‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1- (volume 2)Chapitre 112 sur 166 · COXALGIE-HYSTÉRO-ORGANIQUE · texte numérisé non relu

COXALGIE-HYSTÉRO-ORGANIQUE

ques et de symplômes hystériques, je vous ferai remarquer, en passant, qu'il ne faudrait pas croire que des désordres matériels un peu accentués de l'organisme excluent forcément les phénomènes hystériques ; cela peut arriver, sans doute, mais, s'il en est ainsi dans quelques cas, dans d'autres, les plus nombreux peut-être, on voit les stigmates hystériques persister pendant l'évolution des lésions organiques plus ou

l" cas, (Observation communiquée par M. le professeur Lannelongue). Garçon de 11 ans; la mère a de nombreuses attaques d'hystérie. Le membre du côté malade est contracture non-seulement au niveau de la hanche^ mau encore au niveau du genou et du pied. On ne peut toucher ce membre sans que l'enfant soit pris d'une véritable attaque de nerfs. Dans le sommeil chloroformique, on constate l'existence de craquements articulaires énormes, n existe un raccourcissement de deux centimètres dû à ce que la tête fémorale a chevauché sur la cavité cotyloïde. Plus tard, il s'est produit un abcès symptomatique.

2« cas, (Communiqué par M. le professeur Lannelongue). Petite fllle ('c 13 ans. Père atteint de paralysie infantile; mère ayant eu des attaques h\ftériques, jusqu'à l'âge de 30 ans. A l'âge de 7 ans, contracture doulourcute du pied droit. A 9 ans, crises nerveuses. A l'âge de 10 ans, reprise des crises nerveuses. A 11 ans, survient une douleur de la hanche droite avic claudication. Il se produit une rémission complète qui fait croire à rexistente d'une affection purement nerveuse et on laisse^ en const'quenre., l'enfant marcher. Un retour des douleurs étant survenu, on soumet l'enfant à rcmr»loi du chloroforme. On constate alors des craquements et une très grande difficulté du redressement de la jointure, consécutif à une déformation des es. Un gonflement profond fait redouter la formation d'un abcès.

3« cas, (Communiqué par M. le D' Joffroy). Mlle X..., de St-Pétersbourp, âgée de 18 ans. Antécédents héréditaires nuls. A 6 ans et à 14 ans, crises nerveuses nombreuses qui paraissent avoir été des accès d'hystérie à forme d'épilcpsie partielle. A 6 ans, accidents coxalgiques transitoires, A 11 ans, réapparition à plusieurs reprises de ces mêmes accidents, A 18 ans, réapparition des accidents qui datent de A mois, à l'époque où l'on examine la malade. Douleur vive à la hanche et au genou, raccourcissement apparent; la malade marche à l'aide de béquilles, posant à peine à terre la pointe du pied ; pas de stigmates hystériques. Cependant, en tenant compte de l'opinion des médecins antérieurement consultés, de la marche singulière de la maladie et en particulier des rémissions, suivies de réapparitions qui ne cessent de se produire depuis près de 10 ans, on penche vers le diagnostic coxalgie hystérique, tout en faisant des réserves* L'emploi de douches tièdes générales amène d'abord une amélioration sérieuse ; il se produit une nouvelle rémission et la malade redevient capable de marcher sans trop de douleurs. Cependant, sur ces entrefaites, la cliloroformisation étant pratiquée, on constate « qu'un complet rel&chement de la hanche est impossible, que les mouvements imprimés à la jointure déterminent des craquements caractéristiques ne laissant aucun doute sur l'existence de lésions osseuses très avancées. »

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moins graves ; par exemple, et ici je fais allusion à un cas récemment observé par nous dans le cours du rhumatisme articulaire aigu le plus intense, compliqué d'endopéricardile ayant consécutivement entraîné la mort.

