‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 84 sur 158 · A MADAME P · texte numérisé non relu

A MADAME P

Motien, le S4 octobre 1764.

J'ai reçu vos deux lettres, madame; c*est avouer tous mes torts : ils sont grands, mais involontaires; ils tiennent aux désagrémens de moiif^tat. Tous les jours je voulois vous répondre, et tous les jours des réponses plus indispensables venoient renvoyer celle-là ; car enfin, avec la meilleure volonté du monde, on ne sauroit passer la vie à faire des réponses du matin jusqu'au soir. D'ailleurs je n'en connois Je voudrois, mylofd, pouvoir supposer que pointdemciileurcauxsentimensobligoansdont | vous n'avez point reçu mes lettres, je seroit.

M MYLORD MARECHAL

Holiers>Tr.iver», le 29 octobre «794.

beaucoup moins aiiristé ; mais outre qu*il n*est pas possible qu'il ne vous en soit parvenu quelqu'une, si le cas pouvoit être, les bontés dont vous m'honoriez vous auroient à vous-même inspiré quelque inquiétude; vous vous seriez in« formé de moi ; vous m'auriez fait dire au moins quelques mots par quelquun : mais point; mille gens en ce pays ont de vos nouvelles» et je suis le seul oublié. Cela m'apprend mon malheur; mais, qui m'en apprendra la cause? je cesse de la chercher, n'en trouvant aucune qui soit digne de vous.

Mylord, les sentimens que je vous dois et que je vous ai voués dureront toute ma vie; je ne penserai jamais à vous sans attendrissement ; je vous regarderai toujours comme mon protecteur et mon père. Mais comme je ne crains rien tant que d'être importun, et que je ne sais pas nourrir seul une correspondance, je cesserai de vous écrire jusqu'à ce que vous m'ayez permis de continuer.

Daignez, mylord, je vous supplie, agréer mon profond respect.

A MàDEMOISELLB D. M.

Motlen. le 4 norembre 1761

A M. THÉODORE IftOUSSEAU.

MoUerijle 31 octobre 1764.

Si j'avois, mon cher cousin, dix mains, dix secrétaires, une santé robuste et beaucoup de loisirs, je serois inexcusable envers vous, envers M. Chirol et beaucoup d'autres ; mais ne pouvant suffire à tout, je me borne aux choses indispensables, et quant aux simples lettres de souvenir, je m*en dispense, bien sûr que mes parens et mes amis n'ont pas besoin de ce témoignage du mien. Si j'avois pu faire ce que souhaiioit M. Chirol, je Paurois fait tout de i^uite; mais il m'a paru peu nécessaire de lui inarquer que je ne le pouvois pas; je voudrois de tout mon cœur pouvoir contribuer a ses avantages, mais je n*ai rien à lui fournir pour imprimer. Quant à vous, mon cher cousin, j'espère que vous voudrez bien pardonner quelque inexactitude dans mes réponses, qui marquent bien plus la confiance que j'ai dans votre amitié que l'attiédissement de la mienne. Je salue avec respect ma cousine votre mère, et vous embrasse, mon cher cousin, de tout mon cœur.

Si votre situation, mademoiselle, vous laissei peine le temps de m'écriro, vous devez concevoir que la mienne m'en laisse encore moias pour vous répondre. Vous n'êtes que dans la dépendance des affaires et des gens à qui vous tenez ; et moi je suis dans celle de toutes les affaires et de tout le monde, parce que chacun, me jugeant libre, veut par droit de premier occupant disposer de moi. D'ailleurs, toojoon harcelé, toujours souffrant, accablé d'ennuis, et dans un état pire que le vAtre, J'emploie à respirer le peu de momens qu'on me laisse ; je suis trop occupé pour n'être pas paresseux. Depuis un mois je cherche un moment pour vous écrire à mon aise : ce moment ne vient point ; il faut donc vous écrire i la dérobée, car vous m'intéressez trop pour vous laisser sans réponse. Je connois peu de gens qui m'at^ tachent davantage, et personne qui m'étonne autant que vous.

