DÉVELOPPF.MENT DE LA CONTRACTURE
mouvements volontaires étaient absolument nuls ; les mouvements passifs étaient au contraire possibles, et il n^existait aucune trace de raideur dans le membre affecté qui, comme au début, était resté absolument insensible.
Pendant une période de 15 jours, Tavant-bras fut placé dans une gouttière et recouvert de compresses phéniquées et de «ataplasmes. Puis on se décida à appliquer un appareil plâtré qui fut gardé 45 jours.
Au moment oîi, au bout de ce temps, l'appareil fut enlevé, on constata que le membre supérieur était contracture, le coude et les doigts dans la flexion, exactement dans la situalion où vous les voyez actuellement (fig. 79).
La chloroformisation fut pratiquée, elle permit de reconnaître qu'il n'existait aucune lésion articulaire, aucune rétraction fibreuse et qu'il s'agissait là d'une véritable conlraclurc spasmodique.
On profila de la résolution produite par l'action du chloroforme pour tenter de modifier la position de la main en redressant les doigts ; en conséquence, une planchette maintenue par un bandage fut appliquée sur la paume de* la main ; mais, à chaque instant, sous l'influence de la flexion invincible des doigts, l'appareil se dérangeait ; on fut obligé de Tenlever, au bout de deux jours, et la main, abandonnée à ellemême, reprit sa première attitude.
Depuis cette époque, un grand nombre de médecins ont été consultés, mais aucune tentative nouvelle n'a été faite. Tout récemment, mon collègue, M. leD' Périer, chirurgien de Thôpilal de Lariboisière, consulté à son tour, a eu Tobligeance de m'adresser ce malade (16 mai 1886), jugeant qu'il s'agissait d'un cas intéressant la médecine plus encore peut-être que la chirurgie.
Vous pouvez reconnaître comment, chez notre malade, le
CAnACTÈRES DE LA CONTRACTURE 407
membre supérieur gauche, habituellement porté en écharpe, est fléchi à angle obtus, au niveau du coude {fig. 79). L'avanlbras est maintenu dans la supination, tandis que les doigts, fléchis sur la paume de la main, sont serrés les uns contre les autres et offrent une tendance marquée à se recouvrir mutuellement. Le pouce est, de son cdlé, porté vers l'axe de la
Fi,. SD.
main et l'ongle de ce doigt marque une forte empreinte sur la peau de la Tace externe de l'index (/î^. 80 et^^. 81).
Les mouvements volontaires sont, pour ainsi dire, nuls dans les divers segments du membre, et pour ce qui est des mou vemenls passifs, ils sont eux-mêmes, en raison de ta rigidité des diverses jointures, extrêmement limités. Au coude et au poignet, les réflexes tendineux sont manifestement exagérés et l'on provoque même très facilement une trépidation des doigts et de la main tout entière en cherchant & les redrea-
408 ANKYLOSE CELLULEUSB
Il existe un certain degré d'amaigrissement, d'atrophie du membre ; mais les réactions électriques sont normales ; aucune trace, en particulier de la réaction de dégénération.
Il s'agit donc là, bien évidemment, d'une contracture spasmodique, d'origine neuro-musculaire.
11 est facile d'ailleurs d'établir que la déformation et Timpolencc du membre ne sont pas ici le résultat de Tune quelcoo-
Fi^. 81.
que des complications d'un autre ordre qui peuvent Sf montrer, à la suite de Timmobilisation prolongée des parlie.N ou d'une compression trop forte exercée sur elles par le bandage.
L'immobilisation prolongée peut produire, vous le savez, dans certains cas et chez certains sujets, une végétation conjonctive de la synoviale, une sorte d'arthrite suivie quelquefois d'ankylose celluleuse (Obs. de Teissier et Bonnet, Hueter, etc.), arthrite fort analogue, soit dit en passant, à celles que nous avons étudiées dans le temps, M. Bouchard et moi, sur les membres depuis longtemps immobilisés dans l'hémiplégie de cause cérébrale ; mais la disparition bien constatée dans le cas actuel de toute rigidité, quand le sujet est placé sous Tiniluence du chloroforme, sufGt pour montrer que ce n*est pas de cela qu'il s'agit.