle de testamens. Je ne voudrois pas dire» moi le sachant, dans celui d'an indifférent : jugez si je Yondrois me savoir dans le v6tre.
Vous savez 9 mylord» que mademoiselle Le Vasseur a une petite pension de mon libraire avec laquelle elle peut vivre quand elle ne m'aura plus. Cependant j'avoue que le bien que vous voulez lui faire m'est plus précieux ques'il . me regardoit directement, et je suis extrêmement louché de ce moyen trouvé par votre cœur de contenter la bienveillance dont vous m'ho* norez. Mais s'il se pouvoit que vous lui assignassiez plutôt la rente de la somme que la somme même, cela m'éviteroit l'embarras de chercher à la placer, sorte d'affaire où je n'entends
rien.
J'espëre, mylord , que vous aurez reçu ma précédente lettre. M'accorderczrvous des mémoires? Pourrai*je écrire l'histoire de votre maison ? Pourrois-je donner quelques éloges à ces bons Écossois à qui vous êtes si cher, et qui par là me sont chers aussi ?
AD MÊME
Avril 1764.
J'ci répondu très-exactement, mylord, à chacune de vos deux lettres du 2 février et du 6 mars , et j'espère que vous serez content de ma façon de penser sur les bontés dqpt vous m'honorez dans la dernière. Je reçois à l'instant celle du 26 mars, et j'y vois que vous prenez le parti que j*ai toujours prévu que vous prendriez à la fin . En vous menaçaiit d'une descente, le roi l'a effectuée; et, quelque redoutable qu'il soit, il vous a encore plus sûrement conquis par sa lettre (*] qu'il n*auroit fait par ses
(«) tolcl cette lettre, d'après la lertion qu'en a publiée d'Alembert, daui Mm éloge de mylord maréclial. • Je dlipoteroit bien avec les babitani d'Edimbourg TaTan-
• tage de vous posséder t si J'avols des Tatsaeanz. Je méditerols » une descente en Ecosse pour enlever mon cher mylord et ■ pour remmeoer ici ; mais nos barques de l'Elbe sont peu )) propres à une pareille expédition. 11 n'y a que vous sur qui Je » puisse compter. J'étois ami de votre frère. Je lui avois des
• obligaUonss Je suis le vôtre de ccnir et d'âme : Toiii mes B titres ; voilà le« droits que J'ai sur vous. Vous vivrez id dans
• le sein de l'amitié, de la liberté et de la philosophie i il n'y
• a que cela dans lo monde, mon cher mylord; quand on a i> \)9swi par tontes les mélamorphoaes des états, quand on a
• goAtë de toof, on on revient là . • G . P.
T. IV
armes. L*asile qu*il votis presse d'accepter est le seul digne de vous. Allez, mylord, à votre destination ; il vous convient de vivre auprès de Frédéric comme il m'eût convenu de vivre auprès de George Keith. Il n'est ni dans l'ordre de la justice ni dans celui de la fortune que mon bonheur soit préféré an vAtre. D'ailleurs mes maux empirent et deviennent presque insupportables : il ne me reste qu'à souffrir et mourir sur la terre ; et en vérité c'eût été dommage de n'aller voiu joindre que pour cela.
Voilà donc ma dernière espérance évanouie...... Mylord, puisque vous voilà devenu
si riche et si ardent à verser sur moi vos dons, il en est un que j'ai souvent désiré, et qui inalheureusemen t me devient plus désirable encore lorsque je perds l'espoir de vous revoir. Je vous laisse expliquer cette énigme; le cœur d'un père est fait pour la deviner.
11 est vrai que le trajet que vous préférez vous épargnera de la fatigue; mais si vous n'étiez pas bien fait à la mer elle pourroit vous éprouver beaucoup à votre âge, surtout s'il revenoit du gros temps. En ce cas, le plus long trajet par terre me parottroit préférable, môme au risque d'un peu de fatigue de plus. Comme j'espère aussi que vous attendrez pour vous embarquer que la saison soit moins rude, vous voulez bien» mylord , que je compte encore sur une de vos lettres avant votre départ.