Si vous avez trouvé dans ma lettre beaucoup de choses qui ne cadroient pas à la vôtre, c'est qu'elle étoit écrite pour une autre que vous. Il y a dans votre situation des rapports si frappans avec celle d'une autre personne, qui précisémont éloit à Neuchâtel quand je reçus votre lettre, que je ne doutai point que cette lettre ne vînt d'elle ; et je pris le change dans l'idée qu'on cherchoit à me le donner (*). Je vous parlai donc moins sur ce que vous me disiez de votre caractère, que sur ce qui m'étoit connu du sien. Je crus trouver dans sa manie de s'afficher, car c'est une savante et un bcl-csprit en titre, la raison du malaise intérieur dont vous me faisiez le détail : je commençai par attaquer cette manie, comme si c'eût été la vôtre, et je ne doutai point qu'en vous ramenant à vous-même je ne vous rapprochasse du repos, dont rien n'est plus éloigné, selon moi, que l'état d'une femme qui s'affiche.

Une lettre faite sur un pareil quiproqti#doit

(*) Voyez la lettre précédente & mademolxelle D. M., ûa 7 mai même année. Pour expliquer cette méprlie de Romseau, il faut croire que la peri^onne à laquelle il avoit adressé m lettre du 7 mai. et celle à laquelle il répond ici. portoient totitei deux le même nom. Rien d'ailleurs ii*à pn nous faire coimoitrv l'une ou l'autre. G. P.

coalenir bien des balourdises. Cependant ii y | a?oît cela de bon dans mon erreur, qu'elle me ^ donnoit la clef de l'état moral de celle à qui je pensois écrire; et, sur cet état supposé, je croyois entrevoir un projet à suivre pour vous tirerdesangoissesqucTousme décriviez, sans recourir aux distractions qui, selon vous, en sont le seul remède, et qui, selon me pas même un palliatif. Vousm'spprei mo suis trompé , et que je n'ai rien i

que je croyois voir. Gomment trouve remède à votre état, puisque cet état m'est inconcevable? Vous m'éfs une énigme affli- (jeante et humiliante. Je croyois connoltre le cœur humain , et je ne connois rien nu vAtre. Vous souffrez, et je ne puis vous soulager.

Quoi I parce que rien d'étranger à vous ne vous contente, vous vonlen voua fuir ; et, parce que vous avec à vous plaindre des autres, parce que vous les méprisez, qu'ils vous en ont donné le droit, que vous sentez en vous une &me digne d'estime, vous ne voulez pas vous consoler avec eileduméprisquevous inspirent celles qui nelui ressemblent pas? Non, je n'entends rien à cette bizarrerie, elle me passe.

Cette sensibilité qui vous rend mécontente de iDul ne devoit-elle pus se replier sur elle-même? ne dcvoit-elle pas nourrir votre cœur d'un sentiment sublime et délicieux d'amour-propre? n'a- l-on pas toujours en lui la ressource contre * l'injustice et te dédommagement de l'insensibilité? Il est si rare, dites-vous, de rencontrer une âme, II est vrai; mais comment peut-on en iivoir une et ne pas se complaire avec elle? Si l'on sent, b la sonde, les antres étroites et resserrées, on s'en rebute, on s'en détache ; mais :i\wifs s'être si mal trouvé chez les autres , quel plaisir n'a-t-on pas de rentrer dans sa ma ison T Je sais combien le besoin d'attachement rend afBiffeante aux cœurs sensibles l'impossibilité d'en former; je sais combien cet état est triste; mais je sais qu'il a pourtant des douceurs; il fait verser des ruisseaux de larmes ; il donne une mélancolie qui nous rend témoignage dé nousmêmes et qu'on ne voudroit pas ne pas avoir; ■ il fait rechercher la solitude cornue le seul asile oii l'on se retrouve avec tout ce qu'on a raison d'aimer. Je ne puis trop vous le redire , je ne connois ni bonheur ni repos dans l'éloignement de soi-même : et, au contraire, je sens mieux.

