LÉGITIMITÉ DE LA SPÉCIALISATION
laboratoire danaiomte et de physiologie pathologique bien aménagé et qui contraste singulièrement avec la salle étroite, mal éclairée, seul refuge que nous ayons eu à noire disposition mes élèves et moi, pendant près de 15 années, et que nous appelions pompeusement le « laboratoire » ; un cabinet d'ophtalmologie^ complément obligatoire d'un Institut neuro-pathologique; l'am/^At/A^d/re d'enseignement dans lequel j'ai Thonneur de vous recevoir et qui est pourvu, vous le voyez, de tous les appareils modernes de démonstration.
Enfin nous possédons un service richement doté de tous les appareils nécessaires à la pratique de V électro-diagnostic et de Vélectro thérapie, et où de nombreux malades viennent, trois fois la semaine, recevoir des soins appropriés à leur éUt.
Le concours dévoué que nous a prêté notre excellent ami, M. Lebas, directeur deThospice, dans l'installation de ces services, est vraiment au-dessus de tout éloge.
Vous voyez combien de moyens d'étude ont été libéralement placés entre nos mains. C'est à nous, maintenant, d'en tirer parti. En ce qui me concerne, bien que je sois parvenu à une époque de la vie où l'horizon commence à se limiter, j'espère trouver en moi assez de force encore et assez de foi pour ne pas faillira la tAche.
Je dois vous présenter encore, Messieurs, quelques remarques visant des objections, des doutes relatifs aux questions de principes et qui, à propos de la création de la chaire nouvelle, n'ont pas manqué sans doute de se présenter à Tesprit de plusieurs.
On s'e<(t très certainement demandé, par exemple, si la con-
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sécration officielle d'une spécialité de plus était vraiment chose opportune et légitime, et si une fois engagés dans cette voie, nous n'étions pas menacés de voir l'unité de notre science se morceler et se dissoudre. A cela, on peut répondre d'une façon sommaire qu'aujourd'hui, en médecine, alors que l'analyse devenue plus pénétrante multiplie sans cesse le nombre des faits, nos facultés d'assimilation et notre puissance de travail ne se développant pas parallèlement, personne ne saurait plus sérieusement prétendre à tout embrasser, à tout approfondir. La spécialisation est donc devenue chose fatale et nécessaire. Il faut bien Taccepler, puisqu'on ne peut l'éviter. Il importera seulement de l'organiser en vue de mettre obstacle au morcellement sans limites et à l'isolement stérile, dont on aurait à déplorer, s'ils venaient à se produire, les funestes effets. A ce propos, je ferai remarquer que celte organisation, en ce qui concerne le corps enseignant, existe déjà, en quelque sorte, dans notre Faculté qui exige de ses agrégés, parmi lesquels se recrutent les professeurs, la connaissance de tout l'ensemble.
D'ailleurs, pour le territoire neuro-pathologique, le danger qui pourrait s'attacher à une spécialisation trop étroite n'est guère à redouter, car ce domaine est devenu aujourd'hui, personne ne songe à le contester, un des plus vastes qui existent, Tun de ceux qui s'enrichissent le plus rapidement, l'un de ceux dont la culture exige de la part de celui qui s'y livre le plus de connaissances générales. Il était donc légitime que la pathologie du système nerveux qui, à l'avenir, devra absorber tous les efforts de celui qui la voudra posséder, vint réclamer à son tour une place à part parmi les autres branches qui, comme elle, par la force des choses, se sont antérieurement déjà dé tachées du sein de la médecine générale.
Une autre considération à faire valoir est que, dans l'évolu-
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tion scientifique qui, durant ces trente dernières années, a reculé les limites de la palhologie nerveuse et en a rendu la spécialisation légitime, la France a été souvent Tinilialrice; elle devra continuer son œuvre et ne point se laisser devancer, sur son propre territoire, par les autres pays. Pour atteindre ce but et assurer définitivement la situation, il était nécessaire de mettre entre les mains d'un certain nombre de travailleurs tous les moyens de se tenir constamment à la hauteur du mouvement; or, cela ne pouvait se faire qu'en créant, pour l'enseignement des maladies du système nerveux, une chaire magistrale. Car, seule, une chaire occupée par un professeur titulaire pourra dignement répondre, en raison des privilèges et des devoirs qui s'y rattachent, aux besoins de l'enseignement et aux exigences du progrès scientifique.
