‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 85 sur 158 · SIS · texte numérisé non relu

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bons vers, il eM toujoara permis d'en faire» pourvu qu*on ne les estime qae ce qu'ils valent» et qu'on ne les montre qu*à ses amis.

Il y a bien du temps que je n'ai des nouvelles de nos petites élèves, de leur digne précepteur, et de leur aimable gouvernante. De gràce» une petite relation de l'état présent des choses. J'aime i suivre les progrès de ces chers enfans dans tout leur détail.

Il est vrai que les Corses m*ontfait proposer de travailler à leur dresser un plan de gouvernement. Si ce travail est au-dessus de mes forces, il n'estpas au-dessus de mon zèle. Du reste» c'est une entreprise àroéditer long-temps» qui demande bien des préliminaires; et avant d'y songer il faut voir d'abord ce que la France veut faire de ces pauvres gens. En attendant» je crois que le général Paoli mérite l'estime et le respect de toute la terre » puisque étant le mattre » il n'a pas craint de s'adresser à quelqu'un qu'il sait bien, la guerre excepté, ne vouloir laisser personne au-dessus des lois. Je suis prêt à consacrer ma vie à leur service ; mais» pour ne pas m'exposer à perdre mon temps» j'ai débuté par toucher l'endroit sensible. Nous verrons ce que cela produira.

A M. DU PEYROU

AloUeri, le 2S norembre 4761.

A M. D*IVER1«0I8.

Uotien, le 3S norembre 1704.

Je m'aperçois à Tinstant , monsieur» d*uii quiproquo que je viens de foire » en prenant dans votre lettre le 6 décembre pour le 6 janvier. Gela me donne l'espoir de vous voir un mois plus tôt que je n*avois cru » et je prends le parti de vous l'écrire, de peur que vous n'imaginiez peut-être sur ma lettre d'aujourd'hui que je voudrois renvoyer aux Rois votre visite, de quoi je scrois bien Aché. M. de Payraube sort d'ici , et m*a apporté votre lettre et vos nouveaux cadeaux. Nous avons pour le présent beaucoup de comptes à faire , et d'autres arrangemens i prendre pour l'avenir. D'aujourd'hui en huit donc , j'attends , monsieur, le plaisir de vous embrasser; et en attendant je vous souhaite un bon voyage et vous salue de tout mon cœnr.

T. IV

Le temps et mes tracas ne me permettent pas, monsieur, de répondre à présent à votre dernière lettre , dont plusieurs articles m*onl ému et pénétré : je destine uniquement celle-c| à vous consulter sur un article qui m'intéresse, et sur lequel je vous épargnerois cette importunité, si je connoissois quelqu'un qui me parût plus digne que vous de toute ma confiance.

Vous savez que je médite depuis long-temps de prendre le dernier congé du public par une édition généralede mes écrits» pour passer dans la retraite et le repos le reste des jours qu'il plaira à la Providence de me départir. Cette entreprise doit m'assurer du pain, sans lequel il n^'y a ni repos, ni liberté parmi les hommes : le recueil sera d*ailleurs le monument sur lequel je compte obtenir de la postérité le redressement des jugemens iniques de mes contemporains. Jugez par là si je dois regarder comme importante pour moi une entreprise sur laquelle mon indépendance et ma réputation sont fondées.

Le libraire Fauche, aidé d'un associé, jugeant que cette affaire lui peut èlreavantageuse, désire de s'en charger ; et, pressentant l'obstacle que la pédanterie de vos ministraux peut mettre à son exécution dans Neuchâtel, il projette, en supposant l'agrément du Conseil d'état, dont pourtant je doute, d'établir son imprimerie à Motiers, ce qui me seroit trèscommode ; et il est certain qu'à considérer la chose en homme d'état , tous les membres du gouvernement doivent favoriser cette entreprise qui versera peut-être cent mille écus dans le pays.

Cet agrément donc supposé (c'est son affaire), il reste à savoir si ce sera la mienne de consentir à cette proposition, et de me lier par un traité en forme. Voilà , monsieur, sur quoi je vous consulte. Premièrement, croyez-vous que ces gens-là puissent être en état de consommer cette aflhire avec honneur, soit du cêté de la dépense, soit du côté de Texécution ? car l'édition que je propose de faire, étant destinée aux grandes bibliothèques , doit être un chef-d'œuvre de typographie, et je n'épargnerai point ma peine pour ce que c'en soit un dé.