de jour en jour, qu'on ne peut être heureux sur la terre qu'à proportion qu'on sVloîgne des choses et qu'on se rapproche de soi. S'il y » quelque sentiment plus doux que l'estime ds soi-même, s'il y a quelque occupation plus aimable que celle d'augmenter ce sentiment, je puis avoir tort; mais voilà comme je pense : jugez sur cela s'il m'est possible d'entrer dalls vos vues, et même de concevoir votre état. Je ne puis m'empécher d'espérer encore que lUS vous trompez sur le principe de votre malaise, et qu'au lieu de venir du sentiment qui réfléchit sur vous-même, il vient an contraire de celui qui vous lie encore à votre insu aux choses dont vous TOUS croyez détachée, et dont peutêtre vous désespérez seulement de jouir. Je voudroisque cela fàt, je verroia une prise pour agir; mais si roiisaccusez juste, je n'en vois point. Si j'avois actuellement sous les yeux votre première lettre, et plus de loisir pour y réfléchir, peut-être parvicndrois je à vous comprendre, et je n'y épargnerois pas ma peine, car vous m'inquiétez véritablement; mats cette lettre est noyée dans des las de p«pier : il me faudroit pour la retrouver plus de temps qu'on ne m'en iaisse;je suis forcé de renvoyerceiie recherche à d'autres momens. Si l'inatiliié de notre correspondance ne vous rebutoit p.is de m'écrirc, ce seroit vraisemblablement un moyen de vous entendre à la fin. Hais je ne puis vous promettre plus d'exactitude dans mes réponses que je ne suis en état d'y en mettre ; ce que je vous promets et que je tiendrai bien, c'est de m'occuper beaucoup de vous et de ne vous oublier de ma vie. Votre dernière lettre, pleine de traits de lumière et de sentimens profonds, m'aifocle encore plus que la précédente. Quoi que vous en puissiez dire, je croirai toujours qu'il ne lient qu'à celle qui l'a écrite de se plaire avec ellemême, et de se dédommager par là des rigueurs de son sort.

Bien des remerclmens , monsieur, du Dictionnaire philosopkiqve. Il est af;réable à lire; il y renne uiie bonne morale ; il seroit à sou-

âlO

CORRESPOND ANCI :.

haiterqu'cllel&tdansleoœurderauteurctde | mademoiselle B*** n*ose me venir voir à cause

tous les hommes. MaUce même auteur est presque toujours de mauvaise foi dans les extraits de rÉcriture; il raisonne souvent fort mat : et l'air de ridicule et de mépris qu'il jette sur des scntimens respectés des hommes » rejaillissant sur les hommes mômes, me paroU un outrage fait à la société. Voilà mon sentiment, et peut* être mon erreur, que je me crois permis de dire, mais que je n*entcnds faire adopter à qui que ce soit.

Je suis fort touché de ce que vous me mar«quez de la part de M, et de madame de Buffon. Je suis bien aise de vous avoir dit ceque jcpensois de cet homme illustre avant que son souvenir réchauffât mes sentimens pour lui » afin d'avoir tout l'honneur de la justice que j'aime à lui rendre, sans que mon amour-propre s'en soit mêlé. Ses écrits m'instruiront et me plairont toute ma vie. Je lui crois des égaux parmi SCS contemporains en qualité de penseur et de philosophe; mais en qualité d'écrtrain je ne lui en connois point : c'est la plus belle plume de son siècle; je ne doute point que ce ne soit là le jui^ement de la postérité. Un de mes regrets est de n'avoir pas été à portée de le voir davauia{}e et de profiter de ses obligeantes invttationi ; je sens combien ma tête et mes écrits auroient gagné dans son commerce. Je quittai Paris au moment de son mariage : ainsi je n'ai point eu le bonheur de connottre madame de BufiFon ; mais je sais qu'il a trouvé dans sa personne et dans son mérite Taimablc et digne récompense du sien. Que Dieu les bénisse l'un et l'autre de vouloir bien s'intéresser à ce pauvre proscrit I Leurs bontés sont une des consolations de ma > ie : qu'ils sachent, je vous en supplie, que je les honore et les aime de tout mon coeur.

Je suis bien éloigné, monsieur, de renoncer aux pèlerinages projetés. Si la ferveur de la botanique vous dure encore, et que vous ne rebutiez pas un élève à barbe grise , je compte plus que jamais aller herboriser cet été sur vos pas. Mes pauvres Corses ont bien maintenant d'autres affaires que d'aller établir l'Utopie au milieu d'eux. Vous savez la marche des troupes frnnçoises : il faut savoir ce qu'il en résultera. En attendant , il faut gémir tout bas et aller herboriser.