Il me parait inutile de développer plus longuement cette apologie de l'institution nouvelle et d'accumuler en faveur de la cause de plus nombreux arguments. Actuellement, pour nous montrer fidèle aux habitudes consacrées, nous devons nous appliquer dans- celte leçon d'inauguration, à faire connaître aux nouveaux venus, à ceux qui ne nous ont pas fait Thonneur d'assister à nos conférences, comment je comprends cet enseignement, ancien déjà, mais qui m'est aujourd'hui officiellement confié.
Comme par le passé, il s'agira surtout ici de clinique, ou, autrement dit, de pratique. C'est dire que nous aurons à envisager tel cas particulier, tel malade qu'il s'agira de guérir ou pour le moins de soulager. Or ce but. Messieurs, cela va de soi, ne saurait être atteint que par la mise en œuvre des notions préalablement acquises dans les diverses branches de la
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médecine, car il faut savoir pour pouvoir. La pratique, en réalité, n'a pas d'autonomie; elle vit d'emprunts, d'applications; sans rénovation scientiGque, elle deviendrait bientôt une routine attardée et comme stéréotypée. Aussi peut-on afGrmer, à mon avis, que, à part les questions de coup d'œil, d'ingéniosité et autres qualités natives, qui se perfectionnent, sans doute, par lusage, mais qui ne s'acquièrent pas de toutes pièces, on peut affirmer, dis-je, que tant vaut le pathologiste, tant vaut le clinicien. Celui-ci, par conséquent, avant d'être vu à l'œuvre, peut être jugé déjà, du moins sommairement, par le seul examen de ses tendances scientifiques.
A cet égard, je n'en suis plus, Messieurs, à exposer ma profession de foi, et je puis m'en tenir, je pense, à déclarer une fois de plus que, dans mon opinion, l'intervention largement acceptée des sciences anatomiques et physiologiques dans les affaires de la médecine est une condition essenlielle de progrès ; vérité, du reste, devenue en quelque sorte banale, avec le temps.
Mais un point que je tiens à relever avec insistance, c'est que, pour être légitime et vraiment féconde, cette intervention doit se faire dans des conditions particulières qu'il importe de ne jamais oublier. Permettez-moi de vous rappeler lopinion formellement exprimée à ce sujet par un physiologiste illustre entre tous, Claude Bernard: « Il nefaut pas^ dit-il, subordonner lapathologie à la physiologie. C'est tin-verse qu^ il faut faire. Il faut poser d abord le problème médical tel qu'il est donné par f observation de la maladie^ puis chercher à fournir F explication physiologique : agir autrement ce serait s'exposer à perdre le malade de vue et à défigurer la maladie. » Voilà, à mon avis, des paroles excellentes. J'ai tenu à les citer textuellement, parce qu'elles sont absolument significatives. Elles font suffisamment comprendre
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qu'il existe en pathologie tout un domaine qui appartient en propre au médecin, que lui seul peut cultiver et faire fructifier, et qui resterait nécessairement fermé au physiologiste qui, systématiquement confiné dans le laboratoire, dédaignerait les enseignements de la salle d*hôpital.
La méthode appropriée à la culture de ce vaste champ peut être appelée nosologiqtte ; c'est, en somme, la méthode traditionnelle par excellence, car c'est elle qui, depuis que la médecine existe, s'occupe à décrire les états morbides, à déterminer leur caractéristique, leur étiologie, leurs corrélations, les modifications qu'ils subissent, sous l'influence des agents thérapeutiques. Or, les faits de cet ordre. Messieurs, veuillez le remarquer, constituent nécessairement les assises premières de toute construction scientifique en pathologie, et sans cette base, la physiologie de l'homme malade ne serait qu'un vain mot.
S'il fallait, dans la catégorie des maladies du système nerveux, montrer toute la puissance de cette méthode, il suffirait de rappeler une des parties de l'œuvre inimitable de Duchenne (de Boulogne), ce grand représentant de la neuro-pathologie française. Sans doute, son admirable étude des mouvements musculaires, faite à l'aide de l'électrisation localisée, pourra être, jusqu'à un certain point, réclamée par la physiologie. Hais il n*en est pas de même de sa création des grands types morbides qui s'appellent l'atrophie musculaire progressive, la paralysie infantile, la paralysie pseudo-hypertrophique, la paralysie glosso-laryngée, Talaxie locomotrice enfin. Cette création, le plus grand côté de l'œuvre, incontestablement, puisqu'elle a peuplé d'être animés, vivants, conformes à la réalité concrète, reconnus de tous, des cadres jusque-là restés vides ou remplis de formes confuses, celte création, dis-je, appartient toute entière à la méthode nosographique.