Uotlerf-Travers, le 7 avril 1734.
L*état où j'étois , monsieur, au moment ou I votre lettre me parvint, m'a empêché de vous en accuser plus tût la réception, et de vous remercier comme je fais aujourd'hui du plaisir que m'a fait ce témoignage de votre souvenir. J'en suis plus touché que surpris; et j'ai toujours bien cru que l'amitié dont vous m'honoriez dans mes jours prospères ne se refroidiroit ni par mes disgrâces ni par mon exil. De mou cûté, sans avoir avec vous des relations suivies, je n'ai point cessé, monsieur, de prendre inté» rèt aux changemens agréables que vous avez éprouvés depuis nos anciennes liaisons. Je ne doute point que vous ne soyez aussi bon mari
ei aosm digne pfcre de famtHe que tous homne aiftiable étant garçon» que tous ne vous appIiqBîez à donnera tm enfiins une édacation rataonnabks et ▼ermeose, et qne tous ne fas^ aies 4e bonheur d*utoe fenwne de mérite qui doit faire 4e vôtre. Tontes oea idées > fruits de i'es^ time qni tons est dne, me ivndent la vôtre plus fw ocienao •
Je vovdrois vous rendre «ompte de moi pour répondre à 4'îiitérét que vous daignes y pre»dre : mais que vous diroiVje? àe ne fus jamais bien grand^chose ; maintenant je ne suis pins rien ; je am refarde comnn iia vivant déjà pins. Ma pauvre machine délabrée me laissera jusqu'au bout, j'espère, nue Ime satne qaani aux sentiifiens et à la volonté; mais, du côté de r entendeaMnt et des idées, je suis anmi malade de re8|>rit que do txnrpSw Peut-être esinee vn avantage pour usa situation. Mea maux me rendent mes malheurs peu sensibles. Le^sesnr se tourmente moins quand le corps souffre, et la nature me donne tant d'affaires qne Tinjus* tioe des hommes ne me touche plus. Le remède est cruel , je Tavoue ; mais enAn €*en est un pour moi ; car les plus vives douleurs me laissent toujours quelque relâche, nn lieu que les grandes afflictions ne m'en hiiasent poént. Il est donc bon que je souffre et que je dépérisse penr être moins attristé ; et j'aimerois mîeax être Scarroa malade que Timon en santé. Hais si je suis désormais peu aenaible nus peines, je le suis encore aux consolations ; et c'en sera toujours une pour moi d'apprendre que vous tous portez bien , que vous êtes heureux , et que vous continues de m'aimer. Je vous salue, monsieur, et vous embrasse de tout mon cœur.
A M. LE PBINCB L. E, OE WIRTEMBEBG.
Hotien,Ie15ayTfl4764.
Ne VOUS phrigncz pas de vos éisgrftoes, prince. Gomsse eites sont l'ouvrage de votre courage et de vos vertus , eMes sont aussi 1 instrument de votre gloire ot de votre bonheur. Vaincre Frédéric eAt é«ô beaucoup, sans doute; mais vaincre dans son propre cœur les préjugés et les passions qui sut^guent les conquérans comme les autres hommes, est plus encore. Et,
CORRESPONDANCE
dites la vérité» combien de baiaillea gngn^ vous eussent donné dans l'opinion des hommes ce que vous donne au fond de votre ^esnr une heure de jouissance desplaisivsdel'âmottroonjttgal et paternel ? Quand vos suceès eussent fait aux hommes quelque vrai bien, ce qui me parott fort douteux ; car qu'importe an peuple qui perde t)U qui gagne? vous aurica méoomni les vrais biens pour vous«4néme ; ot, séduit pnf les acclamations pnbRques, vous n'eussîex pina mis ^tre bonheur tptedatis les jugenNMBd*au« trui. Vous ùvec appris A In trouver en vous, à en être le mettre , et à en Jouir malgré la fefaie et malgré les Jaloux. Vous l'avex eeinqnis, pour ainsi dire ; e'étoK la meilleure wnquète I Mre.