Vous me rendez fier en me marquant que

des bienséances de son sexe , et qu'elle a peur de moi comme d'un circoncis. Il y a quinze ans que les jolies femmes me fiiisoient'en France l'affront de me traiter comme un bon homme sans conséquence, jusqu'à venir dîner avec moi tète à tète dans la plus insultante familiarité, jusqu'à m'embrasser dédaigneusement devant tout le monde, comme le grand-père de leur nourrice.' Grâces au Ciel , me voilà bien rétabli dans ma dignité, puisque les demoiselles me font l'honneur de ne m'oser venir voir (*}.

A M. L'ABsi DB ***.

SloUers-Traters) le H novembre 17<U.

Vous voilà donc» monsieur, tout d'un coup devenu croyant. Je vous félicite de ce miracle, car c*en est sans doute un de la grâce, et la raison pour l'ordinaire n'opère pas si subitement. Mais » ne me faites pas honneur de votre conversion, je vous prie ; je sens que cet honneur ne m'appartient point. Un homme qui ne croit guère aux miracles n'est pas fort propre à en faire ; un homme qui ne dognuitise ni ne dispu ten^est pasun fort bon convertisseur. Je* dis quelquefois mon avis quand on me le demande, et que je crois que c'est à bonne intention ; mais je n'ai point la folie d'en vouloir faire une loi pour d'autres, et quand ils m'en veulent faire une du leur, je m'en défends du mieux que je puis sans chercher à lès convaincre* Je n'ai rien faitdeplusavecvous: ainsi, monsieurivousavez seul tout le mérite de votre résipiscence, et je ne songeois sûrement pointa vous catéchiser.

Mais voici maintenant les scrupules qui s'élèvent. Les vôtres m'inspirent du respect pour vos sentimens sublimes, et je vous avoue ingénument que, quant à moi, qui marche un peu plus terre à terre, j'en serois beaucoup moins tourmenté. Je me dirais d'abord que de confesser mes fautes est une chose utile pour m'en corriger, parce qUe^ me faisant une loi de dire

(*} Toat dispose h croire que cette lettre est Cessée h Da Peyrou, qui sans doute étoit en conwpondmoe avec BttfTon. D'autres lettres au même Du Peyrou semblent bien confirmer cette conjecture. Cepend.int la présente n'étant pas comprime dans la correspondance arec Dn Peyrou publiée en 4803 , rt cette même lettre ne portant en tète qoe l'initiale U dans réditfon originale ( Ctnève, tome XXIV ) , nous n'avons pan devoir rien changer ^ celte ind cation. G. P.

ANKÉE 1764.

tout et do dire vrai, je serote souvent n'tcnu d'en commettre par la honte de les révéler.

H est vrai qu'il pourroit y avoir quelque eow barras sur la foi robuste qu'on exige dans voire Église, et que chacun n'est pas maître d'avoir comme il lui platt. Mais dequo&s'agit-'il au fond dans cette affaire? du sincère désir de croire». d*une soumission du cœur pJ us que de la raison : car enfin la raison ne dépeadposde nous» mais la volonté en dépend ;. et c'est par la seule volonté qu'on peut être soumis ou rebelle à l'Église, je commencerois donc par me Ghoi:»ir pour conjféssear ivi bon. prètdre» un homme sage et sensé» tel qu*on en trouve partout quand on les cherche. Je lui diroîs. ; Je vois, l'océan de difficultésoùnage reapvit humain daM>n.eeq ma*tièrcs; le mien>no cherche pointé s'y noyer ; je cherche ce qui est vrai ci bAii ; )e le cherche sincèrement ; je sens que la docilité qii'ciige l'Église est w étai désirable» pow èire en paix avec soi : j aime cetéiat^ j'y veux vivre; mon esprit murmure, il est vrai» mais mj8»cœur lui impose silence .^ et mes seniimens sont tous contre mes raisons. Je ne croi» pas, mais* je ve4ix croire^ ei je le- veux de tout mon eenir. Soumis à la foi mali^é me» la«»iëre&r quel argumenft pui»-je avoir k craiindnt ie suis pfajs fidèle que si j'élois conrniiicu»

Si mon confesseur »'eat pas an: sot, que voi»lez*vous qu'ilmediso? Votika-vous qu'H exige bêtement de moi T impassible-? qof il m'ordonne de voir do ronge oii j» vois;du.bieu ? Il me dira.r Soumettea^vous* Je népondrai : C'esâ eo que je fais. U priera, pour moi, et ne donnera L'abso* lution.sans balancer; car il la. doit à ceiat qui croit de toute sa force, et qui suit la loi de tout son cœur.