MÉTHODE ANAT0M0-€LINT:UE il
Mais cette méthode ne doit pas nécessairement se restreindre à l'observation des phénomènes extérieurs de la maladie ; elle peut, sans changer de caractère, s'appliquer au domaine anatomo-pathologique et se l'approprier.
On a dit souvent que les progrès de la pathologie et ceux de l'anatomie pathologique vont de pair. Cela s'est montré frai, surtout en ce qui concerne les maladies du système ner- Teux. Un exemple suffira pour montrer que la découverte d'une lésion constante, dans les maladies de ce genre, est un résultat d'une portée décisive.
La description qu'a donnée Duchenne (de Boulogne) de l'ataxie locomotrice est des plus vivantes, des plus saisissantes. Elle passe, avec raison, pour un chef-d'œuvre. Cependant l'hésitation a régné pendant longtemps dans les esprits, jus-* qu'au jour où la lésion spinale, décrite depuis longtemps par Cruveilhier, put être rapportée au type clinique.
Néanmoins, quelques auteurs continuaient à penser que l'affection est à son origine une névrose. Toute illusion se dissipa lorsqu'on eut reconnu que la lésion est déjà constituée et parfaitement reconnaissable, dès les premières phases du mal, alors qu'elle ne se révèle encore cliniquement que par des symptômes fugaces, qu'elle est toujours présente, à un degré quelconque, dans les formes frusles, anormales, lesquelles ont pu, ainsi, être rattachées avec assurance au type normal, seul cité dans la description classique de Duchenne (de Boulogne).
Dans ce cas, comme dans bien d'autres, veuillez le remarquer, l'intervention de l'anatomie pathologique offre, en quelque sorte, un caractère purement pratique. Il s'agit, surtout.
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de fournir h la nosographie des caractères plus fixes, plus malériels, si l'on peut ainsi parler, que ne le sonl les symptômes eux-m6mes. Ou ne s'occupe pas de saisir la nature des rapports qui unissent les lésions aux symptdines extérieurs.
Sans mécoDuattre l'importance des résultats obtenus dans
ng. t. — KK. rsrdou liUnai. — A. tilic«n Ja Tûrrk. — BB, k»h n»llcaUli« poMtrinm. — CC, r-oniM H«lrri<'ur«. - DD. <onm uUriHni, — F, uns Tidirdiin
cette voie, il est certain que l'élude des lésions peut être adaptée à un autre point de vue et prétendre à des visées plus hautes, plus scientifiques si vous voulez. Elle peut, lorsque les circonstances sont favorables, fournir les bases d'une interprétation physiologique des phénomènes morbides, et, du même coup, par une conséquence inévitable donner au diagnostic plus de pénétration el de rigueur.
J'ai placé sous vos yeux un schéma {Fiç. i) qui représente, en quelque sorte, « le manuel », le « rudiment de la nouvelle
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pathologie spinale ». — La moelle s'y trouve divisée en régions beaucoup plus nombreuses que celles reconnues autrefois par l'analomie et la physiologie expérimentale. C'est là l'œuvre de la méthode anatomo-clinique.
Chacune de ces régions peut se montrer lésée, isolément, systématiquement, comme on dit, sans participation des régions voisines, de telle sorte que nous nous trouvons ici dans les conditions d'une vivisection bien réussie ; à chacune de ces lésions circonscrites correspond une symptomatologie particulière qui révèle, en quelque sorte, le trouble de fonctions spéciales à chacune des régions affectées. On apprend ainsi que les faisceaux pyramidaux sont presque exclusivement composés de fibres qui transmettent directement à la moelle, et par son intermédiaire, aux membres, les ordres de la volonté ; que les cellules motrices des cornes antérieures tiennent sous leur dépendance la nutrition des muscles correspondants; que cette région des cornes antérieures n'a rien à faire avec la transmission des impressions sensilives, etc. , etc. — Ici donc, la physiologie et la pathologie se confondent, en quelque sorte.
