‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1- (volume 2)Chapitre 114 sur 166 · INFLUENCE DE L'ÉTAT MENTAL · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE L'ÉTAT MENTAL

malade reconnaît volonliers qu'à mesure que le nombre des «éances s'accumule, les symptômes coxalgîques teudent à s'amender, et c'est là-dessus que nous comptons pour arriver à la longue au résultat désiré. Nous comptons aussi, il est vrai, sur une autre circonstance dont je vais vous entretenir, quand le malade se sera retiré

Cette circonstance est la suivante : l'affection dont souffre cet homme a, comme je vous Tai dit, été contractée au service de la Compagnie d'un chemin de fer ; celle-ci lui paye actuellement, chaque jour, à peu près la somme qu'il gagnait en travaillant ; si ce subside venait à lui manquer, incapable de gagner sa vie comme il l'est aujourd'hui, ce serait pour lui et ses >ept enfants la plus horrible misère; aussi vit-il à ce sujet dans un état d'inquiétude perpétuelle, de dépression mentale qui est bien de nature à entretenir son mal, étant donné que celui-ci est, comme nous le pensons, surtout d'origine psychique ou, si vous l'aimez mieux, mentale. — Or, je crois savoir que l'Administration du chemin de fer est résolue à faire à Ch... une pension, sur laquelle il pourra compter à l'avenir. En conséquence, la situation mentale de notre malade sera, je l'espère, profondément modifiée, lorsqu'il n'aura plus toujours devant les yeux le spectre de la misère; l'état de dépression psychique dans lequel il vit ne tardera pas à disparaître, il deviendra plus iacile de lui persuader que sa maladie n'est pas incurable, qu'elle peut et doit guérir, et que luimême peut, s'il le veut fermement, concourir à sa guérison. — Ainsi, les pratiques de massage aidant, tout ira pour le mieux, du moins je Tespère.

Avant de terminer, je voudrais, Messieurs, retenir encore un peu votre attention sur les résultats obtenus chez ce malade par le massage. Sans doute, vous ne supposez pas qu'un simple massage puisse produire des effets aussi accentués, chez un sujet quelconque ; certes, nous savons qu'il peut, à la

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longue, amender et guérir des névralgies, des douleurs arlî laires, etc., mais déterminer, même temporaîremenl, i véritable paralysie motrice et sensitive d'un membre, cela passe les mesures de l'ordinaire.

De quoi donc dépendent les résultats vraiment singuli obtenus chez notre malade? — Je crois pouvoir affirmer qi sont dus à la nature du sujet, au terrain; c'est parce q s'applique à un sujet hystérique que le massage a produit c notre homme des résultats aussi accentués ; on pourrait < peut-être qu'ici le massage représente une sorte dliypnotii local. Je ferai valoir à l'appui de cette opinion que des pr ques analogues, appliquées chez deux femmes hystériq hémianesthésiques de mon service, ont donné des résul tout à fait semblables ; en moins de cinq minutes, en el nous avons produit chez elles, sur le côté sensible, une ai thésie de la peau, puis des parties profondes et enfin une p lysie motrice transitoire complète du membre, avec perte sens musculaire. C'est là, en somme, un nouvel argumen faveur de l'existence de la névrose hystérique chez notre lade ; mais je crois vous avoir suffisamment convaincus sui point et ne veux pas insister davantage.

Je vous ai exposé les moyens que nous continuerons à b tre en œuvre pour parvenir au but que nous nous propos d'atteindre ; nos efforts seront-ils couronnés de succès l'espère sans vouloir cependant l'affirmer, et je serais heur si, dans quelques semaines, dans quelques mois peut-être pouvais vous présenter ce malade, que nous venons d'étui ensemble, avec quelque soin, guéri de l'affection dont il S' fre depuis près de trois ans ^

1. Le malade nous a quitté et a abandonné tout traitement; nous Ta revu dix mois après : la maladie ne s'était pas sensiblement modiGée.

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