Je n'insisterai pas plus longuement sur ce point, j'en ai dit assez, je crois, pour montrer que chez un sujet hystérique, lorsqu'une affection organique se développe, les symptômes relatifs à chacune des deux affections peuvent se combiner de manière à constituer un métis pathologique, dont l'histoire naturelle doit être bien connue du clinicien.

Pour en revenir à notre malade, il est, nous Tavons démontré, atteint d'une coxalgie bien et dûment hystérique sans mélange d'aucune lésion organique. Nous pouvons donc affirmer, je le répète, qu'il guérira un jour ou l'autre ; mais quand guérira-t-il, et quels moyens faut-il mettre en œuvre pour h&ter ce résultat?

Je voudrais étudier avec vous tout d'abord la théorie, la physiologie pathologique des cas qui nous occupent, espérant rencontrer, chemin faisant, des indications qui puissent nous permettre de fonder notre intervention thérapeutique sur des bases rationnelles. Un moyen d'étude se présente à nou>, moyen que j'ai déjà mis à profit en semblable occurrence ; il s'agit de produire artificiellement les symptômes de la coxalgie hystérique, dans l'espoir de mieux reconnaître les conditions et le mécanisme qui président au développement de celle-ci.

Ce n'est pas un animal, quelque élevé qu'il soit dans Téchelle, qui devra servir à ces études, mais bien, ainsi que vous l'avez compris, l'homme lui-môme placé dans les conditions mentales spéciales à l'étal hypnotique.

Les deux malades que je fais placer devant vous sont toutes

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deux des femmes hystériques avérées offrant les caractères les plus nets du grand hypnotisme; elles présentent, comme vous le voyez, à Tétat de veille, tous les grands symptômes de la coxalgie hystérique, douleur et claudication, symptômes sur lesquels je ne veux pas insister de nouveau. Mais ici, ce que je veux relever surtout, c'est que Taffection a été produite par nous, volontairement, artificiellement, pendant Tétat hypnotique; naturellement, chez ces malades, les choses n'ont pas été poussées très loin, mais tout en restant dans les limites de la prudence, elles Tout été assez cependant pour qu'on puisse nettement reconnaître chez elles, sous une forme bénigne, l'affection décrite par Brodie.

Chez une de ces femmes, c'est en produisant, pendant Tctat somnambulique, une légère torsion de la cuisse sur le bassin que nous sommes arrivés à ce résultat ; aussitôt elle se plaignit d'une douleur dans la hanche, et veuillez le remarquer expressément, dans le genou^ bien que celui-ci n'eût pas été soumis lui-même à la plus légère torsion.

Chez l'autre malade, nous nous sommes contentés, pendant qu'elle était plongée dans l'hypnotisme, de lui affiï'mer qu'elle . venait d'avoir une attaque, pendant laquelle elle avait fait une chute sur la hanche ; le récit animé de l'événement supposé et la peinture des vives douleurs qui devaient s'ensuivre ont produit le résultat désiré; chose remarquable, ici encore, bien que nous n'ayons parlé que d'une contusion sur la hanche, la malade s'est plainte en même temps d'une douleur dans celleci et dans le genou; et quoique auparavant la malade fût anesthésîque de ce côté, on peut constater maintenant que la peau, au niveau de la hanche et du genou, est devenue très sensible. Je vous ferai remarquer de plus qu'une fois éveillées, nos malades ignoraient absolument notre intervention et croyaient fermement l'une et l'autre s'être heurté la hanche pendant une attaque.

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Vous n'avez pas oublié, Messieurs, ces deux hommes, Por... et Pin..., que je vous montrais tout récemment encore et pour la seconde fois, chez lesquels à la suite d'un traumatisme de l'épaule, s'était développée une paralysie hystérique du bras correspondant. Je vous ai fait voir que cette paralysie pouvait être reproduite de toutes pièces, chez des sujets plongés dans l'hypnotisme ; au moyen de la suggestion verbale, ou bien encore au moyen d'une action traumatique légère portant sur l'épaule et constituant, si Ton peut aiasi parler, une véritable suggestion traumatique.