La fumée de la gloire est enivrante dansmon • métier comme dans le v<kre. l'ignore ai cette fumée m'a porté A ta tète, mais elle m*a souvent fait mal au coeur ; et il est bien difficile qn^ milieu des triomphes un guerrier ne sente pas quelquefois ta même atierate ; car si les huriers des héros sont plus brillans, la cullnre en est aussi plus pénible, plus dépendante, et souvent on la leur fait payer bien cher.
La manière de vivre isolé et sans prétention que j'ai choisie, et qui me rend à peu près nul sur la terre , m'a mis a portée d'observer et comparer toutes les conditions depuis les paysans jusqu'aux grands. J'ai pu facilement écarter f apparence; car j'ai été partout admis dans le commerce et même dans la familiarité. Je me suis , pour ainsi dire , incorporé dans tous les états pour les bien étudier. J*ai vu leurs sentimens, leurs plaisirs, leurs désirs, leur manière interne d'être ; j'ai toujours vu que ceux qui savoient rendre leur situation non la plus éclatante, mais la plus indépendante, étoient les plus près de toute la félicité permiseà l'homme; que les sentimens libres qu'ils cultivoient^ tels que l'amour, l'amitié, éioient tout autrement déltcieux que ceux qui naissent des relations forcées que donnent l'état et le rang ; que les afiections enfin qui tenoient aux personnes et qui étorent du choix du cœur étoient infiniment plus douces que celJes qui tenoient aux choses et que détermînoft la fortune.
Sur ce principe il m*a semblé , dès les premières lettres dont vous m'aves honoré, et toutes les suivantes confirment ce Jugement»
4119 f en» avie^ fait k plus gr^nd p^a pour ar** rivayr au tH>Dheur ; que, de prince e^ ife général aa faire père, mvi» véritable homme > n'éipit ppini aller aux privaiioo^, mais ^ux joHi^a^n-^ ces; que vos présents occupations inarquoieot Vétat de votre &me de la façon la mQÎns équivoque; qi^e votre respect pour la sublime Klyiogg n montroit combien vous en méritiex Toua-mémc; qu enfin vous pouviez avoir des chagrins » parce que tout homme en a ; mais que, si quelqu^up dans le monde approchoit par sa situation et par ses sentimens du vrai bonheur, ce dcvoît ôtre vous; et que, sur la disgrâce qui voua avoît conduit à cet état simple et désirable> vous pouviez dire,, comme Thémistocle, Noos périssions, ^i nous n'eussions péri. Voili, prince, ma façon de penser aur votre situation présenta et poissée. Si je me trQmpe, ne m^ d^ trompez pa9«
Upe femme du pays 4e Vaud, qui ae prétend grosse» m'^ écrit pour me demander des conseils sur réducation de son enfant. Sa lettre me parolt un p^rsifflage perpétuel sor mes chimériques idéeSf J'ai pris la liberté de lui citer pour réponse votre petite Sophie et la manière dont Yoija avez le eourage de l'élever. J'espère n'avoir point compuiaen cela d'ipdiacrétioo (**]; si je l'avois fait, je vous prierois de me le dire afin que je fosse plus retenu uqe autre fois.
Si vous approuviez que nos lettres finissent désormais sans formule et aanaaignalure, il me aomble que cela seroit plus commode. Quand les sentiment çopt connus, qiiand récriture est connue, il q^ reate à prendre sur cet article que des soins qi|i me aemblent superflus : en attendant que votre exeipple m'autorise avec vous à cet usage, agréez, monsieur le duc, je vous supplie, les assurancça <)o u^on profond respect.
A M. LE MARJCHAL DE LOXEMBOURG.
U«liert,le2lavril I7SI.