Mais supposons qu'un scrupule mal entendu le retienne, il se contentera de m'exhorter en secret et de.pe plaindre; il m'aimera même: je suis sûr que ma bonne foi lui gagnera le cœur. Vous supposez qu'il m'ira dénoncer à l'official ; et pourquoi? quVt-il à me reprocher? de quoi vouiez-voos qu*il m'accuse? d'avoir trop fidëfe* ment rempli mon devoir? Vous supposez un extravagant,un frénétiquetcen'estpas Thomme que j'ai choisi. Vous supposez de plus un scélérat abominable que je peux poursuivre, démentir, faire pendre peut-être, pour avoir sapé le sacrement par sa base, pour avoir cnusc le

plus dangereux scandale, pour avoir violé sans nécessité, sans utilité, le plus saint de tous les devoir^, quand j'étoîs si bien dans le mien, que je n'ai mérité que des éloges. Celte supposition, je l'avoue, une fois admise, pareil avoir ses difficultés.

Je trouve en général que vous les pressez en homme qui n'est pas fâché d'en faire naître. Si tout se réunit contre vous, si les prêtres vous poursuivent, si le peuple vous maudit, si la douleur fait descendre vos parens au tombeau, voilà, je l'avoue, des inconvéniens bien terribles pour n'avoir pas voulu prendre en cérémonie un morceau de pain. Mais que faire enfin? me demandez- vous. Là-dessus voici, monsieur, ce que j'ai à vous dire.

Tant qu'on peut être juste et vrafdans la société des hommes, il est des devoirs difficiles sur lesquels un ami désintéressé peut être utilement consulté.

Mais quand une fois les institutions humaines sont à tel point de dépravation qu'il n'est plus possible d'y vivre et d'y prendre un parti sans mal faire, alors on ue doit plus consulter personne; il faut n'écouter que son propre cœur, parce qu'il est injuste et malhonnête de forcer un honnête homme à nous conseiller le mal. Tel est mon avis.

Je vous salue, monsieur, de tout mon cœur.

A M» mRZB. ( ).

Il novembre 1764.

Je reçois^ monsieur, avec reco*nnoissanc<', la seconde édition du Soerate runiù/ue^ et les bontés dont m'honore son digne historien». Quelque étonnant que soit le héros de votre livre, l'auteur ne l'est pas moins a mes yeux. Il y a plus de paysans respectables que de sa vans qui les respectent et qui l'osent dire. Heureux le pays où lés Clyioggs cultivent la terre, ei oùdesHirzels cultivent les lettres! l'abondance y règne et les vertus y sont en honneur.

Recevez, monsieur, je vous suppiie, mes remerclmens et mes salutations.

(^) JeaD-G.-i5pard Hfrzel, mWcp'n de Zlirfrh. mort en iW», Auteur de roiivrn^t? qui a pour titre : Soerate i-^tslifhe, on PfMeriplion de la conduite t'conomique et morale (Vitnpay. san philosophe; livre qui a été traduit dans prtique tont» les KitigiieBdcrEaropc. u. p.

Bi2

CORRESPONDANCE

A M. DE 1IALESHEIIBB8.

|fotier»-TraTert. par PooUrtIer, le II uoTembre 1764.

J'use rarement, monsieur, de la permission que vous m*avez donnée de vous écrire; mais les malheureux doivent être discrets. Mon cœur n*est pas plus changé que mon sort, et, plongé dans un abtme de maux dont je ne sortirai de ma vie, j'ai beau sentir mes misères, je sens toujours vos bontés.

En apprenant votre retraite, monsieur, j'ai plaint les gens de lettres; mais je vous ai félicité (*). En cessant d'être à leur tète par votre place, vous y serez toujours par vos talens ; par eux, vous embellissez votre Ame et votre asile. Occupé des charmes de la littérature » vous n'êtes plus forcé d*en voir les calamités; vous philosophez plus à votre aise, et votre cœur a moins à souffrir. C'est un moyen d'émulation, selon moi, bien plus sûr, bien plus digne d'accueillir et distinguer le mérite à Malesherbes que de le protéger à Paris.