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CORRESPONDANCE

correction. En second lieu, croyez-TOus que i les engagemens qu'ils prendront avec moi soient assez sûrs pour que je puisse y compter, et n'avoir plus de souci là-dessus le reste de ma vie? En supposant que oui, voudrez -vous bien m'aider de vos soins et de vos conseils pour établir mes sûretés sur un fondement solide? Vous sentez que mes infirmités croissant, et la vieillesse avançant par-dessus le marché, il ne faut pas que , hors d'état de gagner mon pain , je m'expose au danger d'en manquer. Voilà l'examen que je soumets à vos lumières, et je vous prie de vous en occuper par amitié pour moi. Votre réponse, monsieur, réglera la mienne. J*ai promis de la donner dans quinze >urs. Marquez-moi, je vous prie, avant ce emps-là, votre sentiment sur cette affaire, afin que je puisse me déterminer.

A M. DUGIX».

Uotien, le S décembre I7M.

Je crois, mon cher ami, qu'au point où nous en sommes, la rareté des lettres est plus une marque de confiance que de négligence : votre silence peut m'inquiéter sur votre santé, mais non sur votre amitié, et j'ai lieu d'attendre de vous la même sécurité sur la mienne. Je suis errant tout l'été, malade tout l'hiver, et en tout temps si surchargé de désœuvrés , qu'à peine ai-je uu moment de relâche pour écrire à mes amis.

Le recueil fait par Duchesne est en effet incomplet, et, qui pis est, trés-fautif ; mais il n'y manque rien que vous ne connoissiez, excepté ma réponse aux Lettres écrites de la campagne, qui n'est pas encore publique. J'espérois vous la faire remettre aussitôt qu'elle seroit à Paris ; mais on m'apprend que M. de Sartine en a défendu l'entrée, quoique assurément il n'y ait pas un mot dans cet ouvrage qui puisse déplaire à la France ni aux François, et que le clergé catholique y ait à son tour les rieurs aux dépens du nôtre. Malheur aux opprimés ! surtout quand fis le sont injustement , car alors ils n'ont pas même le droit de se plaindre ; et je ne serois pas étonné qu'on me fit pendre uniquement pour

avoir dit et prouvé que je ne méritois pas dH^ tre décrété. Je pressens le contrecoup de cette défense en ce pays. Je vois d'avance le parti qu'en vont tirer mes implacables ennemis, et surtout ipse doli fabricaior Epeus,

J'ai toujours le projet de faire enfin moi-même un recueil de mes écrits, dans lequel je pourrai faire entrer quelques chiffons qui sont encore en manuscrits , et entre autres le petit conte (*) dont vous parlez, puisque vous jugez qu'il en vaut la peine. Mais outre que cette entreprise m'effraie, surtout dans l'état où je suis, je ne sais pas trop où la faire. En France il n'y faut pas songer. La HolFande est trop loin de moi. Les libraires de ce pays n'ont pas d*assez vastes débouchés pour cette entreprise, les profits en seroient peu de chose, et je vous avoue que je n'y songe que pour me procurer du pain durant le reste de mes malheureux jours , ne me sentant plus en état d'en gagner. Quasi aux mémoires de ma vie, dont vous parlez, ik sont trop difficiles à faire sans compromettre personne ; pour y songer, il faut plus de tranquillité qu'on ne m'en laisse, et que je n'en aurai probablement jamais : si je vis toutefois, je n'y renonce pas. Vous avez toute ma confiance, mais vous sentez qu'il y a des choses qui ne se disent pas de si loin.

Mes courses dans nos montagnes , si riches en plantes, m'ont donné du goût pour la boUh nique: cette occupation convient fort i une machine ambulante à laquelle il est interdit de penser. Ne pouvant laisser ma tète vide, je la veux empailler; c'est de foin qu'il faut l'avoir pleine pour être libre et vrai, sans crainte d'être décrété. J'ai l'avantage de ne connoltre encore que dix plantes, en comptant l'hysope; j'aurai long-temps du plaisir à prendre avant d'en être aux arbres de nos forêts.

J^attendsavec impatience votre nouvelle édition des Cùnsidératiimt sur les nuetcrs. Pntsqi» vous avez des facilités pour tout le royaume, adressez le paquet à Pontarlier, à moi directement, ce qui suffit; ou à M. Junet, directeur des postes ; il me le fera parvenir. Vous pourez aussi le remettre à Duchesne , qui me le fera passer avec d'autres envois. Je vous demanderai même , sans façon , de faire relier l'exem-

(*) La Rflne fan'aïqne.

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