Mon sentiment est. Messieurs, que cet état hypnotique dans lequel la suggestion produit de tels effets, est assimilable, sur plus d'un point, à Télat, qu'en Angleterre on est convenu d'appeler du nom de shock nerveux [Nervous shock)^ par opposition au shock traumatique^ avec lequel il se combine souvent, d'ailleurs, mais dont il peut rester indépendant. Ce shock nerveux se produit quand survient une émotion vive, une frayeur, la terreur déterminée par un accident, surtout quand cet accident menace la vie, comme cela se voit, par exemple, dans les collisioîis de chemin de fer. Dans ces occasions, il se développe souvent un élat mental tout particulier, récemment étudié avec soin par M. Page, qui le rapproche d'ailleurs, très judicieusement à mon avis, de l'état d'hypnotisme *. Dans Tun et Tautre cas, en effet, la spontanéité psij chique, la voionié, le jugement étant plus ou moins déprimés ou obnubilés, les suggestions sont faciles ; aussi la plus légère action traumatique,

1. \Ve are. . disposed to believe that Ihe primary séant of funclional disturbance lies in the brain itself. and Ihai as in tlie hypnotic state... there IK a temporary arresl in Ihe function of thaï part of Lhe sensorium \«'bicb présides over and controls the movements and sensations of the periphery. (Page, Injuries of the Spine ami nervous Shockj p. i07, 2« édit., Lond. 1885). — Voir aussi : \Vilks, c on Hysieria and wrest of cei'eftral Action, m (Guy* Hosp. Rep.y vol. XXII, p. 35), et Tuke • Influence of the Mind upon ihe body, p. 'j7. » — Nous pouvons, je pense, en français, écrire indi(Téremmenl Shtfck ou Choc, Shock, Synon. : fr Choc\ germ. Shjk. Voir Richard Quain, DicLo* Médecine, Lond., 188 i, art. Shock.

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par exemple, portant sur un membre peul-elle devenir alors roccasion d'une paralysie, d'une conlraclure ou d'une arlhralgîe. C'est pourquoi, si souvent, dans les collisions de chemin de fer, on voit, suivant les cas, survenir des monoplégies, des paraplégies, des hémiplégies simulant des maladies organiques, bien qu'elles ne soient autres que des paralysies dynamiques, psychiques, fort analogues pour le moins aux paralysies hystériques.

Je regrette de ne pouvoir m'arrrêter plus longtemps sur le rapprochement que je vous indique entre Tétat mental produit par le shock nerveux et celui qui caractérise la période somnambulique de l'hypnotisme, mais je crois en avoir dit assez pour exciter votre attention sur ce point et vous engager à en faire Tobjet de vos méditations.

Pour retourner à notre homme atteint de coxalgie hystérique, vous avez parfaitement compris. Messieurs, que, dans mon opinion, la coxalgie de ce malade doit être interprétée suivant la théorie appliquée, dans nos leçons du dernier semestre, aux cas de monoplégie hystérique de cause traumalique. Vous l'avez vu, en effet, la douleur peut être, de même que la paralysie, suggérée dans Tétat hypnotique, soit au moyen d'une suggestion orale, soit au moyen d'un léger traumatisme, et cette douleur, Tobservateur peut, à son gré, la localiser sur une partie quelconque du membre.

Ainsi, de même qu'il y a des paralysies psychiques produites par ce que nous appelions, dans une de nos dernières leçons, la su ff gestion traumalique^ de même aussi il y a des coxalgies spasmodiques reconnaissant le même mécanisme. Notre scieur de long est un exemple de ce genre; le traumatisme qu'il a subi a produit chez lui un shock nerveux et l'état mental correspondant à celui-ci. Sans doute, la hanche • a éprouvé un ébranlement, peut-être même une contusion plus

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OU moins prononcée, mais celte action locale n*a pas déterminé de lésions organiques sérieuses, et la douleur qu'elle a produite ne s'est développée, exagérée et définitivement établie, sous forme d'arthralgie permanente, qu'en raison de l'état psychique produit par le shock nerveux.