Des résultats analogues ont été obtenus par l'application de cette même méthode analomo-clinique à l'étude des localisa* tiens dans le bulbe et dans les hémisphères du cerveau. Je me bornerai à de courtes remarques concernant ce dernier point.
Vous n'ignorez pas que, sur cette question des localisations cérébrales, le désarroi est pour le moment dans le camp des expérimentateurs; les uns niant formellement ce que les autres affirment avec non moins d'autorité. A ces débats nous assistons, nous autres palhologistes, non pas certes avec indifférence, mais tout au moins avec calme ; nous attendrons a?ec patience que l'accord se fasse.
C'est qu'en effet les moyens de recherche qui nous appartiennent en propre nous ont mis désormais en possession d'un certain nombre de faits fondamentaux, relatifs à Thomme, contre lesquels les données fournies par la vivisection ne sauraient jamais prévaloir. Ainsi nous savons, de science certaine, que la lésion destructive du faisceau pyramidal, dans son trajet capsulaire en arrière du genou, produit l'hémiplégie permanente vulgaire ; que les lésions destructives de l'extrémité postérieure de la capsule interne produisent le syndrome hémianesthésie cérébrale ; pour ce qui est maintenant de l'écorce des hémisphères, on ne discute plus guère aujourd'hui sur le rôle pathologique de la circonvolution de Broca. On sait que la destruction des circonvolutions de la zone dite motrice produit, si elle est générale, l'hémiplégie complète, ou au contraire seulement une monoplégie si la lésion se circonscrit dans telle ou telle région secondaire. Aux lésions irritatives de ces mêmes régions se rattachent les phénomènes de l'épilepsie partielle. Sans doute ces faits de localisation ne fournissent pas encore les éléments d'une doctrine arrêtée, concernant le rôle physiologique de diverses régions cérébrales. Mais, tels qu'ils sont, ils représentent comme autant de points de repère qui dirigent le clinicien dans la difGcile recherche du diagnostic.
On comprend, par ce qui précède, l'importance que nous devrons accorder dans nos études à la recherche anatomopathologique. Mais vous n'ignorez pas. Messieurs, qu'il existe encore, à l'heure qu'il est, un grand nombre d'états morbides, ayant évidemment pour siège le système nerveux, et qui ne laissent sur le cadavre aucune trace matérielle appréciable. L'épilepsie, l'hystérie même la plus invétérée, la chorée et
bien d'autres états morbides qu'il serait trop long d'énumérer, s'offrent à nous comme autant de sphynx qui défient Tanalomie la plus pénétrante. Ces composés symptomatiques privés du substratum anatomique ne se présentent pas à Tesprit du médecin avec cette apparence de solidité, d'objectivité qui appartient aux affections désormais rattachées à une lésion organique appréciable.
Quelques-uns même ne voient, dans plusieurs de ces affections, qu'un assemblage de phénomènes bizarres, incohérents, inaccessibles à l'analyse et qu'il vaudrait mieux peut-être reléguer dans la catégorie de l'incognoscible. C'est l'hystérie qui est surtout visée par cette sorte de proscription. Mais un décret, d'où qu'il vienne, ne suffira jamais pour la faire rayer du cadre nosologique. 11 nous faudra donc la prendre telle qu'elle est et ne pas nous laisser rebuter par les difficultés que présente son étude. D'ailleurs, Messieurs, seule une observation superficielle a pu conduire à l'opinion que je viens de signaler ; une étude plus attentive nous fait voir les choses sous un autre aspect, et un grand mérite de Briquet est d'avoir, dans son beau livre, établi d'une façon irréfragable que l'hystérie reconnaît, elle aussi, au même titre que les autres états morbides, des règles, des lois qu'une observation attentive et suffisamment multipliée permettra toujours de dégager. Permettez-moi, pour ne citer qu'un exemple, de vous rappeler la description de la grande attaque hystérique, aujourd'hui réduite à une formule très simple. Quatre périodes se succèdent dans l'attaque complète avec la régularité d'un mécanisme : 1* épUeptoïde; 2° grands mouvements (contradictoires, illogiques) ; 3"" attitudes passionnelles (logiques) ; 4** délire terminal. Mais l'attaque peut être incomplète ; chacune des périodes peut se montrer isolément; ou encore une ou deux seulement d'entre elles feront défaut. On comprend
combien de variétés pourront résulter de ces combinaisons ; mais toujours il sera facile à celui qui possède la formule de les ramener toutes au type fondamental.