Je auis alarmé, monsieur le maréchal, d'apprendre à rinstant que vous n'ét^ pas allé ce
(*) Vorn ol-4pfti la lettre de M. lilnel, du II uorembre
, **| U paris ups doute de la lettn as «ndanit iflcnlD, 4n SI man. Vofei cMeraat pase 410. G. P.
jointempa à N^tmpiem^y. Jle ccains que la suite d'une indisp^siticMK qn*on |n>voit décrite comme légère, et dont je vous croyois rétabli, n'ait mis obtacle à ce voyage. Permettez que je vous supplie de me faire écrire un mot sur votre état présent. Je sais qu'il foudroit toujours savoir se retirer avant quo d'être importun, et qu'on y est obligé , du moins qi^and on sent qu'on l'est devenu. Mais, monsieur le maréchal, comme les sentimens que vous daignâtes cultiver ne peuvent sortir de mon cœur, je ne puis perdre non phis les inquiétudes qui en sont inséparables. Je serai discret désormais sur tout autre article ; mais, je ne puis me résoudre h l'être, quand je suis, en peine de votre santé.
H. D*IVERN0IS
lioU^ia.lo9fafr)l|W*
Je me réjouis, monsieur, (|e vous savojr benreusement de retour de votre voyage ; et je me réjouirois bien aussi de celui que vous avez la bonté de me proposer, si j'étois en état de l'accepter ; maiç c*e9t à quoi ma situation présente ne me permet paa de penser. D'aillcurç je vous avouerai franchement qu'il entre dans mes arrangemens de ne dépendre que de ma volonté dans mes courses, de n'en faire par conséquent qu'avec cens qui n'ont point d'affaire, et qui n'ont une voiture ni devant ni derrière eux. Mais si je ne puis, pionsi^r, avoir le plaisir de vous suivre, j'attends du moins avec empressement celui de vous embrasser ; ce çeroi^ un bien de plus dans ma vie d'en poi^voir jouir pi^f^uyent.
Oserois^je vous charger d'une petite commission? M, Deluc l'atné a eu la bonté de m'envoyer un baril de miel de Chamouni, coiHimic je l'en avois prié. Je lui ai écrit là-dessi^. ^ns recevoir de réponse. Vous m'obligeriez beaucoup, monsieur, si vous vouliez bien solderayec lui cette petite affaire, en y ajouunt quelques affranchissemens de lettres que je lui dois aussi, et je vous rembourserois ici le tout è vo* tre passage. Je vous eonnois trop obligefiat pour croire avoir là-dessus d*excuse à vous Faire. Recevez les remerclmeus et respeeis de modem ùseHe Le Vasaeur, el flûtes, je vous
supplie, agréer les miens â madame d'Ivernois. Je vous salae« monsieur, de tout mon cœur*
A MADAMB LATOUR.
À Motien, le 38 arril ITSA.
Tant que ma situation ne changera pas, j'auraiy chère Marianne , avec le chagrin de ne pouvoir vous écrire que des lettres rares et courtes, celui de sentir que vous imputez toujours en vous-même mon malheur à ma mauvaise volonté ; car je sais qu'il n'est pas dans le cœur humain de se mettre à la place des autres dans les choses qu'on exige d'eux. Au reste, un article de vos lettres , auquel je ne répondrois pas quand j'aurois le temps et la santé qui me manquent, est celui des louanges. Le silence est la seule bonne réponse que je sache faire à cet article-là.
Les pièces de mes écrits que vous avez in-4 2, et que vous me demandez in-S^, ont, pour la plupart été imprimées , dans ce dernier format, chez Pissot, quai de Conti, à la descente du Pont-Neuf ; le Discours sur Nconomie poli-tique a aussi été imprimé in-8* à Genève, chez Duvillard. Je n*ai aucune de ces pièces détachées de Tunique exemplaire que je me suis réservé de mes écrits, et je n'ai plus aucune relation avec les libraires qui les ont imprimées. Cependant, ne vous mettez pas en quête de ces pièces de six seqmines d'ici; car j'espère, avant ce terme, pouvoir vous les procurer toutes d'une bonne édition, et cela sans embarras. Voilà, chère Marianne , ce que j'ai quant à présent à vous répondre sur les éclaircissemens que vous m'avez demandés. J'attends maintenant la question que vous avez à me faire ; j'espère qu'elle n*a nul trait à mon sincère attachement pour vous; car, quelque mécontente que vous soyez de ma correspondance, je ne vous pardonnerois pas de rien mettre en doute qui pût se rapporter à cet objet-là.