PREMIÈRE LEÇON
Leçon d'ouverture.
Sommaire. — Création de la chaire de clinique des maladies du système nerveux. — Moyens d'étude: hospice- hôpital, consultation externe, laboratoires. — Légitimité de la spécialisation de renseignement de la pathologie nerveuse. — Intervention des sciences anatomiques et physiologiques dans la pathologie. Conditions dans lesquelles elle doit avoir lieu. — Méthode nosologique. — Méthode anatomo-clinique. ^ Les névroses reconnaissent les lois physiologiques communes. — DifÛcultés de leur étude. — Simulation.
Messieurs,
Hy a tantôt 12 ans, reprenant dans Tenceinte de cet hospice un enseignement qui, en ce temps-là, datait de quatre années déjà, j'émeltaisTespoir que ce grand asile des misères humaines, où tant de maîlres de la médecine française se sont illustrés, deviendrait quelque jour, pour les maladies du système nerveux, un centre régulièrement organisé d'enseignement et de recherches.
Où trouver ailleurs, disais-je alors, autant de matériaux particulièrement appropriés à ce genre d'étude? De simples modifications dans l'arrangement intérieur de l'établissement suffiraient cependant, ajoutais-je, pour qu'on pût les mettre eo pleine valeur !
Charcot. Œuvres complètes, t. m, Système nerveux, 1
2 GHÉATION I>E LA CUAIRE
Cette opinion, depuis l'époque, je n*ai jamais cessé de la proclamer, pour ainsi dire chaque jour, m'eObrçant par tous les moyens en mon pouvoir — tantôt par renseignement oral, tantôt par la publication de travaux, auxquels mes élèves se sont souvent associés, — d*en rendre évidente, même aux plus incrédules, la portée pratique.
Vous savez, Messieurs, comment nos vœux se sont enfin réalisés au delà de toute espérance. Car, en ce moment, c'est au nom de la Faculté de médecine de Paris que je viens reprendre cet enseignement, né, il y a près de 17 ans, de Tinitiative individuelle.
En inaugurant aujourd'hui, non sans une réelle émotion, jeTavoue, la chaire de clinique des maladies du système ner- YeuXy mes premières paroles seront l'expression de ma gratitude envers ceux qui Tont créée et qui me l'ont confiée. Je remercie la Chambre qui a pris Finitiative du projet, le Ministre de rinstruction publique qui l'a accueilli, mes collègues de la Faculté qui, consultés sur l'opportunité de la création, ont rendu un verdict favorable, me donnant là une preuve d*estime dont je suis profondément touché.
Je saisirai ensuite avec empressement l'occasion qui se pi*éseote d'offrir un témoignage public de reconnaissance, d'une part, au Conseil municipal de la ville de Paris, et, d'autre part, à TAdministration de l'Assistance publique, dont l'intervention libérale et éclairée a rendu possible ce qui, sans elle, eût rencontré des obstacles peut-être insurmontables. Grâce à cette intervention, en effet, antérieurement à la consécration universitaire, nous avions été mis en possession déjà, dans ce service, d'installations qui en avaient fait un véritable Institut neuro-pathologique.
Enfin, Messieurs, pour terminer cet acte de gratitude, il
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m'incombe encore un devoir qu'il me sera particulièrement doux de remplir. Ravivant d'anciens souvenirs, je viens faire appel à ceux qui me font l'honneur de se dire mes élèves — tous aujourd'hui sont devenus des maîtres ou sont en voie de le devenir, — et, leur donnant une fois de plus l'assurance de mon vif et sincère attachement, je les convie à se réjouir avec nous de l'heureux succès d'une œuvre à laquelle ils ont participé.
Je viens de faire allusion, Messieurs, aux modifications importantes qui, avec le concours de l'Administration de l'Assistance et du Conseil municipal, ont été, depuis quelques années, successivement introduites dans le service dont j'ai la direction. Je vous demande la permission d'entrer à ce sujet dans quelques détails. J'y trouverai l'occasion de faire ressortir les avantages que peut présenter Tinstallation de la chaire nouvelle dans cet hospice.