Tout cela intéresse au plus haut point le clinicien qui doit apprendre à s'orienter au milieu de ce dédale en apparence inextricable. Mais ce que je tiens à relever ici, c*est que dans Tattaque, et je pourrais en dire autant de bien d'autres épisodes de Thystérie, rien n'est laissé au hasard, que tout s'y passe, au contraire, suivant des règles, toujours les mêmes, communes à la pratique de la ville et à celle de l'hôpital, valables pour tous les pays, pour tous les temps, pour toutes les races, universelles par conséquent.
II est un autre grand fait dans l'histoire des névroses en général et de l'hystérie en particulier qui montre bien que ces affections ne forment pas, dans la pathologie, une classe à part, gouvernée par d'autres lois physiologiques que les lois communes. C'est que leur symplomatologie se rapproche toujours et souvent très étroitement de celles qui se ratlache aux maladies à lésions matérielles. Et la ressemblance est parfois si frappante qu'elle rend le diagnostic des plus ardus. On a quelquefois désigné, sous le nom de neuromimésie, cette propriété qu'ont les affections sine materia de simuler les maladies organiques. Enlre l'hémianesthésie vulgaire des hystériques et celle qui relève d'une lésion en foyer l'analogie et frappante. Au fond c est le même syndrome. Même ressemblance entre la paraplégie spasmodique des hystériques et celle qui relève d'une lésion organique spinale (impuissance motrice, rigidité, exagération des réflexes tendineux, conservation du relief musculaire). Or cette ressemblance, qui désespère parfois le clinicien, doit servir d'enseignement au pathologiste qui, derrière le syndrome commun, entrevoit une analogie de siège
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anâlomique, et, mutatis mutandis^ localise la lésion dynamique d'après les données fournies par Texamen de la lésion organique correspondante. Et ceci nous conduit à reconnaître que les principes qui régissent l'ensemble de la pathologie sont applicables aux névroses, et que, là aussi, on doit chercher à compléter Tobservalion clinique en pensant anatomiquement et phjsiologiquement.
Puisque j'en suis à vous parler des difficullés que le clinicien rencontre dans l'étude des névroses et des moyens dont il dispose pour surmonter ces obstacles, il est encore un point que je voudrais, avant de terminer, signaler à votre attention. Il s agit de la simulation^ non plus de cette imitation d'une maladie par une autre, dont nous parlions tout à l'heure , mais bien de la simulation intentionnelle, voulue, dans laquelle des malades exagèrent des symptômes réels, ou encore créent de toutes pièces une symptomatologie imaginaire. Chacun sait, en effet, que le besoin de mentir, tantôt sans intérêt, par une sorte de culte de l'art pour l'art, tantôt en vue de faire sensation, d'exciter la pitié, etc., est chose vulgaire, en particulier dans l'hystérie. Voilà un élément que nous rencontrons à chaque pas dans la clinique de cette névrose et qui jette, il n'y a pas à se le dissimuler, un jour de défaveur sur les études qui s'y rattachent. Mais, aujourd'hui, Messieurs, alors que l'histoire de l'hystérie a été tant de fois remaniée, fouillée dans tous les sens, est-il vraiment aussi difficile que quelques-uns paraissent le croire, de discerner la symptomatologie réelle de la symptomatologie imaginaire? Il n'en est rien. Messieurs, et pour ne point rester dans la généralité, permettez-moi devons présenter, dès à présent, un exemple concret, choisi entre
Cbabcot. ŒuTres complètes, t. m, Système nerveux» S
bien d*autres, et propre, si je ne me trompe, à appuyer la thèse que je défends.
Il s'agit de la catalepsie produite par bypnotisalion chez certaines hystériques. La question est celle-ci : cet état peut-il être simulé de façon à tromper le médecin. On croit généralement que si chez un sujet cataleptique un bras est étendu horizontalement, cette altitude peut être conservée par lui un temps assez long pour que cette durée même suffise à écarter tout soupçon de simulation. D'après nos observations, cela ne serait point exact : au bout de 10, 15 minutes, le membre commence à descendre, el, au bout de 20 à 25 minutes au maximum, il est retombé dans la verticale. Or, ce sont là des limites qu'un homme vigoureux, essayant de garder la même position, peut atteindre. C*est donc ailleurs qu'il faut chercher un caractère distinctif. Chez le simulateur, comme chez le cataleptique, un tambouràréaction, fixé à l'extrémité du membre étendu [fig. 1, R), servira à enregistrer, parla méthode graphique, les moindres oscillations de ce membre, pendant qu'un pneumographe, appliqué sur la poitrine {fig. 1, P), donnera la courbe des mouvements respiratoires. Or, voici ce qu'on observe sur ces tracés, dont je vous présente l'abrégé.