Telle est, Messieurs, la théorie que je propose : si j'ai un peu insisté sur ce point, c'est que le traitement en découle, en quelque sorte, tout naturellement. C'est d'une affection surtout psychique qu'il s'agit, c'est donc un traitement surtout mental qu'il faudra mettre en œuvre. — Mais comment s'y prendre? Nous savons, par les observations de divers auteurs, que ces arlhralgies psychiques, soit d'origine Iraomatique, soit dépendant d'une autre cause, guérissent quelquefois tout à coup, à la suite d'une émotion vive ou d'une cérémonie religieuse frappant vivement Timaginalion. Malheureusement, aucun de ces moyens n'est entre nos mains ; nous avons bien essayé de faire acte d'autorité, de persuader avec insistance à ce malade, au moment où il sortait du sommeil chlorofornaique, et alors que la douleur et la claudication s'étaient atténuées, qu'il était guéri; mais je dois vous avouer que nous n'avons pas réussi. — Faudra! l-il compter davantage sur l'influence d'une opération simulée, suivant le conseil de Hancork et de Barwell?Je n'en suis pas convaincu. D'ailleurs, vous le savez, quand on emploie des moyens de ce genre, il faut être sûr de réussir, et faillir en pareille circonstance, ce serait nou> compromettre en pure perte auprès du malade. — Quant à l'emploi des pratiques hypnotiques, qui peut-être nous fourniraient ici un puissant moyen d'action, noire homme ne veut absolument pas en entendre parler.

Depuis une douzaine de jours, notre malade a été soumis à un traitement fort simple consistant en manœuvres de massage. Jusqu'à présent ce traitement n'a pas été suivi de

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résultais définitifs. Néanmoins, je veux vous rendre témoins de son application et vous faire constater les conséquences immédiates de ces manœuvres répétées chaque jour sur lui.

Vous n'avez pas oublié, Messieurs, que Ch... est, dans l'acceplion rigoureuse du mol, hémianesthésique du côté gauche, à part certaines régions oh la peau est non-seulement sensible, mais encore hypéreslhésiée. Ces plaques d'hypéresthésie se \oienl, en particulier, au niveau du coude pour le membre supérieur, et pour le membre inférieur au niveau de la hanche et du genou ; sur ces différents points, le pincement de la peau provoque de la douleur et des phénomènes d'aura ; cette hypéresthésie n'est, d'ailleurs, pas limitée à la peau qui recouvre la jointure, mais atteint également les parties profondes (capsule articulaire et synoviale) ; aussi la percussion du talon, celle du grand trochanter sont-elles suivies d'une vive douleur, de même que les différents mouvements imprimés au membre inférieur. Je vous rappellerai de plus que cette douleur articulaire est accompagnée de contracture des muscles qui meuvent la hanche, le genou et même le bassin, et que l'élévation ^u bassin ainsi produite est la cause du raccourcissement apparent de la jambe gauche.

M'élant donc décidé à essayer, chez ce malade, les effets du massage, je priai M. le D' Gauliez qui, depuis plusieurs années, s'occupe scientifiquement de cet agent, de vouloir bien nous prêter son concours ; je le remercie d'avoir répondu à mon appel. Nous lui avons laissé toute initiative à cet égard, et il va lui-même vous rendre témoins du mode opératoire qu'il a cru devoir employer. — Vous voyez que les pratiques qu'il met en œuvre consistent tout d'abord en un simple effleurage avec la main sur la fesse gauche du malade ; peu à peu, la main appuie plus fortement, et c'est alors un vrai massage profond. Il y a huit jours, le patient supportait mal ces pratiques, aujourd'hui il les supporte mieux; au bout de quatre à cinq mi-

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