Où est-il, où est-il ce chAteau de Malesherbes, que j'ai tant désiré de voir ? Les bois, les jardins, auroient maintenant un attrait de plus pour moi dans le nouveau goût qui me gagne. Je suis tenté d'essayer la botanique, non conmie vous, monsieur, en grand et comme une branche de l'histoire naturelle, mais tout au plus en garçon apothicaire, pour savoir faire ma tisane et mes bouillons. C'est le véritable amusement d'un solitaire qui se promène et qui ne veut penser à rien. U ne me vient jamais une idée vertueuse et utile que je ne voie à côté de moi la potence ou l'échafiaud ; avec un Linnœusdans la poehe et du foin dans la tAte, j'espère qu on ne me pendra pas. Je m'attends à faire les progrès d'un écolier A barbe grise : mais qu'im-

n MaMieriMi, premier prëddent de la Coor des Aides, et qai eonterva cette préftdence juiqo'en 1776, avoit de plus la direction de U librairie» et c*est de cettedirection qu'il est qoestioo ici. Mais dans riiitércssante NoUoe qu'a donnée M. Dubois sur Malesherbes, on Ut ( page 55 de la troisième édition ) que œ fut au moU de décembre 1768 qu'il cessa d'ardr cette direction. Or cettedate, qui d'ailleurs est certaine, ne s'accorde pas arec la date4v1a lettre de Rouisean, date qui n'eit pas plas susceptible d'être contestée, puisqu'il f parle des Lêlires ée la Montagne qu'il vient de faire imprimer en Hollande, Impression qui réellement eut lien en 1764. Il en résulte que ■oossean félieitant Naletberbes sur sa retraite comme direotcar de la librairie, n'en parle en cet instant que sur un ouidira, qni ne bitoonfirmépar l'événement que quatre ans après.

porte? Je ne veux pas savoir, mais étudier: et celte étude, si conforme A ma vie ambulante, m'amusera beaucoup et me sera salutaire : on n'étudie pas toujours si utilement que cela.

Je viens, A la prière de mes anciens concitoyens, de faire imprimer en Hollande une espèce de réfutation des Lettres de la campagne^ écrit que peut-être vous aurez vu. Le mien n'a trait absolument qu'A la procédure faite A Ge> nève contre moi et A ses suites: je n*y parle dei François qu'avec éloge, de la médiation de la France qu'avec respect ; il n'y a pas un mot contre les catholiques ni leur clergé ; les rieurs y sont toujours pour lui contre nos ministres. Enfin cet ouvrage auroit pu s'imprimer à Psiris avec privilège du roi, et le gouvernement auroit dû en être bien aise. M. de Sartine en a défendu l'entrée. J'en suis fftché, parce que cette défense me met hors d'état de faire passer sous vos yeux cet écrit dans sa nouveauté, n'osant, sans votre permission, vous le faire envoyer par la poste.

Agréez, monsieur, je vous supplie, mon profond respect.

On dit que la raison pour laquelle M. de Sartine a défendu l'entrée de mon ouvrage est que j'ose m'y justifier contre l'accusation d'avoir rejeté les miracles. Ce M. de Sartine m'a bien l'air d'un homme qui ne seroit pas fUiché de me faire pendre, uniquement pour avoir prouvé que je ne méritois pas d'être pendu. France, France, vous dédaignez trop dans votre gloire les hommes qui vous aiment et qui savent écrire! Quelque méprisables qu'ils vous paroissent, ce seroit toujours plus sagement fait de ne pas les pousser A bout.

A M. LE PRINCB L. E. DE WIRTEHBERG. Uotiers, le 15 novembre 4764.

Il est certain que vos vers ne sont pas bons» et il est certain de plus, que, si vous vous piquiez d'en faire de tels ou même de vous y trop bien connoltre, il faudroit vous dire comme un musicien disoit A Philippe de Macédoine qui critiquoit ses airs de flûte : A Dieu ne plaise» sire, que tu saches ces choses-IA mieux que moi I Du reste, quand on né croit pas faire d^

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