Chez la cataleptique, pendant toute la durée de l'observation, la plume qui correspond au membre trace une ligne droite parfaitement régulière (^y. 2,11).
Pendant ce temps, chez le simulateur, le tracé correspondant ressemble d'abord à celui de la cataleptique, mais, au bout de quelques minutes, des différences considérables commencent à s'accuser; la ligne droite se change en une ligne brisée, très accidentée, marquée par instants de grandes oscillations disposées en séries [fig. 3, II).
Les tracés fournis par le pneumographe ne sont pas moins
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significatifs. Chez la catalcpliquc : respiration rare, superficielle, la fin du tracé ressemble au commencement {/ig. 2, 1), Chez le simulateur, le tracé se compose de deux parties distinctes. Au début, respiration régulière et normale. Dans la
Fîg. I. — Schéma de la ditpotition det appûreiU dans les expériences sur l'immobilité cataleptique.
R. Taodiioar à réaction de Harey. P. Pneomographe. C. Cylindre toornant. TT. Tambours àletier
deuxième phase, celle qui correspond aux indices de fatigue musculaire notés sur le tracé du membre, irrégularité dans le rhythme et Tétendue des mouvements respiratoires ; profondes et rapides dépressions, indices du trouble de la respiration qui accompagne le phénomène de TefTort {fig. 3, 1).
En résumé, vous le voyez, la cataleptique ne connaît pas la fatigue, le muscle cède, mais sans effort, sans intervention
volonlwre. Le simulateur, au contraire, soumis [à la double épreuve, se trouve Irahides deux côlésàla fois: l*par le tracé du membre qui accuse la fatigue musculaire, et 2' par le
Ftg. t, — Schtma dit tracée olI«nu nr vnt hytUn-t^UpliqM tn iUU iâ CditUftiê liypnclifut, I. Trmci du puumogTiphe. II. Trmcé du Umbanr i ràidlOD.
tracé de la respiration qui traduit l'effort destiné k en masquer les effets.
Inutile d'insister. Cent autres eiemples pourraient être îd- Toqués, qui montreraient que la simulation, dont on parle
tant quand il s'agit d'hystérie ou d'aSecUons connexes, n'est & loat prendre, dans l'état actuel de nos conoaissanceB, qu'un éponvantail devant lequel s'arrêteront seuls les timides ou les
Rf. I. — ScMma Jtê trûeéi atfoiiu rAii un Aanini jui iHayi di maliMnlr Tallituiê 1. Tnet d* la rMpIrAloa. H. Tnc« du Umbour à riictlon.
novices. Désormais, il appartient au médecin vérïtablement instruit dans ces maUères de dépister ta fourberie partout oil elle se produit et de dégager au besoin, des syinptdmes réels fusant foncièrement partie de [la maladie, les sympldmes ti-
mules que Tarlifice des malades voudrait y surajouter. Nous nborderons donc, avec prudence sans doute, mais aussi avec ^^onfiance, Tétude de ces affections redoutées, pénétrés que nous sommes de la sûreté des méthodes d'observation qui sont entre nos mains.
Le temps presse et je dois conclure. Je serais heureux si j*étais parvenu, dans Tesquisse qui précède, à vous faire entrevoir ridéal vers lequel tendront tous nos efforts. Dans la solution des problèmes qui nous sont imposés, toutes les branches, toutes les disciplines de la science biologique devront, se prêtant un appui mutuel, et se contrôlant Tune l'autre, marcher du même pas vers le même but. Mais je maintiens que, dans ce concert, le rôle prépondérant, la juridiction suprême devra toujours appartenir à l'observation clinique.
Par cette déclaration, je me place sous le patronage des chefs de TEcole française, nos maîtres immédiats, dont renseignement a jeté un éclat si vif sur cette grande Faculté de médecine de Paris à laquelle j*ai l'honneur d'appartenir.