Ce grand asile, personne de vous ne Tignore sans doute, renferme une population de plus de 5.000 personnes, parmi lesquelles figurent en grand nombre, sous le titre d'incurablesy admises à vie, des sujets de tout âge affectés de maladies chroniques de tout genre, de celles en particulier qui ont pour siège le système nerveux.
Tel est le matériel considérable, mais nécessairement d'un caractère particulier, qui forme ce que j'appellerai l'ancien fonds, le seul que, pendant de longues années, nous ayons eu à notre disposition pour nos recherches pathologiques et pour notre enseignement clinique.
Les services que peuvent rendre les études et l'enseigne-
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menl faits dans ces conditions ne sont certes pas à dédaigner. Les types cliniques s'offrent à Tobservalion représentés par de nombreux exemplaires qui permettent de considérer l'affection du même coup, d'une façon pour ainsi dire permanente, car les vides qui se font avec le temps, dans (elle ou telle catégorie, sont bientôt comblés. Nous sommes, en d'autres termes, en possession d'une sorle de musée pathologique vivant^ dont les ressources sont considérables.
A la vérité, les premiers débuts du mal nous échappent souvent; mais, par compensation, il nous est permis de rechercher, par l'ouverture du corps, les lésions correspondant aux symptômes longuement et minutieusement étudiés pendant la vie. Or, qui ne reconnaît aujourd'hui l'influence décisive qu'ont eue sur les progrès de la neuro-pathologie les investigations microscopiques dirigées suivant la méthode anatomoclinique?
Mais, d'autre part, les côtés faibles de la situation que je viens d'indiquer sont trop frappants pour ne pas sauter aux yeux. Dans l'hospice, en général, les cas très accentués, réputés incurables, sont seuls admis. Les formes légères, atténuées, y font défaut. On n'y apprend guère à apprécier ces nuances symptomatologiques délicates qui seules marquent parfois les débuts de certaines affections chroniques. D'ailleurs, quel espoir peut-on conserver de guérir ou de soulager, lorsque le mal a, depuis longues années, pris pied dans l'organisme et qu'il a résisté aux médications appropriées?
Ce sont là des imperfections notoires. Il était possible d'y remédier en instituant aux portes de l'hospice une consultation, impliquant la délivrance de médicaments. On pouvait espérer que là viendraient se présenter en grand nombre ces chroniques qui ne trouvent pas toujours un accès facile dans les hôpitaux de la ville, et qui, en tous cas, n'y trouvent pas
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coDstaroment les moyens de traitement appropriés à leur état. Ces prévisions se sont réalisées. La consultation fonctionne depuis deux ans déjà, et les cas qui nous intéressent, en raison de la direction particulière de nos éludes, s'y présentent en grand nombre. Saurai maintes fois l'occasion de vous présenter, dans nos conférences, des malades qui fréquentent Thospice à titre d'externes. Ces malades ne se refusent pas, tant s'en faut, aux démonstrations cliniques. Ils comprennent que plus ils sont minutieusement et curieusement observés, plus sont grandes pour eux les chances de guérison ou de soulagement.
Le complément pour ainsi dire logique de cette consultation devait être Tinstallalion, dans l'enceinte de l'hospice, d'un service où pourraient ôtre admis, temporairement, quelquesuns des malades qui viennent nous consulter du dehors. Celte création, nous l'avions bien des fois demandée, mais nous venions nous heurter contre les difficultés fondamentales. Heureusement pour notre cause, elle a rencontré l'esprit élevé de M. le Directeur actuel de l'Assistance publique. Tous les obstacles ont été aplanis, et aujourd'hui, le service d*admission temporaire est institué. 11 se compose de 60 lits, à savoir : 40 lits pour les femmes et 20 lits pour les hommes. Je ne saurais trop remercier M. Quentin de Tempressement qu*il a mis dans cette circonstance à seconder nos efforts.
Ainsi, à l'hospice est venue s'ajouter la consultation externe* et à celle-ci un service d'hôpital*. Tout cela forme un ensemble dont les parties s'enchatnent logiquement et que viennent compléter d'autres services connexes.
Nous possédons un musée anatomo-pathologiqxœ auquel sont annexés un atelier de moulage et de photographie^ un